Le colonel Erouart et l’aventure du 11e Choc (IV)

Partie III

V. Erouart à la tête du 11-BPC (1957-1960)

. De nombreuses responsabilités

Le 1er novembre 1957, après avoir passé près de deux années sur place, Erouart quitte finalement l’Algérie pour aller remplacer le capitaine Freddy Bauer à la tête du 11ème bataillon parachutiste de choc1. Après la vie trépidante qu’il n’a pas cessé de mener depuis son départ en Indochine en 1952, il va enfin pouvoir jouir de la tranquillité et du repos qu’offrent la vie de caserne. De façon annexe, il va aussi pouvoir enfin profiter des siens2. Diriger l’unité où il a jadis été instructeur est une sorte de consécration. Cela témoigne par ailleurs de la confiance que ses supérieurs ont en lui.

Le 11-BPC de Perpignan est une assez petite formation comprenant un peu moins de 500 hommes. Il se compose d’une compagnie de commandement de 135 personnes réparties entre une section de commandement proprement dite et une section administrative chargée du suivi du ravitaillement, du matériel, des transmissions, du renseignement et des transports. Le gros des troupes, soit environ 300 hommes, est réparti en trois compagnies (également appelées centaines ou bien commandos) qui comprennent chacune une section de commandement et trois pelotons comptant pour leur part cinq équipes de six hommes (les sticks).

Le poste de chef de corps est très exigeant. Placé sous la supervision du colonel Pierre Decorse, son supérieur hiérarchique direct (qui est lui aussi installé à Perpignan), Erouart ne doit pas seulement commander la formation et le déploiement de ses hommes, il doit encore veiller à tout ce qui concerne leur vie matérielle : soldes3, nourriture, habillement, ameublement, chauffage, éclairage, santé, hygiène, couchage, armement, munitions, outillage, etc. Heureusement, il peut s’appuyer sur un état-major qui comprend en tout près d’une trentaine de personnes, dont plusieurs officiers d’intendance4, des secrétaires et un médecin.

En tant que chef de corps, Erouart a également la responsabilité de noter ses subordonnés et de les inscrire sur le tableau d’avancement. Il doit aussi fréquemment intervenir pour régler les querelles et les difficultés qui ne manquent pas de surgir au sein d’un bataillon composé de personnalités aux caractères bien trempés et soumis qui plus est à une redoutable pression5. Régulièrement, il doit rédiger des rapports sur le moral de ses troupes et les faire parvenir à ses supérieurs de la 5ème région militaire et du boulevard Mortier en n’oubliant pas d’y faire figurer ses propres recommandations. Si le 11ème est très bien doté en matériel, ces beaux outils coûtent cher et s’abîment rapidement, surtout qu’ils sont soumis à rude épreuve. Il faut donc fréquemment les remplacer, quitte à devoir se battre pour obtenir les crédits nécessaires auprès du ministère des armées.

La plus grande partie de l’activité du chef de corps consiste cependant à superviser l’instruction des recrues. Car le 11e Choc est en réalité une unité d’instruction beaucoup plus qu’une unité opérationnelle. Tous les deux mois environ, de nouveaux conscrits se présentent ainsi à l’entrée de la caserne de Perpignan.

Alex Logereau, dans l’ouvrage cité en bibliographie, a parfaitement décrit le très rude entraînement auquel il a été soumis en tant qu’appelé entre 1958 et 1960. Il ne s’agira donc pas pour nous de revenir en détail sur celui-ci, mais seulement d’en souligner les principales étapes.

Cette formation va durer entre 16 et 30 mois, soit la durée du service militaire à l’époque, et va comporter trois grandes phases. La première est dispensée directement par le 11-BPC sur plusieurs sites des Pyrénées-Orientales. Elle comprend une instruction de base, un stage d’aguerrissement et enfin l’apprentissage du parachutisme. Une partie seulement des effectifs va ensuite recevoir une seconde instruction, plus spécialisée, qui va se dérouler en Corse, au sein du 1-BPC. Tous les soldats, quels qu’ils soient, partiront ensuite accomplir un séjour opérationnel en Afrique du Nord. A terme, les meilleurs pourront éventuellement se voir intégrer au Service Action du SDECE.

La chronologie des différentes étapes de cette formation a pu changer selon les besoins et les aptitudes des recrues, mais elle comprenait à peu près toujours les éléments suivants :

  1. L’instruction de base

C’est la formation militaire proprement dite. Elle se déroule à la caserne de Perpignan et dure entre deux et trois mois. Après avoir abandonné leurs vêtements civils à la consigne, les recrues se voient remettre leur paquetage par le fourrier du bataillon : tenues, chaussures, ceinture, etc. On les informe ensuite de leurs numéros de commando, de peloton et de compagnie d’affectation avant de les conduire vers leur chambrée. Ils devront passer chez le coiffeur (ou plutôt le tondeur) et se faire administrer les vaccinations obligatoires. Le matin suivant, à l’occasion de leur première levée des couleurs, ils vont se rendre dans la cour de la caserne où va se dérouler l’appel. Le chef de corps leur fait alors un court exposé sur l’histoire de l’unité avant de leur présenter leur encadrement, à savoir l’adjudant qui va diriger leur commando et les sergents qui seront chargés de leur peloton. Au fil des semaines suivantes, à l’occasion d’interminables et très pénibles séances, les recrues vont apprendre à reconnaître les grades, à saluer, à marcher au pas et à présenter les armes correctement.

Mis au point par Louis L’Helgouach, le programme d’instruction de combat du 11ème choc est particulièrement intense. Comme bien d’autres, L’Helgouach avait été formé à l’école britannique, dans les Écoles d’Entraînement Spécial (Special Training School, STS)6 dont il a repris les grands principes.

La formation débute donc par des tests d’effort qui doivent déterminer le niveau physique réel des recrues : 80 flexions des jambes avec le buste droit et les mains tendues, 40 pompes, 60 abdominaux et enfin le test de Cooper, qui va consister à courir pendant 12 minutes avec l’intensité maximale. On passe ensuite le test du gaz, qui doit mesurer la capacité de résistance au stress. Il consiste à enfermer les recrues pendant environ 10 minutes dans un baraquement où l’on aura lâché une cartouche de gaz asphyxiant. Le test se pratique dans une totale obscurité, accroupis et avec un masque à gaz sur le visage.

Après quoi va commencer la routine du 11-BPC. Levées à 6h du matin au son du clairon, les recrues ont droit à une heure de footing en survêtement à travers le quartier qui entoure la caserne. Une fois de retour et après une brève toilette, ils vont prendre leur petit-déjeuner sur la table de la chambrée. Ils ont à peine rangé leurs affaires et fait leur lit au carré que c’est déjà l’heure de l’appel. C’est toujours la bousculade pour arriver le premier dans la cour car les retardataires auront systématiquement droit aux corvées du jour (nettoyage des locaux et des toilettes, préparation des repas, plonge, jardinage, etc.). Après un passage en revue et un examen minutieux de leur tenue, on leur expose le programme de la journée.

En général, les recrues vont embarquer dans des camions afin de partir s’entraîner au tir dans l’enceinte du camp Joffre situé à Rivesaltes, au nord de Perpignan. Contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres unités, ici les cartouches ne sont pas limitées et c’est avant tout le résultat qui compte. Mais savoir viser juste ne suffit pas, il faut aussi savoir comment démonter, nettoyer et remonter son arme à la perfection pour ne pas qu’elle s’enraye. Pour les habituer au bruit des balles et leur apprendre à se mettre à couvert, on simule fréquemment des embuscades, des jets de grenades, etc. Sur le plan offensif, les recrues vont devoir apprendre à avancer par bonds successifs jusque vers l’objectif et à protéger leurs camarades en assurant des tirs de couverture. Il leur faudra aussi connaître la meilleure façon de réparer un véhicule, de le désensabler ou de le désembourber en cas de besoin. Le soir, chacun doit nettoyer son arme avant de la ranger dans le râtelier. Comme dans toutes les autres unités, les repas du midi et du soir se prennent aux réfectoires et les rares moments de détente ont lieu à la « popote ».

2. Le stage d’endurcissement de Mont-Louis

D’une durée de deux mois, il se déroule à Mont-Louis, dans l’enceinte du centre d’instruction de combat montagne (CICM). Situé dans un ancien fort datant de l’époque de Vauban, Mont-Louis barre l’entrée du plateau de Cerdan, à l’embranchement des vallées du Têt et de l’Aude. Perché à près de 1 600 mètres d’altitude, il est dominé par la chaîne des Pyrénées, dont l’un des sommets voisins, le Carlitt, approche les 3 000 mètres. C’est dans cet environnement grandiose mais âpre que les recrues vont être amenées à se dépasser comme jamais. Le programme d’entraînement a été mis au point par le lieutenant Maurice Bourgeois (1919-2006) et il est particulièrement corsé.

Deux à trois fois par semaine, les hommes vont notamment devoir accomplir le fameux parcours du combattant : tyrolienne, échelle de corde, asperges, pont de singe, mur breton, filets de cordage, passage sous les barbelés (ramping), course sur des poutres carrées ou rondes, fosse aux ours, etc. Les recrues vont enchaîner ces différents exercices sous l’obsédant contrôle du chronomètre et sous la conduite d’adjudants particulièrement retors. Les qualités que l’on attend d’eux sont le sens de l’équilibre, la souplesse, l’adresse, la résistance à la douleur, l’agilité et bien sûr la force.

Les séances de tirs, quasi quotidiennes, ont lieu de jour comme de nuit dans les fossés de la forteresse ou bien non loin de là, sur le Pla de Barrès : tir à l’épaule ou à la hanche, au pistolet, au fusil mitrailleur, à la mitrailleuse, etc. On leur enseigne à se servir de toutes sortes d’armes, non seulement françaises mais aussi étrangères. Ils apprennent aussi des rudiments d’escalade en se servant des murs de la citadelle comme terrains d’exercice. Dans l’ancienne chapelle de Mont-Louis, transformée en salle de gymnastique, ils vont pratiquer assidûment la boxe et le judo dans le but d’endurcir leurs corps et d’améliorer leurs réflexes. En se servant des enseignements du toshu kakuto (l’art martial de l’armée japonaise), les instructeurs vont aussi leur apprendre à maîtriser certaines des techniques de combat au corps à corps dont ils pourraient avoir besoin plus tard en opération. Ils apprendront ainsi à savoir réagir face à un homme armé, à se défaire d’un étranglement ou encore à se débarrasser d’une sentinelle de la façon la plus sûre possible (par exemple en la poignardant, en l’étranglant avec un fil de fer ou en lui rompant les vertèbres cervicales).

Mais le centre Mont-Louis est surtout connu pour ses redoutables marches : marches de 10, 20 ou 30 km, accomplies de jour comme de nuit à travers les communes voisines de La Llagonne, Quillane, Matemale, Bolquère, Les Angles, Eyne, Saillagouse, Sainte-Léocaldie, etc. L’épreuve la plus redoutée est de loin la fameuse « marche commando », qui va consister à alterner les phases de marche et les phases de course avec tout l’équipement sur le dos, y compris les armes (la mitrailleuse est si lourde qu’il faut trois hommes pour en porter les différentes parties). Il faut alors avoir du souffle, un cœur solide, des bras et des jambes en parfait état, sinon c’est le malaise assuré. A chaque fois qu’ils regagnent leur caserne, les hommes doivent cependant le faire au pas cadencé, la poitrine relevée et en chantant les marches du bataillon ! Perclus d’ampoules, beaucoup finiront à l’infirmerie.

Les soldats pris en faute ont droit à l’ascension du massif du Cambre Caze (2 700 m). Arrivés au sommet, ils devront lancer une fusée de détresse pour montrer qu’ils ont bien réussi l’épreuve. Ils devront bien évidemment redescendre par leurs propres moyens et n’auront le droit à aucun temps de repos supplémentaire avant d’entamer le programme du jour. Inaugurée pour la première fois par Jean Sassi en avril 1951, la marche à pied entre Mont-Louis et Collioure, longue de 100 kilomètres, est menée sur trois jours (et parfois sur un seul!). Elle termine généralement le stage de Mont-Louis.

3. Le brevet de parachutisme

La conclusion de la première période d’instruction doit être l’obtention du mythique brevet de parachutisme. Sa préparation commence avec une série de tests physiques bien précis appelés les « tests para ». Il s’agit d’enchaîner une course de 1 500 m en moins de 9 minutes, une course de 8 km en moins d’une heure et enfin une course de 15 km en moins de deux heures (avec à chaque fois 10 minutes de repos entre les épreuves).

Débute ensuite la série des exercices destinés à préparer la bonne réception des sauts. Il faut alors grimper en haut de plates-formes de plus en plus hautes avant d’agripper une tyrolienne et s’élancer les mains repliées et les pieds joints en terminant avec un roulé-boulé final. Une fois cette préparation achevée, les hommes qui ont été considérés comme aptes sont dirigés vers l’Ecole des troupes aéroportées de Pau (BETAP), où ils auront encore droit à deux semaines de formation. Celle-ci va commencer par une semaine de cours théoriques qui vont leur permettre de bien appréhender le régime des vents, de connaître les règles de sécurité à respecter ainsi que la bonne façon de préparer puis de ranger son matériel.

C’est lors de la deuxième semaine qu’auront lieu les sauts. Il y en aura six en tout. Les trois premiers vont être réalisés de jour en utilisant la sangle d’ouverture automatique (SOA) du parachute dorsal. Le quatrième se fera avec le parachute de secours, le ventral. Les deux derniers sauts sont dits techniques. L’un se fera de nuit et sans équipement, tandis que le second se fera également de nuit mais avec l’ensemble de l’équipement militaire. Si tout s’est bien déroulé, les recrues vont alors obtenir leur brevet de parachutiste militaire (BPM). Ils auront désormais le droit d’arborer le fameux insigne des paras sur leur treillis. Pour se maintenir dans le bain, il leur faudra cependant effectuer 20 sauts d’entretien par an pendant tout le temps qu’ils resteront dans l’armée d’active. Pour ce faire, la 11-DBPC dispose du parc aérien mis à sa disposition par l’escadrille du Service Action.

4. Une discipline de fer

Pendant ces six premiers mois, les recrues vont être soumises à une pression psychologique extrêmement intense. Toutes leurs journées vont se passer sous les brimades, les insultes et même parfois les coups de leur encadrement7. A chaque manquement, même le plus minime, comme une remarque de trop, un regard insidieux, un lit mal fait, un visage mal rasé, un bouton manquant, des chaussures mal cirées, ce sont des exercices de pompes ou des nuits en cellule. La punition dite de la « tenue de campagne » consiste à venir présenter son paquetage toutes les deux heures au sous-officier de garde et cela pendant toute la nuit. Certaines punitions, héritées des bagnes militaires, sont de véritables tortures, comme la « pelote », qui consiste à courir en rond pendant des heures dans la cour de la caserne en tenant son fusil au-dessus de la tête et en s’arrêtant tous les 50 mètres pour effectuer une série de pompes. Dans les cas les plus sérieux, comme pour les refus de saut par exemple, c’est le retour immédiat vers le corps d’origine. Cette mise en tension n’est pas fortuite. Le but consiste à pouvoir ainsi séparer au plus vite le bon grain de l’ivraie, à pouvoir déterminer ceux qui savent adopter la bonne attitude face à l’adversité ou à l’injustice. Les instructeurs se font d’ailleurs un devoir de ne jamais féliciter leurs recrues, comme s’ils estimaient naturel qu’ils arrivent à franchir avec succès toutes les difficultés, mêmes les plus ardues. Ceux qui n’ont pas le niveau physique suffisant, mais qui ont fait preuve d’autres qualités et d’un solide sens de l’engagement, seront dirigés vers les services annexes en tant que chauffeurs ou cuisiniers.

Et c’est ainsi qu’au fur et à mesure des stages, les jeunes naïfs des premières semaines vont peu à peu se transformer en hommes solides, coriaces et très tenaces. Bref, qu’ils vont acquérir ce que l’on cherchait précisément à leur inculquer, cette attitude indéfinissable mais que l’on reconnaît pourtant au premier coup d’œil et que certains appellent « l’esprit choc ».

Au terme de cette première et très difficile étape, les commandos d’origine vont être démantelés. Environ 60 à 70% des recrues vont être envoyées en Algérie pour intégrer directement le GM-11. Environ 20%, ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats et démontré un certain sens du commandement, vont être envoyés à Rivesaltes pour passer le CAT-1, ce qui va leur permettre de devenir sous officier. Ils seront ensuite envoyés à leur tour en Algérie.

Enfin, ceux chez lesquels on a décelé les plus grandes aptitudes vont être envoyés en Corse pour recevoir une formation plus poussée de sept mois. Ils vont alors intégrer le 1er Bataillon parachutiste de choc qui, plus que d’une unité proprement dite, est en fait constitué de plusieurs compagnies d’instructions8.

Si la discipline reste stricte, l’ambiance est cependant très différente car l’on exige plus des recrues une obéissance aveugle mais bien une prise d’initiative et surtout une écoute attentive. D’ailleurs, ce n’est qu’à partir de ce moment qu’on va clairement annoncer aux recrues que l’unité dans laquelle ils servent depuis déjà six mois est en réalité le bras armé du service de renseignement extérieur français, le SDECE.

Les instructeurs du 1-BPC sont tous des professionnels aguerris, des hommes durs et sans états d’âme. Ayant pu pratiquer eux-mêmes les exercices qu’ils enseignent face à des adversaires aussi coriaces que l’étaient la Wehrmacht ou l’armée japonaise, ils bénéficient de ce fait d’une légitimité absolue.

5. Le stage de transmission

Il se déroule au Centre d’Instruction n°1 (CI-1) qui est implanté à environ 6 km au nord-est de Calvi, dans le camp de Fiume Secco, le camp principal du 1er Choc9. Les hommes envoyés là vont y subir pendant trois mois et demi une formation particulièrement exigeante afin de devenir opérateur radio. Enfermés dans une salle de cours, un casque sur les oreilles, il va leur falloir apprendre à lire et à écrire en alphabet morse en écoutant des messages émis de plus en plus rapidement. En dialoguant avec la station directrice (DS), ils vont ensuite devoir maîtriser les règles du codage et du décodage de leurs émissions et de leurs réceptions. Peu à peu, ils vont se familiariser avec toutes les procédures radiophoniques : la recherche des longueurs d’onde et des fréquences adaptées, l’établissement des heures de vacation, le contrôle des mots de passe, etc. En parallèle, ils devront aussi apprendre à manipuler les différents modèles de radios de campagne et la façon de les réparer lorsqu’elles sont tombés en panne. Ils devront être particulièrement attentifs car une fois en opération leur rôle sera tout à fait capitale. En effet ils seront alors les seuls liens entre leur compagnie et le poste de commandement.

Les stagiaires vont terminer cette formation en accomplissant le fameux « stage valise », qui va durer trois semaines. Il s’agit en somme de les préparer à la clandestinité. Ainsi, lors d’une première partie théorique, ils vont devoir apprendre à se déplacer sous une fausse identité, à s’infiltrer dans différents milieux sociaux, à nouer des liens avec des personnes en vue pour essayer de leur soutirer des informations, etc. Ils apprendront aussi à vérifier qu’ils ne sont pas suivis ou que leur logement n’a pas été visité pendant leur absence. Une fois considérés comme prêts, ils vont être envoyés durant quatre jours en mission dans une ville du continent. Là, deux fois par jour et à heure fixe, ils devront recevoir et transmettre clandestinement des messages radio à la centrale de Calvi. S’ils sont arrivés au bout de cette aventure, ils obtiendront alors leur brevet d’opérateur radio (251/TR/TA).

6. Le stage de harcèlement non conventionnel (HNC)

Il se déroule au Centre d’Instruction n°2 (CI-2), installé lui aussi à Fiume Secco. Il s’agit de faire des recrues des experts en matière d’explosif et de sabotage. On leur enseigne donc les différentes formes d’explosifs : mélinite, hexolite, tolite, trinitrotoluène, tetrytol, plastic. Ils devront connaître dans les moindres détails leur composition, leurs effets, les aspects sous lesquels ils peuvent se présenter. Ils vont ensuite apprendre à fabriquer un engin explosif improvisé doté d’une charge, d’un détonateur et d’une mèche lente. Les instructeurs vont s’appesantir longuement sur les règles de sécurité à respecter impérativement lorsqu’on manipule de tels engins. Les recrues vont ensuite devoir apprendre à calculer la puissance suffisante et déterminer l’endroit exact où ils devront placer leur charge selon qu’il s’agira de faire sauter une porte, un véhicule, des rails ou un pont routier. Ils vont aussi apprendre à enterrer des mines anti-personnelles, à les désamorcer ou au contraire à les piéger pour éviter qu’elles ne puissent l’être par l’ennemi. Ils vont apprendre à se servir de grenades, qu’il s’agisse de grenades défensives, incendiaires ou fumigènes.

Enfin, en tant que membres des services spéciaux, ils vont aussi devoir apprendre la façon dont on peut réaliser une « opération homo » , c’est-à-dire une élimination ciblée : comment on repère les habitudes d’une cible pour déterminer le moment où elle est la plus vulnérable, comment on élabore le meilleur scénario d’approche, comment on organise la collaboration des différentes équipes, comment on élabore les itinéraires de repli, etc. A la fin de ce stage, ils obtiendront non seulement leur brevet de saboteur mais aussi leur poignard commando.

7. Le stage d’opération aérienne

Il se déroule au Centre d’Instruction n°3 (CI-3) de Fiume Secco. On y enseigne aux recrues des techniques de parachutisme beaucoup plus difficiles que celles qu’ils maîtrisaient déjà, comme le saut à ouverture retardée, ou encore le saut en pleine mer, qui oblige le parachutiste à se dégrafer juste avant de toucher l’eau. Il s’agit aussi d’apprendre à sauter de nuit et d’altitudes bien plus élevées que les 400 mètres habituels10.

En ce qui concerne le travail au sol, on leur apprend à identifier une zone de largage (Dropping Zone, DZ). Organiser en toute sécurité un parachutage de vivres, d’armement ou de matériel n’est pas chose aisée. Cela demande beaucoup de prudence, d’esprit d’initiative et de sens de l’improvisation. Une fois l’opération achevée, il faudra encore apprendre à camoufler toutes les traces avant de repartir ensuite vers camp de base, souvent situé à plusieurs dizaines de kilomètres, en emportant bien sûr avec soi tout le matériel qui a été récupéré.

Les stagiaires devront aussi apprendre à repérer le site qui pourra servir de piste de fortune afin de permettre à un avion léger de se poser puis de redécoller dans un temps minimal. Cela impose de savoir baliser la piste avec des lampes torches, établir un contact radio avec l’appareil, lui indiquer précisément les coordonnées, etc. Transporter des hommes parfois blessés jusque dans une carlingue n’est pas une mince affaire.  L’acquisition de toute compétences très techniques vaudra aux stagiaires d’obtenir leur Brevet d’opérateur aérien (BOA).

8. Le stage nautique

Il se déroule au Centre d’Instruction n°4 (CI-4) qui est installé dans la caserne Sampiero, au cœur de la vieille ville de Calvi11. Il commence par un test de qualification qui va consister en quatre épreuves : nager en pleine mer sur une distance de 50 mètres avec sa tenue et son armement, faire 20 mètres sous l’eau avant d’aller récupérer un objet situé à 4 mètres de profondeur, diriger un zodiac de 5 rameurs le long d’un trajet pré-établi, et enfin manœuvrer une petite embarcation à voile en tenant un cap fixe.

Pendant plusieurs semaines et ç raison de dix heures d’exercices par jour, les recrues vont ensuite devoir enchaîner les épreuves : nager sans masque, ni palme, ni tuba sur de longues distances et dans la houle, pagayer à bord d’un canoë, plonger d’un zodiac lancé à pleine vitesse, ou encore pouvoir être récupéré par ce même bateau à l’aide de cordages spéciaux. Une fois à terre, il leur faudra encore apprendre à trouver une côte ou une plage discrète afin d’y organiser un éventuel débarquement ou un embarquement clandestin. Cette formation sera sanctionnée par l’attribution du Brevet d’Instruction Nautique (BIN) et du Brevet d’Opération Maritime (BOM).

9. Le stage de nage de combat

Il se déroule au Centre d’Instruction n°5, le CI-5, également appelé Centre d’Instruction des Nageurs de Combat (CINC), qui est implanté à Aspretto, près d’Ajaccio12. La première partie de la formation permet d’apprendre à manipuler les outils de plongée (bouteilles, détendeurs, etc.) et de maîtriser les règles de sécurité, en particulier le respect des paliers de décompression. Dans un second temps, les recrues vont apprendre les techniques de la nage de combat proprement dite : plonger en moyenne ou grande profondeur avec un appareil à circuit fermé (qui n’émet pas de bulles), poser des mines magnétiques sous la coque d’un bateau amarré, se guider dans l’obscurité à l’aide d’une carte et d’une boussole, plonger en eau douce, assurer la destruction d’une péniche ou d’un barrage, partir de mission depuis un sous-marin, se propulser sous l’eau à l’aide d’un engin motorisé, etc. Cette série d’épreuves leur donnera le droit d’obtenir le mythique Brevet de Nageur de Combat (BNC).

10. Le stage montagne

Il se déroule à Corte, dans l’enceinte de la caserne Serrurier, là où est implanté le Centre d’Instruction n°6 (CI-6) crée par René Joly. Les exercices vont se dérouler dans le cadre enchanteur des gorges de la Restonica, du Tavignano et sur les pentes du Monte Retondo. Les recrues devront y apprendre à escalader les parois les plus abruptes, à descendre en rappel, à assurer leur sécurité et celles de leurs camarades, à utiliser un piolet et des mousquetons, à s’encorder, etc. Ils finiront ainsi par obtenir un niveau presque égal à celui des Chasseurs alpins. Cette formation sera sanctionnée par l’attribution du Brevet de skieur éclaireur militaire (BSEM).

11. Le stage de guérilla

Le stage de guérilla est en somme le couronnement de tous les stages précédents. Il dure six semaines et se déroule en trois étapes.

Lors de la première étape, les recrues vont subir une préparation physique intense dans l’enceinte du Fort Charlet, à Calvi. Le parcours du combattant y est extrêmement complexe. Il comporte de nombreux obstacles de grande hauteur qu’il faut arriver à franchir le plus rapidement possible.

La deuxième phase consiste en un exercice d’évasion. Il s’agit d’abord d’acquérir d’excellentes connaissances en matière de topographie et de cartographie afin de pouvoir se repérer le plus rapidement et le plus parfaitement possible dans n’importe quel lieu, par exemple en observant les astres. Il faut ensuite savoir comment se comporter au mieux si l’on a été fait prisonnier par l’ennemi, et notamment parvenir à résister le plus longtemps à un interrogatoire en faisant semblant de coopérer tout en prenant garde de ne pas dévoiler une information essentielle. Vient ensuite le moment de préparer sa fuite. Il faut alors parvenir repérer les failles dans la sécurité, essayer de recruter d’éventuels complices, prévoir à l’avance son itinéraire et son lieu refuge, etc. Puis, très pratiquement, ils faut apprendre à creuser un tunnel, crocheter une serrure, se débarrasser d’un garde armé, etc. Une fois toutes ces notions acquises, les recrues sont lâchées de nuit dans le désert des Agriates. Sans eau ni nourriture, ils auront exactement 48 heures et pas une de plus pour atteindre un point cible situé 40 kilomètres plus loin, tout en sachant qu’ils auront les lettres PG (prisonniers de guerre) peintes en blanc sur leur tenue et que des patrouilles militaires sillonneront jour et nuit les routes à leur recherche.

Enfin, la dernière partie du stage guérilla se déroule dans la région de Corte, où l’on va apprendre aux recrues tout ce qu’il faut savoir pour organiser et diriger un maquis de partisans. Pendant dix jours et dans une totale autonomie, ils vont ainsi apprendre à monter un campement qui devra être à la fois parfaitement camouflé et malgré tout capable d’abriter en permanence une dizaine d’hommes. Pour se faire, ils vont devoir implanter des caches sécurisées pour y entreposer des vivres et du matériel. Sous la conduite de leurs instructeurs, ils vont apprendre la façon dont on peut se nourrir en pleine forêt sans faire de feu ni tirer un coup de fusil, comment on peut trouver et stocker de l’eau, comment soigner un blessé ou un malade avec les moyens du bord, comment établir une liaison radio efficace, etc. Leurs journées seront occupées à se déplacer vers différents objectifs à neutraliser (ponts, chemins de fer, bâtiments industriels, etc.), puis à revenir ensuite vers leur camp de base. Au passage, ils devront parvenir à se déplacer en toute sécurité, à couvert, de nuit et en utilisant des gestes conventionnels qui permettent de ne pas avoir à prononcer la moindre parole. Comme de véritables guérilleros, ils vont aussi apprendre à mener l’embuscade d’un camp, d’une patrouille ou d’un convoi ennemi, à approcher de son objectif sans se faire repérer, le frapper à coup sûr tout en demeurant soi-même bien à couvert, et à bien se replier après l’assaut pour se regrouper dans un lieu sécurisé.

12. « L’esprit choc »

Mais l’aspect le plus essentiel de tout cet entraînement est sans aucun doute le mental. Les recrues sont amenées à se dépasser constamment, à aller toujours bien au-delà de ce qu’elles se croyaient capables de réaliser. Car elles savent qu’une fois en opération il leur faudra souvent opérer seules, ou du moins en petit groupe, et qu’elles pourront se retrouver sans soutien direct ni même un contact extérieur pendant de longues périodes. C’est donc avant tout en eux-mêmes que ces futurs soldats d’élite devront être capables de puiser l’énergie et la détermination nécessaires pour accomplir l’objectif fixé, quitte à devoir tout sacrifier pour y parvenir13.

Un autre principe essentiel est la solidarité. Les hommes appartenant au même stick doivent savoir faire preuve d’une cohésion sans faille, que ce soit à l’entraînement ou même dans les corvées, car cette qualité fera plus tard toute leur force dans le combat. Ils devront ainsi apprendre à se faire confiance jusqu’à pouvoir se confier mutuellement leurs vies.

Enfin, la dernière qualité essentielle de l’agent spécial est la débrouillardise, c’est-à-dire cette capacité qui permet de savoir constamment réagir de la meilleure manière lorsque l’on est confronté à l’imprévu, à être capable de faire beaucoup avec peu, voire avec rien (une situation d’ailleurs fréquente au sein d’une armée française qui n’accorde que très chichement le matériel et les équipements nécessaires à ses soldats).

Pendant les exercices, les instructeurs s’efforcent donc de mettre leurs recrues face à des situations qui vont constamment les obliger à faire preuve de volonté, de cohésion et d’improvisation. C’est ainsi qu’ils vont parvenir à identifier les meilleurs éléments, ceux auxquels ils pourront ensuite confier des missions d’encadrement et, plus tard, la conduite de missions opérationnelles.

En fin de compte, au terme de cette préparation unique en son genre, les recrues vont se retrouver placées face à un choix : ou bien retourner dans la vie civile, ou bien s’engager sous les drapeaux pour y faire carrière. La plupart de ceux qui auront choisi cette dernière solution partiront vers d’autres unités, mais certains resteront au 11ème Choc ou bien finiront par y revenir. Tous cependant, quels qu’ils soient, demeureront marqués à vie par l’expérience acquise auprès des instructeurs du 11ème Choc.

13. Cercottes

Cercottes est un nom mythique au sein des services spéciaux français. Il représente en quelque sorte le sommet de la pyramide. N’y sont admis que ceux qui auront pu franchir toutes les étapes précédentes et fait preuve des plus remarquables qualités.

Fondé en 1950 par Paul Aussaresses et dirigé jusqu’en 1955 par Robert Krotoff, le Centre d’instruction des réservistes volontaires parachutistes (CIRVP) est en réalité le centre d’instruction du Service Action du SDECE. C’est là que sont formés les agents qui vont ensuite partir effectuer des missions clandestines à l’étranger. C’est aussi là que sont élaborés les « coups » les plus secrets. C’est là enfin que viennent s’entraîner une fois par an et pendant un mois les réservistes du 11ème Choc (qui sont souvent des personnalités hauts placées dans le monde de l’administration, des affaires ou de la politique et au premier rang desquels se trouve Jacques Foccart en personne).

A Cercottes ont lieu des marches d’orientation très corsées ainsi que des sauts en parachute qui sont le plus souvent menés de nuit. La base comprend de nombreuses salles d’instruction et notamment un centre de tir où l’on apprend à viser sur des cibles mouvantes. L’ambiance qui y règne est tout à fait particulière. La plupart des hommes sont en civil et le mess ressemble plus à un club britannique qu’à une « popote » de régiment. Pour tous ceux qui travaillent ici, le véritable adversaire n’est pas tant le FLN que le « communisme international », dont les prétendus mouvements de libération ne sont en réalité que les faux-nez.

L’ultime étape, pour les hommes du 11ème qui sont arrivés jusque-là, va consister à être recrutés par le quartier général du Service Action situé au fort de Noisy ou bien par la Centrale du SDECE installée boulevard Mortier. Officiellement, on dira alors d’eux qu’ils ont été mutés auprès de la présidence du Conseil, au sein de la compagnie des services n°1, l’unité qui en réalité sert de couverture administrative au SDECE. Ils deviendront alors des officiers de renseignement à part entière, mais auxquels l’expérience du combat clandestin apportera un avantage indéniable durant leurs missions14.

. Dolce vita à Perpignan

Avec un programme aussi exigent et des responsabilités aussi lourdes, les chasseurs de la 11-DBPC apprécient d’autant plus leurs rares moments de détente. Que ce soit dans les Pyrénées-Orientales ou en Corse, ils organisent souvent des tournois de football et participent aux compétitions de cross-country célébrées dans le cadre de leur région militaire. Lorsqu’ils sont en permission à Perpignan, ils vont dépenser leur solde au dancing Le Parisiana ou dans des bars à hôtesses plus interlopes comme le Loup Blanc (à Calvi, ce sont Les Palmiers ou le Fifi qui auront leur préférence). L’alcool aidant, des bagarres éclatent parfois, mais avec l’entraînement qu’ils ont subi les paras ont généralement le dessus. Naturellement, ils nouent aussi parfois des idylles avec de jeunes femmes de la région et on les voit alors, par les belles après-midi, flâner en charmante compagnie à l’ombre des platanes qui bordent le Têt. Mais gare aux faux permissionnaires, car la police militaire veille et les sanctions pour eux seront terribles !

A cette époque, le Roussillon n’a pas encore été vraiment touché par le développement du tourisme de masse. C’est une région assez rurale et essentiellement viticole. Dans les villages des alentours de Perpignan, l’existence ressemble un peu à celle que l’on voit dans les films de Don Camillo, rythmée par les travaux des champs et les discussions autour de la fontaine publique. Les officiers et sous-officier du 11ème Choc, qui résident toute l’année sur place, apprécient bien évidemment cette douceur de vivre qui les délasse un peu de leurs éreintantes campagnes. En tant que chef d’unité, Erouart s’est semble-t-il parfaitement intégré aux notabilités locales qui lui ont fait découvrir les spécialités de la région : anchois de Collioure, langoustes et sardines grillées, escalivada de poivrons et d’aubergines, estouffat de bœuf, salade de morue, saucissons du pays (fuet), pain à la tomate arrosé d’huile d’olive (pa amb), fromage mato, rousquilles, bras de gitan, le tout agrémenté d’un vin rouge de Banyuls, d’un muscat de Rivesaltes ou d’une rasade de Byrrh.

Nommé au grade de chef de bataillon le 31 décembre 1957, Erouart est très fier des traditions de son unité et fait tout pour les maintenir. Chaque occasion exceptionnelle est ainsi l’occasion d’un passage des troupes en revue, qu’il s’agisse d’une prise d’arme ou de la venue d’un haut gradé. Chaque année, les hommes participent au défilé du 14 juillet ainsi qu’aux commémorations du 11 novembre. Mais le moment le plus attendu est sans aucun doute le 29 septembre, jour de la Saint-Michel, le patron des parachutistes. Cette cérémonie débute par une messe solennelle, au terme de laquelle est accomplie la sonnerie aux morts. Les noms de tous ceux qui sont tombés durant les 12 mois précédents sont alors énoncés puis suivis de la mention « mort pour la France ». Cette cérémonie est suivie d’un grand banquet champêtre auquel viennent parfois participer quelques anciens15.

Le 11ème choc entretient d’assez bons rapports avec les Perpignanais et Erouart va d’ailleurs veiller à ce que cela reste le cas. Les déchets alimentaires produits par les casernes sont redistribués à des éleveurs de porcs de la région. Les agriculteurs reçoivent chaque année une indemnisation pour les dégâts causés à leurs champs lors des manœuvres (indemnités qu’ils touchent même si lesdites manœuvres n’ont pas eu lieu). Au cours de l’été 1958, le chef de corps va prêter le concours de ses hommes afin qu’ils aident les pompiers à éteindre les graves incendies qui ont ravagé certains maquis des Pyrénées-Orientales. Cette action sera saluée et il recevra d’ailleurs des lettres de remerciement de la part des maires des communes sinistrées, qui rendront hommage au dévouement et au professionnalisme des hommes du 11ème choc.

Mais il faut bien avouer que d’autres habitants sont moins amicaux. Car dans cette terre de gauche, où l’on se rappelle encore de la répression des émeutes viticoles de 1907 et où se sont par ailleurs implantés de nombreux républicains espagnols, l’armée n’est pas toujours en odeur de sainteté. Déjà, à l’époque de l’Indochine, les fréquentes grèves des dockers communistes avaient gêné le départ des troupes et du matériel à destination des théâtres d’opération. A partir de la bataille d’Alger en 1957 et suite aux révélations sur l’usage de la torture, l’opposition à la guerre d’Algérie deviendra de plus en plus forte16.

Partie V

Notes : 

1 AM 69241/PM/SEM/OFF.

2 Le 28 septembre 1953, Léonce Erouart s’est en effet marié à Perpignan avec Anne-Marie Puig, une Catalane qui va lui donner plusieurs enfants.

3 En tant que membres d’une troupe aéroportée, les soldats du 11ème Choc touchaient l’Indemnité sur les Services Aériens (ISA, dite « solde à l’air »), qui représentait un complément de salaire appréciable. Pour exemple, un 1959, un 2ème classe touchait une solde journalière de 37,5 francs par jour. Il pouvait y ajouter 78 francs de « solde à l’air » une fois qu’il avait passé et obtenu son brevet de parachutisme.

4 Et parfois d’excellents adjoints comme Jean Bertrand (1924-2016), Lucien Daniel, Christian Adde, Jacques Ferrari ou encore Claude Pagatte.

5 Aux dires d’Alex Logereau, plusieurs instructeurs du 11ème Choc avaient été très marqués par leur séjour en Indochine. Ils avaient parfois contracté des maladies tropicales dont ils eurent bien du mal à se remettre, en particulier le paludisme. Certains traversaient manifestement des états de stress post-traumatique, ce qui se traduisait par un alcoolisme fréquent, un état anxieux et des troubles du comportement. Cette situation était aggravée par le fossé culturel qui s’était creusé entre eux et les jeunes hommes dont ils avaient la charge. Nées entre 1937 et 1942, leurs recrues n’avaient pas connu les dures épreuves de la guerre et de l’occupation. Leurs moments de loisirs étaient bercés par la musique de Boris Vian, Dalida et pour certains déjà par celle de Johnny Hallyday.

6 Les STS les plus célèbres ont été Henly-on-Thames pour la radio, Ringway pour le saut et Milton Hall pour le combat proprement dit. Pendant la guerre, les agents du SAS et du SOE ont mené d’innombrables coups de main contre les Allemands et les Japonais. On peut citer par exemple les opérations Biting (récupération d’un modèle de radar dans une base située près du Havre le 27 février 1942), Chariot (destruction d’un bassin de carénage à Saint-Nazaire le 27 mars 1942), Anthropoid (assassinat du chef de la police allemande Reinhard Heydrich, le 27 mai 1942 à Prague), Gunnerside (destruction d’une usine d’eau lourde en Norvège le 28 février 1943), Longcloth (un raid mené sur 1 600 km de profondeur dans partie de la Birmanie occupée par les Japonais en février-juin 1943), etc.

7 Il faudra attendre le décret n°67-675 du 28 juillet 1975 pour que les brimades physiques soient officiellement interdites au sein des armées françaises (elles continueront néanmoins d’être pratiquées plus discrètement).

8 Compagnies d’instructions qui finiront d’ailleurs par être réunies le 1er octobre 1957 au sein du Bataillon d’instruction spécialisée, le BIS.

9 En 1967, le camp de Fiume Secco sera attribué au 2ème Régiment étranger de parachutistes (2-REP). Il prendra alors le nom de camp Raffalli qu’il a conservé jusqu’à nos jours.

10 C’est à Fiume Secco que les experts du 1er Choc vont mettre au point la chute opérationnelle à partir de 1960. Cette technique très difficile consiste à s’élancer depuis de très hautes altitudes équipé d’un appareil à oxygène.

11 Avant la création du 1-BPC, la formation nautique se déroulait au centre d’instruction nautique (CIN) de Collioure, fondé en 1948 par Jacques Dupas et installé dans l’enceinte du fort Miradou.

12 C’est en mars 1952 que Robert Maloubier a fondé l’école des nageurs de combat d’Arzew, la première du genre en France. Elle sera transférée à Toulon dès 1953 puis dotée d’une antenne à Aspretto en 1954. En janvier 1955, une section sera également implantée à Collioure. Entre 1959 et 1961, les nageurs du SA disposeront de leur propre bateau, « L’Oiseau des îles », ce qui leur permettra de se passer de l’aide la Marine.

13 Les instructeurs demandaient souvent à leurs recrues les questions qu’on leur posait Ringway. Par exemple : « vous venez d’être parachuté dans une zone ennemie. Alors que vous repliez votre matériel, vous apercevez un enfant. Celui-ci vous a manifestement vu et s’est mis à courir. Que faites-vous, sachant qu’il va sans doute prévenir ses parents qui eux-mêmes risquent d’aller prévenir les forces de sécurité ? Nous vous rappelons que votre mission est d’une extrême importance et que d’elle dépend la vie de milliers de personnes. » Ou bien encore : « en mission, votre binôme s’est gravement blessé et est intransportable. Il refuse d’avaler sa capsule de cyanure ou de se tirer une balle dans la tête, que faites-vous ? ». Dans les deux cas la bonne réponse consiste à dire que l’on procédera à une exécution.

14 Comme René Bichelot (1922-2004), qui dirigera par exemple le poste du SDECE à Abidjan dans les années 1960, Jacques Zahm (1925-1988), qui sera à la tête de la direction de la recherche en Allemagne de l’Ouest, ou encore Frédéric Bauer (1917-1988), qui commandera celui de Bangkok dans les années 1970.

15 Le 29 septembre 1958, Léonce Erouart et Pierre Decorse présideront la Saint-Michel dans l’enceinte de l’abbaye pyrénéenne de Saint-Michel-de-Cuxa.

16 A plusieurs reprises, des affiches sauvages s’en prendront aux « SS de De Gaulle » et en 1962, lors du défilé du 11 novembre, les chasseurs du 11ème seront même accueillis par des sifflets de la part d’une partie du public. Le soir venu, ils iront demander des explications aux manifestants les plus véhéments mais ne trouveront étrangement plus aucun interlocuteur pour leur apporter la contradiction.

Crédit photographique : les gorges de la Restonica, près de Corte [By Mike Prince from Bangalore, India (Restonica Gorge) [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)%5D, via Wikimedia Commons]

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