Le colonel Morlanne (IV) : l’homme et le style

VII. Morlanne, l’homme et le style

Quoi que l’on ait pu dire jusque-là, il ne faudrait pas imaginer que le colonel Morlanne passe toutes ses journées à planifier des opérations clandestines ou bien encore à rencontrer des ministres ou des généraux. Car aussi particulières que soient ses activités, il n’en reste pas moins que le SA est aussi une unité militaire. A ce titre, son patron doit donc s’atteler à toutes les tâches inhérentes aux fonctions de chef de corps. Il lui faut par exemple noter chaque année ses hommes avant de demander éventuellement leur inscription au tableau d’avancement[1]. Il lui faut aussi autoriser (ou non) leurs demandes de mutation, organiser le recrutement de leurs remplaçants et arbitrer les sempiternelles querelles d’ego qui ne manquent pas d’éclater ici où là vu le caractère bien affirmé de ses subordonnés et le stress permanent auquel ils sont soumis. Enfin, il lui faut aussi se débrouiller pour obtenir les crédits nécessaires au fonctionnement d’un unité bien plus coûteuse qu’une formation classique.

En ce milieu des années 1950, c’est-à-dire environ dix années après sa création, le SDECE a fini par trouver son point d’équilibre. Il compte alors environ 1 500 agents, dont deux tiers de civils et un tiers de militaires. Comme tous les fonctionnaires, ces hommes sont évidemment astreints à une stricte neutralité politique. Pourtant, ce n’est un secret pour personne qu’il existe bel et bien au sein de la « Maison » des factions se distinguant sur ce critère.

Comme partout dans la haute administration de l’époque, ce sont les socialistes qui tiennent alors le haut du pavé[2]. La plupart d’entre eux ont fait leurs premières armes pendant l’occupation au sein de « Libération-Nord », un mouvement dont la plupart des cadres provenaient de la SFIO. C’était le cas par exemple du précédent directeur général, Henri Ribière, et cela sera aussi celui de son successeur, Pierre Boursicot (1899-1986). Ancien fonctionnaire des contributions et militant cégétiste, Boursicot s’est illustré au sein de la Résistance avant de rejoindre l’administration préfectorale. Directeur général de la Sûreté nationale entre 1946 et 1949, il a été habitué à gérer des dossiers hautement sensibles. Au moment de sa prise de fonction en décembre 1950, il a choisi d’emmener avec lui son ancien directeur de cabinet, Louis Lalanne (1919-2009), un homme issu de l’administration préfectorale qui va devenir le véritable n°2 du SDECE entre 1951 et 1957. Un autre homme marqué à gauche est Louis Fauvert, qui va diriger le service administratif et financier du SDECE à partir d’avril 1951. On peut également citer le chef de service de sécurité, Georges Lionnet (1914-1999), dont le rôle consiste à empêcher que le SDECE ne soit infiltré par des agents à la solde de l’étranger. Guy Marienne (1908-1973) enfin, le chef du service 25/4 (1946-1962), possède le même profil politique, comme d’ailleurs beaucoup de ses adjoints (Marcel Leroy-Finville, Louis Mouchon, etc.). Pour imposer leur hégémonie, les socialistes n’ont pas hésité à écarter les gaullistes des principaux postes à responsabilités ; Passy, Manuel et Thierry-Mieg ont tous dû quitter le SDECE en 1946.

En revanche, ils n’ont pas réussi à faire de même avec les anciens responsables du service de renseignement de l’armée française, dont la plupart ont débuté leur carrière avant-guerre mais continuent pourtant de truster les places de directeurs. Sans être très marqués politiquement, ces officiers de carrière sont avant tout des hommes d’ordre, plutôt (voire très) conservateurs. Ils ont été giraudistes pendant la guerre et ne doivent donc rien à de Gaulle. C’est le cas par exemple du colonel Paul Arnaud, qui va diriger le service technique (26) du SDECE de 1946 à 1964, de Georges Black, qui va piloter le service de décryptage (28) de 1949 à 1963, de Maurice Dumont (1911-2001), qui sera le patron du service de contre-espionnage (23) de 1953 à 1958, ou encore d’Henri Trautmann (1901-1976), qui va superviser le (très important) service de la recherche (22) entre 1946 et 1958. D’autres cadres enfin sont de purs techniciens, sans orientation politique connue, à l’instar d’Eugène Caillot (1913-1999), qui dirige le très stratégique service des écoutes.

Comme dans toute administration, les guerres entre services sont fréquentes et les querelles de personnes tout autant. Morlanne a donc dû apprendre à composer avec les attributions de ces puissants responsables, dont le rang hiérarchique est égal ou supérieur au sien et qui détestent par-dessus tout que l’on empiète sur leurs plates-bandes. Comme eux pourtant, il doit lui aussi rendre des comptes précis auprès de la direction des finances, y compris et même surtout lorsqu’il utilise des fonds spéciaux, ce qui comme on peut s’en douter se produit fréquemment.

S’il est certain que le départ de Fourcaud du SDECE, survenu au milieu de l’année 1950, l’a privé d’un appui bien utile, cette situation a aussi contribué à le libérer d’une tutelle parfois pesante. L’ancien directeur technique n’ayant pas eu de successeur, Morlanne sera désormais considéré comme le seul et unique patron de son unité, ce qui lui permettra de pouvoir dialoguer avec la direction générale sans aucun intermédiaire. De facto, plus qu’un chef de service, il deviendra alors une sorte de directeur des opérations sans le titre. 

Et de fait, son unité fait alors belle figure. A lui seul, le 11e Choc comprend près de 800 militaires[3] auquel il faut ajouter environ 7 800 réservistes toujours prêts à rempiler au besoin[4]. Quant au SA proprement dit, ses effectifs se montent à environ 400 personnes réparties entre Mortier et Cercottes, soit 21% des effectifs du SDECE[5]. Afin de l’aider à gérer les questions administratives, Morlanne dispose d’ailleurs de son propre état-major. Il a divisé son service en plusieurs sections, la section I s’occupant du personnel et la section III de l’instruction. Pour l’assister dans le choix de ses hommes, le parton du SA n’hésite pas à faire appel aux redoutables enquêtes psychologiques menées par le docteur André Abraham Morali-Daninos (1909-1986), l’un des grands spécialistes du test de Rorschach[6].

En 1954 ( ?) et après avoir longtemps tâtonner suite au départ de L’Helgouach, Morlanne va finir par trouver un adjoint idéal en la personne de Didier Faure-Beaulieu (1914-2002), dont il fera son véritable bras-droit[7]. L’homme possède il est vrai toutes les qualités recherchées par Morlanne. D’une part, il sait parfaitement ce que signifient à la fois l’action et le renseignement. Ayant rejoint Londres pendant la guerre, il a travaillé au BCRA où il était notamment chargé de coordonner les filières d’évasion. Parachuté en France occupée en janvier 1944, il a dirigé le sabotage de plusieurs usines et installations techniques dans le cadre de la mission « Vanille ». Mais Faure-Beaulieu, alias « Gilles Lefort », a aussi pour lui d’être issu d’une famille très aisée et d’avoir ses entrées dans les milieux les plus huppés de Paris. Ancien banquier, il est propriétaire d’un bel hôtel particulier situé rue de Grenelle (il n’hésitera d’ailleurs pas à y faire installer des micros afin d’espionner l’ambassade de Russie située juste à côté). Enfin, il a pour lui de savoir s’entendre avec un patron qui n’est pas réputé pour être un homme facile.

Il faut aussi revenir sur le rôle qu’a pu jouer Nicole Follot, rôle qui dépasse de très loin sa fonction officielle d’assistante du chef du service 29. Car si Morlanne lui permet d’assister à la plupart des entretiens qu’il conduit et s’il l’envoie aussi très régulièrement en mission d’observation pour son compte, c’est que Nicole Follot n’est pas une femme ordinaire. Née Goldschmidt, elle est intimement liée à la grande bourgeoisie juive, en particulier à Edmond de Rothschild (1926-1997) et Antoine Bernheim (1924-2012)[8]. L’impressionnant carnet d’adresses dont elle dispose s’avère donc très précieux pour Morlanne. A partir de 1948, le chef du SA lui donnera même pour mission d’assurer une liaison officieuse entre son service et ceux du jeune Etat israélien, dont la France est devenue l’un des plus solides alliés[9].

En matière de management, le Béarnais est un adepte de la politique des « rênes courtes ». Loin de se contenter de fixer un cap et d’évaluer ensuite les résultats atteints par ses collaborateurs, il tient au contraire à tout superviser par lui-même, y compris dans les plus infimes détails. Débordant d’énergie, il ne peut se résoudre au seul travail de bureau et se rend donc sur le terrain dès qu’il en a l’occasion. Quand cela n’est pas possible, il n’hésite pas à téléphoner plusieurs fois par jour à Cercottes, Persan-Beaumont, Perpignan ou Mont-Louis pour transmettre ses ordres et connaître l’état d’avancement des missions en cours.

Bouillonnant d’idées, il est toujours à l’affût des nouveautés car il tient à avoir constamment un coup d’avance sur l’adversaire. Outre le rôle qu’il a joué dans la création des nageurs de combat, il a par exemple demandé à Marcel Chaumien d’adapter la technique des Smokejumpers, ces pompiers américains qui savent sauter en pleine forêt munis de combinaisons rembourrées afin d’éviter de se blesser sur les branches[10]. Quelques années plus tard, le 11e Choc sera aussi l’une des premières unités parachutistes à expérimenter le saut à très haute altitude[11].

Alors que le pari ne semblait pas facile à remporter, il est parvenu à démontrer l’utilité de son service auprès de responsables politiques qui, d’abord sceptiques, ont tous fini par admettre les avantages qu’offre un tel outil. Qu’il s’agisse d’exfiltrer du matériel ou un individu d’une zone dangereuse, de mener un raid de sabotage ou, éventuellement, de liquider un adversaire, seul le SA peut permettre à la France d’intervenir à n’importe quel moment et dans n’importe quel lieu, y compris chez ses alliés. En outre, qui d’autre que lui pourrait garantir à l’exécutif une confidentialité aussi absolue sur le plan opérationnel ? Quelle autre unité dispose en effet d’une chaîne hiérarchique aussi courte ? Entre le président du Conseil, qui commande l’action, l’autorité intermédiaire, c’est-à-dire celle du directeur général, qui va accepter de la conduire, le chef du SA, qui va la planifier, et l’exécutant, qui va la réaliser, seuls quatre hommes ont théoriquement besoin d’être mis dans la confidence, un véritable exploit à l’ère de la bureaucratie triomphante.

     Placé à la tête d’un tel organisme, Morlanne est donc devenu un homme qui compte, non seulement au sein du SDECE[12], mais aussi dans l’armée et même sur la scène politique. Il est vrai que l’instabilité ministérielle propre au fonctionnement de la Quatrième République ne lui facilite certes pas la tâche. Pendant les années qu’il a passées à la tête du SA, Morlanne aura ainsi vu défiler plus d’une vingtaine de cabinets ! Or, à chaque fois qu’un nouveau président du Conseil est intronisé, le patron du SA sait qu’il va devoir tôt ou tard justifier l’importance de son unité s’il veut éviter de la voir disparaître faute de crédit. Heureusement pour lui, il possède l’entregent et le pouvoir de séduction nécessaires pour convaincre les décideurs qui ont son destin et celui de ses hommes entre leurs mains.

Afin d’y parvenir, Morlanne sait qu’il doit absolument faire ce qu’on appelle communément de la propagande. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de responsables politiques de la Quatrième République qu’il a pu recevoir à la Cazaudehore, le fameux restaurant béarnais de Saint-Germain-en-Laye[13]. Il organise aussi très régulièrement des démonstrations destinées à prouver le savoir-faire de ses équipes. A grands coups de meetings aériens, de manœuvres diverses et de passages de troupes en revue, il compte bien impressionner ses parrains politiques ou militaires, et éventuellement pouvoir en recruter d’autres[14]. Ainsi, lorsqu’il voudra obtenir des crédits pour ses nageurs de combat fera-t-il venir Félix Gaillard à Arzew afin de lui démontrer les compétences acquises par ses hommes[15] (l’opération sera d’ailleurs payante puisque le ministre Gaillard se montrera ensuite l’un des plus fermes avocats du SA). Plus tard, et dans le même but, il invitera souvent les membres de l’état-major, et notamment le général Clément Blanc (1897-1982), le patron de l’armée de terre entre 1949 et 1955, à venir assister aux exercices organisés à Cercottes. En 1953, il ira encore plus loin en conviant le réalisateur Georges Rozé à réaliser un reportage cinématographique sur l’entraînement du 11e bataillon de choc à Collioure, ou bien encore en autorisant les journalistes Pierre Schoendoerffer (1928-2012) et Brigitte Friang (1924-2011) à venir photographier ses hommes en opération en Indochine pour le compte du service cinématographique des armées.

Il entretient de solides réseaux d’amitié et dispose même de ses propres « honorables correspondants ». Parmi eux on retrouve notamment l’homme politique François Mitterrand, qui est alors l’un des ténors du régime, mais aussi le directeur de l’IFOP, Roland Sadoun (1923-2005)[16], l’industriel Roger Bellon (1905-1974), propriétaire des laboratoires pharmaceutiques du même nom, et même quelques femmes de trempe, comme la baronne Lilia de Vendeuvre (1897-1980), co-fondatrice des Infirmières pilotes secouristes de l’Air (IPSA)[17], ou encore la célèbre aviatrice Elisabeth Lion (1904-1988). Quant à Pierre Fourcaud et à son adjoint, Jean-Marie L’Allinec, qui ont tous les deux dû quitter le SDECE en 1950 suite à « l’affaire des généraux », ils ont depuis fondé une sorte de service de renseignement privé rattaché directement à la présidence du Conseil et il ne fait guère de doute que Morlanne n’entretienne avec eux des rapports suivis[18]. Il dispose en outre de solides relations auprès des services étrangers, en particulier occidentaux, et a même été invité par les Américains à venir observer les manœuvres des fameux « Bérets verts »[19].

A toutes ses fréquentations, le chef du service 29 donne souvent rendez-vous au Luigi’s Bar, un bar-restaurant implanté au n°6 de la rue du Colisée, tout près des Champs-Elysées. Décoré avec soin, cet établissement au charme très british est alors dirigé par un certain Maurice Boymond (1907-1995), une personne on ne peut plus sûre[20]. Outre que les nombreux miroirs qui décorent ses murs permettent d’observer discrètement tout ce qui s’y passe, le Luigi’s Bar a aussi pour particularité d’avoir deux entrées, ce qui explique qu’il se prête effectivement à toutes les confidences.

En utilisant ces différentes connections, Morlanne parvient à se tenir informé de tout ce qui se dit et se trame dans le pays. Il peut également faire profiter ses agents d’avantages en nature, comme le fait de pouvoir utiliser de discrètes villas dans le cadre de leurs missions[21]. En homme intelligent qu’il est, l’officier a toujours refusé de limiter ses relations de travail à un seul bord politique et, bien qu’il soit à la tête d’un service qui passe pour pencher nettement à droite, il maintient donc des contacts étroits avec des hommes et des femmes venus de tous les horizons[22].

Il n’empêche que, de toutes ses relations, l’une des plus importantes est sans aucun doute celle qu’il a nouée de longue date avec Jacques Foccart (1913-1997). Homme clé du gaullisme militant, cet industriel mayennais est entré au RPF dès sa fondation et a fini par en devenir le secrétaire général en décembre 1954. Homme de confiance du général de Gaulle, il est aussi celui qui, au sein du mouvement gaulliste, a été chargé d’assurer la liaison avec les services spéciaux. Ancien résistant, membre influent de l’Amicale des réseaux Action, Foccart a rejoint la réserve du 11e Choc dès 1946 avec le grade de capitaine (il atteindra celui de lieutenant-colonel en 1962). A ce titre, il vient donc régulièrement accomplir des périodes d’exercices à Cercottes, où on le verra notamment en août 1950, août 1951, août 1952 et avril 1957. Il ne cache pas l’admiration qu’il éprouve à l’égard de Morlanne, auquel il transmet parfois certains de ses « tuyaux »[23]

La vie personnelle de Morlanne a été à l’unisson de son parcours professionnel, c’est-à-dire très réussie. Dès son retour d’Indochine, Henri Fille-Lambie a officiellement quitté son appartement du n°52 de la rue de Liège, à Pau, où il est vrai il n’avait plus séjourné depuis bien longtemps, pour venir s’installer à Paris, au n°23 de la rue Madame, tout près de la place Saint-Sulpice, au cœur du très chic 6ème arrondissement. Comme tous les responsables du SDECE, il a droit lui aussi à une berline 203 Peugeot ainsi qu’à un chauffeur attitré. Son épouse, surnommée « Fadette », est une petite dame brune, discrète et effacée, qui l’a accompagné et soutenu dans tous ses choix. Ses deux fils lui ont donné toutes les satisfactions qu’un père peut espérer recevoir.

Dans son combat pour assurer coûte que coûte la survie et le développement de son service, Morlanne va être grandement aidé par l’actualité très chargée de son époque, car cela va lui permettre de mobiliser ses troupes et de démontrer ainsi toute leur importance.


Notes :

[1] Dans ses évaluations, Morlanne ne se contente pas d’estimer les compétences professionnelles de ses personnels mais juge aussi leur caractère, leur esprit d’initiative, leur degré d’instruction, leur capacité à commander, leur conduite personnelle et même leur apparence physique.

[2] Faligot & Krop, 1985, p. 184.

[3] Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 119.

[4] Le chiffre de 7 800 est donné par deux sources (Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 84 ; Péan, 1990, p. 222).

[5] Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 2010.

[6] Faligot & Krop, 1985, p. 188 ; Aussaresses, 2001, p. 187. Les Britanniques ont été des pionniers dans ce domaine. Dès 1942, en effet, le SOE avait entrepris de faire passer des tests psychologiques afin de mieux sélectionner ces recrues. L’instauration de cette mesure permit de diminuer significativement le pourcentage d’échec des missions (Albertelli, 2017, p. 103).

[7] Maloubier, 2013, p. 136.

[8] Maloubier, 2013, p. 47.

[9] Dès 1947-1948, le SA va ainsi dépêcher deux spécialistes en Palestine, Alfred Tupigny et Thaddée Diffre (1912-1971), afin qu’ils assistent militairement l’Agence juive. Après avoir recruté des volontaires en France, Tupigny et Diffre vont parvenir à s’infiltrer clandestinement en Palestine malgré la surveillance britannique. Implantés dans un kibbutz, ils vont aider à constituer un bataillon francophone de 300 hommes, le bataillon n°55 (août 1948), qui deviendra l’un des fers de lance de la nouvelle armée israélienne (Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 118-119).

[10] Faligot & Krop, 1985, p. 100 ; Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 137 ; Erlom, 2020, p. 317. Mais ces entraînements intensifs et cette prise de risque constante (sur des matériels souvent rudimentaires), ne sont pas sans provoquer de fréquents accidents, parfois dramatiques. Le 15 décembre 1949, le lieutenant Groult se blesse ainsi grièvement en manipulant des explosifs. Une semaine plus tard, c’est le lieutenant André Varnier, le chef du commando de commandement depuis mars 1948, qui se fait le coup du lapin lors d’un saut d’entraînement à Torreillles, près de Perpignan (Compagnon de la Libération, Varnier avait dirigé le premier sabotage réussi du BCRA en parvenant à faire sauter la station radio de Pessac le 11 mai 1941). Le chef du Centre d’Instruction de Montagne, Maurice Bourgeois, est quant à lui victime d’un accident de ski aux Cauterets et devra être en partie trépané. En septembre 1951, le pilote Gabriel Mertzisen se tue lors d’un vol d’entraînement en Allemagne. En octobre 1951, ce sont trois soldats du rang qui périssent en traversant une rivière en crue près de Mont-Louis. Le 11 juin 1953, à l’occasion d’un saut d’entraînement à Châteaudun, Robert Krotoff va se briser une vertèbre. Le 6 juin 1957 enfin, six officiers et sous-officiers (dont 3 hommes de la 11-DBPC, y compris le capitaine Georges Crozet), se tueront lors du crash de leur avion, le « Broussard », dans la chaîne des Albères.

[11] Voir Vieiville Michel : Des précurseurs, les chuteurs ops du 1er bataillon de choc, 1960-1963, L’Esprit du livre, 2006.

[12] En 1957, Morlanne était, avec Henri Trautmann (renseignement), Guy Marienne (recherche non-conventionnelle) et Paul Arnaud (technique), l’un des derniers chefs de service à être encore en fonction onze ans après la fondation du SDECE.

[13] Maloubier, 2013, p. 46.

[14] Maloubier, 2013, p. 62.

[15] Maloubier, 2013, p. 100-104.

[16] Faligot & Kauffer, 1989, p. 162. Roland Sadoun a été l’un des hommes qui ont aidé Morlanne à mettre en place le SA.

[17] Vasilia (dite Lilia) de Galland était la fille de Charles de Galland (1851-1923), un professeur de lettres qui occupa les fonctions de maire d’Alger entre 1912 et 1919. Ayant rejoint l’enseignement, elle épousa en 1921 le baron Adrien Evain-Pavée de Vendeuvre avant de se consacrer à des activités caritatives. Cofondatrice des IPSA en 1934, elle s’impliquera dans la création du mouvement Jeunesse et Montagne avant de rejoindre ensuite Morlanne au Maroc. Elle ne cessera par la suite de lui rendre toutes sortes de service, par exemple en fournissant une couverture au SA au moment de la création du centre d’instruction de Saint-Germain-en-Laye. Elle a laissé une autobiographie (Le Melon Cantaloup. Une vie en tranches, Editions Albatros, 1978).

[18] Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 79. On trouvera un bon résumé de l’affaire dite des généraux chez Claude Faure (2004, pp. 246-253). Si le général Revers fut démis de son poste de chef d’état-major dès le 6 décembre 1949, Fourcaud parviendra à se maintenir jusqu’au milieu de l’année 1950 (Faure, 2004, p. 250). Au printemps 1957, Maurice Bourgès-Maunoury tentera d’imposer au général Grossin le retour de Fourcaud à la direction adjointe du SDECE mais le nouveau patron émettra alors un très net refus (Faligot, Guisnel & Kauffer, 2012, p. 208).

[19] Bergot, 1979, p. 112.

[20] Maurice Boymond était en effet un ancien parachutiste et un membre actif de l’Amicale Action. L’établissement de la rue du Colisée était très fréquenté par les anciens combattants de la France libre. On y croisait notamment Alexandre Sanguinetti et Jean-Pierre Rosseli, qui deviendront deux artisans du combat contre l’OAS. Le Luigi’s Bar sera d’ailleurs visé le 14 février 1962 par un attentat à la grenade commis par un activiste Algérie française.

[21] Maloubier, 2013, p. 62.

[22] A l’instar d’ailleurs de son mentor Pierre Fourcaud, qui se montrait aussi à l’aise avec Madeleine Fourcade qu’avec Stéphane Hessel.

[23] Foccart parle, t. 1, 1995, p. 111 : Bat, 2018, p. 42-43, 72.

Crédit photographique : terrasse du Café de la paix, boulevard des Capucines, photo prise en 1948 par Willem Van de Poll [Willem van de Poll, CC0, via Wikimedia Commons]

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