Jean V de Bretagne (I) : diplomatie et politique

Le règne du duc Jean V, qui s’est étendu de 1399 à 1442, fut sans conteste à la fois l’un des plus longs mais aussi l’un des plus heureux de l’histoire de la Bretagne. A force de prudence et d’habileté, ce souverain réussit en effet à maintenir durablement la paix et la prospérité dans son Etat tandis que le reste du royaume de France subissait les terribles épreuves de la guerre de Cent ans. Cet exposé nous permettra de dévoiler ce que furent la politique et la personnalité de ce personnage aujourd’hui bien oublié, mais qui fut pourtant célébré de son vivant pour sa pondération et sa grande piété. Il nous permettra également de tracer le portrait d’un duché de Bretagne alors parvenu à l’apogée de sa puissance politique et économique.

I/ Les années d’apprentissage

  1. L’enfant du miracle (1389-1399)

En cette journée du 24 décembre de l’an de grâce 1389, veille de la Nativité du Seigneur Jésus-Christ, l’hiver s’était déjà bien installé sur la Bretagne. Le temps était froid et une mince couche de givre recouvrait les remparts et les toits de la bonne cité de Vannes, dont les ruelles étroites étaient parcourues par des figures furtives emmitouflées dans de lourds vêtements.

Dans les vastes appartements de son château de l’Hermine, dont il venait tout juste d’achever la construction, le duc Jean IV de Bretagne (1339-1399) attendait fiévreusement la délivrance de sa femme, Jeanne de Navarre (1370-1437). Sa chère duchesse lui avait déjà donné deux filles, toutes deux mortes en bas âge, la petite Jeanne (1387-1388) ainsi qu’une autre enfant, née en 1388 mais dont l’histoire n’a pas retenu le prénom. De ses deux premières épouses, le duc Jean n’avait jamais eu d’héritier. Or, à cinquante ans passés, il était déjà un vieil homme au regard des critères de l’époque. Etait-il donc maudit ? Avait-il donc courroucé le Seigneur en livrant d’aussi nombreuses guerres au cours de son règne ? L’avait-il irrité en témoignant d’un tel acharnement à vouloir défendre son pouvoir sur le beau duché de Bretagne ? Or, à quoi bon s’être battu tel un lion comme il l’avait fait pendant plus de vingt ans si c’était pour mourir ainsi, sans pouvoir laisser derrière lui d’héritier mâle ? Car en pareil cas, il ne l’ignorait pas, ses ennemis jurés les Penthièvre, et avec eux les Français, en profiteraient sans nul doute pour s’emparer de ses biens et ainsi mettre à bas tout l’édifice politique qu’il avait si lentement et si péniblement constitué.

Aussi, lorsqu’on lui annonça la naissance d’un fils, cette nouvelle le mit-elle au comble de la joie et il remercia le Ciel d’avoir enfin exaucé ses prières ! Il passa, n’en doutons pas, le meilleur Noël de toute son existence. A l’occasion de son baptême, le jeune garçon reçut le nom de Pierre, sans doute pour honorer l’ancêtre de la dynastie, Pierre Ier dit « Mauclerc ». Et le bonheur du duc Jean fut d’autant plus grand que, contre toute attente, son épouse devait lui donner encore six enfants au cours des années suivantes : ce furent d’abord Marie (1391-1446) et Marguerite (1392-1428), puis vinrent Arthur (1393-1458), Gilles (1394-1412), Richard (1395-1438) et enfin Blanche (1397-v.1420). L’avenir de la dynastie Montfort était enfin assuré, et l’indépendance du duché par la même occasion.

En tant que fils aîné du couple ducal, le jeune Pierre – que l’on appela bientôt Jean1 – fut soigneusement préparé à son futur règne. Nanti du titre de comte de Montfort-l’Amaury, il reçut une éducation soignée de la part d’excellents précepteurs, religieux et laïcs, qui lui apprirent tout d’abord à lire et à écrire le latin et le français tout en lui inculquant ses premiers rudiments de religion. On lui faisait souvent lire l’épopée des grands saints de l’Eglise, telle qu’on la trouvait contenue dans la Légende dorée, rédigée par Jacques de Voragine. Il découvrit également l’histoire et la géographie du monde à travers le Miroir de Vincent de Beauvais, vaste encyclopédie rédigée à l’époque de saint Louis mais toujours en usage.

En ce temps où l’importance du lignage primait sur tout, on lui apprit bien évidemment l’histoire de ses propres ancêtres. On lui raconta ainsi comment le prince Pierre de Dreux (1187-1250), descendant par les mâles du roi Louis VI de France, avait été placé à la tête de la Bretagne en janvier 1213 par la volonté de son cousin, le puissant et redouté roi de France Philippe II Auguste. On lui expliqua ensuite comment ses aïeux s’étaient illustrés à l’occasion des croisades, et ce que signifiait ce titre de duc et pair qu’ils portaient tous depuis 1297. On lui expliqua comment ils avaient patiemment su consolider leur pouvoir en abaissant celui de la noblesse féodale et du haut clergé. On lui raconta aussi avec maints détails comment son père, Jean IV, était parvenu à reconquérir la Bretagne au terme de la longue et terrible lutte qu’il avait du mener contre les partisans de son ennemi, Charles de Blois2. On lui narra aussi comment il avait fini par vaincre ce dernier à l’issue de la terrible et grandiose bataille d’Auray, le 29 septembre 1364. On lui rappela enfin que sa mère, Jeanne de Navarre, n’était autre que fille du célèbre Charles II de Navarre, dit « le Mauvais » (1332-1387), qui avait été l’un des plus grands feudataires du royaume de France et surtout l’un des principaux acteurs de la guerre qui avait opposé la France et l’Angleterre.

Jean fut élevé dans l’idée qu’il était un grand prince et qu’il devait, avant toute chose, apprendre à tenir son rang. On lui apprit donc à rendre les saluts, à relever ceux qui mettaient genoux à terre devant lui et à leur donner le baiser de paix. Mais à grand prince, il fallait nécessairement un grand mariage. Le 26 janvier 1392, Jean IV de Bretagne rencontra donc dans la ville de Tours le roi de France Charles VI, qui était venu vers lui accompagné de ses deux oncles, les ducs Philippe de Bourgogne et Jean de Berry. Ensemble, les quatre princes nouèrent alors un projet de mariage entre le petit Jean de Montfort et sa cousine Jeanne de France (1391-1433), fille de Charles VI. Comme cette dernière venait à peine de naître et que le prince de Bretagne était lui-même encore fort jeune, on convint cependant de ne célébrer leur union que plus tard. Contrairement à beaucoup de projets maritaux avortés, celui-ci alla finalement jusqu’à son terme. La cérémonie des noces se déroula ainsi à Paris, le 2 décembre 1396, en l’hôtel Saint-Pol et le paiement de la dot permit à Jean IV de pouvoir racheter aux Anglais la forteresse de Brest, dont les clés lui furent remises le 12 juin 1397. Tout semblait donc sourire au duc. Son duché était en paix et se relevait peu à peu de ses ruines. Nanti d’une solide armée et désormais assuré d’avoir des héritiers mâles pour lui succéder, Jean IV profitait de chaque instant car, à soixante ans passés, il se savait sans doute proche du terme de sa vie.

2. La régence de Jeanne (1399-1402)

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1399, en pleine fête de la Toussaint, le duc Jean IV mourut dans ses appartements privés de la Tour-Neuve à Nantes. Bien que, depuis quelque temps, il soit apparu un plus fatigué que de coutume, la soudaineté de son trépas choqua l’opinion et l’on soupçonna même la possibilité d’un meurtre. Deux prêtres, un temps accusés, furent cependant relâchés faute de preuve. Son fils, Jean de Montfort, qui n’avait pas encore dix ans, monta alors sur le trône de Bretagne sous le nom de Jean V. Comme il était encore mineur, c’est sa mère Jeanne qui reçut la régence. Le plus grand feudataire du duché, le seigneur Olivier V de Clisson3, fut choisi pour devenir le tuteur officiel du garçon et on lui assura donc la première place au conseil ducal.

Une régence demeurait cependant un moment politique très délicat à traverser. Entre les appétits de pouvoir des grands féodaux, les intrigues des factions politiques et les ambitions de conquête des monarques anglais, la régente Jeanne allait devoir faire preuve d’habileté et de détermination. Heureusement et malgré d’ultimes soubresauts en 1392, l’Etat breton entretenait d’assez bonnes relations avec son puissant voisin français.

La duchesse douairière s’en sortit plutôt bien, grâce notamment au fidèle soutien que lui apporta Olivier de Clisson, si bien que les inquiétudes initiales cédèrent peu à peu la place à un certain climat de confiance et d’espoir. Son fils, le jeune duc Jean, accomplit son premier acte public le 22 mars 1401, lorsqu’il fut solennellement sacré dans la cathédrale Saint-Pierre de Rennes. Le rituel de cette cérémonie nous est connu grâce au récit qu’en a laissé la Chronique de Saint-Brieuc. Il était calqué sur le couronnement des rois de France à Saint-Denis et s’appuyait sur une symbolique destinée à renforcer la majesté ducale. Au cours des semaines qui précédèrent la cérémonie, les rues principales de la cité furent soigneusement « encourtinées », c’est-à-dire que l’on disposa sur toutes les façades des tentures et des fleurs de toutes sortes. Après voir franchi à cheval la porte Mordelaise sous les bruits des tambours et des trompettes, le jeune duc dut tout d’abord s’adresser à la foule et promettre devant elle de respecter les « droitures, souverainetés, noblesses, libertés et franchises du patrimoine de Bretagne » ainsi que de protéger l’Eglise et de rendre une justice impartiale. Il passa ensuite la nuit en prière dans l’enceinte même de la cathédrale et ce n’est que le lendemain que se déroula la cérémonie du sacre proprement dite. Jean fut tout d’abord adoubé en tant que chevalier par Olivier de Clisson en personne. Il adouba ensuite lui-même ses deux jeunes frères, Arthur et Gilles. Après quoi, au milieu des volutes d’encens et des cantiques religieux, il reçut les « insignes de majesté » (regalibus indumentis) des mains de l’évêque des lieux, Anselme de Chantemerle. Entouré de ses principaux vassaux, le duc se fit ainsi apporter successivement l’épée, la bannière et le « chapel d’or » (cape dorée), avant de voir déposer sur ses épaules un manteau de pourpre bordé d’hermine. Enfin, l’évêque Anselme posa sur sa tête la couronne ducale à hauts fleurons. Après la messe, le jeune duc parcourut les rues de la ville sous les vivats de la foule puis s’en alla dîner sous la principale halle de Rennes, la « Grande Cohue ». Durant plusieurs jours, des banquets, des tournois et divers spectacles (jongleurs, montreurs d’animaux, représentations théâtrales) furent organisés pour divertir les participants de la cérémonie, les habitants de Rennes et tous les curieux qui étaient parfois venus de très loin.

On aurait pu penser que la régence irait jusqu’à son terme et que Jeanne finirait par transmettre elle-même les destinées du duché à son fils. Mais il n’en alla pas ainsi. Car Jeanne n’était apparemment pas décidée à se complaire le reste de sa vie dans le rôle de duchesse douairière qui l’attendait. En 1402, elle accepta ainsi de répondre favorablement à la demande en mariage que lui avait fait parvenir le nouveau roi d’Angleterre, Henri IV (m. 1413). Tandis qu’elle commençait déjà à préparer son départ pour l’outre-Manche, il fut cependant convenu qu’elle n’emmènerait pas ses enfants avec elle et qu’un nouveau régent devrait donc être désigné. Après bien des palabres, c’est finalement le duc de Bourgogne, Philippe dit « le Hardi » (m. 1404), qui fut choisi par les grands du duché de Bretagne (septembre 1402). Dirigeant officieux de l’Etat français depuis près de dix ans, c’est-à-dire depuis que la folie avait frappé son neveu le roi Charles VI, Philippe « le Hardi » était un homme d’une remarquable intelligence et d’une grande sagesse politique. Dès qu’il avait eu vent du mariage de Jeanne avec le monarque anglais, il avait envoyé des courriers aux Bretons pour se proposer de devenir le nouveau régent de leur duché et le protecteur du jeune Jean V. Philippe défendait depuis toujours le principe d’une monarchie féodale dans laquelle le roi ne serait jamais que le premier parmi ses pairs. Lorsqu’il discuta avec les envoyés du duché, il leur donna donc toutes les garanties nécessaires sur le maintien des nombreuses libertés dont eux-mêmes et leur Etat avaient joui jusqu’à présent. Dès lors qu’ils furent rassurés sur ce point, les nobles bretons donnèrent leur accord.

3. Le séjour parisien (1402-1404)

Le duc Philippe arriva donc à Nantes le 1er octobre 1402. Monté en grand équipage, il avait amené avec lui ses fils, les comtes de Nevers et de Rethel, ainsi que le comte Waléran de Saint-Pol et de nombreux seigneurs qui comptaient parmi ses vassaux. Le 19 octobre, il reçut officiellement la tutelle des enfants et la régence du duché et, dès le 3 décembre, il emmena avec lui le petit duc ainsi que deux de ses frères qu’il avait fait vêtir de splendides tenues de velours rouge. Après avoir confié l’administration directe de l’Etat breton au comte Guy XII de Laval, la duchesse Jeanne s’embarqua de son côté à Camaret le 26 décembre 1402 et arriva à Southampton le 1er janvier 1403. Son mariage avec Henri IV fut célébré le 7 février et son couronnement se déroula le 25 du même mois.

Durant toute une année, le jeune Jean vécut donc à Paris auprès du duc de Bourgogne. Il apprit sans doute beaucoup de choses durant ce séjour. Il découvrit notamment comment fonctionne les rouages administratifs d’un puissant Etat ainsi que que la façon de bien gouverner un grand fief. Sous la conduite de maîtres d’armes réputés, il apprit à bien manier l’épée et à monter à cheval alors que l’on est soi-même revêtu d’une armure complète, ce qui n’est pas une mince affaire. On lui enseigna aussi la façon dont une armée doit partir en campagne, la façon dont elle établit son camp, livre bataille ou assiège un château. A ses moments perdus et en compagnie d’autres jeunes seigneurs de son âge, le petit duc se plongeait dans des romans de courtoisie comme le Roman de la Rose de Guillaumes de Lorris et de Jean de Meung, dans lequel il trouvait exposées les valeurs que se devaient de respecter les vrais chevaliers : sens de l’honneur, courage dans la bataille, magnanimité dans la victoire, dévotion à Dieu et fidélité à son suzerain. Mais il fut aussi le témoin du faste quelque peu décadent de la cour des Valois et entendit sans doute parler de ces soirées orgiaques organisées par le frère du roi, le jeune duc Louis d’Orléans, qui payait des prostituées, pariait des fortunes et faisait constamment ripailles avec ses joyeux amis, tout en se piquant d’écarter bientôt le duc de Bourgogne du conseil royal afin de pouvoir enfin mener sa propre politique.

Le 24 décembre 1403, étant désormais entré dans sa quatorzième année, Jean V fut finalement déclaré majeur. Le 7 janvier 1404, il vint en l’hôtel Saint-Pol pour rendre l’hommage simple à Charles VI pour la possession de son duché de Bretagne. Contrairement à l’hommage lige, l’hommage simple n’incluait pas que le vassal se mette à genoux devant son suzerain, ni qu’il ôte son épée. Il n’avait pas non plus à formuler un serment absolu de fidélité à son suzerain4.

Le 14 janvier 1404, Jean V était déjà de retour à Nantes. Il réunit alors son premier conseil de gouvernement et remercia le comte Guy de Laval pour ses services tout en lui donnant son congé par lettre patente. Olivier de Clisson voulut le guider de ses conseils mais le jeune duc le remercia lui-aussi car il était fermement décidé à diriger seul son Etat. Le vieux Clisson prit d’ailleurs la chose assez mal et un affrontement entre les deux hommes aurait pu se produire si le vieux connétable n’avait pas eu la bonne idée de trépasser dans son château de Josselin le 23 avril 1407. Débarrassé de cet homme ombrageux et redoutable, Jean V était fin prêt pour débuter son règne personnel.

II/ La Bretagne, entre la France et l’Angleterre

Le nouveau duc breton était un jeune homme blond, au teint rosé et d’assez belle allure. Conformément à la mode de son temps, il était coiffé en calotte, c’est-à-dire qu’il avait les tempes et la nuque rasées très haut. De caractère, il était tout sauf impulsif et réfléchissait toujours très longuement avant de prendre la moindre décision. On le disait aussi fort dévot, gros mangeur, âpre au gain et à vrai dire assez peu chevaleresque. En somme, il était tout le contraire de son père. Certains critiquaient d’ailleurs ce manque apparent de relief. Mais Jean allait pourtant s’avérer un souverain remarquable, à la fois persévérant et appliqué, habile et rusé.

  1. Le féal vassal (1404-1415)

Durant tout son règne, le souverain breton ne cessa de jouer un dangereux jeu de bascule, alternant les alliances politiques tantôt avec Paris, tantôt avec Londres, afin de sauvegarder au mieux les intérêts de son propre Etat.

Alors que son père s’était montré plutôt hostile aux Français, surtout durant la première partie de son règne entre 1365 et 1373, Jean V choisit initialement de se comporter en vassal loyal à l’égard de son beau-père, le roi Charles VI.

Or, depuis 1403, une âpre guerre maritime opposait Français et Anglais. Cette lutte était marquée par une alternance de revers et de succès pour chacun des deux camps, si bien qu’aux coups de main des uns succédaient rapidement les représailles des autres. Jean V décida alors de prêter main forte aux Français. La flotte bretonne commandée par l’amiral Jean de Penhoët effectua ainsi des raids contre les îles anglo-normandes et même contre les côtes méridionales de l’Angleterre. En juin 1403, elle infligea une cuisante défaite à des pirates anglais au large du Raz de Saint-Matthieu. L’année suivante, en août 1404, l’armée bretonne réussit à déjouer une tentative de débarquement anglais à Guérande. Finalement, la mère de Jean, devenue désormais reine d’Angleterre, intervint pour mettre un terme à ce conflit et une paix fut conclue donc en mai 1407 , avant d’être renouvelée en 1409 puis en 1411.

Depuis la mort du roi Charles V le Sage en octobre 1380, le royaume de France connaissait une situation extrêmement délicate. Ayant toujours été assez fragile sur le plan mental, le roi Charles VI, avait dû être définitivement écarté des affaires en août 1392. Au conseil royal, les trois frères survivants de Charles V, les ducs de Berry, d’Anjou et de Bourgogne, oncles du nouveau souverain Charles VI, se partageaient donc le pouvoir, tout en puisant allégrement dans les caisses pour pouvoir financer leurs propres dépenses. A partir d’avril 1404, le duc Louis d’Orléans, frère de Charles VI, profita de la mort de son oncle Philippe le Hardi pour prendre la tête des affaires gouvernementales. Une lutte sourde ne tarda pas à l’opposer à son cousin, le nouveau duc de Bourgogne Jean sans Peur, fils aîné du « Hardi ». Le conflit entre les deux hommes devint de plus en plus aigu lorsque chacun se mit à recruter des partisans dans la noblesse, le clergé et la haute bourgeoisie. Finalement, en novembre 1407, Louis d’Orléans fut sauvagement assassiné à Paris par des nervis à la solde de Jean sans Peur.

La reine de France, Isabeau, qui avait soutenu jusque-là son beau-frère Louis d’Orléans, prit peur et s’enferma dans l’un de ses palais parisiens, de crainte que l’on ne s’en prenne aussi à elle. Elle fit alors appel à son gendre, le jeune duc de Bretagne et celui-ci, chevaleresque, accepta de répondre à ses sollicitations. Au cours de l’été 1408, Jean V s’en vint donc à Paris avec trois corps d’armées et, après avoir fait une entrée victorieuse dans la cité, vint réinstaller sa suzeraine dans ses appartements de l’hôtel Saint-Pol (26 août 1408). En ce même jour, il fut témoin de la séance du Parlement de Paris à l’issue de laquelle Jean sans Peur fut officiellement condamné pour avoir commandité la mort du duc d’Orléans. Mais le retour des Flandres du duc de Bourgogne à la tête d’une puissante armée vint bientôt mettre à mal ces velléités de justice. N’ayant ni l’envie ni l’intérêt de s’opposer de front à ce redoutable adversaire, Jean V prit alors avec lui le couple royal et quitta promptement Paris le 3 novembre 1408. Après avoir fait installer le roi et la reine à Tours, il rentra finalement à Nantes tandis que Jean sans Peur pénétrait dans Paris le 28 novembre. Ce n’est finalement qu’en mars 1409, après la conclusion d’une paix d’ailleurs toute provisoire, que le souverain de France et son gouvernement purent rentrer dans leur capitale.

Mais, le 7 octobre 1409, Jean sans Peur organisa un nouveau coup de force, contraignant ainsi ses adversaires, et notamment le duc de Berry, à quitter Paris et à partir en exil. Replié sur ses terres, Berry entreprit de constituer une coalition militaire qui vit officiellement le jour 15 avril 1410. Ce fut la « Ligue de Gien », que rejoignirent bientôt le duc Charles d’Orléans (fils de Louis), le duc d’Alençon, le comte d’Armagnac et le comte de Clermont. Cette initiative du duc de Berry devait marquer le début de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Jean de Bretagne, inquiet du rapprochement de Jean sans Peur avec Olivier de Penthièvre – auquel il venait de marier l’une de ses filles – rejoignit à son tour la Ligue de Gien (août 1410). Afin de renforcer encore cette alliance, il négocia le mariage de son jeune frère, Richard d’Etampes, avec Marguerite, sœur de Charles d’Orléans et fille de Louis d’Orléans. Mais les soldats de la Ligue de Gien échouèrent à reprendre Paris en novembre 1411 et une paix provisoire fut finalement conclue en juillet 1412.

A la suite de ce nouvel épisode peu glorieux, Jean V préféra prendre quelque recul avec l’épineuse question française et se concentrer sur le renforcement de l’autonomie de son duché. En 1410, pour la première fois, il avait fait frapper une monnaie d’or, le florin de Bretagne, accaparant ainsi un privilège habituellement réservé au roi5. En 1412, il négocia le mariage de sa fille aînée, la petite Anne, avec le jeune Charles, fils du duc de Bourbon, autre puissant feudataire du royaume.

Décidé à profiter de l’anarchie qui s’était installée en France, le nouveau roi d’Angleterre, l’impétueux Henri V de Lancastre, débarqua sur les côtes françaises le 12 août 1415 avec dix mille hommes d’armes. Au terme de durs combats, il parvint à constituer une tête de pont à Harfleur. Menacée comme jamais, la monarchie chercha à nouer des alliances de tous côtés. Sollicité, Jean V accepta une fois de plus de lui prêter son concours en échange de la restitution de la puissante cité de Saint-Malo, occupée par la France depuis l’époque de la guerre de Succession de Bretagne (19 octobre 1415).

En cet automne 1415, Henri V était en train de remonter vers le Nord avec ses soldats. Il espérait pouvoir atteindre Calais et regagner ensuite l’Angleterre avant de revenir en France pour entamer une nouvelle campagne l’année suivante. Mais, le vendredi 25 octobre, jour de la Saint-Crépin, la colonne anglaise conduite par son roi fut stoppée net par l’armée française dans la plaine d’Azincourt. Bien qu’en infériorité numérique, Henri V se prépara à livrer bataille. Or, et contre toute attente, la lutte tourna finalement au désastre pour les Français, dont l’armée fut totalement mise en déroute. Empêtrés dans leurs lourdes armures, les chevaliers français partis à l’assaut des solides positions ennemies se retrouvèrent rapidement englués dans la boue. Criblés de flèches, ils furent ensuite presque tous massacrés par les soldats anglais. Une grande partie de la noblesse française périt en à peine quelques heures. Jean de Bretagne s’apprêtait à rejoindre l’ost royal français avec ses propres troupes lorsque lui parvint la nouvelle de cette terrible défaite. Il décida prudemment de tourner bride et regagna ainsi la Bretagne avec une armée totalement indemne6.

     2. Une neutralité indécise (1415-1442)

Les Valois étant désormais considérablement affaiblis, et l’Angleterre plus que jamais en position de force, le duc de Bretagne choisit bien évidemment de renouveler la trêve qui l’unissait à Londres, ce qui le fit dès lors basculer dans une neutralité plutôt pro-anglaise. Après tout, sa mère, Jeanne de Navarre, n’était-elle pas la belle-mère d’Henri V ?

Privé de son armée, le royaume de France apparaissait désormais comme très affaibli et la ville de Paris semblait plus menacée que jamais. Après la mort du duc Jean de Berry, survenue le 14 juin 1416, le pouvoir en France passa entre les mains de Bernard d’Armagnac, devenu le principal chef du parti d’Orléans depuis la capture du duc Charles d’Orléans à la bataille d’Azincourt. Bernard d’Armagnac fit de son mieux pour défendre ce qu’il restait des domaines de la couronne de France mais, durant l’été 1418, il dût affronter une double offensive de la part de ses ennemis. Tandis que les Anglais venus de l’Ouest faisaient la conquête de la Normandie et s’emparaient de Rouen au terme d’un long siège (14 janvier 1419), les Bourguignons s’avancèrent depuis l’Est à travers l’Ile-de-France. Le 29 mai 1418, ils entrèrent finalement dans Paris, assassinant Bernard d’Armagnac et permettant ainsi à Jean sans Peur de devenir le nouveau chef du gouvernement français. Une terrible répression s’ensuivit. Durant près de trois mois, de juin à août 1418, des milliers de Parisiens soupçonnées d’accointance avec le parti des Armagnac furent massacrés sans procès.

Mais le Dauphin de France, le jeune Charles (futur Charles VIII), avait réussi à quitter la ville in extremis. Il se réfugia alors à Bourges où, sous son autorité, on organisa bientôt un véritable gouvernement parallèle. Discrètement, de nombreux officiers de la couronne entreprirent de quitter Paris pour se rallier à lui. Le duc Jean V favorisa d’ailleurs ce mouvement car il profita de ses fréquents séjours dans la capitale française pour permettre à plusieurs centaines de partisans du Dauphin de pouvoir le rejoindre sains et saufs dans la vallée de la Loire. En septembre 1418, Jean V vint personnellement à Saumur pour soumettre à Charles les propositions de paix formulées à Saint-Maur par un Jean sans Peur qui commençait à s’inquiéter lui aussi sérieusement des ambitions anglaises. Mais le Dauphin les rejeta catégoriquement, au motif qu’elles auraient fait de lui l’obligé de l’assassin de son cher oncle Louis d’Orléans.

La situation en France connut un nouveau rebondissement dramatique le 10 septembre 1419, lorsque le dauphin, Charles de France, fit froidement et traîtreusement assassiner son éternel rival, le duc de Bourgogne Jean sans Peur, à l’occasion d’une rencontre organisée sur le pont de Montereau. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fils et héritier de Jean sans Peur, rallia alors ouvertement le camp anglais (17 janvier 1420). Un traité franco-bourguignon-britannique fut bientôt signé à Troyes (21 mai 1420) par la reine de France, Isabeau de Bavière, au nom de son époux, l’infortuné Charles VI. Ce traité délégitimait le dauphin Charles, accusé par sa propre mère de n’être qu’un bâtard. Il reconnaissait également la légitimité des prétentions d’Henri V sur le trône de France. Ce dernier devait d’ailleurs épouser la fille de Charles VI et l’enfant qui naîtrait de cette union pourrait ensuite régner sur les deux nations, désormais réunies sous un seul trône. La France était à genoux : un quart de son territoire était occupé par les milices anglaises et un autre quart par celles des Bourguignons. Les campagnes étaient ravagées par les déprédations de soldats qui n’étaient payés que la moitié de l’année et qui, le reste du temps, vivaient sur le pays en rançonnant bourgeois et paysans.

Par un étrange hasard du destin cependant, les deux souverains, Henri V et Charles VI, moururent presque coup sur coup au cours de l’année 1422. A Bourges, le dauphin Charles fut donc immédiatement proclamé roi par ses partisans sous le nom de Charles VII, tandis qu’à Paris, le fils d’Henri V devenait Henri VI, roi de France et d’Angleterre sous la régence de son oncle paternel, le duc de Bedford.

Charles VII ayant imprudemment accueilli à sa cour les ennemis du duc de Bretagne, les fameux Penthièvre, ce dernier s’estima gravement lésé. Le 17 avril 1423, Jean V se rendit donc personnellement à Amiens afin d’apporter officiellement son soutien au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et au duc de Bedford dans leur lutte contre Charles VII.

A peine deux ans plus tard toutefois, sous l’influence de son frère Arthur, Jean V effectua un nouveau revirement et vint à Saumur pour rendre un hommage simple à Charles VII, qu’il reconnut donc comme le véritable roi de France, en dépit du traité de Troyes (7 octobre 1425). Une courte guerre s’ensuivit alors entre la Bretagne et l’Angleterre. L’armée franco-bretonne et les troupes anglaises se rencontrèrent à plusieurs reprises dans la région du mont Saint-Michel à partir de septembre 1426. Mais, en juin 1427, le connétable de France, Arthur de Richemont, fut disgracié par Charles VII, ce qui incita son frère Jean V à rompre de nouveau avec le « roi de Bourges » et à reconduire l’alliance anglaise (septembre 1427). Il devait maintenir cette attitude pendant les huit années suivantes.

Et pourtant, brièvement, aux alentours de 1429-1430, Jean V devait se montrer plus dubitatif. En effet, dès qu’il eut vent de l’arrivée devant la cité d’Orléans, assiégée par les Anglais, d’une mystérieuse jeune femme prénommée Jeanne d’Arc, le duc s’en montra fort intrigué. En mai 1429, il envoya donc son confesseur, le moine dominicain Yves Milbeau, afin qu’il tâche d’en savoir plus. Apparemment convaincu de la sincérité de la pieuse jeune femme, Jean V lui fit alors parvenir des chevaux de grand prix ainsi qu’une dague précieuse. Il autorisa également des chevaliers bretons à partir combattre à ses côtés, ce qui explique que les Armoricains furent très nombreux lors de la victoire de Patay, remportée par Jeanne contre les Anglais le 18 juin 1429. A la demande du duc, des délégués participèrent également à la chevauchée de Reims, qui allait permettre à Charles VII de pouvoir être officiellement sacré le 17 juillet 1429. Lorsque Jeanne d’Arc tomba aux mains des Bourguignons en mai 1430, le duc Philippe de Bourgogne fit annoncer la nouvelle à Jean V par le biais d’un émissaire spécial. On ne sait pas ce que pensa le duc Jean de la fin malheureuse de Jeanne d’Arc, brûlée vive à Rouen l’année suivante, mais toujours est-il qu’il n’abandonna pas pour autant l’alliance anglaise.

Vers cette époque, Jean V eut également maille à partir avec son neveu, le comte Jean II d’Alençon. Ce dernier lui avait en effet aliéné en 1427 sa baronnie de Fougères afin de pouvoir payer la rançon que lui demandaient ses geôliers anglais après l’avoir capturé lors de la bataille de Verneuil. Mécontent des conditions de la transaction, Jean II d’Alençon, une fois libéré, vint mettre le siège devant Pouancé en janvier 1432. Il eut même l’impudence de faire enlever le bras droit du duc, son fidèle chancelier Jean de Malestroit, qui était venu vers lui pour parlementer. Jean V s’allia alors aux Anglais dans le but de reprendre avec eux la cité de Pouancé. Suite à l’intervention d’Arthur de Richemont, cet affrontement se termina finalement par un retour au statu-quo ante. Ce fut la seule fois de son règne où le prudent Jean V choisit d’engager directement ses troupes aux côtés de l’armée anglaise.

Mais le duché breton, malgré sa neutralité, n’était pas totalement à l’abri des fléaux de la guerre qui faisait alors rage en France. Les marges orientales étaient naturellement les plus concernées. En 1429, une bande d’écorcheurs auvergnats ravagea ainsi les environs d’Antrain. Des déserteurs, anglais comme français, vinrent également piller le pays de Rennes à plusieurs reprises. Sur les côtes, la piraterie était devenue endémique et atteignit à plusieurs reprises les paroisses situées en bordure de l’océan. A l’inverse, la Bretagne, ou pour mieux dire les Bretons, influèrent régulièrement sur le cours de la guerre. En effet, à l’instar de Pierre de Rostrenen ou de Tugdual de Kermoysan, de très nombreux nobles bretons s’étaient engagés dans l’un ou l’autre camp en fonction de leurs intérêts ou de leur humeur du moment. Le jeune frère du duc, Arthur de Richemont (m. 1458), servit d’ailleurs avec fidélité l’armée royale de Charles VII et reçut même la charge de connétable en 1425. On a d’ailleurs vu que c’est la disgrâce qu’il subit en 1427 qui incita Jean V à faire temporairement le pari de l’alliance anglaise.

L’année 1435 marqua un tournant et vit se produire un redressement français spectaculaire. Taillée en pièce par les Français à la bataille de Gerberoy le 9 mai, l’armée anglaise perdit définitivement sa réputation d’invincibilité. Survenue en septembre suivant, la mort du duc de Bedford laissa le conseil royal anglais dans la plus totale confusion. Le roi Henri VI semblait en effet avoir hérité des troubles mentaux de son grand-père maternel et se montrait incapable de gouverner avec fermeté. Les Bourguignons acceptèrent alors de revoir leur alliance avec l’Angleterre et, au traité d’Arras, signé le 11 décembre 1435, ils reconnurent enfin Charles VII comme le légitime roi de France. En échange de plusieurs concessions territoriales, ils s’en tinrent désormais à une stricte neutralité.

Tranquillisés, les Français purent dès lors concentrer tous leurs efforts sur les Anglais. Le 17 avril 1436, Paris fut brillamment reconquise par le connétable de Richemont. Sensible à cette évolution de la situation militaire, Jean V revint à de meilleurs sentiments à l’égard de Charles VII. Arthur de Richemont servit alors d’intermédiaire afin de faciliter une meilleure entente entre la France et la Bretagne. Le 18 octobre 1440, les envoyés du duc de Bretagne partirent néanmoins à Londres afin de renouveler la paix signée avec l’Angleterre. Les Bretons s’engageaient, non pas à aider les Anglais, mais du moins à refuser de prêter un concours direct à leurs ennemis.

En février 1440, lorsqu’éclata la grande révolte de la « Praguerie », le duc de Bretagne se retrouva dans une position difficile. Certes, il ne pouvait que se réjouir du déclenchement de cette fronde révolte nobiliaire qui, emmenée par le dauphin Louis de France en personne (le futur Louis XI) et par les grands féodaux du royaume, affaiblissait la position d’un Charles VII qu’il trouvait de moins en moins disposé à tolérer l’autonomie de la Bretagne. Son propre fils, François de Bretagne, faisait d’ailleurs partie des conjurés. Mais il n’ignorait pas non plus que l’une des principales cibles des rebelles n’était autre que son propre frère, Arthur de Richemont, considéré à juste titre comme l’artisan des réformes militaires qui avaient mis le feu aux poudres. C’est pourquoi Jean V se maintint à nouveau dans une neutralité prudente, refusant d’appuyer aucun des deux camps. Bien lui en prit car la révolte s’avéra finalement n’être qu’un feu de paille. Malmenés par les troupes royales conduites par Richemont, les conspirateurs durent abandonner le Poitou (avril) pour aller se réfugier en Bourbonnais et en Auvergne. Ayant fini par se soumettre le 17 juillet 1440, ils obtinrent la grâce du roi qui conclut avec eux le traité de Cusset. Cette fin heureuse n’empêcha pas une nouvelle Praguerie d’éclater en mars 1442, et il faudra finalement attendre le mois de mai 1445 et l’ordonnance de Louppy-le-Châtel pour que les réformes militaires préparées par Richemont et ordonnées par Charles VII puissent être enfin appliquées. L’armée française put alors enfin se préparer à porter l’estocade finale aux dernières troupes anglaises qui s’accrochaient encore en Normandie et en Guyenne. Mais à cette date, Jean V n’était déjà plus de ce monde.

Suite partie 2

Notes :

1 Ce n’est que plus tard, lors de sa confirmation, le 2 décembre 1396, que Pierre reçut finalement le prénom de Jean (Jehan).

2 Née de l’indécision du duc Jean III de Bretagne (1286-1341) à choisir qui, de sa nièce Jeanne de Penthièvre (1319-1384) ou de son demi-frère Jean Ier de Montfort (1294-1345), devait lui succéder à la tête de ses États, la « guerre de Succession de Bretagne », ensanglanta le duché entre 1341 et 1364. Élevé à la cour d’Edouard III à Londres, Jean II de Montfort (1339-1399), fils de Jean Ier de Montfort, débarqua dans la Péninsule en 1356 et, grâce à l’appui anglais, triompha finalement de ses ennemis à la bataille d’Auray en 1364. Il monta alors sur le trône sous le nom de Jean IV. Il ne réussit toutefois à garantir son autorité de façon pérenne qu’après la signature du second traité de paix de Guérande, qui vit le roi de France Charles VI reconnaître enfin sa pleine et entière légitimité (4 avril 1381).

3 Olivier V de Clisson (1336-1407), dont le père avait été ignominieusement exécuté par le roi de France en 1343, avait d’abord choisi de combattre sous les ordres de Jean IV et s’était notamment illustré à la bataille d’Auray en 1364. Passé dans le camp français en 1370, il avait alors combattu aux côtés de Bertrand du Guesclin, avant de lui succéder comme connétable de France en 1380. Pendant quatre ans, de 1388 à 1392, il avait pratiquement dirigé le royaume de France à la tête de la faction dite des « Marmoussets ». Exclu du gouvernement après le déclenchement de la maladie de Charles VI en août 1392, il était alors retourné finir ses jours en Bretagne et s’était réconcilié avec Jean IV en 1396.

4 De 1212 à 1366, tous les ducs de Bretagne durent prêter l’hommage lige au roi de France. Jean IV fut le premier à imposer l’hommage simple et aucun de ses successeurs n’aurait pu y renoncer sans attenter gravement à la mémoire de leur ancêtre. A cette époque, le roi de France était bien trop affaibli politiquement et militairement pour espérer obtenir plus. Il se contenta donc d’accepter la chose.

5 Les frappes d’or s’étaient interrompues en Europe depuis la chute de l’empire romain. Elles furent peu à peu reprises à la fin du Moyen Âge, d’abord par la Castille (1175), puis par Naples (1231), Lucques (1245), Gênes (1252), Florence (1253), la France (1266), Venise (1284) et l’Angleterre (1344).

6 Fait prisonnier par les Anglais à l’issue de la bataille d’Azincourt dans les rangs de l’armée française, le frère de Jean V, Arthur de Richemont, restera détenu à la tour de Londres jusqu’en 1420.

 

Crédit photographique : détail de la statue du duc Jean V installée dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (bois polychrome), Morbihan.

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