Greg Vogle (V) : le bilan (+ annexes)

VII. La retraite

. Un bilan en demi-teinte

            Au début de l’année 2017, Greg Vogle choisit finalement de faire valoir ses droits à la retraite. Deux raisons peuvent l’avoir conduit à prendre cette décision qui deviendra effective en août 2017. D’une part il approche désormais de sa soixantième année et le fait d’avoir occupé des postes aussi exigeants pendant plus de trente années entraîne nécessairement une certaine fatigue et le besoin de se reposer un peu l’esprit. D’autre part, le rôle majeur qu’il a joué au cours du précédent mandat semble le condamner à s’effacer alors que le président Donald Trump vient de nommer à la tête de la CIA l’un de ses plus fidèles lieutenants, Michael Richard Pompeo, avec pour mission de remplacer l’équipe en place. La directrice générale adjointe Gina Haspel va donc assurer l’intérim à la tête du directorat des opérations jusqu’à ce qu’Elizabeth Kimber ne soit officiellement nommée à ce poste en décembre 2018.

            L’heure semble désormais au bilan. Si l’on prend une focale étroite, alors force est de constater que la CIA est parvenue à atteindre son principal objectif. Depuis le 11 septembre 2001 en effet, Al-Ka’îda n’a plus été en mesure de mener une attaque majeure sur le sol américain. L’organisation, telle qu’elle existait avant les attentats du World Trade Center, c’est-à-dire avec ses réseaux implantés à travers de nombreux pays et répondant à un état-major central installé en Afghanistan, a cessé d’exister. Les pionniers de la première génération du djihad international ont presque tous été éliminés[1]. C’était ce que l’on avait demandé à l’Agence et, en ce sens, elle est parvenue à remplir son contrat, si bien que Greg Vogle peut s’estimer satisfait du travail que lui et ses collègues ont accompli.

Si l’on prend une focale plus large, toutefois, alors le tableau apparait moins reluisant. Car les différentes guerres décidées par les Etats-Unis ont provoqué des millions de victimes directes et indirectes ainsi que d’innombrables dégâts matériels. Conduites pour affaiblir ou détruire des groupes armés terroristes, elles n’ont souvent servi qu’à leur donner plus d’importance, de légitimité et d’expérience du combat. Elles ont aussi grandement contribué à affaiblir l’autorité de plusieurs Etats de la région, entraînant de ce fait un regain d’anarchie et de désordre. Surfant sur l’anti-américanisme provoqué par ces guerres, l’idéologie salafiste-djihadiste n’a pas cessé de gagner du terrain et de nombreuses guérillas sont apparues qui s’inspirent directement de la vision du monde théorisée par Al-Ka’îda. On en retrouve désormais en Lybie, en Egypte, au Yémen, en Syrie, en Irak, au Pakistan, aux Philippines, au Mali, au Niger, en Somalie et même au Burkina-Faso, au Mozambique ou encore au Congo-Kinshasa ! Plus grave peut-être, certaines de ces guérillas sont parvenues à s’implanter assez profondément dans la société et l’économie locales, devenant de ce fait des acteurs avec lesquels il faudra sans doute compter à moyen ou long terme.

A bien des égards, la politique étrangère conduite par Washington depuis le 11 septembre 2001 n’aura donc pas été un facteur d’ordre et de paix mais une source (parmi d’autres il est vrai) de chaos et de souffrance.

En outre et pendant que les services de renseignement des Etats-Unis concentraient une grande partie de leur énergie et de leurs moyens à neutraliser des groupes djihadistes à travers le monde, la Russie et surtout la Chine ont réalisé de formidables progrès sur la scène internationale.

L’Amérique a ainsi été incapable de s’opposer à la prise en main par Moscou de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud en août 2008 puis à celle de la Crimée et du Donbass en avril 2014. Enhardis par ces succès, les Russes ont commencé à intervenir militairement dans plusieurs régions du monde arabe ou d’Afrique noire, chose qui ne s’était plus vue depuis la chute du mur de Berlin. Plus grave, l’opération d’agit-prop qu’ils ont conduit pendant la campagne présidentielle de 2016 (alors que Vogle dirigeait le DO) a eu des effets spectaculaires, contraignant plusieurs des principaux conseillers du nouveau président Donald Trump à démissionner et érodant sérieusement la confiance des Américains dans leur classe politique[2].

De son côté, le régime de Pékin est parvenu à briser par la force l’autonomie politique de Hong Kong tout en réussissant à militariser à son profit une grande partie de la mer de Chine (de facto ses troupes encerclent pratiquement Taïwan). En parallèle, ses services de renseignement ont été capables de pénétrer les systèmes de protection informatique de nombreuses sociétés et de dérober ainsi les données personnelles de nombreux citoyens américains. C’est d’ailleurs sans doute en croisant les fichiers ainsi obtenus qu’ils sont parvenus à neutraliser la totalité des réseaux d’espionnage dont disposait la CIA dans l’Empire du Milieu. Autrement dit et sans que personne ou presque n’en parle, la communauté américaine du renseignement a subi l’un de ses plus gros revers depuis la Seconde guerre mondiale[3].

A cela il faut ajouter les sérieux dommages crées par les affaires Wikileaks (avril 2010) et Snowden (juin 2013), qui ont entaché la réputation des agences de renseignement américaines et mis en doute leur capacité à pouvoir garantir la sécurité de leurs données.

Peut-être plus grave encore, de nombreuses voix se sont élevées pour souligner l’impact négatif qu’a pu avoir la guerre contre le terrorisme sur le mode de fonctionnement de l’Agence.

Certes, cela faisait longtemps déjà que certains spécialistes avaient mis en garde contre le danger de négliger le renseignement d’origine humaine au profit du renseignement d’origine technique. Mais, à présent, c’est la capacité même de la CIA à pouvoir travailler et agir sur des questions politiques qui est remise en cause. Au fil des ans, en effet, l’Agence a eu tendance à devenir une sorte de Defense Intelligence Agency bis, qui n’a plus d’autre mission que de traquer des organisations armées, au lieu de permettre à l’exécutif américain de pouvoir comprendre et d’anticiper la marche du monde, ce qui est pourtant sa raison d’être[4].   

Mais l’on ne saurait évidemment rendre Greg Vogle comptable de tout cela. La CIA en a d’ailleurs bien conscience, elle qui va lui remettre le 18 septembre 2017, à l’occasion de ses soixante-dix années d’existence, le Trailblazer Award, l’une de ses plus hautes distinctions[5], en remerciement du remarquable travail qu’il a accompli durant tout le temps qu’il a passé en son sein. A cette occasion et pour la première fois, elle acceptera aussi de révéler son vrai nom et même son visage[6].

Désormais installé dans la banlieue de Washington, le jeune retraité ne restera pas longtemps inactif. Il va par exemple s’investir au sein de la Third Option, une fondation de bienfaisance apportant un soutien moral et financier aux familles des agents de l’Agence tués en service commandé[7]. Il va également devenir l’un des responsables du MacChrystal Group, une organisation fondée par l’ancien général afin de « former les leaders du monde de demain ». En avril 2018, il viendra donner des cours dans le collège militaire de Charleston où il a lui-même été élève.

. Clap de fin en Afghanistan

            Toutes ces activités ne pouvant manifestement pas satisfaire son goût de l’action, Greg Vogle va choisir de revenir sur le théâtre afghan en novembre 2018, cette fois-ci en tant que conseiller pour la société de sécurité et de service logistique DGC International[8]. Une fois arrivé à Kaboul, il va y retrouver une situation bien différente de celle qu’il avait laissée six ans plus tôt, lorsqu’il était chef de station.

Car l’heure est désormais à la finalisation d’un retrait entamé en juin 2011. Alors qu’il avait atteint les 110 000, le nombre de soldats américains présents dans le pays n’a pas cessé de diminuer depuis, passant de 76 000 en 2012, à 64 000 en 2013, 25 000 en 2014 et 8 550 en 2015. Afin de marquer la fin de la participation directe des soldats de l’OTAN aux combats, l’opération Enduring Freedom a d’ailleurs été remplacée par Resolute Support à compter du 1er janvier 2015.

Depuis cette date, les forces américaines n’ont plus le droit d’intervenir directement dans les combats au sol (à moins d’être attaquées) et doivent donc se contenter d’assurer un rôle d’appui logistique et tactique tout en soutenant les forces afghanes grâce à la puissance de leur aviation et de leurs drones. Cela explique que leur volume de pertes a subi une baisse très conséquente, passant de 710 tués et 5 264 blessés en 2010, au plus fort de la lutte, à « seulement » 26 tués et 70 blessés en 2015 (chiffres qui vont ensuite rester à peu près constants).

A l’inverse, l’armée de Kaboul n’a jamais été aussi active sur le terrain, en particulier ses forces spéciales, qui sont d’ailleurs toujours épaulées par la CIA (l’agence n’ayant pas été concernée par le changement de cadre juridique induit par la mise en retrait de l’OTAN) tandis que les forces américaines se montrent elles aussi très actives en matière d’appui aérien[9].

Mais les Talibans sont également montés en puissance. Ils ont multiplié les attaques et sont même parvenus à s’emparer par deux fois d’une grande ville comme Kunduz en septembre 2015 puis en octobre 2016, avant d’en être à chaque fois repoussés par les forces afghanes grâce au soutien des Américains. La génération des anciens combattants, celle qui s’était formée à l’époque de la lutte anti-soviétique ou de la guerre de position menée contre l’Alliance du Nord, a été remplacée par une autre, plus jeune, moins ancrée dans l’histoire tribale et donc paradoxalement plus loyale à l’égard de la direction du mouvement, une génération qui s’est forgée dans le combat contre les Américains et qui a appris à s’organiser pour y faire face (Abdul Qayyum Zakir, Ibrahim Sadr, Mohammad Shirin, Daud Muzammil, Pir Agha, etc.).

Au fil du temps, les Talibans ont continué de développer leur proto-Etat. Ils disposent à présent dans presque toutes les provinces de commissions qui s’occupent de gérer les questions économiques, commerciales, administratives. Plusieurs centaines de juges talibans effectuent des rotations tous les six mois, se déplaçant de district en district pour y délivrer la justice. Cette résurgence des Talibans a d’ailleurs fortement compliqué le désengagement des Occidentaux. Entre 2016 à 2019, les Etats-Unis ont ainsi été contraints de maintenir sur le terrain opérationnel environ 10 à 15 000 soldats sous peine de voir le régime de Kaboul s’effondrer comme un château de cartes.

Certes, en près de vingt années de lutte et du fait de sa redoutable puissance de feu, jamais l’armée de la coalition n’a été contrainte de reculer dans un combat direct avec les Talibans[10]. Et pourtant, cette impressionnante série de succès tactiques n’a pas empêché l’impasse stratégique de se creuser toujours un peu plus.

Alors que Washington dépense près de 100 millions de dollars par jour ne serait-ce que pour maintenir ses troupes en ordre de marche, l’espoir d’obtenir une victoire objective s’est désormais complètement envolé. Il apparait même très nettement que l’aide internationale est devenue pour l’Etat afghan une sorte de rente et que des pans entiers de l’administration mais aussi de la société civile n’ont plus aucun intérêt à voir les Occidentaux se retirer un jour du pays. Le président Ashraf Ghani, qui a succédé à Hamid Karzaï a la tête de l’Etat afghan en septembre 2014, s’est révélé un homme retors et versatile, sans charisme et sans vision.  

Or l’Afghanistan ne fait plus la une de l’actualité et les opinions publiques occidentales sont lasses de ce conflit qui s’est enlisé. Si les élections présidentielles afghanes de 2009 et 2014 avaient été pour le moins difficiles, celle de 2019 a été un véritable un désastre. Les résultats n’ont d’ailleurs jamais été proclamés et les Etats-Unis ne s’en sont sortis qu’en imposant à la hussarde un compromis entre les différentes factions. La légitimité du président Ghani apparait donc extrêmement fragile. 

Le 14 juin 2018 et pour la première fois depuis le début du conflit, le gouvernement et l’insurrection proclament une trêve commune à l’occasion de la fin du jeûne du mois de ramadan. Si cette pause ne va pas durer longtemps, sa simple existence permettra à chacun de comprendre que le conflit est désormais arrivé à un tournant.

Et effectivement, en septembre 2018, le président Donald Trump choisit d’aller contre l’avis de la plupart de ses généraux et de renouer des négociations directes avec les représentants des Talibans afin d’ouvrir la voie à un retrait militaire complet du pays (les négociations lancées en 2010 et poursuivies jusqu’en 2013 s’étaient finalement interrompues sur la pression de l’Etat afghan, furieux d’en avoir été exclu).

A Washington, l’idée consiste à rééditer ce qui a été fait en septembre 2016, lorsque le Hezb e-Islami d’Hekmatyar a accepté de déposer les armes en échange d’une amnistie et d’une place politique. Mais le mouvement taliban représente à vrai dire un dossier autrement plus lourd et complexe que la petite formation dirigée par l’ancien chef de guerre. Les discussions seront donc serrées et les débats houleux, tant les positions des deux parties apparaissent divergentes, et ceci d’autant plus que les combats continuent de se poursuivre sur le terrain. La question de la libération de tous les prisonniers talibans mais aussi et surtout celle de la reconnaissance par l’insurrection de la légitimité du gouvernement de Kaboul seront les deux points les plus âprement discutés. Face à ces difficultés, on évoquera parfois le nom de Greg Vogle pour venir remplacer Zalmay Khalilzad, l’homme que le département d’Etat a choisi pour dialoguer avec les Talibans, mais la chose ne se fera pas[11].

L’accord de paix tant attendu sera finalement ratifié le 29 février 2020 à Doha, au Qatar. S’il va permettre aux soldats américains de pouvoir opérer leur retrait en bon ordre, il ne mettra nullement fin aux combats entre l’armée gouvernementale et les Talibans.

En novembre 2020, Greg Vogle décide de rejoindre l’équipe de campagne Joseph Biden en tant que conseiller pour les questions de renseignement. Il est évident qu’il a alors pour ambition d’être nommé à la tête de la CIA en cas de victoire du candidat démocrate. Suite à l’investiture de Biden, le poste reviendra cependant au diplomate de carrière William Joseph Burns (19 mars 2021) qui, à son tour, choisira de maintenir David Cohen en tant que directeur adjoint. Le chef de l’Etat aura peut-être reculé devant l’idée de nommer à la tête de l’Agence un homme dont le nom avait été associé de si près à toutes les guerres conduites depuis le 11 septembre ?

Sans doute déçu, Greg Vogle va bientôt rejoindre une faculté de droit public rattachée à une université texane afin d’y enseigner l’histoire du renseignement. Et c’est donc depuis ce point de vue tout à fait extérieur qu’il va pouvoir assister à la fin dramatique de l’engagement américain en Afghanistan.

Le 13 avril 2021, confirmant l’engagement pris par l’administration précédente, Joe Biden décrète que les Etats-Unis vont effectivement entamer le retrait final de toutes leurs forces du pays à compter du 1er mai 2021, ajoutant au passage que cette opération devra être achevée le 11 septembre (une date butoir qui sera ensuite refixée au 31 août). Or cette manœuvre, certes délicate, va rapidement tourné au fiasco.

Plus que jamais en position de force, les Talibans vont en effet choisir ce moment pour lancer une vaste offensive qui va progressivement gagner en intensité. Devant ces difficultés, le président Ghani décide de s’envoler en urgence vers Washington le 14 juin dans l’espoir d’obtenir des Américains qu’ils changent d’avis, sans succès.

A partir du 6 août 2021, l’armée afghane, désormais privée du soutien logistique et opérationnel américain, va littéralement s’effondrer. En à peine une semaine, toutes les capitales provinciales vont tomber les unes après les autres si bien que le 15 août, et à la stupéfaction du monde entier, les Talibans vont pouvoir faire leur entrée dans Kaboul, près de vingt années après en avoir été chassés.

Comme l’armée et les autres agences gouvernementales implantées dans le pays, la CIA va elle-aussi devoir évacuer ses personnels et son matériel dans une certaine précipitation. Comme elle l’avait fait au Vietnam, l’Agence se montrera plutôt généreuse à l’égard de ses anciens supplétifs. En quelques semaines, près de 7 000 d’entre eux mais aussi leurs familles, soit 20 000 personnes, seront ainsi exfiltrés vers le Qatar, les Emirats arabes unis ou l’Allemagne dans l’attente d’un éventuel accueil sur le sol américain[12].

On ne connaît ni l’ampleur du dispositif de renseignement humain que l’Agence a pu laisser derrière elle, ni la nature des garanties que les Talibans ont nécessairement dû lui fournir concernant leurs liens avec les réseaux terroristes internationaux. On a cependant peine à croire qu’il se soit agi d’un engagement purement oral et qu’un mécanisme opérationnel n’a pas été mis en fonction.

Il serait en tout très intéressant de connaître le sentiment de Greg Vogle quant à ce dénouement car il ne fait guère de doute que peu de responsables pourront livrer une analyse des évènements aussi précise et circonstanciée que la sienne.

A l’heure qu’il est, il se dit que la CIA a entrepris de changer d’orientation afin de pouvoir se concentrer de nouveau sur son cœur de métier, à savoir la collecte et l’analyse du renseignement ainsi que sur le contre-espionnage vis-à-vis des autres grandes puissances en général et de la Chine et de la Russie en particulier. Si tel est le cas, alors l’époque des Greg Vogle, Chris Wood, Gina Haspel et autre Michael d’Andrea est belle et bien en train de s’achever. Cette époque où la problématique anti-terroriste a régné en maîtresse absolue dans les couloirs de Washington, cette époque où la CIA a presque cessé d’être une agence de renseignement pour devenir une organisation de type paramilitaire. A n’en point douter, ces vingt années laisseront aux historiens beaucoup de mystères à éclaircir mais aussi une trace sanglante qui mettra longtemps à s’effacer. 

Mise à jour : le 1er aout 2022, la CIA a procédé à deux tirs de drones contre un bâtiment situé dans quartier de Sherpur, au centre de Kabul. Cette attaque, la première du genre depuis la prise de pouvoir des Talibans survenue un an plus tôt, a permis d’abattre Ayman Az-Zawahiri, 71 ans, cofondateur d’Al-Ka’ïda en 1988 et son dirigeant officiel depuis 2011.

Notes :

[1] Certains d’entre eux étaient déjà morts (Abu Ubayda al-Banshiri) ou avaient déjà été arrêtés (Mamduh Mahmud Salim) au moment des attentats du 11 septembre.

Beaucoup d’autres seront tués (Abu Hafs al-Masri, Abu Turab al-Urduni) ou bien appréhendés (Ibn al-Shaykh al-Libi, Khalid Shaykh Muhammad, Ramzi Bin al-Shaybah) dans le cadre des premières représailles américaines menées entre 2001 et 2003.

Ceux qui avaient pu réchapper à cette période seront ensuite méthodiquement arrêtés (Sulayman Abu Ghaith en mars 2013) ou tués : Ahmad Sa’id Khadr en octobre 2003, Abu Layth al-Libi en janvier 2008, Abu Khabab al-Masri en juillet 2008, Abu Yazid al-Masri en mai 2010, Usama ibn Ladîn en mai 2011, Nasir al-Wuhayshi en juin 2015, Abu Firas as-Suri en avril 2016, Abu Faradj al-Masri en octobre 2016, Abu Khayr al-Masri en février 2017, Abdallah Ahmad Abdallah en août 2020, Husam Abd Rauf en octobre 2020 et bien sûr Ayman az-Zawahiri en août 2022.

Des leaders historiques de l’organisation, seul l’Egyptien Sayf al-Adl (qui serait toutefois détenu en Iran) est pour l’instant parvenu à échapper aux Américains.

Deux autres fondateurs, le Saoudien Wa’il Hamza Djulaydan et le Syrien Inam Arnaut n’ont pas fait l’objet de représailles car ils avaient assez rapidement pris leur distance avec l’action armée.

[2] Nuançons le tableau. En 2017, la CIA a réussi à exfiltrer vers le Monténégro puis les Etats-Unis un certain Oleg Smolenkov, un agent qu’elle était parvenue à infiltrer au cœur de l’administration présidentielle russe.

[3] Dorfman, Zack : « China Used Stolen Data to Expose CIA Operatives in Africa and Europe », Foreign Policy, 21 décembre 2020.

[4] C’est notamment le thème de l’ouvrage écrit par un ancien cadre de l’Agence, Douglas London (The Recruiter, Spying and the Lost Art of American Intelligence, Hachette Books, 2021).

[5] Seules 82 personnes ont reçu le Trailblazzer Award entre 1997 et 2017. Cette décoration dont le nom signifie littéralement « la distinction des pionniers » est destinée à récompenser des personnels qui auront permis à l’Agence d’explorer de nouvelles voies. Au cours de carrière, Vogle avait déjà obtenu la Distinguished Intelligence Cross (2002), l’Intelligence Star (2003), la National Intelligence Distinguished Service Medal (NIDSM, 2016), la Distinguished Career Intelligence Medal (2016)et le Director’s Award for Distinguished Service (2016), ce qui fait de lui l’un des fonctionnaires les plus décorés de la CIA.

[6] Shapira, Ian : « The CIA acknowledges the legendary spy who saved Hamid Karzai’s life – and honors him by name », Washington Post, 18 septembre 2017.

[7] Le 14 juillet 2017, Vogle a par exemple assisté à la cérémonie d’inhumation organisée au cimetière national d’Arlington, en Virginie, en l’honneur de Brian Ray Hoke et Nathaniel Delemarre, deux agents du SAD tués en mission en Afghanistan l’année précédente (cf Goldman, Adam & Rosenberg, Matthew : « A Funeral of 2 Friends: C.I.A. Deaths Rise in Secret Afghan War », New York Times, 6 septembre 2017).

[8] Anonyme : « CIA legend Greg Vogle back in Kaboul », Intelligence Online, 21 novembre 2018.

[9] Pendant huit mois entre 2017 et 2018, l’officier des Marines Ian Cameron a été charge des opérations de neutralisation effectuées par l’armée de l’air américaine. Au cours de ce laps de temps il estime avoir supervisé environ 250 frappes et tué plus 350 combattants talibans (+ 50 blessés). Il a confié son témoignage au New York Times après le retrait américain (« I killed Taliban fighters from an air-conditioned room. Did it even help ? », NYT, 21 août 2021).

[10] Quoique l’abandon de certaines positions avancées (FOB/CO) dans le Helmand par les Britanniques en décembre 2006 ainsi que par les Américains dans plusieurs vallées des provinces du Kunar et du Nuristan fin 2009/début 2010 puisse apparaître comme des reculades face à la pression militaire intense exercée par l’adversaire.

[11] Anonyme : « Greg Vogle pour remplacer Zalmay Khalilzad », Intelligence Online, 18 novembre 2020.

[12] Ce total représente à lui le seul le tiers de tous les personnels afghans rapatriés par les USA après la chute du régime de Kaboul (Cole, Matthew & Quilty, Andrew : « The CIA’s Afghan Proxies, Accused of War Crimes, Will Get a Fresh Start in the U.S. », The Intercept, 6 octobre 2021).

Bibliographie :

Histoire générale de la CIA

. Brennan, John O. : Diriger la CIA, mon combat contre le terrorisme, Talent Edition, 2020.

. Prados, John : Histoire de la CIA, les fantômes de Langley, Perrin, 2019 (édition originale 2017).

. Weiner, Tim : Des Cendres en héritage, l’histoire de la CIA, Tempus, 2011.

La carrière de Greg Vogle

. Anonyme : « CIA chief of Station Named », Cyrptome.org, 13 février 2012.

. Dilanian, Ken : « New Chief of CIA Clandestine service is Spying Veteran », Associated Press, 15 janvier 2015.

. Gorman, Siobhan : « CIA Man is Key to U.S. Relations with Karzai », Wall Street Journal, 24 août 2010.

. Shapira, Ian : « The CIA acknowledges the legendary spy who saved Hamid Karzai’s life – and honors him by name », Washington Post, 18 septembre 2017.

La campagne afghane de 2001

. Barzilai, Yaniv : 102 Days of War, Potomac Book, 2014.

. Blem, Eric : The Only Thing Worth Dying For : How Eleven Green Berets Fought for a New Afghanistan, Harper Perennial, 2011.

. Gopal, Anand : « How the US Created the Afghan War and then Lost it », The Nation, 29 avril 2014.

. Grenier, Robert : 88 Days to Kandahar, A CIA Diary, Simon & Chuster, 2015.

. Morell, Michael : « On 9/11, the CIA and Afghanistan », deux épisodes de la série Intelligence Maters, CBS News.

L’action de la CIA en Afghanistan de 2001 à 2021

. Cole, Matthew & Quilty, Andrew : « The CIA’s Afghan Proxies, Accused of War Crimes, Will Get a Fresh Start in the U.S. », The Intercept, 6 octobre 2021.

. Coll, Steve : Ghost Wars, Penguin, 2005.

. Coll, Steve : Directorate S, The CIA and America’s Secret War in Afghanistan and Pakistan, Penguin Press, 2018.

. Jacobsen, Annie : Surprise, Kill, Vanish: The Secret History of CIA Paramilitary Armies, Operators, and Assassins, Back Bay Books, 2020.

. Mazzetti, Mark : The Way of the Knife : The CIA, a Secret Army, and a War at the Ends of the Earth, Penguin Books, 2014.

. Mazzetti, Mark & Apuzo, Matt : « Deep Support in Washington for C.I.A’s Drone Missions », New York Times, 25 avril 2015. 

. Mazzetti, Mark & alii : « Amid Afghan Chaos, a CIA Mission that Will Persist for Years », New York Times, 27 août 2021.

. Quilty, Andrew : « The CIA’s afghan death squads », The Intercept, 20 décembre 2020.

. Woodward, Bob : Les Guerres d’Obama, Folio, 2012.

Al-Ka’îda et les Talibans

. Baczko, Adam : La guerre par le droit, les tribunaux Taliban en Afghanistan, CNRS Editions, 2021.

. Giustozzi, Antonio : Taliban at War 2001-2018, Oxford University Press, 2019.

. Gopal, Anand : No Good Men Among the Living, America, the Taliban and the War Through Afghan Eyes, Metropolitan Books, 2015.

. Hamid, Mustafa & Farrall, Leah : The Arabs at War in Afghanistan, C. Hurst & Co Publishers, 2015.

. Whitlock, Graig : The Afghanistan Paper, a Secret History of the War, Simon & Schuster, 2021.

Annexes

Annexe 1 : principaux responsables américains en charge de la guerre anti-terroriste entre 2001 et 2017

Sous-secrétaires à la Défense en charge du renseignement (poste crée en mars 2003) : Stephen Cambone (2003-2006), James Clapper (2007-2010), MichaelVyckers (2011-2015), Marcel Lettre (2015-2017)

Commandants du Centcom : Tommy Franks (juillet 2000 – juillet 2003), John Abizaid (juillet 2003 – mars 2007), William Fallon (mars 2007 – mars 2008), Martin Dempsey (mars 2008 – octobre 2008), David Petraeus (octobre 2008 – juillet 2010), James Mattis (juillet 2010 – mars 2013), Lloyd Austin (mars 2013 – mars 2016), Joseph Votel (mars 2016 – mars 2019), Kenneth McKenzie (mars 2019-…)

Commandants en chef en Afghanistan : Tommy Franks (octobre 2001 – juin 2002), Dan Kelly McKneill (juin 2002 – octobre 2003), David Barno (octobre 2003 – mai 2005), Karl Eikenberry (mai 2005 – février 2007), Dan Kelly McKneil (février 2007 – juin 2008), David McKiernan (juin 2008 – juin 2009), Stanley McChrystal (juin 2009 – juin 2010), David Petraeus (juillet 2010 – juillet 2011), John Allen (juillet 2011 – février 2013), Joseph Dunford (février 2013 – août 2014), John Campbell (août 2014 – mars 2016), John Nicholson (mars 2016 – septembre 2018)

Commandants en chef en Irak : Tommy Franks (mars – mai 2003), Ricardo Sanchez (juin 2003 – juillet 2004), George William Casey (juillet 2004 – février 2007), David Petraeus (février 2007 – septembre 2008), Raymond Odierno (septembre 2008 – septembre 2010), Lloyd Austin (septembre 2010 – décembre 2011) […] James L. Terry (août 2014 – octobre 2015), Sean McFarland (octobre 2015 – août 2016), Stephen J. Towsend (août 2016 – novembre 2017), Paul E. Funk II (novembre 2017 – septembre 2018)

Commandants du JOSC : Dell Dailey (2001-2003), Stanley McChrystal (2003-2008), William McRaven (2008-2011), Joseph Votel (2011-2014), Raymond A. Thomas (2014-2016), Austin Miller (2016-2018)

Directeur national du renseignement : John Negroponte (2005-2007), Michael McConell (2007-2009), Dennis Blair (2009-2010), James Clapper (2010-2017)

Directeurs de la CIA : George Tenet (juillet 1997 – juillet 2004), Porter Goss (septembre 2004 – mai 2006), Michael Hayden (mai 2006 – février 2009), Leon Panetta (février 2009 – juillet 2011), David Petraeus (septembre 2011 – novembre 2012), John Brennan (mars 2013 – janvier 2017), Mike Pompeo (janvier 2017 – avril 2018)

Chefs DO/NCS : James Pavitt (1999-2004), Stephen Kappes (2004), Jose Rodriguez (2004-2007), Michael Sulick (2007-2010), John Bennett (2010-2013), Frank Archibald (2013-2015), Greg Vogle (2015-2017)

Chefs de la SAD : Rod Smith (vers 2001), John D. Bennett (2003-2004), Greg Vogle (2012-2015), Michael Raiole (2015-2017)

Chefs de la Division Proche-Orient et Asie du Sud du NCS : Alan Douglas Wolfe (1979-1984), Charles Cogan (1984-1987), Bertram Foglesong Dunn (1987-1988), Thomas A. Twetten (1988-1991), James A. Higham (1991-1994), Frank Anderson (1994-1999), Stephen W. Richter (1999-2000), Stephen Kappes (2000-2002), James R. Hughes (2002-2004), Robert G. Richer (2004-2007), Hendrik Van Der Meulen (2007-2010), Michael F. Walker (2010- ?)

Chefs de l’Afghan Task Force : Gust Avrokortos (1984-1986), Jack Devine (1986-1987), Frank Anderson (1987-1989), … (1989-1991)

Chefs CTC du NCS : Duane Clarridge (1986-1987), Frederick Turco (1987-1991), Stephen Richter (1992-1994), Winston Wiley (1994-1997), Geoffrey O’Connell (1997-1999), Cofer Black (1999-2002), Jose Rodriguez (2002-2004), Robert Grenier (2004-2006), Michael D’Andrea (2006-2015), Chris Wood (2015-2017)

Chefs ALEC Station du CTC : Michael Scheuer (1996-1999), Richard Earl Blee (1999-2001), Chris Wood (2002-2003), Alfreda Frances Bukowski (2003-2005) [unité supprimée fin 2005]

COS Islamabad : John Reagan (1977-1981), Howard Hart (1981-1984), William Piekney (1984-1986), Milton Bearden (1986-1989), Harry Wetherbee (1989-1992), … (1992-1994), William Murray (1994-1996), Gary Berntsen (1996-1999), Robert Grenier (1999-2001), …, Richard Blee (2004-2005), Frank Archibald (2005-2008), John Bennett (2008-2009), Jonathan Bank (2009-2010), Mark Kelton (2010-2011) …

COS Kaboul : Richard Blee (2001-2002), X (2002-2004), Greg Vogle (2004-2006, 2009-2010), Philipp Reilly (2009), Chris Wood (2011-2012), Raymond Castillo (2012-2013), Michael Joseph Raiole (2014-2015)

COS Baghdâd : Charles Seidel (mars-mai 2003), X (juillet-août 2003), Gerald « Gerry » Meyer (août – décembre 2003), Robert Cardena (janvier – décembre 2004), Michael d’Andrea (décembre 2004 – février 2006), Robert Kandra (vers 2006), Greg Vogle (vers 2007 ?).

Annexe 2 : liste (non exhaustive) des personnels de la CIA tués en Afghanistan depuis 2001

. 25 novembre 2001 : Johnny Michael Spann, tué par des prisonniers talibans mutinés à Qala e-Jangi près de Mazar e-Sharif.

. 4 janvier 2002 : Nathan Ross Chapman, tué en opération à Khost lors de la reconnaissance d’un bâtiment. 

. 5 février 2003 : Helge Boes, tué accidentellement par une grenade lors d’un exercice d’entraînement.

. 25 octobre 2003 : William Clarson et Christopher Glenn Mueller, tués lors d’une embuscade survenue près de Shkin, dans la province de Paktika.

. 10 mai 2008 : Donald Andreas Barger, tué lors d’une embuscade.

. 30 décembre 2009 : Harold Brown Jr, Elizabeth Hanson, Darren LaBonte, Jennifer Lynne-Matthews, Dane Clark Paresi, Scott Michael Roberson et Jeremy Wise, tués par un kamikaze près de Khost.

. 25 septembre 2011 : Jay Hanigan, tué à Kaboul par un assaillant.

. 13 octobre 2012 : Dario Natale Lorenzetti, tué par un kamikaze à Kandahar le 13 octobre 2012.

. 26 octobre 2016 : Brian Ray Hoke et Nathaniel Patrick Delamarre, tués en opération près de Djalalabad.

. 18 décembre 2016 : George Alexius Whitney, tué en opération près de Djalalabad.

Annexe 3 : décorations attribuées par la CIA

  1. Distinguished Intelligence Cross : « For a voluntary act or acts of extraordinary heroism involving the acceptance of existing dangers with conspicuous fortitude and exemplary courage »
  2. Distinguished Intelligence Medal : « for performance of outstanding services or for achievement of a distinctly exceptional nature in a duty or responsibility, the results of which constitute a major contribution to the mission of the Agency »
  3. Intelligence Star : « voluntary acts of courage performed under hazardous conditions or for outstanding achievements or services rendered with distinction under conditions of grave risk »
  4. Intelligence Medal of Merit : « the performance of especially meritorious service or for an act or achievement conspicuously above normal duties which has contributed significantly to the mission of the Agency »
  5. Distinguished Career Intelligence Medal : « an individual’s cumulative record of service reflecting a pattern of increasing levels of responsibility or increasingly strategic impact and with distinctly exceptional achievements that constitute a major contribution to the mission of the Agency »
  6. Career Intelligence Medal : « for a cumulative record of service which reflects exceptional achievements that substantially contributed to the mission of the Agency »
  7. Career Commemoration Medal : awarded for exemplary service significantly above normal duties that had an important contribution to the Agency’s mission »
  8. Intelligence Commendation Medal : « the performance of especially commendable service or for an act or achievement significantly above normal duties which results in an important contribution to the mission of the AgencyAgency Seal Medal »
  9. Exceptionnal Service Medaillon : « injury or death resulting from service in an area of hazard »
  10. Hostile Action Service Medal : « for direct exposure to a specific life-threatening incident in the foreign field or in the U.S. where the employee was in close proximity to death or injury, but survived and sustained no injuries. The incident must have occurred during work-related activities or events, which were targeted by armed forces or persons unfriendly to the U.S. Government »
  11. Agency Seal Medal : « non-Agency personnel, to include U.S. Government employees and private citizens who have made significant contributions to the Agency’s intelligence efforts. »
  12. Gold Retirement Medaillon : « a career of 35 years or more with the Agency »
  13. Silver Retirement Medaillon : « a career of 25, but less than 35, years with the Agency »
  14. Bronze Intelligence Medaillon : « A career of at least 15, but less than 25, years with the Agency »

Crédit photographique : évacuation de Kaboul, photo prise le 20 août 2021 à l’aéroport international Hamid Karzaï par lequel ont transité 120 000 personnes entre le 15 et le 31 août [U.S. Marine Corps photo by Sgt. Samuel Ruiz, Public domain, via Wikimedia Commons]

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