Le colonel Morlanne (VII) : la retraite et le retrait

Voir : Le colonel Morlanne (VI) : le SA dans la décolonisation

XI. La retraite et le retrait (1957)

Alors que débute l’année 1957, le colonel Morlanne semble parvenu au sommet de sa carrière et de son influence. Patron du SA depuis près de onze ans, il bénéficie d’une autorité indiscutée sur ses hommes et dispose en outre de la confiance de son chef, le directeur général Boursicot. Sa carrière militaire avance bien. Il a été promu au grade de lieutenant-colonel en avril 1953 et, au vu de son âge et de l’importance de ses responsabilités, il peut légitimement espérer atteindre très bientôt celui de colonel et sans doute finir par accrocher une étoile à son képi avant de passer dans le cadre de réserve.

Et pourtant, c’est ce moment précis que Morlanne va choisir pour quitter le SDECE. Le 21 janvier 1957, arguant de ses problèmes de santé, il demande en effet à son directeur la permission de pouvoir quitter son poste afin de bénéficier d’une retraite anticipée. Bien que ses ennuis médicaux soient bien réels[1], on peut également supposer d’autres raisons.

Il convient tout d’abord de s’interroger sur l’étrange concomitance entre la date de cette demande et les évènements qui ont alors cours en Algérie.

Car la situation, en ce début 1957, aussi bien sur les plans politiques que militaires, est loin d’y être excellente. Certes, l’armée n’a pas ménagé ses efforts pour vaincre la rébellion. L’augmentation de la durée du service militaire ainsi que le rappel du contingent lui ont permis d’augmenter considérablement ses effectifs, qui sont ainsi passés de 55 000 hommes en décembre 1954 à près de 400 000 en août 1956. Parallèlement à la création du CCI, qui a déjà été évoquée, l’armée a également mis en place d’autres organismes, comme les sections administratives spécialisées (SAS), destinées à mieux contrôler les populations rurales, ou bien encore les cinquièmes bureaux, qui ont reçu pour mission de contrer la propagande des insurgés. Le 12 mars 1956 enfin, le gouvernement a obtenu le vote des pouvoirs spéciaux, c’est-à-dire qu’il peut désormais conduire sa politique algérienne par le biais de simples décrets sans plus passer par des votes parlementaires, qu’ils soient algériens ou métropolitains.

Mais si ces différentes mesures ont sans doute empêché que la situation militaire n’échappe à tout contrôle, il n’en demeure pas moins que le retour de la paix ne semble pas pour demain. Aucune zone du pays n’est désormais épargnée par l’insécurité et les pertes (militaires et civiles) n’ont pas cessé d’augmenter au fil des mois. S’il n’y avait eu que 200 actes terroristes en avril 1955, on en comptera 900 en octobre, près de 1 000 en décembre et jusqu’à 2 600 en mars 1956. A cette date, on estime que l’ALN dispose de près de 6 000 hommes en armes. Au cours du seul mois de janvier 1956, les forces de l’ordre ont perdu près d’une centaine des leurs, auxquels sont venus s’ajouter près de 200 civils (dont 95% de Musulmans et 5% d’Européens). Si ces chiffres vontdécliner par la suite ils se maintiendront à des niveaux alarmants.

Une certaine fébrilité règne donc dans la classe politique et ceux qui, au sein de l’état-major des armées, sont en contact avec les cabinets ministériels, savent bien que dans la plus grande discrétion le gouvernement a déjà entamé des entretiens avec des représentants autorisés de la rébellion[2]. Après les revers subis en Indochine puis en Egypte, de nombreux hauts gradés craignent évidemment que ces tractations ne soient le prélude à un abandon pur et simple de l’Algérie. Or certains généraux sont bien résolus à s’opposer à une telle éventualité. 

Jacques Faure, le vieil ami de Morlanne, est sans doute l’un des plus remuants de ces officiers frondeurs. Adjoint au commandant de la division d’Alger, il a même élaboré un plan d’action qui doit permettre à l’armée de prendre le pouvoir en Algérie et d’imposer ainsi sa propre solution au conflit. Mais, pour réussir un tel coup, il a évidemment d’avoir du soutien et c’est pourquoi il a entrepris de s’adresser à certains des hommes qui, que cela soit dans l’armée ou dans l’administration, ont en main les destinées du pays. Le 16 décembre 1956, à l’hôtel Saint-Georges d’Alger, accompagné d’un activiste algérois nommé René Kovacs (1924- ?), il a par exemple rencontré le général René Cogny (1904-1968) afin de le convaincre de la faisabilité et de l’urgence de son projet.

Mais cette tentative va faire long feu, car le 24 décembre 1956 et tandis qu’il cherche cette fois-ci à convaincre le secrétaire général de la police d’Alger, Paul Teitgen, Faure ne sait pas que ce dernier enregistre leur conversation à la demande de Robert Lacoste, le gouverneur général, qui s’empressera ensuite de faire parvenir les bandes sonores à Paris. A la demande expresse de Guy Mollet, le ministre de la Défense Maurice Bourgès-Maunoury va alors infliger au général Faure une peine de trente jours d’arrêt de forteresse, mettant ainsi une fin brutale aux velléités putschistes de l’officier mais pas à l’agitation qui règne dans la capitale algérienne[3].

A peine quelques jours plus tard en effet, le 16 janvier 1957 à 19h00, deux obus de bazooka tirés depuis un immeuble voisin atteignent le bureau de Raoul Salan, le commandant interarmées en Algérie. Celui-ci était absent au moment fatidique mais son aide-de-camp, le commandant Robert Rodier, sera tué dans l’attaque. La justice militaire se voit immédiatement chargée de mener une enquête sous l’autorité du commandant Marchelli. Or ce dernier ne va pas tarder à retrouver les coupables. Il s’agit en fait d’un groupe de colons ultras commandés par René Kovacs. Plus tard, ce dernier affirmera que le commanditaire de toute l’opération n’était autre que Michel Debré, l’un des hommes clé du gaullisme, dont le but aurait été de faire disparaître Salan afin de mettre à sa place le général Cogny qui, à son tour, aurait déclenché un putsch en Algérie destiné à permettre le retour du général de Gaulle au pouvoir.

Quoi qu’il en soit de la réalité de toutes ces affirmations, deux éléments de l’affaire concernent directement Morlanne. D’une part, il se trouve que René Kovacs va aussi mettre en cause Jacques Faure, qu’il présentera comme ayant été l’un de ses principaux donneurs d’ordres, or l’on connaît bien la proximité existant entre Faure et le chef du SA. D’autre part, l’artificier ayant élaboré l’engin explosif, Philippe Castille (1923-2015), est un ancien de Mont-Louis et un réserviste du 11e Choc. De là à s’imaginer que Morlanne aurait pu avoir un rôle dans toute cette histoire et que, pour dire les choses clairement, il a agi à la demande des gaullistes et notamment de Jacques Foccart, il n’y a qu’un pas. C’est en tout cas la conclusion à laquelle aboutira plus tard le général Salan et c’est peut-être aussi celle que s’est faite Pierre Boursicot. Par égard pour Morlanne et afin d’éviter tout scandale, il pourrait donc l’avoir contraint à lui remettre sa démission. 

Mais à ces éléments immédiats on peut aussi en ajouter d’autres, plus généraux, qui expliquent que l’officier béarnais ne s’est peut-être pas démené pour conserver son poste.

Il y a tout d’abord la fatigue nerveuse que doit ressentir un homme qui n’a pas cessé d’être sur la brèche depuis l’automne 1943. Travailler dans les services spéciaux nécessite en effet d’avoir des nerfs d’acier et ceci est particulièrement vrai lorsque l’on y occupe un poste à responsabilité. Car il est usant d’avoir à se méfier de tout et de tout le monde, de devoir vérifier constamment si l’on est pas suivi ou mis sur écoute, d’avoir à se demander sans cesse si votre interlocuteur, votre collègue ou même votre subordonné, ne cherche pas en réalité à vous manipuler. Il est aussi particulièrement pénible de devoir faire attention à tout ce que l’on dit afin de ne jamais révéler, même par mégarde, des secrets d’Etat. Et l’on ne peut guère se confier à ses proches puisque ceux-ci, ne serait-ce qu’afin de garantir leur propre sécurité, doivent tout ignorer de vos activités professionnelles.

Or, les occasions de s’inquiéter n’ont pas manqué au cours de toutes ces années. A la gravité des enjeux internationaux sont en effet venus s’ajouter les remous provoqués par les diverses affaires auxquelles le SDECE a été mêlé d’une façon ou d’autre autre. Après « l’affaire Passy » (mai 1946), il y eut ainsi le complot du « Plan bleu » (juin 1947) et celui de la « Pentecôte » (mars 1949), puis « l’affaire des généraux » (septembre 1949) ou bien encore « l’affaire des fuites » (mai 1954). A chaque fois, Morlanne a dû faire preuve d’autant d’adresse que de détermination pour échapper aux purges qui n’ont pas manqué de se produire au sein de la « Boîte ».

On peut aussi penser que l’échec de l’opération de Suez, dans laquelle il s’était énormément investi, a dû marquer Morlanne, de même que les nombreux revers que son service a connus en matière d’opérations HOMO, autant de plantages qui n’ont pas dû contribuer à améliorer son image ni celle de ses hommes auprès des décideurs. La décision de l’état-major de créer le CCI, puis de placer la Section A sous sa propre autorité, ont aussi pu apparaître comme une forme de désaveu à l’égard du SA, même si ce dernier a pu conserver un droit de regard sur l’emploi qui était fait de ses hommes.

  On peut aussi songer à l’action de ses nombreux adversaires. Car Morlanne, qui n’a jamais eu un caractère facile, a pu se montrer dur et même impitoyable dans la conduite de son service[4]. Certes, ses hommes savent qu’il les a toujours défendus contre les attaques dont ils ont pu faire l’objet, quitte ensuite à leur faire la morale. Mais il n’en est pas moins exact que les reproches formulés à son égard n’ont pas manqué. Au sein du SDECE, on lui en a parfois voulu d’essayer de se faire passer pour un grand résistant alors que ses états de service, pour réels qu’ils soient, n’avaient rien de très remarquables, surtout au regard de ceux de plusieurs de ses adjoints[5]. Certaines de ses décisions lui ont également valu des critiques acerbes. Maurice Belleux lui a ainsi reproché d’avoir voulu le court-circuiter dans la conduite des GCMA. Quant à Paul Aussaresses, il n’a jamais digéré la façon dont il a été « débarqué » de Mont-Louis en 1948. Les liaisons entretenues par Morlanne avec le monde politique et notamment ses amitiés maçonniques (qui n’ont sans doute pas été pour rien dans son ascension) ont souvent suscité la suspicion (et sans doute aussi la jalousie)[6].

Toujours est-il que le directeur général, s’il va demander à Morlanne de partir, va aussi lui proposer de choisir lui-même le nom de celui qu’il voudrait voir le remplacer. Le choix du Béarnais va alors se porter sur l’un des patrons de l’escadrille « Vaucluse », le lieutenant-colonel de l’armée de l’air Robert Roussillat (1909-1991), un solide Breton dont il a pu apprécier les qualités professionnelles, le patriotisme et aussi l’absolue détermination dans la conduite de ses missions.

On peut également voir dans cette option une forme de désaveu à l’égard Jacques Foccart, que d’aucuns avaient fini par considérer comme le « patron hors-hiérarchie » du SA, tant il disposait d’hommes à lui au sein de la structure, que ce soit au sein du SDECE proprement dit (avec René Cailleaud, Marcel Chaumien et Maurice Lambert[7]) mais aussi et surtout parmi les réservistes du 11ème Choc (Pierre Henneguier, Pierre Lefranc, Henri Gorce-Franklin, André Jarrot, etc.). Soutenu par le ministre d’Etat Jacques Chaban-Delmas, Foccart tentera même, mais sans succès, d’imposer son propre candidat à la tête du SA, en l’occurrence Pierre Henneguier[8].

La passation de pouvoir entre Morlanne et Roussillat va avoir lieu le 22 mars 1957 à Cercottes, en présence de Pierre Boursicot et du colonel Pierre Decorse, ce qui très logique, mais également des chefs d’état-major des trois armes, ce qui l’est moins et vient démontrer l’importance acquise par le Béarnais au sein de l’institution militaire. Le 1er avril 1957, Roussillat prendra officiellement ses nouvelles fonctions.

Qu’a donc fait le colonel Morlanne par la suite ? A vrai dire, on a un peu de mal à saisir les responsabilités qu’il a pu détenir entre son départ du SA en avril 1957 et son intégration dans le cadre de réserve le 15 décembre 1960[9].

Toujours est-il que c’est depuis sa retraite que Morlanne va devoir assister au tragique dénouement de la guerre d’Algérie. Le 20 mai 1961, quelques mois après la victoire du oui au référendum sur l’autodétermination, la France a ouvre pour la première fois un dialogue officiel avec le FLN. Au terme de plusieurs mois de difficiles négociations, un cessez-le-feu sera finalement promulgué le 19 mars 1962 avant que la République algérienne ne soit proclamée le 4 juillet suivant.

Quant aux forces que Morlanne et ses adjoints avaient contribué à bâtir, elles seront soigneusement démantelées. Le 15 janvier 1962, déjà inactive depuis quelques mois, la Section A est officiellement supprimée. Le 11 décembre 1963, la 11-DBPC et toutes les unités qui la constituaient sont dissoutes à l’initiative de Pierre Messmer, le ministre des Armées.

S’il parviendra de justesse à échapper à un tel sort, le Service Action verra cependant ses effectifs et ses moyens considérablement diminués[10]. Accusés de complaisance, si ce n’est de complicité à l’égard de l’OAS, plusieurs de ses cadres verront leurs carrières brisées, certains temporairement (parce qu’ils auront su se recycler dans les services de renseignement et notamment en Afrique, à l’instar de René Bichelot et Gildas Lebeurier) et d’autres définitivement (Robert Roussillat, Roger Laupies, Raymond Muelle, Léonce Erouart, Jean Sassi, sans parler d’Yves Godard qui, ayant été l’un des chefs de l’organisation clandestine, devra endurer un long exil).

On ne sait pas ce que Morlanne a pu penser de tous ces évènements. Sans doute a-t-il accueilli les malheurs de ses anciens coéquipiers avec dépit et consternation. Peut-être même l’a-t-il fait savoir, ce qui pourrait expliquer qu’il ne sera jamais rappelé aux affaires alors même qu’il était encore assez jeune et que sa longue expérience lui aurait permis de se montrer utile et peut-être même d’occuper de hautes fonctions au sein du ministère de la Défense. A moins que la mise à l’écart de cet homme, qui connaissait mieux que quiconque tous les secrets de la République, n’ait été considérée comme une excellente chose par beaucoup de gens puissants.

Officiellement rayé des cadres le 1er juillet 1967, au terme d’une carrière militaire qui aura donc duré quarante ans, Henri Fille-Lambie va s’installer dans la très charmante commune de la Garde-Freinet, située près de Saint-Tropez[11]. C’est là qu’il passera une retraite aussi tranquille que discrète, se rendant toutefois régulièrement dans son Béarn natal pour y accomplir de longues balades champêtres.

Avec cette mise à l’écart et celle de la génération fondatrice du SA, c’est en réalité tout une époque qui s’achève. Après avoir été en guerre de façon quasi ininterrompue depuis septembre 1939, les Français n’aspirent plus à présent qu’à profiter de la paix comme le font déjà les autres Européens de l’Ouest. Avec une croissance annuelle moyenne du PIB de plus 5%, la société française se transforme rapidement et ses centres d’intérêt évoluent en conséquence. La foule désormais n’a d’yeux que pour le duel Anquetil contre Poulidor, elle rit des facéties de Louis de Funès dans Fantômas et s’enthousiasme pour les nouveaux appareils ménagers qui font peu à peu leur apparition dans les foyers. Quant à la jeunesse, elle préfère volontiers se trémousser au rythme de la musique des yéyés quand elle ne tombe pas en pâmoison devant les figures de la révolution prolétarienne. Si le destin malheureux de l’empire colonial ne passionne plus guère le peuple, il en va de même pour ses élites, qui ne jurent plus que par l’Europe et le modernisme technocratique. L’armée elle-même a changé de visage. Dans les états-majors, la peur du communisme a baissé d’un cran car les éclats de voix de Khrouchtchev semblent moins dangereux que les silences de Staline. Et puis surtout il y a ces concepts de défense stratégique et de dissuasion nucléaire auxquels on prête toutes les vertus.

Un temps menacé de disparition, le SA sera sauvé grâce à l’intervention de Jacques Foccart mais l’unité se contentera de vivoter pendant un peu plus de dix ans et il faudra attendre le mois de juin 1974 et l’arrivée à sa tête du colonel Alain Gaigneron de Marolles (fermement appuyé par le directeur Alexandre de Marenches), pour qu’elle retrouve une partie de son ancien lustre et puisse redevenir un instrument de pointe en matière de combat clandestin[12].

De fait, Henri Fille-Lambie, dit « Jacques Morlanne », ne sera pas impliqué dans ce renouveau. Il est mort à Toulon, le 30 janvier 1978, à l’âge de 69 ans, emportant avec lui bien des secrets.

Fidèle à la tradition familiale, plusieurs de ses proches ont fait de belles carrières dans l’armée. Son fils Michel (1935-2019) s’est ainsi engagé dans l’aviation après l’obtention de son baccalauréat. Formé en tant que pilote de chasse au Canada (1955-1956) puis à l’école de l’air de Salon-de-Provence, il fera une bonne partie de sa carrière au sein de l’escadron de chasse ½ (« Cigognes »), une unité stationnée sur la base de Dijon et dont il finira par prendre le commandement. Ayant également servi au sein de la patrouille de France en 1959 et 1960, il exercera ensuite comme attaché de l’air dans plusieurs ambassades et partira en retraite avec le grade de colonel. Installé à son tour à la Garde-Freinet, il y fondera une société immobilière.

Le fils adoptif de Michel, Thierry Caspar-Fille-Lambie (1954), a lui aussi réalisé un très beau parcours. Engagé en 1980 et breveté comme pilote de chasse en 1984, il servira ensuite comme pilote de C-160 Transall au sein des escadrons 2/64 « Anjou » et 1/64 « Béarn », totalisant plus de 6 400 heures de vol accomplies dans 75 pays différents. Commandant de la base aérienne d’Orléans puis commandant des forces françaises de Djibouti, il travaillera également à l’état-major de l’armée de l’air, en particulier en tant que commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) entre 2012 et 2014. Il jouera à ce titre un rôle important dans la définition d’une nouvelle doctrine de transport aérien ainsi que dans la mise en place des opérations Serval (Mali) et Sangaris (Centrafrique). Inspecteur général de l’Armée de l’air, il a pris sa retraite en 2015.

Enfin, le fils d’Élisabeth Fille-Lambie, épouse Liébault, et donc le petit-fils d’Henri Fille-Lambie, Sébastien Liébault, s’est engagé dans l’armée en 2004 et sert actuellement comme pilote de Rafale.


Notes :

[1] « Un abcès au foie, des poumons congestionnés, un estomac ulcéré » précisera Maloubier dans ses souvenirs. Morlanne sera effectivement hospitalisé près d’un mois en octobre-novembre 1957.

[2] Au début de 1956, trois cadres socialistes (Joseph Begarra, Pierre Commin et Pierre Herbault) furent missionnées par la SFIO pour organiser des séries de rencontres secrètes avec des responsables FLN. Ces dernières auront lieu d’abord au Caire, puis à Belgrade en Yougoslavie et finalement en Italie.

[3] Après quelques mois de disgrâce, Jacques Faure bénéficiera d’une réhabilitation spectaculaire suite au changement de régime. Devenu le commandant de la 27e division d’infanterie alpine (27-DIA), il sera nommé par Raoul Salan en tant que commandant civil et militaire de la Zone Est Algérois (ZAE, juillet 1958). A ce titre, il sera l’un des planificateurs de la fameuse opération « Jumelles » qui coûtera tant d’hommes à la wilaya III. De nouveau mis de côté après la « semaine des barricades », il deviendra l’un des artisans du putsch d’avril 1961. Chargé de l’opération « Armat », volet parisien du putsch, il sera rapidement arrêté et condamné à dix années de prison. Il obtiendra cependant des remises de peine et retrouvera la liberté en avril 1966. Il est mort à Paris le 9 avril 1988.

[4] Bergot, 1986, p. 166. Aussaresses prétendra ainsi avoir reçu de Morlanne l’ordre de « liquider » physiquement la compagne d’un de ses officiers, soupçonnée d’être une espionne soviétique, ce qu’il se refusa à faire (Aussaresses, Services spéciaux, 2001). Les mémoires de l’officier sont cependant à prendre avec précaution.

[5] Témoignage oral de Robert Maloubier au SHD.

[6] Maloubier, 2013, p. 46. On se souviendra que l’appartenance de Georges Revers et Roger Peyré à la même loge maçonnique avait été soulignée au moment de « l’affaire des généraux » (Faure, 2004, p. 248).

[7] Dans ses mémoires, Maurice Robert explique qu’en tant que chef de poste à Dakar, il avait eu tendance à travailler autant pour Jacques Foccart que pour sa propre hiérarchie (Ministre de l’Afrique, 2004, p. 90-91).

[8] Péan, 1990, p. 221 ; Faure, 2004, p. 268. Ces deux auteurs, d’habitude bien renseignés, commettent cependant la même erreur en fixant le départ de Morlanne et l’arrivée de Roussillat au mois de mai 1956 alors qu’elle s’est produite sept mois plus tard. Pour parachever la continuité avec son prédécesseur, Roussillat choisira de maintenir Didier Faure-Beaulieu à son poste d’adjoint du SA (Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 120).

[9] Son dossier précise qu’il a d’abord été intégré à la Compagnie administrative régionale (CAR) n°1 de Versailles puis à la CAR n°9 de Marseille, sans doute lorsqu’il est parti s’installer en Provence.

[10] L’expérience acquise au sein du 11e Choc servira cependant dès 1963-1964, lors de la mise en place du Centre National d’Entraînement Commando (CNEC) de Mont-Louis, qui récupèrera le drapeau de l’unité dissoute mais aussi une partie de son encadrement (Alexandre Boge, Jean Estel, Yves Lefevre, Jean Fons, Guy Ratel, Victor Trestour et Jacques Dewatre, l’un des futurs patrons de la DGSE). Elle servira aussi lorsque le 13ème régiment de dragons parachutistes (13-RDP) sera réorganisé afin d’accomplir des missions d’observation derrière les lignes ennemies.

[11] Il a d’abord possédé le mas du Luy avant d’acquérir celui de l’Assousta implanté dans une ancienne bergerie.

[12] Il est à noter que, dans cette opération de restauration du SA, de Marolles sera aidé par le saint-cyrien François Paoletti (m. 2020), un ancien cadre du 11e Choc (Jean-Christophe Notin : Le Maître du secret, Tallandier, 2018, p.).

Grades successifs d’Henri Jean Fille-Lambie :

9 novembre 1927 : deuxième classe

1er novembre 1928 : caporal

7 mai 1929 : sergent

12 octobre 1932 : major

1er octobre 1936 : sous-lieutenant (JO 06/09/36, p. 9570)

1er octobre 1938 : lieutenant (JO 13/09/38, p. 10789)

25 juin 1943 : capitaine 

1er juillet 1946 : chef de bataillon/commandant (avec effet rétroactif au 25 juin 1943, JO 25 juin 1946, p. 5668)

1er janvier 1953 : lieutenant-colonel

Décorations :

Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur (26 mars 1946, JO 21 juin 1946)[1]

Croix de guerre avec palmes (26 mars 1946)

Médaille de la Résistance française avec rosette (26 mars 1945, JO 30 mars 1945, p. 1719)

Sources directes :

Témoignage oral livré par Paul Aussaresses au SHD en 2000 (GR 3 K 60)

Témoignage oral livré par Maurice Belleux au SHD en 1981 (GR 3 K 239)

Témoignage oral livré par Robert Maloubier au SHD en 2000 (GR 3 K 71)

Témoignage oral livré par Raymond Muelle au SHD en 1999-2000 (GR 3 K 66)

Témoignage oral livré par Henri Noireau au SHD (GR 3 K 135)

Archives privées d’Henri Noireau au SHD (DE 2007 PA 155)[librement communicable]

Archives privées d’Henri Fille-Lambie au SHD (DE 2012 PA 10)[carton au contenu intéressant mais de taille assez modeste, sur dérogation]

Dossier de résistance d’Henri Fille-Lambie au SHD (GR 16 P 223979)

Dossier d’officier de Paul Robert Krotoff au SHD (GR 8 YE 112 092)

Archives du personnel du GCMA au SHD (GR 10 R 18-19)[sur dérogation]

Photos des Gardes du Maroc, Archives diplomatiques (21MA/2/4, clichés 2998-3968)

Journal officiel de la République française (Gallica)

Registre matricule de Jean Fille-Lambie aux archives des Pyrénées-Atlantiques (classe 1891, n° 173)

Acte de naissance de Jean Fille-Lambie aux archives des Pyrénées-Atlantiques (Nousty, année 1871, n°14)

Bibliographie :

Ouvrages généraux sur l’histoire contemporaine du renseignement français :

. Arboit, Gérald : Des Services secrets pour la France, du dépôt de guerre à la DGSE, CNRS Editions, 2014.

. Faligot, Roger, Jean Guisnel & Kauffer, Rémy : Histoire politique des services secrets français, La Découverte, 2012. 

. Faligot, Roger & Krop, Pascal : La Piscine, Seuil, 1985.

. Faure, Claude : Aux services de la République, du BCRA à la DGSE, Fayard, 2004.

Sur la Force 136 :

. Bergot, Erwan : Commandos de choc en Indochine, « les héros oubliés », Grasset, 1979 (1ère édition en 1975 sous le titre Les Héros oubliés).

. Ayrolles, Léopold-Henry : L’Indochine ne répond plus, Indo Editions, 2005 (1ère édition en 1948).

. Boucher de Crèvecœur, Jean : La Libération du Laos, Service Historique de l’Armée de Terre, 1985.

. Caply, Michel (pseudonyme de Jean Deuve) : Guérilla au Laos, Presses de la Cité, 1966.

. Millour, Philippe : Le Service Action au Laos 1945, les missions Kay 1 et Kay 2, Histoire et Collection, 2020.

. Rives, Maurice : « La Force 136 au Laos », Bulletin de l’ANAI, n°18, juillet 2009.

. Sassi, Jean (propos recueillis par Jean-Louis Tremblais) : Opérations spéciales, 20 ans de guerre secrète (Résistance, Indochine, Algérie), Nimrod, 2009 (l’auteur évoque également son passage au 11e Choc puis au GCMA).

. Spector, Ronald : « Allied Intelligence and Indochina, 1943-1945 », Pacific Historical Review, n°51, 1982, pp. 23-50.

. Thomas, Martin : « Silent Partners : SOE’s French Indo-China Section, 1943-1945 », Modern Asian Studies, vol. 34, n°4, 2000 (pp. 943-976).

Sur le 11e Choc et le SA :

. Aussaresses, Paul : Pour la France, services spéciaux 1942-1954, Editions du Rocher, 2001.

. Bergot, Erwan : 11e Choc, Presses de la Cité, 1986.

. Fleury, Georges & Maloubier, Georges : Nageurs de combat, La Table ronde, 1989. 

. Godard, Yves : Les Paras dans la ville, Fayard, 1972.

. Huitric, Eric : « C’étaient des hommes », Le 11e Choc, La Pensée moderne, 1976.

. Maloubier, Robert : L’Espion aux pieds palmés, Editions du rocher, 2013.

. Thébault, Pierre-Albert : D’un pépin l’autre, 1992.

Sur l’action de la France et du SDECE pendant la Guerre froide :

. Arboit, Gérald : « Quelles armées secrètes pour l’OTAN ? », Rapport de recherche n°18, Centre français de recherche sur le renseignement, mai 2016.

. Bat, Jean-Pierre : Les réseaux Foccart, l’homme des affaires secrètes, Nouveaux Mondes Editions, 2018.

. Buffotot, Patrice : « Guy Mollet et la Défense, du socialisme patriotique au socialisme atlantique », dans Guy Mollet, un camarade en république, Presses Universitaires de Lille, 1987.

. Erlom, Gaston : Agents secrets parachutés en Europe, Histoire et Collection, 2020.

. Krop, Pascal : Les secrets de l’espionnage français. De 1870 à nos jours, Payot, 1995.

. Péan, Pierre : Foccart, l’homme de l’ombre, Fayard, 1990.

. Raflik-Grenouilleau, Jenny : La Quatrième République et l’Alliance Atlantique, Presses Universitaires de Rennes, 2019.

. Robert, Maurice (entretiens avec André Renault) : « Ministre » de l’Afrique, Seuil, 2004. 

Sur les GCMA :

. David, Michel : Guerre secrète en Indochine, les maquis autochtones face au Viêt-Mînh (1950-1955), Lavauzelle, 2004 (incontournable).

. Puy-Montbrun, Déodat : L’Honneur de la guerre, Albin Michel, 2002.

. Trinquier, Roger : Les maquis d’Indochine, SPS Albatros, 1976.

Sur la guerre d’Algérie :

. Bergot, Erwan : Commandos de choc « Algérie », « le dossier rouge », Grasset, 1981 (1ère édition en 1976 sous le titre Le Dossier rouge, Services secrets contre le FLN).

. Faivre, Maurice : « Le renseignement pendant la guerre d’Algérie », Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, Editions complexes, 2001, pp. 291-310.

. Von Bulow, Mathilde : West Germany, Cold War Europe and the Algerian War, Cambridge University Press, 2016.

Autres :

. Abbadie, Henri : « Un Centre de Jeunesse et Montagne oublié, le Charmant-Som (11 octobre 1940 – 19 juillet 1941) ».

. Garraud, Philippe : « L’action de l’armée de l’air en 1939-1940 : facteurs structurels et conjoncturels d’une défaite », Guerres mondiales et conflits contemporains, n°202-203, pp. 7-31, 2001.

. Lambert, Pierre-Philippe & Le Marec, Gérard : Organisations, mouvements et unités de l’Etat français, Editions Jacques Grandcher, 1992.

. Lesur-Tambuté, Alexandra : 80 ans, Armée de l’air, une histoire de famille, Sirpa-Air/ECPAD, 2014.

. Péan, Pierre : Une jeunesse française, Fayard, 1994.


[1] Il refusera sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur en décembre 1954.

Crédit photographique : panorama de La Garde-Freinet [Blaue Max, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons]

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