James Eli Mahon, un biker chez les ultra-orthodoxes

James Eli Mahon Jr dit « Eli Ha-Zeev »

Le destin de James Eli Mahon  aura été singulier à plus d’un titre. Jeune soldat américain, vétéran de la guerre du Vietnam, il faillit basculer dans la délinquance avant de faire sien l’idéal sioniste. Après avoir tout sacrifié pour ce dernier, il mourra lors d’une attaque palestinienne à seulement trente-deux ans. Son aventure illustre parfaitement celle d’un type d’homme que nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises dans ce blog, celui d’individus qui pour différentes raisons s’attachent à la défense d’un certain projet de société et qui vont démontrer qu’il sont prêts à tout pour le voir triompher, y compris à donner leur vie… ou bien à ôter celles de leurs prochains.

James Eli Mahon Junior naît à New York le 19 octobre 1947. Son père sert comme officier dans l’US Air Force, où il terminera sa carrière avec le grade de colonel. La mère d’Eli, surnommée « Sunny », est une femme profondément pieuse et très conservatrice. Leur jeune fils passe son enfance sur des bases militaires et, à l’adolescence, intègre l’institut militaire Edwards de Salemburg en Caroline du Nord. A la suite de quoi il part accomplir semestre d’études à la John Hokpins University de Baltimore.

Engagé volontaire dans l’armée américaine, il va effectuer deux séjours au Vietnam entre 1968 et 1970. Attiré par la violence et passionné par les armes, il devient tireur d’élite dans la prestigieuse 101ème Airborne Division. Au sein de son unité, il est toujours le premier à rechercher l’engagement avec les « Charlies », surnom que les Américains ont donné à leurs adversaires vietnamiens. Il sera d’ailleurs blessé à quatre reprises, dont une fois assez grièvement.

Profondément marqué par cette expérience, James Mahon va avoir du mal à se réintégrer à la vie civile. Toujours aussi anti-communiste, il va jusqu’à proposer ses services aux agents du FBI afin de les aider à infiltrer des organisations gauchistes. Il devient ainsi membre d’un groupe de motards, les Vipers de Washington, où il gagne le surnom de Crazy Jim (« Jim le Dingue »). Ces mauvaises fréquentations manquent de lui coûter très cher lorsqu’il est poursuivi pour une affaire de meurtre survenue à Newton St. L’argument de la légitime défense ayant été retenu, il sera finalement relaxé en décembre 1970.

Sa vie bascule subitement après la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. S’étant pris de passion pour le combat sioniste, il part s’installer en Israël où il se convertit au judaïsme (1974). Ayant adopté le nom hébreu d’Eli Ha-Zeev (« Elie le Loup »), il apprend l’hébreu et s’engage dans l’armée israélienne où il va servir dans l’infanterie. Son expérience ayant été jugée utile, il participe comme tireur d’élite à l’opération militaire menée par Tsahal au Sud-Liban en mars 1978 afin de détruire les bases de l’OLP. Il épouse une citoyenne israélienne mais son mariage n’est pas une réussite. Après son divorce, il se rapproche de plus en plus des positions radicales défendues par le mouvement Kach et par la Jewish Defence League, deux organisations fondée et dirigées par le rabbin new-yorkais Meir Kahane (m. 1990). En 1979, soupçonné d’avoir projeté l’assassinat d’un important membre de l’OLP aux Etats-Unis, Mahon est arrêté à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Il fera un mois de détention avant d’être finalement relâché par la justice. En tout, il effectuera près de six courts séjours dans les prisons israéliennes.

A la fin de l’année 1979, il s’installe dans la colonie juive de Kyriat Arba à Hébron pour y étudier la Torah et mieux vivre son rêve messianique. Implantée sur les hauteurs orientales du « Caveau des Patriarches », la colonie de Kyriat Arab a été fondée en 1969 par les rabbins Dov Lior (1933), Moshe Levinger (1935) et Eliezer Waldman (1937), trois membres éminents de Gush Emumin, une organisation dont l’objectif avoué est de repeupler de Juifs religieux la « Judée et la Samarie », d’en expulser définitivement la population arabe, de reconstruire le Temple de Jérusalem et de refonder un royaume davidique qui sera gouverné par la Loi juive, la Halakhah.

Installés au cœur d’une population arabe hostile, les colons de Kyriat Arab sont considérés comme les plus radicaux du pays et ils font tout pour étendre peu à peu leur zone d’implantation. En 1979, bénéficiant de la complicité du gouvernement de droite de Menahem Begin, ils investissent ainsi l’hôpital de Beit Hadassah (ar. Dabboya), situé en plein cœur de la vielle ville arabe. Elie Mahon, qui a participé à cette manœuvre audacieuse, assure régulièrement des tours de garde le long des barbelés et des murs qui enserrent cette zone ultra-sensible. Son fusil M-16 à la main, il n’hésite pas à menacer et à mettre en joue tous les Arabes qu’il rencontre.

Finalement, dans la nuit du 12 au 13 mai 1980, Mahon et plusieurs de ses compagnons se retrouvent piégés dans une embuscade menée par un commando palestinien lié au Fatah. Equipés d’armes automatiques et de grenades, les assaillants tirent sur les colons depuis le toit d’un bâtiment adjacent, faisant six tués et seize blessés. Cette attaque, connue sous le nom de « Massacre de Beit Hadassah », fut la plus meurtrière commise en Cisjordanie depuis le début de l’occupation de juin 1967. Mahon et les autres victimes de la tuerie seront enterrés au cimetière juif d’Hébron sous la présidence de Moshé Levinger et en présence d’une délégation officielle dirigée par le ministre des Affaires étrangères Yitzakh Shamir, le grand-rabbin Shlomo Goren et le chef d’état-major Rafael Eitan.

Les colons de Kyriat Arba vont ensuite transformer Beit Hadassah en un musée consacré à l’histoire de la présence juive à Hébron, ce qu’il est demeuré jusqu’à ce jour. D’autres s’attellent à la constitution d’une organisation secrète, le Machteret, qui va se donner pour objectif de se venger des Arabes. Et c’est ainsi qu’un mois plus tard jour pour jour, le 2 juin 1980, un double attentat à l’explosif visera un convoi d’officiels palestiniens. Le maire de Ramallah, Karim Khalaf, et celui de Naplouse, Bassam Shaka’a, seront grièvement blessés, de même qu’une dizaine d’autres personnes. Khalaf perdra son pied droit dans l’explosion et Shaka’a ses deux jambes.

Sources :

. William Claiborne : « Virginia Man’s Violent Word Ends in Westbank », Washington Post, 7 mai 1980.

Crédits photos : Le bâtiment de Beit Hadassah à Hébron. Par Yagasi (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, via Wikimedia Commons.

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