Le colonel Erouart et l’aventure du 11e Choc (V)

VI. La 11-DBPC au cœur de l’action

En tant que patron du 11ème Choc, Léonce Erouart va se retrouver aux premières loges pour assister aux événements qui vont aboutir à la prise du pouvoir par le général de Gaulle et donner à la France les institutions qui sont encore les siennes aujourd’hui. Il est bon de rappeler en effet que les unités de la 11-DBPC ont été très directement impliquées dans la préparation du plan « Résurrection ». Si le rôle exact qu’a joué Léonce Erouart dans cette affaire n’a pas encore été dévoilé par les historiens, cela n’a pas été le cas pour trois de ses collègues : Ignace Mantéi, Freddy Bauer et Pierre Thébault. Mais avant d’en venir au récit de ces événements, rappelons d’abord brièvement la situation de départ.

Depuis 1957, les accrochages entre soldats de l’ALN et militaires français n’ont cessé de devenir de plus en plus fréquents le long de la frontière qui sépare la Tunisie et l’Algérie. Ces affrontements vont atteindre leur paroxysme au début de l’année 1958. Le 2 janvier, quatre soldats français sont capturés puis emmenés en Tunisie. Le 11 janvier, au cours d’une véritable bataille rangée, 14 soldats français sont tués, 2 blessés et 4 autres capturés. Le 8 février, un avion doit même se poser en catastrophe à Tebessa après avoir été touché par des tirs d’armes automatiques provenant de Tunisie. La France ayant déjà fait plusieurs démarches infructueuses auprès du président Bourguiba pour que cessent ces attaques, l’armée décide d’exercer son droit de suite. Le 8 février, le général Salan envoie donc 25 avions bombarder le village de Sakhiet Sidi Youcef. L’opération, qui fera plus de 70 tués et 140 blessés, va déclencher un grave conflit diplomatique entre la France et la Tunisie. La position internationale de Paris semble alors si affaiblie que Washington et Londres vont obtenir de pouvoir dépêcher deux envoyés, Murphy et Belley, afin d’assurer une « mission de bons offices » et parvenir ainsi à un accord entre les parties.

Mais ce conflit géopolitique va devenir une affaire de politique intérieure lorsque, questionné par l’Assemblée, le président du Conseil Félix Gaillard va être obligé d’admettre qu’il n’avait pas été informé de la décision prise par le général Salan. Face à la polémique qui s’ensuit, le chef du gouvernement est finalement contraint à la démission le 14 avril. Deux pointures de la IVème République, Georges Bidault puis René Pleven, sont tour à tour pressentis pour lui succéder mais ils renoncent l’un après l’autre et c’est finalement le président du RMP, Pierre Pflimlin, qui finit par accepter de former un gouvernement, qui ne sera toutefois investi que le 13 mai.

A Alger pendant ce temps, on s’agite d’autant plus que le 9 mai on va apprendre que trois des soldats français capturés puis emmenés en Tunisie le 11 janvier précédent ont été exécutés par leurs geôliers. Dans l’après-midi du 13 mai, une foule en colère manifeste et finit par prendre d’assaut le siège du gouvernement général. Cet événement ne surprend guère tous ceux qui suivaient sur place l’évolution de la situation. Depuis plusieurs mois déjà, Alger bruissait de rumeurs de complots. Dans l’ombre, des groupes d’intérêts s’agitaient, qu’il s’agisse de militaires bien décidés à sauver l’Algérie française d’un « Diên Biên Phu diplomatique », ou bien de militants d’extrême droite honnissant la IVe République. Très habilement, des hiérarques gaullistes faisaient de leur mieux pour essayer d’unir ces contestataires vers un objectif commun : permettre le retour au pouvoir du général de Gaulle.

Dès le 13 mai donc, l’armée sort pour la première fois de sa traditionnelle réserve. Au motif qu’il lui incombe de ramener l’ordre et le calme dans la ville, le patron de la 10ème division parachutiste, le général Jacques Massu, constitue sous sa présidence un Comité de salut public qui s’empare du pouvoir dans la capitale algérienne. Le 15 mai, cédant aux pressions de son entourage, le chef de l’armée en Algérie, le général Salan, lance un appel solennel à de Gaulle pour qu’il accepte de revenir au pouvoir afin de régler la question algérienne. L’ancien chef de la France libre, officiellement retiré de la vie publique depuis plusieurs années, se tient en réalité très bien informé de la situation et surveille de près les initiatives de ses soutiens. Dans la soirée du 15 mai, il décide finalement de sortir de son mutisme et, à travers un communiqué transmis à l’AFP, annonce qu’il se tient désormais prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». A Alger, des scènes de « fraternisation publique » se produisent entre Européens et Musulmans, faisant croire que l’heure de la paix et de la réconciliation est enfin venue. Face à cette sécession algérienne et aux manœuvres gaullistes, le gouvernement de Paris semble comme frappé de paralysie. Après avoir vainement tenté de s’entendre avec le général Salan, Pierre Pflimlin décrète l’état d’urgence le 17 mai mais se refuse pourtant à user de la force. Le 19 mai, Charles De Gaulle accorde une conférence de presse pendant laquelle il va chercher à désarmer toutes les peurs qui s’attachent encore à son nom. La situation semble malgré tout bloquée et c’est finalement du 11ème Choc que va venir le coup qui va faire tout basculer.

Car l’unité d’élite va être la véritable cheville ouvrière du changement de régime. La responsabilité en revient à Jacques Foccart et à ses proches, Pierre Lefranc et André Jarrot, qui ont conservé de très nombreux amis au sein du SDECE et vont adroitement mobiliser leurs hommes. Depuis le camp de Cercottes et sous leur autorité, certains réservistes du 11ème (Marcel Chaumien, Pierre Henneguier, Henri Jacquier, Henri Gorce-Franklin, etc.) vont ainsi piloter le travail de leurs camarades et l’organisation des événements. Ainsi, c’est à un officier du 11ème, Pierre Thébault, que Foccart va confier la sécurité personnelle du général de Gaulle, tâche d’une grande importance en ces instants d’extrême tension. En Algérie, c’est à Aïn-Taya, dans un camp du 11ème, que le Comité de salut public va faire interner les fonctionnaires qui ont refusé de se soumettre à ses ordres. Lorsque le général Massu va devoir déterminer auxquels de ses collaborateurs il va confier la direction des forces de l’ordre dans le département d’Alger, c’est au colonel Yves Godard, l’ancien patron du 11ème Choc, qu’il va choisir de s’adresser. Et lorsque ce même Massu devra déterminer celui qu’il va missionner pour aller rencontrer les grands chefs militaires de Métropole afin de les convaincre de soutenir par les armes le retour du général de Gaulle, c’est encore une fois un ancien officier du 11ème qu’il va choisir, le commandant Robert Vitasse. Entre le 18 et le 24 mai, Vitasse va ainsi échanger avec les patrons de diverses unités parachutistes, les commandants de plusieurs régions militaires et même avec le directeur de la DST, Roger Wybot, et celui de la police judiciaire, Michel Hacq. Le supérieur direct de la 11-DBPC, le général Roger Miquel (1898-1978), commandant de la 5ème région militaire, sera l’un de ceux qui ont offrir leur plus entier soutien au commandant Vitasse. Au point qu’il sera choisi pour devenir le responsable opérationnel de l’opération Résurrection, cette manœuvre qui devait permettre aux parachutistes de s’emparer par la force des institutions républicaines.

Quant à Erouart, on sait qu’au début du mois de mai 1958, il avait reçu de ses supérieurs l’ordre de constituer une unité d’intervention rapide. Composée de 300 hommes, elle devait pouvoir se projeter en seulement 12 heures sur n’importe quel point du territoire. On peut raisonnablement penser que cette initiative avait contribué à mettre en place les structures qui serviront lors de la suite des événements.

Toujours est-il que c’est encore du 11ème Choc que va venir le coup décisif, celui qui va effectivement renverser la IVème République. Dès le 14 mai 1958, aux lendemains des événements d’Alger, un Comité de salut public avait été mis en place à Ajaccio sous la présidence d’Henri Maillot, un parent du Général. Mis au courant de la situation sur place, Jacques Foccart finit pas se convaincre que c’est de là que pourra venir l’étincelle. Il décide donc de contacter le capitaine Ignace Mantéi, le patron du 1er BPC. Installé à Calvi et Corte, ce dernier n’a que 260 hommes à mettre à sa disposition mais qu’à cela ne tienne, ils feront l’affaire. Tout se met alors rapidement en place.

Le 24 mai au petit matin, un avion Dakota venu d’Alger atterrit sur l’aéroport d’Ajaccio. A son bord se trouvent plusieurs militants gaullistes, dont le député Pascal Arrighi, mais on y trouve aussi Freddy Bauer, qui est alors le chef du GM-11. Ignace Mantéi est venu en personne les accueillir sur le tarmac. A 18h15, les parachutistes investissent sans coup férir la préfecture d’Ajaccio. Gendarmes, CRS et policiers, bien que très nombreux, ont choisi de ne pas résister malgré les ordres qui leur parvenaient en ce sens depuis le ministère de l’Intérieur. De fausses émissions radio par les gaullistes sont alors diffusées pour faire croire qu’ils sont soutenus par une foule en liesse. Le lendemain, 25 mai 1958, d’abord à Corte, puis à Bastia, la même scène va se reproduire, une poignée de militaires du 11ème ouvrant à chaque fois la voie aux membres des comités de Salut public qui vont ainsi pouvoir prendre le contrôle des affaires. L’envoyé de Salan, le colonel Thomazo va ensuite arriver depuis Alger pour occuper la fonction de gouverneur civil et militaire de la Corse.

Dans la soirée du 25 mai, lorsque le ministre de l’Intérieur Jules Moch présente son plan de reconquête de l’île de Beauté, ses collègues refusent de le suivre. Dans la nuit du 26 au 27 mai, Pflimlin et de Gaulle se rencontrent secrètement dans le parc de Saint-Cloud. L’échange est tendu mais les deux hommes se quittent finalement sans que rien n’ait été décidé. Dès le lendemain pourtant, forçant le destin, de Gaulle annonce publiquement qu’il a entrepris de constituer un gouvernement. Le 28 mai, face aux pressions du président de la République René Coty, Pierre Pflimlin finit par accepter de donner sa démission. Le 29 mai, le chef de l’Etat envoie un message aux assemblées pour qu’elles donnent l’autorisation au « plus illustre des Français » de pouvoir former un nouveau gouvernement, sans quoi il menace de démissionner à son tour. Dans la nuit du 30 juin au 1er juin, les chambres votent la confiance à de Gaulle par 329 voix contre 224. L’opération « Résurrection » est aussitôt annulée.

Le 15 février 1959, quelques mois après ces événements, Léonce Erouart va accueillir personnellement le chef de l’Etat à Perpignan afin de lui présenter son unité. On ne sait pas ce qu’ils ont pu se dire à cette occasion. Sans doute peu de choses d’ailleurs, car le chef de l’Etat n’était pas homme à se laisser aller à des confidences, à fortiori devant des subalternes. Mais peu importe en vérité car les faits sont là et sont indubitables. Les soldats qu’il avait devant lui ce jour-là étaient bel et bien ceux auxquels ils devaient d’être revenu au pouvoir.

. La seconde bataille des frontières (1959)

En cette fin des années 1950, la 11-DBPC est véritablement au sommet de sa force. Que ce soit au combat ou pendant les manœuvres, sa discipline impressionne jusqu’à ses partenaires de l’OTAN. Tous les six mois et par roulement, deux centaines des 11e et 12e Bataillons de choc partent rejoindre le GM-11 pour participer aux opérations de combat. Après avoir embarqué depuis Port-Vendres à destination d’Alger, le plus souvent à bord d’anciens paquebots des Messageries maritimes1, ils sont ensuite convoyés par camions jusqu’à Tipasa, une petite ville côtière située à l’ouest d’Alger où le GM-11 a été (très discrètement) encaserné2. Bien qu’il réside la plupart du temps à Perpignan, Erouart quitte régulièrement sa caserne pour se rendre en région parisienne ou en Algérie afin de participer à la planification des opérations.

Les combats vont atteindre leur paroxysme au début de l’année 1958 et certains de ces affrontements seront meurtriers pour le GM-11. Le 31 janvier, sur la route qui va de Rouffach à Constantine, près de la mosquée de Salah Bey, l’unité subit ainsi une embuscade qui va lui coûter 3 tués et 19 blessés. A peine deux jours plus tard, cette fois-ci dans le Djebel Tsegna, près de Bou Saada, une opération très dure va entraîner la mort de 4 hommes du GM-11 (dont Yves Rocolle, le patron de l’unité) et faire 4 blessés dans ses rangs.

L’année 1959 sera elle aussi particulièrement mouvementée. Alors que les offensives du plan Challe ont contraint une grande partie de l’armée à stationner dans l’intérieur des terres, les régions frontalières ont dû être assez largement dégarnies de leurs effectifs habituels. Or, malgré ses miradors, ses champs de mines et ses quatre lignes parallèles de barbelés et de murs, la ligne Morice et son doublon, la ligne Challe, ont également besoin d’hommes pour pouvoir les défendre contre d’éventuelles tentatives de franchissement.

L’état-major va alors demander aux services spéciaux de venir contrôler la zone dite du « Bec de canard ». Située l’Est de Souk-Ahras, elle est considérée comme la plus sensible de la frontière. Outre son relief très accidenté et sa végétation très dense, elle est en effet le terrain d’opération du redoutable bataillon n°19 de Salim Saadi. Implantée à Ghardimaou, cette unité de 500 hommes est sûrement la mieux organisée et la plus combative de toutes les formations de l’ALN. Si elle n’a pas la capacité de franchir massivement la ligne Morice, elle peut néanmoins mener des actions de harcèlements et de diversion qui doivent permettre de fixer les forces françaises pendant que d’autres groupes, plus réduits et plus discrets, en profiteront pour s’infiltrer ou s’exfiltrer du territoire algérien.

Le 17 janvier 1959, afin de garder le maximum de confidentialité quant à son engagement, le GM-11 reçoit une nouvelle appellation et devient le Détachement de Sécurité n°111. Son chef, Ignace Mantéï, vient alors s’installer à Zaarouria et commence à placer ses hommes le long de la frontière de part et d’autre du Bec de Canard : à Munier (Aïn Karma), Toustaint (Zitouna), Aïn Zana et Haddada, en face de Sakhiet Sidi Youcef. Les affrontements avec le bataillon n°19 ne vont pas tarder à se produire et les soldats de l’ALN vont se montrer à la hauteur de leur réputation, menant souvent la vie dure aux paras. Le 30 avril 1959, à l’issue d’une embuscade meurtrière tendue par l’ALN dans l’Oued Nechma, le DS-111 va ainsi enregistrer des pertes sensibles : 6 tués, 7 blessés et 1 disparu (dont le corps sera plus tard rendu). Le 5 juin suivant, un nouvel accrochage a lieu près de la mechta Loulijda. Il coûtera notamment au lieutenant Louis Campana, l’une des grandes figures du 11ème Choc. En octobre 1959, c’est Aïn Zana qui sera la cible d’un engagement très intense. Peu de temps après, le DS-111 sera finalement relevé par d’autres unités.

VI. Dernier passage en Algérie (1960-1961)

En avril 1960, Erouart apprend que le commandement a décidé d’effectuer ce qu’aux échecs on appelle un roque. En effet, tandis que lui-même sera remplacé à la tête du 11-BPC par le chef de bataillon Pierre Crousillac, il succédera à ce dernier à la tête du Groupement de marche, la composante opérationnelle de la 11ème demi-brigade parachutiste de choc. A la fin du mois, Erouart s’embarque pour l’Algérie afin d’aller prendre son nouveau poste, dont il sera investi le 17 mai 1960 à la faveur d’une prise d’armes officielle. En fait, une énième réorganisation est intervenue qui va permettre à Erouart de commander à la fois le GM-11 (soit 480 hommes) et la Section A (soit 150 hommes), que l’on a décidé de réunir pour la première fois au sein d’un seul et même ensemble baptisé Détachement opérationnel (DO). Au sein de son état-major, il va pouvoir compter sur de solides adjoints tels que Michel Jouslin de Nouray, Géo Puille, Jean Bertrand, Odon Soufflet, Jacques Nault ou encore Gustave Mouton.

Le voilà donc de retour sur le théâtre des opérations militaires après trois années d’absence. La situation qu’il retrouve n’a rien à voir avec celle qu’il a connu jadis. Alors que l’armée continue de poursuivre les dernières offensives prévues par le Plan Challe3, on évoque de plus en plus la possibilité d’une sortie de crise qui passerait par la voie d’un référendum et d’un cessez-le-feu. A la demande de ses supérieurs, le GM-11 n’en poursuit pas moins ses missions avec le sens de l’engagement dont il est coutumier.

Le 7 mai 1960 une partie des hommes est ainsi envoyée près de la frontière marocaine, dans le Djebel Mzi, où vient d’éclater une dure bataille, les Légionnaires du 2ème REI étant tombés par hasard sur 5 katibas rebelles qui tentaient de franchir la frontière algéro-marocaine. C’est l’opération « Col-vert », où une centaine du GM-11, emmenée par Roger Leducq, va s’illustrer et perdre trois hommes (un tué et deux blessés).

En mai et juin 1960, les soldats du 11ème Choc sont en opération dans le Djebel Chenoua, juste à côté de leur base de Tipasa. En juillet, une partie de l’unité, placée sous l’autorité de Gustave Mouton, va être envoyée à Collo pour participer aux opérations « Grenat » et « Jade II ». En septembre 1960, les 350 hommes du GM-11 vont tous venir s’installer en Kabylie pour assister le Groupement des commandos de chasses d’Akfadou (GCCA) du commandant Kohler. Que ce soit à Adekar, Azazga ou Sidi Aïch, les hommes du choc vont devoir arpenter les terrains les plus difficiles pendant de longues semaines. Mais les offensives « Jumelles » et « Rubis » ayant été des succès, ils auront bien du mal à trouver des adversaires. En avril 1961, ils partent dans les gorges de la Chiffa, à Tamesguida, une zone considérée comme l’un des derniers fiefs de l’insurrection. En avril et mai 1961, on les voit dans la Mitidja (Soumaa, Ferroukha, Chréa, etc.). En juillet 1961, l’unité tout entière est mise en alerte lorsque la base de Bizerte est attaquée par l’armée tunisienne. Mais l’affaire sera vite réglée et les hommes du GM n’auront finalement pas à intervenir.

Partout où ils opèrent, les hommes d’Erouart font ce qu’ils savent le mieux faire. Discrets et furtifs, ils « nomadisent » au cœur des zones les plus hostiles. Dépendant directement de l’état-major, ils n’ont pas à s’inquiéter de savoir s’ils franchissent une zone ou un secteur militaire particulier, seul le résultat compte. Pendant plusieurs jours et parfois plusieurs semaines, ils se déplacent ainsi silencieusement et à couvert, sillonnant les gorges les plus encaissées, les falaises les plus escarpées et les maquis les plus denses. Il savent parfaitement repérer les traces que l’ennemi aurait pu laisser, comme des restes d’un bivouac abandonné, un éclat de voix étouffé ou la fumée d’un feu aperçu de loin. Les lieux où ils se rendent ont généralement été transformés de longue date en « zones interdites »4. Toute la population en a donc été évacuée pour être réinstallée dans des villages de regroupement. Par voie de conséquence, tout individu est considéré comme hostile et peut être fait prisonnier ou au besoin abattu sans sommation. Marchant de nuit, les hommes du GM-11 s’installent au petit matin aux abords des lieux les plus stratégiques pour y monter des embuscades. Sous la pluie ou la neige, ou bien au contraire dans l’ardeur du soleil, ils peuvent rester ainsi camouflés pendant des heures et des journées entières. Les résultats obtenus ne sont pas toujours à la hauteur des efforts consentis, mais leur but n’est pas de faire du « chiffre ». Pratiquant une guerre d’attrition, ils doivent avant tout générer chez l’adversaire un sentiment d’insécurité permanente, l’épuiser et le décourager par tous les moyens jusqu’à ce qu’il estime n’avoir plus d’autre alternative que la reddition.

Même si chacun sait que l’on s’achemine désormais vers la fin du conflit, la tension n’en reste pas moins permanente. A Tipaza, les soldats récupèrent parfois des lettres contenant des menaces de mort jusqu’aux abords de leur caserne. Un jour, un commando du FLN viendra mitrailler les vacanciers sur la plage voisine de Chenoua. Un autre jour, un attentat sera commis contre les canalisations de la ville. Le 10 décembre 1960, six rebelles vont parvenir à infiltrer le café Le Centenaire de Tipaza, qui servait de mess aux officiers et sous-officiers du GM-11. Quatre personnes seront tuées, dont un militaire, et quatre autre blessées, dont un sergent. Alors que ses chasseurs avaient pris l’habitude d’aller combattre les armes à la main dans le djebel, voilà qu’ils étaient frappés par une attaque menée au cœur même de leur « zone de confort ».

De temps à autre, on demande aussi aux soldats du 11ème Choc de participer à des missions plus ciblées que de simples opérations de crapahutage. A partir de janvier 1961, Erouart s’investit ainsi très activement dans la préparation de l’opération « Antoine ». Il s’agit en l’occurrence de parvenir à neutraliser l’organisation de la wilaya IV de l’ALN, l’une des rares qui soit encore un peu active dans le pays. Jusqu’en avril 1961, le GM va donc parcourir tout l’Algérois à la recherche des militants et de leurs caches d’armes. Le couronnement de cette entreprise va être la neutralisation de Mohammed Djilali Bounaama, dit « Si Mohammed », le chef de la wilaya IV. Originaire de l’Ouarsenis, l’homme n’est pas n’importe qui5. Aux côtés de son prédécesseur, Si Salah, Si Mohammed a jadis participé aux négociations secrètes entamées par les chefs de la rébellion intérieure avec le pouvoir gaulliste dans le dos du GPRA (opération « Tilsit »). C’est d’ailleurs à cause de sa ferme opposition à ces discussions qu’elles ont fini par capoter. C’est le Premier-ministre en personne, Michel Debré, qui aurait transmis au SDECE l’ordre de le liquider.

Chef d’envergure, Si Mohammed utilise un poste radio ANGR-9 afin de communiquer avec ses chefs installés à Tunis et Oujda. Il sait bien que ces échanges radio peuvent être captés à tout moment par l’armée française, aussi n’en use-t-il qu’avec une grande parcimonie, n’envoyant que de brefs messages et se déplaçant ensuite très rapidement après la fin de chaque transmission. Mais sa prudence est finalement prise en défaut le 28 juin 1961, lorsque des renseignements humains puis les repérages radiogoniométriques du 44ème régiment de transmissions vont permettre de localiser son PC dans la ville de Blida. Le 7 juillet, Erouart se rend personnellement sur place. Hélas, plus aucun message n’est émis. Lorsqu’ils finissent par reprendre, les recherches vont permettre de circonscrire la localisation à la zone de la rue Poincaré, au cœur d’une zone formée de villas cossues. Une intervention est donc décidée pour la nuit du 7 au 8 août 1961. A 21h30, le 2ème commando du GM-11 se déploie dans la ville. A 23h10, il repère soudainement plusieurs hommes qui manipulent une antenne. Une première confrontation éclate, mais les suspects parviennent à se réfugier dans une maison isolée qui est alors immédiatement encerclée. A 00h10, l’assaut est mené. Alors que les Français viennent de pénétrer les lieux, les rebelles sortent soudainement de leur cache par une trappe masquée dans le sol. S’ensuit un affrontement extrêmement violent qui coûtera notamment la vie au lieutenant Jean Blazy, tandis que Jean Prévôt, l’adjoint d’Erouart, sera assez sérieusement blessé. L’échange se terminera cependant sur un succès puisque Si Mohammed sera abattu avec deux de ses hommes (dont son adjoint Si Khaled), tandis que cinq autres de ses hommes seront arrêtés.

Pendant ce temps-là, les hommes de la Section A continuent d’agir principalement au-delà des frontières algériennes afin de détruire des dépôts d’armes (ARMA) ou d’abattre des militants du FLN (HOMO). Entre juillet 1958 et juillet 1961, ils vont ainsi diriger près de 120 missions ARMA en Tunisie et 96 au Maroc. Au cours de la seule année 1960, ils mèneront près de 135 opérations de type HOMO (pas toutes réussies d’ailleurs). A titre d’exemple, on trouvera en annexe les opérations menées par l’unité au cours des seuls mois de mars et avril 1960.

A la mi-novembre 1960, sous le commandement d’Erouart, les hommes de la Section A vont piloter l’une des opérations les plus étonnantes de l’histoire de la guerre d’Algérie, l’opération HAOUES IV. Informé de la préparation d’une offensive générale de l’ALN contre la ligne Morice, le SDECE avait reçu l’ordre de l’empêcher par tous les moyens. Il s’agissait donc de faire comprendre à l’adversaire non seulement que son projet avait été éventé mais que les Français préparaient de leur côté une offensive préventive destinée à l’empêcher. Et il fallait agir de façon à ce que l’ennemi ne croit pas à un coup de bluff. Une solution est finalement trouvée. Le cadavre d’un maçon algérien, qui s’était tué en tombant d’un toit, va être récupéré à la morgue, habillé en parachutiste, puis largué en Tunisie dans une zone contrôlée par l’ALN. Dans ses poches, on placera des documents attestant que l’opération de franchissement prévue par les rebelles a été éventée. HAOUES IV sera menée comme prévue et l’offensive de l’ALN sera effectivement annulée.

Pas plus que d’imagination, les responsables de la Section A ne manquent non plus d’audace. A la fin de l’année 1960 encore, ils iront jusqu’à proposer à l’état-major de conduire une grande opération contre le quartier général de l’ALN implanté à Ghardimaou en Tunisie, avec pour objectif de liquider le chef d’état-major général de l’ALN, le colonel Houari Boumedienne. Le refus du pouvoir politique d’accéder à cette demande viendra leur démontrer que l’heure n’est plus à la lutte mais bien à la négociation. Alors qu’ils continuent de perdre régulièrement des hommes6, les troupes d’Erouart comprennent d’ailleurs de moins en moins le sens de leur combat et de leurs efforts.

Car l’année 1960 a effectivement marqué un tournant dans l’histoire du conflit algérien. En avril, le général Maurice Challe est remplacé à la tête de l’armée d’Algérie par le général Jean Crépin, ce qui revient à remplacer un belliciste notoire par une figure beaucoup plus circonspecte. Le 25 juin, des représentants du gouvernement français et de la rébellion se rencontrent pour la première fois de façon officielle à Melun près de Paris. Le 4 novembre 1960, le chef de l’Etat utilise pour la première fois le terme « d’Algérie algérienne ». Fin décembre 1960, à l’occasion d’un voyage présidentiel, de graves émeutes vont éclater à travers toute l’Algérie, faisant plusieurs dizaines de morts. Au cours de ces événements, le FLN va parvenir à démontrer qu’il est capable de faire descendre dans la rue des dizaines de milliers de manifestants, offrant un démenti cinglant à tous ceux qui affirmaient que le camp indépendantiste était exsangue et n’avait plus aucun soutien dans la population.

Le 8 janvier 1961, la victoire sans appel du « oui » au référendum sur l’autodétermination ouvre la voie à une Algérie indépendante. Dès lors, la troupe commence à entamer un retrait dont chacun sait bien qu’il aura des conséquences dramatiques pour les Européens d’Algérie et les harkis. Pendant confiance dans les institutions officielles et craignant pour leur avenir et leur sécurité, les pieds-noirs commencent d’ailleurs à s’expatrier en masse vers la Métropole. Le 20 mai 1961, afin d’offrir un « climat favorable à la négociation », le général Crépin demande à ses différentes unités d’interrompre leurs opérations offensives contre la rébellion. Cette trêve unilatérale va se prolonger jusqu’au 10 août suivant. Alors qu’elle était plus affaiblie que jamais, l’ALN commence donc logiquement à reprendre vie.

Mais toute cette évolution ne va pas sans susciter de fortes oppositions au sein de l’armée, en particulier chez les plus hauts gradés. Le 22 avril 1961, un groupe de généraux déclenchent un putsch et, grâce à l’appui de certains régiments, va parvenir à s’emparer d’Alger. Sollicité par les rebelles, Erouart refuse pourtant d’engager ses hommes à leurs côtés. Pourquoi a-t-il pris une telle décision ? Peut-être estimait-il trop faibles les chances de réussite des putschistes ? Ou bien peut-être pensait-il que, plus que nul autre, les agents des services spéciaux avaient le devoir se tenir aux côtés de leur gouvernement, quoi qu’ils puissent penser de sa politique ? Toujours est-il que, pendant plusieurs jours d’angoisse, son unité implantée en Kabylie va demeurer en alerte, prête à faire face à toute éventualité. En fin de compte, le pouvoir va parvenir à reprendre la situation en main à compter du 26 avril.

Son légalisme vaudra à Erouart de pouvoir conserver sa place à la tête du GM-11, ce qui ne sera pas le cas de son supérieur, le colonel Decorse. Jugé trop proche de ses hommes et donc trop peu sûr, ce dernier sera discrètement écarté. Promu au grade de général, il devra ainsi quitter le commandement de la 11-DBPC à partir du 5 mai 1961. Au cours des semaines suivantes, et alors que certains de ses anciens camarades décident de rejoindre les rangs de l’OAS7, Erouart se refuse une fois encore à sauter le pas de la clandestinité.

Au sortir de l’été 1961, les négociations menées à Evian entrent dans une nouvelle phase, décisive cette fois. Le général Charles Ailleret, nouveau commandant en chef en Algérie, ordonne alors la suspension définitive de toutes les opérations du GM-11 et de la Section A. Erouart et son nouveau supérieur, le colonel Albert Merglen (qui a pris la tête de la 11-DBPC en juillet 1961), doivent alors envisager de nouvelles perspectives pour leurs hommes. Pendant un temps, ils vont accepter de les mettre à disposition de l’état-major de la 10ème région militaire. Mais à nouvelle stratégie nouvelle direction. Le 30 septembre 1961, Erouart est ainsi remplacé à la tête du GM-11 par le chef de bataillon Ignace Manteï, un fidèle gaulliste.

VII. L’adieu aux armes (1961-1963)

Erouart se sait désormais sur la brèche. Le fait que de Merglen lui ait été préféré pour diriger la 11-DBPC était déjà un indice de la suspicion dans laquelle il était tenu par les hautes autorités militaire. Au plus fort de la lutte contre l’OAS, il sera même convoqué par la Sécurité Militaire et devra s’expliquer sur certains de ses choix. Pourquoi donc a-t-il choisi le général André Petit pour devenir le parrain de l’un de ses enfants ? Ignore-t-il donc le soutien apporté par ce dernier aux putschistes d’avril 1961, oublie-t-il qu’il a même fait un séjour à Fresnes à cause de cela ? Et ces nombreux stocks d’armes dont il a organisé l’implantation à travers l’Algérie lorsqu’il était à la tête du GM-11, était-ce pour servir l’OAS ? Erouart ne se démonte pas et décide de répondre point par point à toutes ces accusations. Le général André Petit est son vieux camarade de la Résistance et les liens qui les unissent sont plus forts que leurs opinions politiques respectives. Quant aux stocks d’armes qui ont été implantés à travers le territoire, ils l’ont été à la demande de ses supérieurs pour appuyer le Front algérien d’action démocratique (FAAD), cette organisation politique que les services spéciaux français avaient cherché à monter de toute pièce en 1960 pour contrer le FLN. La demande émanait de Michel Debré en personne. Ces réponses ayant semble-t-il convaincu les inspecteurs de la SM, Erouart ne sera finalement pas sanctionné.

Au contraire, une fois de retour à Perpignan le 6 octobre 1961, il se retrouve affecté à l’état-major de la 11-DBPC et, le 19 octobre 1961, Albert Merglen fait même de lui son adjoint direct à la tête de l’unité. En janvier 1962, Erouart part suivre un stage au camp de Mailly en Champagne, où se trouve le Centre de perfectionnement des cadres et instruction des tireurs de l’arme blindée cavalerie (CPCIT-ABC), ce qui revient peut-être pour lui à préparer une éventuelle reconversion au sein de son ancienne arme ? En février suivant, il est envoyé en observation aux championnats militaires de ski à Val d’Isère. En mars, il assure une mission de liaison entre la 11-DBPC et le CIRVP de Cercottes. Il se rend également à Calvi afin de s’entretenir avec les patrons du 1er BPC. Le 1er juillet 1962, il doit cependant céder sa place en tant que commandant adjoint de la 11-DBPC à l’officier Alexandre Boge.

Cette fois-ci c’est la fin. Le 15 janvier 1962, la Section A a été officiellement dissoute8. Le 30 juillet 1962, ce qui reste du GM-11 est rapatrié d’Algérie. Les unités de la 11-DBPC auront donc passé près de sept années en Afrique du Nord. Elles y auront subi des pertes assez conséquentes9 mais qui auraient pu être bien plus élevées si le personnel n’avait pas été si durement entraîné et formé avant d’être envoyé sur les terrains d’opération. Dans le même temps, les hommes de la 11-DBPC seront parvenus à neutraliser plus de 1 000 rebelles, auront fait 650 prisonniers et récupéré 1 100 armes (ainsi qu’un abondant matériel et de précieux documents).

L’heure étant à présent au démantèlement de la 11-DBPC, tous les officiers sont peu à peu réaffectés vers d’autres unités. En fin de compte, le 31 décembre 1963, la 11-DBPC et les deux bataillons qui la composaient sont officiellement dissous10.

Le 9 février 1963, Erouart est muté pour sa part à la subdivision militaire des Pyrénées-Orientales11. Bien que la guerre d’Algérie soit terminée, il n’en a pas fini avec la suspicion dont il est l’objet. Lorsqu’il se rend compte que son supérieur veut même lui interdire l’usage d’un téléphone personnel, il finit par donner sa démission.

Et ainsi, après avoir consacré plus 25 années de sa vie à la chose militaire, voilà donc Léonce Erouart désormais rendu à la vie civile. Pour tous les Français c’est un parfait inconnu. Contrairement aux officiers parachutistes des unités traditionnelles (Bigeard, Trinquier, etc.), et malgré toutes les campagnes qu’il a faites, il n’a jamais eu l’honneur de voir son nom cité dans la presse ou acclamé par des foules en liesse sur la place du forum d’Alger. Ses camarades morts au combat, en Indochine ou en Algérie, sont eux aussi restés dans l’anonymat. Mais c’est là le lot des agents des services spéciaux et ces derniers l’ont toujours accepté.

Comme il a semble-t-il pu nouer de nombreux contacts à Perpignan, l’ancien lieutenant-colonel décide de s’y installer à demeure avec sa famille. Il semble alors qu’il se soit lancé dans les affaires (peut-être dans le commerce du vin?). Dans les années 1970, un certain nombre de ses anciens collègues et plusieurs de ses subordonnés vont devenir officiers généraux et occuper d’importantes responsabilités au sein de l’armée de terre ou des services de renseignement12. Erouart en aura-t-il conçu un certain dépit ou même une certaine rancœur ? Nous l’ignorons.

En 1986, il accepte de livrer son témoignage et mêmes certaines de ses archives photographiques à Erwan Bergot, l’un de ses anciens soldats, qui a entrepris de rédiger un ouvrage sur l’histoire du 11ème Choc. Six ans plus tard, il va faire la même chose à l’égard de son vieux collègue, Raymond Muelle, qui s’est atteler à rédiger un livre sur les GCMA. Le colonel Erouart est mort à une date indéterminée. Son nom n’a jamais été donné à une quelconque promotion militaire et nous ne savons pas si sa mémoire a été plus honorée au sein de la DGSE.

Notes : 

1 Comme l’Athos II, l’El-Mansour, le Ville d’Oran ou le Ville d’Alger.

2 Le GM-11 disposait apparemment de plusieurs installations à Tipasa et dans la zone alentour, certaines étaient discrètement implantées dans d’anciennes fermes européennes réquisitionnées.

3 Après avoir déjà visé la Grande Kabylie (« Jumelles » et « Rubis », juil. 59 – sept. 60), la Petite Kabylie (« Turquoise », nov. 59 – sept. 60) et le Nord-Constantinois (« Emeraude » et « Topaze », nov. 59 – sept. 60), les offensives du plan Challe vont s’attaquer au massif de l’Ouarsenis (« Cigale », juil.-sept. 1960), aux monts de Ksour (« Prométhée », avril-nov. 1960), aux monts du Hodna (« Flammèches », mai 1960) et enfin aux Aurès (« Trident », oct. 1960 – avril 1961). Les résultats seront largement à la hauteur des efforts consentis : 26 000 rebelles tués, 10 800 autres capturés et 20 800 armes récupérées.

4 Dès le début des opérations en Algérie, l’armée ordonna ainsi le déplacement d’une partie des populations rurales et leur regroupement dans des centres urbains créés ex-nihilo qui furent placés sous l’autorité d’unités militaires appelées Sections administratives spécialisées (SAS). Les SAS avaient pour mission de subvenir aux besoins de leurs administrés mais aussi les surveiller et de les « rééduquer ». En 1961, près de deux millions d’Algériens vivaient dans de tels centres. L’objectif de l’état-major consistait à priver les rebelles de leurs soutiens logistiques. Quant aux zones désertées, elles furent interdites à la circulation sauf autorisation spéciale et tout individu considéré comme suspect pouvait donc y être abattu sans sommation.

5 Né en 1926 à Molière (act. Bordj Bou Naâma) dans l’Ouarsenis, Bounaama participa à la Seconde guerre mondiale au sein d’un régiment de Tirailleurs algériens. Mineur, il devint syndicaliste avant d’adhérer au PPA-MTLD. Il rejoignit les maquis de l’ALN dès 1955. Il prit rapidement la tête de la zone 3 de la wilaya IV et supervisa notamment l’élimination de « Kobus » et de son faux maquis. A la fin de l’année 1958, il devint le chef militaire de la wilaya IV sous les ordres de M’Hamed Bougara puis de Mohammed Zamoun dit « Si Salah ». Au début des offensives du plan Challe, il accueillit les rescapés de la wilaya V et, lors des affrontements de Bab el Bacouche, il commanda à près de 1 200 maquisards, soit le plus grand rassemblement de combattants de toute la guerre d’Algérie. En juin 1960, il renversa Si Salah et prit sa place en tant que commandant de la wilaya IV. En décembre 1960, il organisa les grandes manifestations qui permirent au FLN de revenir sur les devants de la scène. Au milieu de l’année 1961, il était l’un des très rares pionniers de l’insurrection à être encore en vie. Il était devenu une véritable légende à force d’avoir survécu à d’innombrables batailles et à tous les pièges tendus par l’armée française.

6 Le 13 décembre 1960, Erouart avait ainsi perdu l’un de ses principaux adjoints, le capitaine Odon Soufflet, mort à l’occasion d’une séance de tir à Sidi Aïch en Kabylie. Il avait mis au point un nouvel équipement de tir de nuit dont il voulait faire la démonstration.

7 Dont le colonel Yves Godard, qui deviendra lui-même l’un des principaux chefs de l’OAS. Parmi les anciens du 11ème Choc ayant participé au putsch ou à l’OAS, on va retrouver certaines « pointures » comme Raymond Muelle (1921-2013), Jean Vallauri (1928) ou Robert Vitasse. Le cas de Philippe Castille (1926-2015) est particulier puisqu’il avait rejoint les rangs de l’illégalité dès 1956.

8 SHD 1H1474/2-3.

9 En tout, la 11-DBPC a perdu 88 hommes en Algérie (y compris 7 officiers et 17 sous-officiers) et eu 146 blessés (dont 12 officiers et 33 sous-officiers)

10 L’expérience accumulée par les hommes du 11ème Choc, des GCMA et de la Section A ne sera pas perdue pour autant. L’aspect « choc » sera repris par le 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine (1-RPIMa). L’aspect renseignement et infiltration en profondeur sera récupéré par le 13ème Régiment de dragons parachutistes (13-RDP). La partie instruction instruction sera attribuée au Centre national d’entraînement commando (CNEC), qui viendra s’implanter dès le 1er janvier 1964 dans la forteresse de Mont-Louis. Enfin, l’aspect clandestin sera récupéré par la composante terrestre du Service Action du SDECE, le Centre parachutiste d’instruction spécialisée (CPIS), qui viendra s’implanter dans la citadelle de Perpignan.

11 SHD : AM 03.469/T/PM/EM/3.

12 Alain de Marolles deviendra le chef du Service Action du SDECE en 1974. Michel Jouslin de Noray deviendra général de division. Après une carrière dans la préfectorale, Jacques Dewâtre prendra la tête de la DGSE en 1993. Quant à Jeannou Lacaze, il poursuivra une très belle carrière jusqu’à atteindre le poste de chef d’état-major général des armées (1981-1985).

Crédit photographique : la façade du Palais des rois de Majorque à Perpignan. C’est juste derrière que se trouvait le QG du 11e Choc [By ZohaStel [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, from Wikimedia Commons]

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