Le colonel Roussillat et les opérations HOMO du SDECE (II)

. Les opérations ARMA

L’un des principaux objectifs de l’armée française en Algérie était d’empêcher l’ALN de pouvoir se procurer des armes. Or il se trouve que le MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales), la branche du FLN en charge de ce dossier, avait les moyens d’en obtenir des quantités astronomiques. En effet, non seulement elle disposait de larges ressources financières, ce qui lui permettait de s’approvisionner auprès de marchands clandestins, mais elle pouvait aussi compter sur le soutien de nombreux pays alliés, en particulier ceux du bloc communiste et du monde arabe, qui étaient prêts à lui en fournir à peu de frais. La difficulté majeure pour le MALG était surtout d’arriver à acheminer ensuite tout ce matériel jusque sur le « front ».

A partir du printemps 1956 toutefois, et en raison de l’indépendance récemment acquise par le Maroc et la Tunisie, la direction du FLN, jusque-là implantée en Egypte et en Libye, obtint de pouvoir installer des bases dans ces deux pays frontaliers de l’Algérie. Par voie de conséquence, les passages d’armes vers la zone de conflit s’en trouvèrent grandement facilités. Pour contrer ce grave danger, la France initia donc la construction de deux grandes lignes de défense, l’une implantée à l’Est face à la Tunisie et l’autre à l’Ouest, le long de la frontière du Maroc. Ces deux barrages (les « lignes Morice ») allaient s’avérer particulièrement efficaces puisqu’ils parviendront à stopper quasiment toute possibilité de passage clandestin depuis ou vers l’Algérie à partir du début de l’année 1958. Ne restait plus alors pour le FLN que la frontière maritime. Mais, là aussi, la France veillait et mobilisa sa flotte afin d’assurer une surveillance étroite des côtes.

Le gouvernement français décida pourtant que cela n’était pas suffisant et qu’il fallait aussi s’attaquer au problème plus en amont. On a déjà vu que le SDECE avait été sollicité pour traquer et neutraliser directement les trafiquants d’armes qui agissaient pour le compte du FLN. Mais ses agents furent aussi impliqués dans des opérations de destruction de cargaisons d’armes sur le point d’être acheminées vers l’Algérie. Ces opérations étaient dites ARMA. Contrairement aux opérations HOMO, où le SA était pratiquement seul à la manœuvre, ici les maîtres d’œuvre étaient surtout les deux sections du SDECE consacrées à la répression du trafic d’armes. La première d’entre elles, dirigée par Jean-Pierre Lenoir, était rattachée au service de la recherche non-conventionnelle (service VII), tandis que la seconde, celle de Paul Zygmant (m. 2007), dépendait du service de contre-espionnage (service IV). Ces deux unités firent toutefois fréquemment appel au SA dès lors que l’objectif n’était plus de faire arraisonner les bateaux suspects par la Marine nationale, mais bien de les couler purement et simplement dans leur port d’attache ou de transit. Roussillat mobilisa alors ses redoutables nageurs de combat venus de la base d’Aspretto.

En tout, près de 2 500 tonnes d’armes ainsi furent saisies ou détruites par la France entre 1955 et 1962, à bord de 40 bateaux et 10 avions1. Parmi les principales missions effectuées par le SDECE (seul ou en collaboration avec la Marine), on retient généralement les suivantes :

. Le 16 octobre 1956, l’Athos, un ancien dragueur de mines britannique battant pavillon soudanais, est arraisonné au large de Nemours (act. Ghazaouet) en Algérie par le croiseur Pimodan de la marine française. Parti de Grèce et après avoir transité par Beyrouth, il avait quitté Alexandrie le 2 octobre avec à son bord près de 80 tonnes d’armes et de munitions de fabrication tchèque, c’est-à-dire de quoi équiper environ 3 000 hommes2.

. Le 26 juin 1957, le navire Swanee est arraisonné avec 150 tonnes d’armes à son bord.

. Le 18 juillet 1957, le Bruja Roja (« La Sorcière rouge »), navire appartenant à la compagnie de l’allemand Georg Puchert, est coulé par une mine dans le port de Tanger (Maroc). L’opération a été menée par les officiers Paul-Alain Léger et René Bichelot, ainsi que par cinq autres agents du SA. Ils étaient en liaison directe avec le capitaine Roger Boureau-Mitrecey, chef de l’antenne du contre-espionnage du SDECE à Rabat. Un citoyen belge, Jean-Baptiste van Cottem dit « Pedro », participa également à la réussite de la mission en parvenant à infiltrer la compagnie de Puchert.

. Le 20 juillet 1957, le Typhoon, navire de la compagnie de Georg Puchert, est coulé au large de Tanger (Maroc), sans doute par la même équipe que celle qui s’était chargée du Bruja Roja.

. Le 30 juillet 1957, le navire Emma est coulé entre Tanger et Gibraltar, sans doute par la même équipe que celle qui avait agi précédemment.

. Le 19 janvier 1958, le Slovanja, un cargo yougoslave, est arraisonné au large d’Oran avec 300 tonnes d’armes à son bord (dont 4 000 fusils Mauser, 1 500 pistolets, 1 000 pistolets mitrailleurs, 200 mitrailleuses MG-34, 48 bazookas, 15 mortiers de 81). Cette affaire provoqua d’ailleurs un sérieux conflit diplomatique entre Paris et Belgrade.

. Le 1er mars 1958, l’Alkahira, un cargo égyptien appartenant à Georg Puchert, est coulé dans le port d’Ostende (Belgique) avec 40 tonnes de TNT à son bord. Après enquête, la Belgique déposera une plainte officielle contre la France.

. Le 3 septembre 1958, le navire Ras Tarf est coulé à Ceuta (Maroc).

. Le 1er octobre 1958, L’Atlas, navire appartenant à Georg Puchert, est coulé à Hambourg (Allemagne). Il transportait 40 tonnes d’explosifs. L’Allemagne déposera une plainte officielle.

. Le 26 décembre 1958, le navire Granita est arraisonné au large du Portugal avec 40 tonnes d’explosifs à son bord.

. Le 7 avril 1959, le Lidice, un cargo polonais, est au arraisonné large du Portugal avec 581 tonnes d’armes à son bord (dont 12 000 fusils et 2 000 mitrailleuses).

. Le 10 décembre 1959, le cargo Biesboch, est arraisonné avec 200 tonnes d’explosifs à son bord.

. Le 19 septembre 1960, le cargo Las Palmas est arraisonné avec à son bord un stock de 2,5 tonnes de lance-flammes.

. Le 12 décembre 1960, le Monte-Cassino est arraisonné avec à son bord un stock de lance-roquettes.

. Le 27 septembre 1961, le Tigrito, navire panaméen parti de Malaga (Espagne) est arraisonné avec 100 tonnes d’armes à son bord.

En tout, près de 2 500 tonnes d’armes furent saisies lors de ces opérations, soit l’équivalent de qui fut récupéré au combat par l’armée pendant les huit années que dura la guerre. Quelques rares navires réussiront à franchir le blocus imposé par la France, comme le Breza (« Bouleau ») en mai 1960, un navire bulgare piloté par l’audacieux Vassili Valtchanov, qui transportait deux tonnes d’armes à destination de l’ALN.

. Les opérations d’intoxication et de manipulation

Assassiner les chefs rebelles installés à l’étranger et détruire leurs stocks d’armement avant qu’ils ne parviennent sur la zone de conflit n’étaient pas les seules tactiques employées par le SDECE pour tenter d’en finir avec l’insurrection. A plusieurs reprises, ses agents essayèrent aussi de diviser et d’affaiblir les maquisards algériens en semant la discorde dans leurs rangs. De 1956 à 1961, le SA de Robert Roussillat s’impliqua ainsi directement dans plusieurs opérations clandestines dont certaines furent assez audacieuses:

. « Oiseau Bleu » : initiée dès le mois de novembre 1955 par des policiers de la Direction de Surveillance du Territoire (dont le kabyle Mohand Ousmer), elle est reprise en main à partir de mai 1956 par le capitaine Pierre Hentic (1917-2004), du 11ème Choc. L’opération consiste à créer une sorte de contre-maquis, sur le modèle de ceux que les services spéciaux avaient pu mettre en place en Indochine à l’époque des GCMA. Pour y parvenir, on décide donc d’armer les membres d’un clan kabyle, les Iflissen. Installés entre Tigzirt et Azazga, ceux-ci sont alors considérés, sinon comme pro-français, du moins comme anti-FLN. En quelques mois, les autorités parviennent d’ailleurs à équiper près de 1 500 combattants, qui vont être ensuite regroupés au sein d’une unité militaire baptisée la « Force K ». Mais l’opération est vouée à l’échec. En effet, après avoir été très tôt informé de sa préparation, c’est le propre chef du FLN, Krim Belkacem, qui a entrepris de fournir les recrues nécessaires. Depuis son PC de Tigzirt, Pierre Hentic comprend rapidement que quelque chose ne va pas mais ses rapports sont tous enterrés par une hiérarchie militaire persuadée d’avoir réalité un coup magistral. Après une longue période d’attentisme, Krim décide de passer à l’action le 30 septembre 1956. Ce jour-là, ses hommes prennent en embuscade des soldats français et font une vingtaine de tués. Les autorités comprennent alors qu’elles ont été jouées et décident de reprendre leurs armes aux rebelles. Du 9 au 12 octobre 1956, des combats très durs vont opposer les maquisards de l’ex-force K aux soldats du 11ème Choc et du 3ème RPC. Près de 122 rebelles et 19 soldats français seront tués. Mais plusieurs centaines de faux ralliés parviendront à rejoindre l’insurrection avec armes et bagages, au grand dam de leurs officiers traitants.

. « Olivier » : cette opération aura été de loin la plus ambitieuse et la plus aboutie de toutes les tentatives de manipulation menées en Algérie par les services spéciaux français. Son acteur principal fut un certain Mohammed Bellounis. Cet homme charismatique avait intégré le PPA-MTLD dès 1945. Devenu l’un de ses principaux cadres, il avait fait plusieurs années de prison au nom de la « cause ». Après avoir refusé de rejoindre le FLN en 1954, il prend le maquis en avril 1955 avec l’accord de Messali Hadj. Il s’implante d’abord du côté de Guenzet en Petite-Kabylie. Cependant, après avoir été confronté aux offensives françaises, mais aussi aux attaques de l’ALN, il décide finalement de déplacer ses bases vers le Sud algérien et de s’installer à Dar Chioukh, dans la région de Djelfa. S’étant ainsi constitué un fief plus solide, il met sur pied l’Armée Nationale Populaire Algérienne (ANPA), qui commence à se présenter comme le bras armée du MNA (le nouveau nom du PPA-MTLD depuis l’interdiction de ce dernier en novembre 1954). Mais l’ALN ne renonce pas à le vaincre et réussit à assassiner plusieurs de ses adjoints (dont Ait Ziane) et à en recruter plusieurs autres (dont Amor Driss et Si Haoues). Le 28 mai 1957, l’ALN organise même le massacre de toute la population de Kasbah-Melouza, l’un des derniers douars de Petite-Kabylie encore fidèle au MNA. Bellounis, qui n’a alors plus autour de lui qu’une centaine d’hommes, décide de franchir le Rubicon et de nouer un partenariat officiel avec les Français (auprès desquels il avait déjà pris contact depuis quelque temps). Au terme de quelques rencontres préliminaires, un accord d’assistance est finalement conclu. Deux officiers du SA, Yves Rocolle et Alain de Marolles (1927-2000), sont dépêchés auprès de Bellounis pour lui servir d’agents de liaison (photo ici). C’est le début de l’opération Olivier, d’après le nom de code de Bellounis pour l’armée française (19 juin 1957). Grâce à ce nouveau soutien, qui se traduit par une assistance financière et logistique, l’ex-rebelle réussit en quelques mois à reprendre tout le terrain qu’il avait perdu face à l’ALN. A la fin de l’année 1957, il contrôle ainsi un territoire grand comme la Belgique et dispose d’une véritable armée de près de 4 000 hommes. Parvenu à l’apogée de sa force, Bellounis peut même se payer le luxe de rompre son allégeance à l’égard de Messali et d’accorder des interviews aux journalistes qui viennent le rencontrer dans son fief.

Mais cette alliance n’est en réalité qu’un jeu de dupe. Car même s’il a sollicité l’aide des Français dans l’espoir de s’imposer face au FLN, Bellounis n’envisage pourtant pas d’autre alternative qu’une Algérie souveraine et indépendante. Et à l’inverse, pour l’état-major français, l’ANPA n’est qu’un moyen supplémentaire pour tenter d’affaiblir l’ALN. Du fait de cette ambiguïté, les tensions vont rester fréquentes entre les deux camps. Plusieurs affrontements vont même éclater, avant qu’à chaque fois une médiation n’intervienne pour calmer les choses. L’ALN profite de cette confusion pour relancer son offensive contre l’ANPA. Le 2 février 1958, dans le djebel Messaad, un combat très dur oppose ainsi des maquisards de l’ALN emmenés par Amor Driss à des soldats du 11ème Choc. Le capitaine Yves Rocolle est tué pendant cet engagement, de même que six de ses hommes, ce qui va représenter la plus lourde perte subie par les forces spéciales françaises au cours de la guerre d’Algérie.

Après l’arrivée au pouvoir de De Gaulle en mai 1958, le général Salan estime que l’avenir de l’Algérie française est désormais garanti et qu’il n’a donc plus besoin de Bellounis. Il décide de mettre un terme à l’expérience Olivier. Ce dernier le comprend et choisit de rompre le contact au début du mois de juin. Tandis que 11ème Choc regagne ses cantonnements, l’état-major déclenche l’opération Damier qui doit aboutir à la liquidation totale de l’ANPA. Désormais pourchassé par ses anciens alliés, Bellounis finit par être capturé le 14 juillet 1958 à l’issue d’une embuscade menée au sud de Bou Saada par les hommes du 27ème régiment de Dragons. Il sera exécuté quelques heures plus tard, sans que l’on sache qui exactement a donné l’ordre de l’éliminer. Certains éléments bellounistes, emmenés par Mohammed Meftah, parviendront cependant à rester actifs jusqu’en 1960. L’année suivante, certains des rares survivants rejoindront le FAAD (voire plus bas).

. « Si Chérif » : l’expérience menée avec Si Chérif a été beaucoup plus classique que celle entamée avec Bellounis. Ici, il s’agit clairement de constituer une troupe d’ex-rebelles ralliés à l’armée française, mais autorisés cependant à conserver une certaine autonomie opérationnelle. Ancien soldat de l’armée française, Larbi Chérif (dit « Si Chérif ») avait rejoint l’ALN en octobre 1955. A la suite d’un conflit interne survenu en mars 1957 et alors qu’il craint pour sa vie, il décide d’entrer en contact avec l’armée française (30 juin 1957). Le 11ème Choc est envoyé sur place pour superviser à ses côtés la constitution d’une troupe de supplétifs. Installé à Ain Boucif près de Médéa, Si Chérif commande bientôt près de 600 hommes bien équipés. Protégé par la France, qui lui sait gré de remporter de nombreuses batailles contre l’ALN, l’ancien chef rebelle se comporte dès lors comme un véritable seigneur de la guerre et ponctionne lourdement les populations locales. Placée sous le contrôle de plus en plus total de l’armée française, la troupe de Si Chérif obtiendra finalement de pouvoir être transférée en France au printemps 1962.

. « Pilote » : initiée à partir d’octobre 1956 par la DST, l’opération est finalement reprise en main par deux officiers du 11ème Choc, Pierre Heux (1928-1995) et Jacques de Lacaussade. Elle vise encore une fois à créer une sorte de contre-maquis, cette fois-ci à Rouina, dans la vallée du Chélif. L’homme qui a été choisi pour cela est un certain Abdelkader Djilali Belhadj, dit « Kobus », l’un des cadres locaux du MNA. Personnage au passé trouble, Belhadj avait déjà travaillé pour les services de renseignement français dans les années 1940. Avec son aide, on réussit à armer près de 500 maquisards. Mais le FLN du commandant Azzedine ne tarde pas à avoir vent de l’affaire et déclenche sa contre-offensive. Le 29 avril 1958, Belhadj est abattu au volant de sa voiture tandis que beaucoup de ses hommes abandonneront le combat ou partiront rejoindre la rébellion.

A la suite de ce nouvel échec, l’état-major français décide d’arrêter de vouloir manipuler des oppositions armées autonomes. Il préféra désormais s’appuyer sur des supplétifs plus « classiques », comme les harkas ou les moghzani, ou encore sur les « commandos de chasse », des troupes d’anciens rebelles ralliés au gouvernement mais strictement encadrés par des officiers français4.

Cette nouvelle politique ne va toutefois pas empêcher les services français de continuer à monter des opérations de manipulations politiques contre les maquisards de l’ALN.

. « KJ-27 » : à partir de janvier 1958, le SA appuie le lancement d’une opération planifiée par l’un de ses anciens officiers, le capitaine Paul Léger (1920-1999), devenu entre-temps le chef du Groupe de Renseignement et d’Exploitation (GRE), un organisme rattaché à l’état-major de la 10ème division parachutiste du général Massu. La tactique, déjà pratiquée par le SDECE, consiste à intoxiquer les maquisards de l’ALN en leur faisant croire qu’ils ont été infiltrés à tous les niveaux par les services français. On espère qu’ils vont ainsi déclencher des purges internes, ce qui ne pourra évidemment que les affaiblir. Baptisée KJ-27, cette opération sera également surnommée la « bleuite », car les agents infiltrés au sein de l’ALN par le GRE s’habillaient souvent en « bleus de chauffe ». Léger commence par faire arrêter une militante nationaliste, qu’il persuade habilement que l’ALN a été totalement infiltrée par ses services. Une fois libérée, celle-ci s’empresse d’aller avertir Ahcène Mahiouz, le chef du renseignement de la wilaya III (Kabylie), qui accorde beaucoup de crédit à ces propos et commence à déclencher des enquêtes musclées, avant de procéder à des exécutions. L’opération obtiendra des résultats inespérés  et la wilaya III en particulier sera littéralement décimée par les liquidations.

. « Cassiopée » : cette opération va consister à introduire un informateur du SDECE parmi l’entourage d’Ahmed Francis, le ministre des Finances du GPRA. Il s’agissait en l’occurrence d’un jeune sociologue anglo-saxon surnommé « Scrabble ». Grâce à cette source, le SDECE pourra ainsi se tenir informé de tous les grands évènements qui vont agiter la direction de la rébellion entre septembre 1958 et septembre 1961.

. « Alias » : peu connue, l’opération Alias résulte d’une tentative des services spéciaux pour tirer profit d’une scission apparue au sein de l’ALN en octobre 1958. A l’issue de ce que l’on a appelé le « complot des colonels », quatre responsables importants, dont Ahmed Nouaroua et Mohammed Lamouri, ont en effet été arrêtés puis condamnés à mort pour tentative de putsch menée contre le GPRA. Convaincus d’avoir agit de concert avec les services égyptiens pour renverser les chefs du mouvement, ils seront fusillés le 16 mars 1959. Or cette affaire, assez obscure et embrouillée, va provoquer d’importants remous au sein du mouvement nationaliste. Proche des conjurés et craignant pour sa vie, le capitaine Ali Hambli est alors approché par un certain Makhlouf Bouterfa, dit « Si Makhlouf », un médecin de l’ALN qui travaille en réalité pour le SDECE depuis juin 1958. Convaincu par ce dernier, il décide finalement de passer la frontière et de se rallier à l’armée française avec 130 de ses hommes  le 21 mars 1959. Le SDECE saute sur l’occasion et s’emploiera dès lors à retourner ces combattants pour essayer les intégrer à son propre dispositif contre-insurrectionnel. Ainsi débute l’opération Alias, qui va s’étaler sur plusieurs mois. Malgré tous leurs efforts cependant, les stratèges français ne réussiront pas à atteindre leurs objectifs. Bien peu de ces recrues accepteront en effet de se transformer en de véritables supplétifs et de risquer leur vie au service de la France. Hambli leur chef s’étant lui-même révélé peu fiable, il sera discrètement liquidé à l’occasion d’un très opportun accident de voiture.

. « Tilsit » : en janvier 1960, alors que l’ALN doit plus que jamais faire face aux coups de boutoir de l’armée française, le torchon commence à brûler entre les chefs de wilaya restés sur le terrain et l’état-major de l’ALN basé en Tunisie. Ce dernier est accusé de s’enfermer dans des querelles politiciennes et ne de rien faire pour venir en aide aux combattants de l’intérieur. L’un de ces critiques les plus virulents n’est autre que Si Salah, le commandant de la wilaya IV, une zone qui s’étend sur l’Algérois. Avec ses adjoints, Si Mohammed et Si Lakhdar, il décide finalement d’entamer un dialogue direct avec la France. Après être entré en contact avec l’officier Pierre Heux du BEL, il obtient de pouvoir faire remonter ses demandes jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat. Or, il se trouve que le général de Gaulle cherche alors à faire pression sur le GPRA, et qu’il n’est donc pas contre le fait d’agiter ainsi la menace d’une négociation directe avec les chefs de la rébellion intérieure (« la paix des braves »). Il autorise par conséquent la poursuite de ces contacts et accepte même de recevoir personnellement Si Salah et ses deux adjoints. C’est le début de l’opération Tilsit. Pris en charge par le SA, les trois hommes sont conduits jusqu’au palais de l’Élysée afin de s’entretenir directement avec le chef de l’Etat (10 juin 1960). A ce dernier, qui l’interroge sur ses objectifs, Si Salah expose sa vision d’une Algérie indépendante mais qui resterait en partenariat étroit avec la France. Et tandis qu’on le questionne sur sa capacité de pouvoir convaincre ceux qui se battent à ses côtés, il se dit sûr de parvenir à rallier les autres responsables militaires de l’ALN. Mais cette rencontre surréaliste ne donnera finalement rien. Car, une fois de retour en Algérie, Si Mohammed décide de revenir dans l’obéissance à l’égard du GPRA. En juillet 1960, il fait donc arrêter Si Salah et ordonne l’exécution de tous les éléments pro-français. Si Salah sera finalement tué au moment où il était conduit vers la Tunisie pour y être jugé, tandis que Si Mohammed sera abattu par l’armée française lors de l’attaque de son PC à Blida en août 1961.

. « Front Algérien d’Action Démocratique » : initiée en août 1960 à la demande du Premier ministre Robert Debré, cette opération de la dernière chance vise une nouvelle fois à créer une sorte de « troisième force » en activant un mouvement politico-militaire qui serait à la fois musulman, indépendantiste et malgré tout pro-français. Contrairement aux tentatives précédentes, l’aventure du FAAD sera cette fois-ci entièrement pilotée par le SA. Roussillat va même déléguer trois de ses meilleurs agents pour la mener à bien : Jacques Zahm, Géo Puille et Alain de Marolles. Après bien des écueils, leur démarche finit par recevoir une première traduction concrète en mars 1961, lorsqu’un partenariat est noué avec l’avocat Khalifa Ben Amar, membre éminent du MNA. En juin 1961, Ben Amar suscite une scission au sein du MNA, ce qui lui permet de fonder le Front Algérien d’Action Démocratique (FAAD). Grâce à l’appui politique, logistique et financier des autorités françaises (Roussillat viendra d’ailleurs en personne à Alger afin de superviser la délivrance de fonds spéciaux), le FAAD voit rapidement son audience progresser. Il se dote même d’une aile militaire, dirigée par Abdallah Selmy, et se met à combattre activement l’ALN, notamment à Alger.

Mais, une fois encore, tout cela repose sur un jeu de dupe. Car l’Élysée n’a jamais cru sérieusement à la possibilité de pouvoir supplanter le FLN pour le remplacer par le FAAD. Le 20 octobre 1961, au moment où les négociations avec le FLN entrent dans une phase décisive, le SA reçoit donc l’ordre d’abandonner l’expérience.

. La rupture

En cette fin d’année 1961, et alors que chacun sait que les heures de l’Algérie française sont désormais comptées, il est temps pour Roussillat de s’interroger sur son bilan. Certes, il a toujours donné une entière satisfaction à ses chefs, qui ont tous tenu à saluer ses qualités de meneur d’hommes et d’organisateur émérite. Il vient d’ailleurs d’être promu au grade de colonel et pourrait bien parvenir un jour à celui de général. Et pourtant, il ne fait aucun doute qu’il est en sursis à présent.

Car si le SDECE et notamment le SA n’ont pas cessé de mener toute sortes d’opérations contre le FLN, allant jusqu’à mobiliser pour cela la quasi totalité de leurs moyens opérationnels, l’évidence conduit aussi à reconnaître que ces efforts auront été vains et qu’en tout cas, ils n’auront pas suffi à empêcher le pays à accéder à l’indépendance sous la conduite de ce même FLN. Car en réalité, et malgré tous les moyens mis en œuvre, les services spéciaux n’ont jamais été en capacité de modifier à eux seuls l’évolution du conflit. Ils n’ont pu qu’affaiblir localement et temporairement une rébellion qui, parce qu’elle avait des causes politiques et des objectifs politiques, ne pouvait être jugulée que par le biais de solutions qui seraient également politiques.

Or, la réalité politique de l’Algérie des années 1950 est tout à fait claire pour quiconque est assez lucide pour la regarder en face. Dans ces trois départements, une population à 90% de confession musulmane et de culture arabo-berbère, cohabite avec environ 10% d’habitants de confession chrétienne et de culture européenne. Dans sa totalité, la population indigène réclame la fin de la division qui a régné de facto entre elle et sa voisine depuis les débuts de l’époque coloniale et jusqu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, avec d’un côté des citoyens de plein droit et de l’autre des sujets attachés à un statut subalterne. Or, les réformes politiques majeures que réclament ces Algériens musulmans ne peuvent avoir que deux issues diamétralement opposées. Soit l’obtention d’une indépendance immédiate et la constitution d’une République algérienne souveraine, soit l’acquisition d’une parfaite égalité de droits entre tous ceux qui résidaient en Algérie dans le cadre d’une France qui se sera donc effectivement étendue de Dunkerque à Tamanrasset. Opter pour cette dernière option reviendrait à ajouter dix millions de nouveaux citoyens aux quarante six millions de métropolitains, soit près d’un quart, ce qui représente un immense pari civilisationnel, et cela d’autant plus que la population algérienne connaît une très forte croissance démographique. Ce quart sera bientôt un tiers et sans doute un jour une moitié. Le chef de l’Etat, qui a ces chiffres sous les yeux, ne peut pas ignorer quelles seraient été les conséquences pratiques d’un tel choix5. Dès lors, il n’hésitera pas et, quoi que cela du coûter en termes humains ou économiques, il entreprendra de se séparer au plus vite de l’Algérie. Mais les hommes qui vivaient sur place et ceux qui avaient combattu pendant des années contre la rébellion, ne pouvaient pas accepter ces froides conclusions géostratégiques. Faisant véritablement corps avec la cause de l’Algérie française, ils étaient prêts à tout pour la défendre.

Leur colère se focalisait sur la personne même du général de Gaulle, auquel ils reprochaient d’avoir agiter l’étendard algérien pour revenir au pouvoir en mai 1958, avant de se parjurer à peine un an plus tard. Roussillat était d’ailleurs plus ou moins d’accord avec eux. Lui-même il est vrai n’avait jamais été un gaulliste convaincu. En 1956 déjà, il avait du s’imposer contre Marcel Chaumien, l’homme que Foccart voulait voir nommer à la tête du SA en remplacement de Morlanne. Si la manœuvre avait échoué, il n’empêche qu’au cours des années suivantes, Roussillat dut composer avec le pouvoir grandissant d’une sorte de « cellule gaulliste » implantée au cœur même du SA. Animée par Marcel Chaumien, elle recevait ses ordres directement de Foccart et comprenait notamment Pierre Henneguier, Henri Jacquier, Henri Gorce-Franklin, Jacques Robert, Roger Bellon, Pierre Lefranc et Robert Caillard. En mai 1958, depuis le camp de Cercottes où ils avaient installé leur quartier-général, ces hommes avaient jouer un rôle déterminant dans la mise en place du plan Résurrection, qui devait mettre à bas la 4ème République. Roussillat les avait alors activement soutenus, tandis que son supérieur, le général Grossin, aurait préféré s’en tenir quant à lui à une stricte neutralité. En septembre 1958, Roussillat avait même dû accepter de mettre à disposition des avions de l’escadrille Vaucluse pour acheminer une partie du matériel nécessaire à l’organisation du référendum sur la 5ème République.

Ces contradictions, longtemps masquées par la priorité accordée au combat contre le FLN, finissent par devenir insurmontables dès lors que le gouvernement s’engage dans une politique de négociation avec la rébellion. Bien des officiers du SDECE renâclent et cela finit par se savoir. Dès le mois de février 1960, au lendemain de la Semaine des Barricades, des inspecteurs de la Direction Centrale de la Police judiciaire viennent ainsi perquisitionner le siège du SDECE à la recherche de preuves contre un officier du SA accusé de collusion avec les insurgés. Fin 1960, suite à l’assassinat à Valence d’un policier musulman pro-FLN, la police effectue une nouvelle perquisition, cette fois-ci au fort de Noisy, le sacro-saint siège du SA. La position de Roussillat se complique particulièrement au lendemain du putsch d’avril 1961, car non seulement il connaît personnellement la plupart de ses auteurs, mais surtout il n’est pas loin de partager leurs conception. Dans ses mémoires romancées, Constantin Melnik l’accusera d’ailleurs d’avoir été mis au courant de l’opération et de l’avoir volontairement couvert. 

Tiraillés entre leur volonté de rester fidèles à leur idéaux et leur soucis de demeurer loyaux vis-à-vis du pouvoir, le général Grossin et le colonel Roussillat se retrouvent donc dans une situation de plus en plus difficile. Emportés par leur élan et prisonniers de leurs amitiés, ils finissent même par flirter avec l’illégalité. Ainsi est-ce grâce à un DC-3 du SDECE que le colonel Antoine Argoud, l’un des principaux responsables du coup d’État manqué, va parvenir à réchapper à la justice et à quitter l’Algérie le 8 mai 1961. Accueilli sur la base de Persan-Beaumont par Roussillat en personne (qui agissait en l’occurrence à la demande de Grossin), il recevra du chef du SA des faux papiers, un costume neuf et même un peu d’argent. Quelques semaines plus tard, au début du mois de juin, il sera acheminé en toute discrétion à Baden-Baden par ce même colonel Roussillat qui lui souhaitera alors bonne chance6.

Au plus fort de la bataille contre l’OAS, fin 1961, et alors que Jacques Foccart lui demande s’il est prêt à employer ses agents pour procéder à l’arrestation d’Yves Godard, l’ancien chef du 11ème choc (qui est devenu entre-temps l’un des dirigeants de l’organisation clandestine), Roussillat lui fait dire que cela est impossible, car jamais ses hommes n’accepteront de trahir ainsi leur ancien supérieur, pour lequel ils ont conservé beaucoup de respect. Foccart devra donc s’adresser à la Sécurité Militaire pour parvenir à ses fins. Sans doute avec l’accord de Roussillat, l’officier Géo Puille du SA va même intervenir directement auprès de Godard pour que des membres de l’ex-FAAD puissent rejoindre les rangs de l’OAS dont ils auraient ainsi former une sorte de branche franco-musulmane7.

Tous ces actes de désobéissance finissent par être connus et par avoir des conséquences. En février 1962, le général Grossin est démis de ses fonctions où il est immédiatement remplacé par le général Paul Jacquier, un gaulliste fervent. Lorsqu’il apprend la nouvelle Roussillat comprend que ses jours à la tête du SA sont désormais comptés. Le 20 mars 1962, un cessez-le-feu entre en vigueur en Algérie et, le 3 juillet suivant, la République d’Algérie est proclamée. Au cours de l’été qui suit, et tandis que l’exode des pieds-noirs s’accélère, de nombreux harkis vont être impitoyablement massacrés. Roussillat assiste alors sans pouvoir réagir à l’effondrement de tout ce pour quoi il s’était battu six années durant.

En septembre 1962, il est finalement convoqué dans le bureau du directeur-général Jacquier, qui lui demande de lui remettre sa démission. Afin de ne pas créer de remous, on lui propose cependant de retourner dans l’armée de l’air et même de choisir son futur poste, à condition toutefois que celui-ci ne soit pas situé en France métropolitaine. Roussillat accepte et opte pour celui de chef d’état-major des forces aériennes françaises stationnées au Sénégal.

. La retraite

Mais une fois installé à Dakar, le colonel constate rapidement que sa nouvelle affectation n’est rien d’autre qu’une sinécure. Arrivé à son bureau aux premières heures du jour, il n’a généralement plus rien d’autre à faire si ce n’est à attendre que les heures tournent en signant quelques documents ou en passant quelques coups de fil. Après les années exaltantes qu’il a passées à la tête du SA, le contraste est violent. Ses anciens collaborateurs du fort de Noisy l’informent par ailleurs régulièrement sur la façon dont son successeur, le colonel Pierre de Froment, organise méthodiquement la liquidation du SA à la demande des autorités politiques. Amer, Roussillat est persuadé que si le pouvoir agit ainsi, c’est parce qu’il craint la puissance acquise par son ancien service et redoute que celui-ci ne finisse par lui échapper. Si cette interprétation n’est sans doute pas entièrement fausse, il est aussi vrai que l’ampleur du SA ne se justifie peut-être plus à présent que les guerres de décolonisation sont terminées et que l’accession de la France au rang de puissance nucléaire a rendu beaucoup plus hypothétique une occupation de son territoire par l’armée soviétique. En 1964, de guerre lasse, le colonel Roussillat finit par démissionner de l’armée.

Agé de quarante-cinq ans, l’ancien officier se lance alors dans une carrière civile. Après être d’abord devenu l’adjoint du directeur d’une PME de mécanique générale, il trouve ensuite à s’employer en tant que directeur du bureau nantais de la société Sanders, spécialisée dans l’alimentation animale. Il achèvera  finalement son parcours comme directeur administratif au sein d’Elis, une société de service aux entreprises. Comment ses collègues pourraient-ils imaginer que l’homme en cravate et complet veston qui travaille à leurs côtés et auxquels ils adressent des questions sans doute très banales, a été pendant plusieurs années le chef de l’un des services les plus secrets dont la France dispose et qu’il était devenu un habitué du bureau de Jacques Foccart à l’Élysée !

Robert Roussillat finit par prendre sa retraite au milieu des années 1980. Pendant près de vingt-cinq années, il va s’astreindre à un strict devoir de réserve. Certes, il n’ignore pas que toutes les missions qu’il a planifiées sont couvertes par les lois d’amnistie votées dès la fin du conflit8, mais il sait aussi que le pouvoir politique est versatile et que, s’il en va de son intérêt, il n’hésitera pas à jeter en pâture aux médias ceux qui n’ont pourtant fait qu’obéir à ses propres directives. La façon dont les généraux Massu et Bigeard ont été traités l’a suffisamment éclairé sur ce point. Il préfère donc faire profil bas et c’est à peine s’il participe de loin en loin aux réunions des anciens du Groupe Lorraine. En 1985, il accepte cependant de sortir de son mutisme pour répondre aux questions de deux journalistes d’investigation, Bernard Faligot et Pascal Krop, qui travaillent alors à un ouvrage consacré à l’histoire des services spéciaux français. Quatre ans plus tard, il accepte également d’être interrogé par le célèbre Pierre Péan, qui prépare son livre sur Jacques Foccart. En mars 1990 enfin, le colonel livre son témoignage à François de Ruffay et Emmanuel Breguet, deux historiens missionnés par le Service Historique de la Défense de Vincennes, qui vont longuement l’interviewer.

Il n’en dira pas plus. Le colonel Robert Roussillat est en effet mort dans sa maison de l’Oise le 20 janvier 1991, à l’âge de soixante et onze ans. Sa rue natale à Lorient porte aujourd’hui son nom.

Archives :

. Service Historique de la Défense : témoignage oral du colonel Robert Roussillat, n°577, tome 5.

. Service Historique de la Défense : dossier de résistant GR 16 P 524 771

Bibliographie :

. Bergot, Erwan : Commandos de choc « Algérie », Le Dossier rouge, Bernard Grasset, 1976.

. Blanchard, Pascal : La Main rouge, au cœur de la guerre d’Algérie, postface de la bande-dessinée La Main rouge, de Daeninckx et Mako.

. Faivre, Maurice : Le Renseignement dans la guerre d’Algérie, Lavauzelle-Graphic Editions, 2006.

. Faligot, Roger et alii : Histoire politique des services secrets français, La Découverte, 2013.

. Faure, Claude : Des Services pour la République, du BCRA à la DGSE, Fayard, 2004.

. Favrod, Charles-Henri : « René Dubois, le procureur suicidé », Le Temps de Genève, 29 mars 2007.

. Follorou, Jacques : « Un document signé Jacques Foccart établit la pratique d’assassinat ciblé de l’Etat français », Le Monde, 5 septembre 2017.

. Gaillard, Philippe : La guerre d’Algérie du général Bellounis, L’Harmattan, 2009.

. Kessler, Jean : « La surveillance des frontières maritimes de l’Algérie, 1954-1962 », Revue Historique des Armées, n°187 (2/1992), pp. 94-101.

. Lacoste-Dujardin, Camille : « Opération Oiseau Bleu, 1956, Géostratégie et ethnopolitique en montagne kabyle », in Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 41, n°1, pp. 167-193, 1986.

. « Les Forces aériennes françaises libres, tome X, le Groupe Lorraine et le GRB1 », Revue Icare, n°174, 2000.

. Méléro, Antoine : La Main rouge, l’armée secrète de la République, édition du Rocher, 1997.

. Péan, Pierre : Jacques Foccart, l’Homme de l’ombre, Fayard, 1990.

. Tourancheau, Patricia : « La main rouge contre le FLN », Libération, 18 juillet 2001.

. Wailly, Henri de : Syrie 1941, la Guerre occultée, vichystes contre gaullistes, Perrin, 2006.

Notes : 

1 René Taro (1920-1969), l’un des plongeurs du SA, revendiqua avoir coulé à lui seul près de quatorze navires durant la guerre d’Algérie.

2 L’information concernant l’Athos avait été obtenue par les services français par plusieurs biais. D’une part via les écoutes effectuées par le procureur général de Suisse, Maurice Dubois, contre l’ambassade d’Égypte à Berne. Cette représentation était en effet le lieu d’intenses échanges entre le major Fathi al-Dib, chef du renseignement extérieur égyptien, et Taïeb Boulharouf, le représentant du FLN en Suisse. Fervent socialiste, le procureur Dubois avait accepté de rendre ce service au président du Conseil français, Guy Mollet, également patron de la SFIO. Les résultats de ces écoutes furent transmis au SDECE par l’intermédiaire du colonel Marcel Mercier, officiellement attaché commercial à l’ambassade de France mais en réalité chef de l’antenne suisse du SDECE. Lorsque la Tribune de Genève révéla l’affaire, le procureur Dubois se suicida (23 mars 1957), ce qui provoqua un énorme scandale et aboutit à l’expulsion de Mercier. Par ailleurs, le SDECE disposait également des tuyaux fournis par l’agent du Mossad implanté à Beyrouth, mais aussi par un espion infiltré sur le bateau lui-même, un dénommé Joseph Casquet. A la demande du gouvernement, l’affaire de l’Athos bénéficia d’une exceptionnelle couverture médiatique, car il fallait mobiliser l’opinion publique française en faveur du combat contre l’Égypte du colonel Nasser (l’opération contre Suez était alors en préparation).

3 Dans le but de contrer la propagande radiophonique du FLN, le SDECE et le SA vont également mettre au point deux fausses radios rebelles, le « Studio Kléber » (1958-1961) puis la « Somera » (1961), sans rencontrer il est vrai beaucoup de succès.

4 Les principaux de ces redoutables commandos de chasses seront les commandos Georges et Cobra de Saïda, le Groupement des Commandos de Chasses de l’Akfadou (GCCA), les commandos Yatagan-Tempête de Nemours, Kimono-2 de Palestro, Partisan-4 de Bouïra, 295 de Telagh, Journalier-2 de Relizane, P-12 de Fort-National et V-41-Toma de La Calle.

5 Tout cela Raymond Aron l’avait déjà dit en 1957 dans la Tragédie algérienne, un ouvrage qui lui avait valu d’être voué aux gémonies par toute la droite française.

6 Arrêté en Espagne le 8 octobre 1961 puis déporté aux îles Canaries, Argoud parviendra à s’évader. Il se réfugiera alors en Allemagne, où il sera finalement enlevé par les services spéciaux français le 25 février 1963. Ses déclarations à propos de l’aide qu’il avait reçue du SDECE ont été faites par lui devant la commission parlementaire chargée d’examiner les activités du service d’action civique (deuxième session, 17 mars 1982).

7 Si un certain nombre d’agents du SDECE préférèrent démissionner plutôt que d’avoir à lutter contre l’OAS et si certains apportèrent même une aide discrète à l’organisation clandestine, Raymond Muelle fut le seul officier à déserter ouvertement le SA pour rejoindre les rangs des insurgés. Capturé il fit plusieurs années de détention.

8 Les actes commis pendant la guerre d’Algérie (par l’un et l’autre camp) ont en effet été absous par le biais de nombreuses amnisties, et en particulier par le décret n°62-327 du 22 mars 1962 (« portant amnistie des infractions commises au titre de l’insurrection algérienne », accompagnée de l’ordonnance d’application n°62-427) et le décret n°62-328 du 22 mars 1962 (« portant amnistie des faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre dirigées contre l’insurrection algérienne », accompagné de l’ordonnance d’application n°62-327). Cf Gacon, Stéphane : « Les amnisties de la guerre d’Algérie (1962-1982) », Histoire de la justice, 1/2005 (N°16), p. 271-279.

Crédit photographique : la semaine des barricades à Alger, janvier 1960 (By Christophe Marcheux (Own work) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, via Wikimedia Commons)

 

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