I. Filiol « le Camelot »

Jean FILIOL (1909- 1969 ?)

L’activiste Jean Filiol, souvent surnommé « le Tueur », est une figure véritablement légendaire (et pourtant peu connue) de l’extrême-droite française. Véritable passe-muraille, il fut traqué par toutes les polices de France et passa la plus grande partie de sa vie dans la clandestinité. Après avoir commencé à militer dans les rangs de l’Action française, il devint l’un des fondateurs de la fameuse « Cagoule ». Durant la guerre, il s’engagea clairement dans la collaboration avec l’Allemagne, d’abord au sein du MSR, un parti fasciste, puis dans la Milice. Réfugié en Allemagne en 1944, il termina dans la SS. Du fait de cette trajectoire sulfureuse, Jean Filiol fut mêlé de très près à toute une série d’événements qui comptent parmi les plus dramatiques de l’histoire politique française. 

. Un jeune provincial (1909 – 1932)

Jean-Paul-Robert Filiol de son nom complet1 est né le 12 mai 1909, à Bergerac en Dordogne, au cœur du Périgord. Il faut admettre que rien ne prédestinait cet enfant d’un milieu modeste et provincial à jouer le rôle qui sera un jour le sien dans l’histoire politique française.

Son père, Louis Filiol (1876-…), servait en tant que sergent d’infanterie à Bergerac lorsqu’il fit la connaissance de la mère de Jean, Jeanne Bégout (1883 – 1970), fille d’un maçon du pays dénommé Sicaire Bégout (1836 – …) et de son épouse Jeanne Emery (1842 – 1929). Ils se marièrent à Bergerac le 28 septembre 1901 et emménagèrent dans un appartement du boulevard Montaigne. C’est là, entre la gare et le centre-ville, que Jean allait passer les premières années de sa vie, aux côtés de son frère aîné, Jean-Louis-Max2 et de sa grand-mère maternelle, Jeanne Emery, que son gendre Louis hébergeait depuis son veuvage.

Les Filiol étaient une famille d’origine paysanne et de culture protestante. Les grands-parents de Jean, François Filiol et Flavie Bleynie, travaillaient comme cultivateurs dans le bourg de Coussaude, situé sur la commune de Manzac-sur-Vern, près de Périgueux. Leur fils Louis reçut d’abord une formation de sabotier avant de s’engager dans l’armée en 1896. Après avoir servi pendant près de seize années au 108ème RI où il atteint le grade de sergent, il décida d’abandonner l’uniforme pour entrer dans l’administration des postes (1912). Il quitta alors Bergerac et rejoignit Angoulême avec toute sa famille. C’est là, au n°62 du boulevard de la République, à deux pas de la maison d’arrêt, que Jean allait passer la plus grande partie de son enfance et son adolescence.

En août 1914, lorsque sonne l’heure de la mobilisation, le sous-officier Louis Filiol est rappelé sous les drapeaux. En raison de son expérience il se retrouve d’abord nommé comme instructeur dans un régiment territorial d’infanterie. Mais l’armée manquant d’hommes du fait des terribles pertes qu’elle a subi, il est finalement envoyé sur le front, une première fois entre décembre 1914 et mars 1915n puis une seconde fois de décembre 1915 à novembre 1918. Louis Filiol combattra sur l’Yser, dans l’Aisne, en Argonne et dans la Somme. Son courage lui vaudra de recevoir la médaille militaire le 18 mars 1915.

Comme de nombreux de petits Français de son âge, le petit Jean va voir son enfance bouleversée par l’ombre terrible de la Grande guerre, qui mobilise alors toutes les énergies de la nation et occupe toutes les consciences. Durant quatre années, la famille Filiol va vivre au rythme des permissions du père et dans l’angoisse permanente de sa mort tragique. Dans les écoles d’Angoulême, comme dans toutes celles de France, on chante la Marseillaise et l’on écrit des lettres aux soldats. Peu de temps après la victoire de novembre 1918, Louis Filiol, qui a atteint le grade de lieutenant, décide de quitter définitivement l’armée. Il retrouve alors son emploi de commis à la poste centrale d’Angoulême.

Selon toute apparence, le jeune Jean semble avoir eu une enfance heureuse. Durant les années vingt, le pays se relève rapidement de ses ruines, l’économie progresse à un rythme soutenu et tous les espoirs semblent permis. Chaque été, la famille Filiol passe des vacances à Royan au bord de la mer. Jean intègre bientôt le lycée public d’Angoulême mais, pour on ne sait trop quelle raison, il décide de s’arrêter en classe de seconde. Sur le conseil de certains de ses proches, il rentre alors dans la vie active et devient apprenti chez le papetier local Laroche-Joubert (1925). Le jeune homme semble avoir développé très tôt un patriotisme exacerbé. Ayant renoncé au protestantisme de ses parents, il deviendra bientôt un catholique ardent.

Après son service militaire Jean Filiol songe pendant quelque temps à suivre les traces de son père et de son frère et à s’engager à son tour dans l’armée française. Mais il choisit finalement de demeurer dans le civil et s’installe alors dans la région parisienne, où il trouvera bientôt un emploi à l’usine de papier Hachette de Colombes. Doté de réelles qualités professionnelles, il devient rapidement cadre commercial au siège de la société, quai de Javel. Le 1er octobre 1935, il quitte la firme pour se mettre à son compte. Il fonde alors la FIPA, une société de courtage en papeterie dont il va installer les bureaux à Auteuil, rue Félicien-David, près du pont Mirabeau. Il achète alors un bel appartement rue Rémusat dans le 16ème arrondissement de Paris. Tout semble donc aller pour le mieux, mais ses activités politiques vont finir par prendre le pas sur sa carrière professionnelle.

. Le « camelot » parisien (1928 – 1935)

Jean Filiol semble avoir rejoint très tôt les rangs de l’Action Française. Henry Charbonneau se souviendra ainsi l’avoir vu vendre le journal de l’organisation devant l’église Notre-Dame de Royan (aujourd’hui détruite) alors qu’il devait être à peine sorti de l’adolescence.

En cette fin des années 1920, bien qu’elle ait été affaiblie par sa déroute électorale de novembre 1924, qui a porté au pouvoir le Cartel des gauches, et surtout par la condamnation officielle formulée contre elle par le pape Pie XI (5 septembre 1926)3, qui lui a fait perdre la moitié de ses adhérents, l’Action Française reste cependant le principal mouvement de la droite nationaliste française. Son fondateur et éternel directeur, Charles Maurras (1868-1952), a théorisé sa doctrine dans un ouvrage paru en 1900, Enquête sur la monarchie. Depuis cette époque son point de vue n’a pas varié et il l’expose à longueur d’articles dans les colonnes de son journal, l’Action Française.

Pour Maurras, il n’y a pas à transiger, il faut balayer la République et le plus tôt sera le mieux. A la place de ce régime faible et corrompu, il faut installer une monarchie héréditaire, qui appliquera ce qu’il appelle le « nationalisme intégral ». En somme, il s’agit de promouvoir partout et toujours l’esprit français en ayant pour seul guide la défense des intérêts nationaux. Gouvernant avec une poigne de fer, le souverain dont Charles Maurras souhaite l’avènement s’appuiera à la fois sur l’Église catholique (afin de redresser l’état moral du peuple), sur les assemblées locales (qui assureront la vie démocratique des villes et des provinces, mettant ainsi à bas le centralisme jacobin), et sur les corporations professionnelles (dont la récréation permettra de résoudre la question sociale). Antisémitisme, xénophobie, germanophobie, anti-maçonnisme et antiparlementarisme forment les autres socles de cette pensée très réactionnaire.

Pour les militants de l’AF, la « doctrine maurasienne » représente à n’en point douter le dernier défenseur du « prestige et de l’honneur français », c’est la solution de tous les maux, un bloc d’un seul tenant auquel il appartient de se convertir un peu comme lorsque l’on entre en religion. Pour Jean Filiol, l’AF est seule formation qui soit à même de sortir le pays de la décadence. Montant peu à peu en grade, il va bientôt pouvoir prendre en main la 17ème équipe des Camelots du Roi (1932 ?).

Créées en 1908, les Camelots du Roi ont été constitués à l’origine pour être les formations de jeunesse de l’AF4. Avec quelques milliers de membres, ils forment une sorte d’élite d’activistes au milieu des 70 000 adhérents de l’organisation. La plupart d’entre eux sont des étudiants, souvent issus de milieux plutôt bourgeois, mais on compte aussi quelques recrues venues de milieux plus populaires, comme Filiol. Ils sont reconnaissables à leur mise parfaite :  manteau à col de velours, gants beurre frais, chapeau melon et canne ferrée, ils portent une fleur de lys à la boutonnière. Ils s’occupent principalement de vendre le journal de l’organisation, chaque dimanche à la sortie de la messe, mais ils assurent également le service d’ordre durant les manifestations et lors des rassemblements organisés par l’AF.

A chaque fois qu’ils l’estiment nécessaire, les Camelots descendent sur le pavé parisien. On les verra défiler successivement contre le ministre Jean Hennesy, accusé de malversations financières (1928), contre le paiement des dettes de guerre françaises au profit de l’Amérique (1929), contre la politique de rapprochement franco-allemand soutenu par la Ligue des droits de l’homme (1930), contre la pièce du metteur en scène Jacques Richepin consacrée à l’affaire Dreyfus (1931), contre les conférences sur le désarmement (1931), etc. Les affrontements des Camelots avec la police, ou avec leurs adversaires politiques, sont parfois violents et les Camelots auront ainsi leurs « martyrs » comme Marius Plateau (assassiné le 22 janvier 1923 par une militante anarchiste), Ernest Berger (trésorier du mouvement, assassiné le 26 mai 1925) ou encore Jean Giraud (abattu par la police le 28 octobre 1928 alors qu’il mutilait une statue d’Emile Combes). Pendant plusieurs années, ils vont régner en maîtres sur les quartiers étudiants de la capitale, multipliant les coups de main contre les ouvriers communistes (les « salopards à casquette »), les juifs (« youpins ») et les étrangers (« métèques »).

Camelot modèle, Filiol est un militant fervent et passionné de l’AF. Présent chaque dimanche matin à la sortie de la messe devant l’église Notre-Dame d’Auteuil, il assiste à toutes les réunions et participe à toutes les manifestations. Les témoins qui l’ont connu en ce début des années 1930 se souviendront d’un homme à la fine moustache, toujours élégant et impeccablement mis. D’une taille relativement modeste (1,65m), il est doté de larges épaules et d’une extrême agilité physique. Il manifeste déjà ce caractère farouche qui deviendra son trait distinctif. Souvent inconstant, parfois colérique, presque toujours incontrôlable, il est tenace, courageux et surtout très déterminé. Filiol se fait très vite remarquer au sein du mouvement pour son activisme et sa violence. Il ne craint pas plus de donner des coups que d’en recevoir. Dès le 13 décembre 1932, il subit sa première arrestation après avoir été impliqué dans une bagarre survenue près de la Chambre des députés6. Par la suite, il finira souvent ses nuits dans les commissariats ou au dépôt du Palais de Justice. Comme tous les Camelots exaltés, le modèle de Filiol n’est autre qu’Henri Lagrange, sorte de prince de la jeunesse monarchiste d’avant-guerre qui connut une mort glorieuse au front en 1915 à l’âge de seulement 21 ans.

Sous la conduite de Filiol, la 17ème équipe des Camelots, basée à La Muette dans le XVIème arrondissement, va devenir l’une des plus puissantes et des plus redoutées de la capitale. Les 70 hommes qu’il a sous ses ordres l’admirent et le respectent. Beaucoup sont de jeunes idéalistes qui ont été élevés dans le vibrant souvenir de la Grande Guerre. Ils apprécient l’esprit martial mais aussi convivial qui règne au sein du service de sécurité de l’AF. Car à l’instar de leurs chefs, les Camelots cultivent un certaine truculence rabelaisienne. Les diners entre camarades et les sorties champêtres sont toujours l’occasion de mémorables parties de rigolade. D’ailleurs et malgré son catholicisme militant, le bergeracois est aussi un joueur invétéré et surtout un grand Don Juan5.

. Le tournant du 6 février 1934

Au début de l’année 1934, Jean Filiol va entrer dans l’histoire comme l’un des meneurs de la célèbre manifestation qui manquera de tourner à l’insurrection armée. Organisée en plein marasme économique (les salaires avaient diminué d’un tiers en trois ans), et dans le contexte brûlant de l’affaire Stavisky7, la manifestation du 6 février avait été planifiée par plusieurs associations de la droite nationaliste ; les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger, le Parti franciste de Marcel Bucard, la Solidarité française de François Coty, l’Action Française de Charles Maurras et surtout les Croix de Feu du colonel François de La Rocque.

Cet après-midi-là, entre 30 et 40 000 personnes se rassemblent sur les Champs-Élysées derrière le mot d’ordre « A bas les voleurs ! » tandis qu’un sit-in est également organisé sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Au cours de la soirée, la tension monte brusquement place de la Concorde lorsque les manifestants les plus virulents décident d’engager la lutte contre les forces de l’ordre. Après avoir brûlé un autobus qui passait par là, les émeutiers attaquent les cordons de police qui leur barrent la route vers la place de la Concorde. Réunis derrière Filiol, les Camelots de la 17ème section frappent en cadence les pavés de leur canne ferrée. A partir de 18 h, le bouillant Bergeracois emmène ses troupes à l’assaut des gardes mobiles qui se sont installés en rangs serrés sur le pont de la Concorde afin de barrer l’entrée du Parlement où le gouvernement Daladier doit être intronisé le lendemain. Refoulés à coup de bâtons, les émeutiers reviennent à l’assaut et s’en prennent à plusieurs reprises aux forces de l’ordre. Ils font voler les pavés et coupent les jarrets des chevaux avec des lames de rasoir. Les gardes mobiles finissent par répondre aux charges dont ils sont la cible par une fusillade nourrie. Postés de l’autre côté du fleuve, les militants des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque choisissent de ne pas intervenir. Dès lors, c’est l’échec assuré.

Au matin, le bilan des combats est très lourd, on recense 18 morts (dont 6 militants de l’AF et un policier) et plus de 230 blessés graves. Arrêté sur place par la police, Filiol sera rapidement libéré, faute de preuves concrètes de son implication dans la mort du policier. L’événement a un retentissement énorme. Dès le lendemain, le président Édouard Daladier, après avoir appris la défection de plusieurs de ses ministres, décide de présenter sa démission au chef de l’Etat Albert Lebrun.8 Tandis que la droite décide de resserrer les rangs autour de Gaston Doumergue, qui sort de sa retraite pour former un cabinet de choc, les gauches communistes et non-communistes entreprennent de leur côté de s’unir autour du thème de l’antifascisme, décision qui entraînera bientôt la formation d’une grande coalition électorale, le Front populaire (14 juillet 1935).

Le drame du 6 février 1934 suscite également des remous au sein de l’extrême-droite. Les militants les plus résolus de l’Action Française estiment en effet qu’ils ont été trahis par leurs principaux dirigeants. Ils en veulent en particulier à la vieille garde, constituée de Maurice Pujo (1872-1955), Léon Daudet (1867-1942), Georges Calzant (1897-1962), Maxime Real del Sarte (1888-1954) et bien sûr Charles Maurras (1868-1952). Ils estiment que ces supposés grands chefs ont gravement failli à leur tâche. Eux qui honnissent le régime à longueur de colonnes depuis plus de trente ans, ils ont non seulement laisser passer une occasion unique de prendre le pouvoir mais ont été jusqu’à qualifier publiquement l’attaque du 6 février d’aventureuse et de prématurée. Pour Filiol et les siens, une chose est désormais certaine, Maurras et ses amis préfèrent manifestement s’occuper de verbiages littéraires et de polémiques stériles plutôt que de préparer la prise du pouvoir et le renversement de la République. Dans ce cas, comment accorder encore du crédit à la parole de ces polémistes de salon et pourquoi demeurer sous le commandement de ceux qui ont clairement fait de l’Action française l’Inaction française !

C’est à ce moment que Filiol devient le collaborateur de celui auquel son nom va rester attaché, Eugène Deloncle. Polytechnicien, ingénieur aux chantiers navals de Saint-Nazaire et administrateur de plusieurs sociétés, ce dernier appartient sans conteste à la meilleure bourgeoisie. Mais c’est aussi un militant nationaliste convaincu et un homme d’action décidé. Alors qu’il est sorti de la guerre bardé de citations, il n’a pas hésité à venir militer au sein de la 17ème section des Camelots et à descendre dans la rue derrière Filiol comme un vulgaire étudiant en droit. Comme le savent ses amis, l’esprit de Deloncle est un curieux mélange d’ultra rationalisme (personne n’aime autant que lui les démonstrations chiffrées) et de chimérisme (car ses projets ne sont jamais autrement que grandioses).

Après diverses tentatives de conciliation, les ultras de l’AF choisissent finalement l’épreuve de force. Le 9 décembre 1935, la 17ème équipe des « Camelots du Roi » fait publier un long Mémoire sur l’immobilisme, dans lequel elle accuse les dirigeants de l’AF de faiblesse et même de trahison à l’égard de la patrie. Deux hommes, Georges Cabant (1897-1962) et Maurice Pujo (1872-1955) sont nommément visés. Le bas du texte comporte quatre vingt dix sept signatures. Derrière celle d’Eugène Deloncle, le principal auteur du putsch, on retrouve celles de son frère Henri Deloncle, mais aussi d’Aristide Corre, Jacques Corrèze, Gabriel Jeantet et bien sûr Jean Filiol. Contraints de réagir à cet affront public, les dirigeants de l’AF décident prononcer l’exclusion de tous les frondeurs (11 février 1936). Pierre Juhel (1910-1980) est alors choisi par Maurras pour réorganiser les Camelots de la région parisienne dans le sens d’un plus grand loyalisme à l’égard de la ligne dirigeante.

Bien qu’ils aient été chassés de l’AF, Filiol et ses amis n’ont aucunement l’intention d’abandonner la « cause ». Ils le prouvent en menant une action spectaculaire dès le 13 février 1936. Ce jour-là, alors que sont célébrées les funérailles de l’historien nationaliste Jacques Bainville, un des animateurs de l’AF, le cortège funèbre croise par hasard la voiture de Léon Blum qui sortait de l’Assemblée nationale au même moment. A l’angle de la rue de Bellechasse et du boulevard Saint-Germain, Filiol et ses camarades encerclent le véhicule de l’homme politique, qui est extrait de sa Citroën B-12, insulté et frappé. Filiol manque même de peu de le poignarder ! Le parlementaire socialiste réussira finalement à se réfugier dans le hall d’entrée du 98 de la rue de l’Université, où il sera protégé par des ouvriers qui travaillaient sur un chantier. Dès le lendemain, le gouvernement Sarrault fera interdire l’Action française, les Camelots et la Fédération des Etudiants de l’AF.

Les exclus de l’AF décident alors de se doter de leur propre structure politique. Le 18 mai 1936, ils créent donc ensemble le Parti National Révolutionnaire et Social (PNRS) qui s’installe au n°31 de la rue Caumartin. Mais ce PNRS, qui se présente comme l’avant-garde du « parti national », n’aura finalement que quelques semaines d’existence. Surveillé de près par le pouvoir, il est finalement dissous le 18 juin 1936 avec les autres ligues d’extrême-droite par le nouveau gouvernement de Front Populaire.

Cette dissolution ouvre les yeux de Deloncle. Ce n’est pas d’un parti officiel que viendra le salut de la nation française mais plutôt d’un groupe de militants prêts à tout et qui travailleront dans la clandestinité pour abattre le régime. C’est dans cet esprit que sera fondé le 1er juillet 1936, au cours d’une réunion clandestine organisée dans l’appartement parisien du couple Deloncle avenue Rodin, l’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale (OSARN)9 qui entrera dans la postérité sous le nom de « Cagoule ».

A suivre …

Notes :

1 Il est devenu courant d’orthographier le nom de « Filiol » avec deux « l », pourtant, sur tous ses papiers d’identité et en particulier sur son extrait de naissance c’est bien avec un seul « l » qu’il est écrit.

2 Jean-Louis-Max Filiol naît à Bergerac le 17 novembre 1905 (dossier militaire GR 8 YE 1072, archives de Vincennes). Très doué, il obtiendra grâce à son père une bourse qui lui permettra d’entrer au Prytanée militaire de La Flèche (1923). Ayant réussi le concours de Saint-Cyr, il en sortira parmi les premiers. Lieutenant au 170e RI, il sera envoyé en garnison à Kehl. En 1930, il partira au Maroc au sein du 2ème RTM. Il participera brillamment aux campagnes de pacification menées dans l’Anti-Atlas (1930-1934). Revenu en Métropole et affecté au 14e RTA basé à Châteauroux (1934-1939), il sera promu à l’état-major de la 56e DI. Il sera tué à Bologne, en Haute-Marne, lors de l’offensive allemande, le 15 juin 1940. Marié à Suzanne Boisteaux, il avait également eut deux enfants naturels, des jumelles qu’il avait reconnu, Colette et Suzanne.

3 Le 26 décembre 1926, les ouvrages de Maurras ainsi que le quotidien sont mis à l’Index par décret du Saint-Office. Le 8 mars 1927, les adhérents de l’Action française sont interdits de sacrements. Pie XI cherche alors à détacher le catholicisme de son image réactionnaire. Il reproche également à l’AF de faire passer ses projets politiques avant ceux de l’Eglise et de négliger les impératifs de charité et de miséricorde. Cette condamnation sera finalement levée en juillet 1939 par son successeur, le pape Pie XII.

4 Plusieurs figures éminentes des arts et lettres ont fréquenté les Camelots du Roi durant leur jeunesse, parmi eux : Georges Bernanos, Armand du Tertre, Théodore de Fallois, Pierre Boutang, Alexandre Sanguinetti, Marcel Wiriath, Jehan de Castellane, Pierre Bénouville, Pierre Gaxotte, Robert Brasillach, Philippe Ariès, Lucien Rebatet, Claude Roy, Pierre Mesmer, Raoul Girardet, Jacques Renouvin, etc. Beaucoup de ceux qui avaient été camarades de Filiol au sein de la 17ème section l’accompagneront tout au long de son aventure comme François Bayet. D’autres, bien qu’ayant fait des choix politiques différents des siens, comme Castellane, Sanguinetti ou Bénouville, ne renieront pourtant jamais l’estime qu’ils lui ont témoigné durant leur jeunesse.

5 A partir de 1932, la jeune modiste Alice Lamy (née le 16 décembre 1907 à Verneuil-sur-Igneraie, Indre) deviendra la compagne officielle de Jean Filiol. Fidèle à l’homme de sa vie malgré les nombreuses aventures extraconjugales de ce dernier, elle l’accompagnera jusqu’au bout de son aventure, y compris dans ses divers exils. Restée en France à la Libération, elle sera arrêtée par la Sûreté nationale en avril 1945. Jugée lors du grand procès de 1948, elle sera condamnée à cinq années de prison pour complicité de meurtre. Presque immédiatement libérée compte tenu de son temps passée en conditionnelle, elle rejoindra son mari en Espagne. Ils eurent deux enfants ensemble.

6 En décembre 1932, des manifestations d’anciens combattants encadrées par les Camelots demandaient la chute du ministère Herriot, mis en minorité à l’Assemblée sur la question du remboursement des dettes de guerre françaises aux Etats-Unis.

7 Juif d’origine russe et escroc notoire, Alexandre Stavisky a entraîné la faillite du Crédit municipal de Bayonne. Or, les poursuites judiciaires entamées contre lui traînent en longueur, en partie à cause des réticences d’un procureur de la République qui n’est autre que le beau-frère du président du Conseil, Camille Chautemps. Lorsqu’Alexandre Stavisky est finalement retrouvé « suicidé » dans un chalet de Chamonix le scandale est énorme. Eclaboussé, C. Chautemps doit démissionner. Son successeur à la présidence du conseil, E. Daladier, décide alors maladroitement de renvoyer le préfet de police de Paris, Chiappe, jugé trop favorable aux militants d’extrême-droite qui ont organisé la campagne médiatique contre Chautemps. Pour beaucoup, la République des « affairistes » et des « francs-maçons » démontre ainsi qu’elle préfère se serrer les coudes plutôt que de rendre des comptes à la justice. Les anciens combattants de 14-18, qui représentent alors 6 millions de personnes, soit près d’un homme sur deux, vivent particulièrement cette situation mal car ils ont payé le prix fort dans les tranchées justement pour défendre la République. Le 6 février, veille de l’investiture officielle de Daladier, les ligues appellent donc à une grande manifestation.

8 C’était la première fois qu’un gouvernement de la IIIe République se voyait contraint de démissionner sous la pression d’émeutes populaires.

9 Le nom de CSAR est resté dans l’histoire, bien que Deloncle ait toujours soutenu que son mouvement s’appelait en réalité l’OSARN, ou Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s