Grandes figures des services spéciaux français : René Obadia

René Obadia, dit « Pioche »

       Après avoir évoqué les parcours de Marcel Chaumien et René Bichelot dans de précédents articles (et puisque Robert Maloubier a lui-même abondamment commenté ses aventures), il nous a semblé à la fois nécessaire et logique d’évoquer à présent le dernier des « Quatre Mousquetaires », à savoir René Obadia (1917-2000), également connu sous le pseudonyme de « Pioche ».

        Bien que sa carrière dans les services spéciaux ait été un peu plus courte que celle de ses camarades, elle ne manque pourtant pas d’intérêt. Issu d’une famille juive d’Algérie, René Obadia a rejoint l’armée française en 1935. Fait prisonnier en juin 1940, il est envoyé en Allemagne mais réussit à se faire rapatrier et finit par arriver à Londres en 1943. Parachuté l’année suivante en Provence, il va devenir l’un des meilleurs saboteurs de la France libre. Après un détour par l’Indochine, il sera récupéré par le colonel Morlanne qui va lui permettre de rejoindre le Service Action du SDECE dont il deviendra ainsi l’un des fondateurs. Des nombreuses missions qu’il a accomplies pour cette unité, on n’en connaît hélas que très peu.

      Retourné dans le civil en 1951, il effectuera encore un bref séjour en Algérie en 1956 avant d’entamer une belle carrière dans l’industrie puis de se lancer brièvement dans la politique locale dans les années 1970. Son personnage jovial et même fantasque (qui l’aidait à dissimuler un remarquable professionnel de l’action clandestine) a marqué tous ceux qui l’ont connu. Sa trajectoire n’avait encore jamais fait l’objet d’une étude, aussi sommes-nous heureux de pouvoir en donner ici un bref aperçu.

   Que les lecteurs qui disposent d’autres éléments n’hésitent donc pas à nous en faire part ; nous tâcherons de les intégrer à l’article dès lors qu’ils s’appuient sur des sources de qualité. 

L’armée, la guerre et l’exil

      Par la diversité de leurs origines sociales et géographiques, les créateurs des forces clandestines françaises ont parfaitement incarné toute la richesse humaine de leur nation. Morlanne était le fils d’un postier du Béarn, Marcel Chaumien celui d’un ouvrier champenois, René Bichelot venait d’une famille de paysans bretons tandis que Robert Maloubier appartenait à la bourgeoisie parisienne. Leur camarade, René Obadia, n’a pas dérogé à cette règle. Il a en effet vu le jour le 17 avril 1917 à Mascara, près d’Oran, au sein d’une famille juive sépharade ayant reçu la citoyenneté française suite à la promulgation du fameux décret Crémieux (24 octobre 1870).

    Le jeune René va passer les premières années de sa vie dans la propriété que ses parents exploitent près d’Oran. Si nous ne possédons pas beaucoup d’information sur cette période formatrice, on sait que cette vie bucolique ne fut pas sans danger. En 1923, le coup de sabot d’un mulet colérique manqua ainsi de le tuer. Le menton ouvert et le crâne perforé, il s’en sortira finalement avec d’impressionnantes cicatrices. Une fois remis, le jeune garçon est envoyé à l’école communale de Lourmel (act. El-Amria), près d’Oran, où il va rester jusqu’en 1927[1].

       Après l’obtention de son certificat d’études primaires, il poursuit ses études à Oran, et plus précisément au lycée Pasteur, situé boulevard Gallieni (act. boulevard de la Soummam). Il se montre alors particulièrement doué, notamment en arabe et en espagnol (ce qui lui sera plus tard bien utile). Il a quinze ans en 1931 lorsqu’il doit cependant retourner dans l’exploitation familiale où ses parents ont choisi de l’employer comme secrétaire administratif.

     Mais ce destin tout tracé ne semble guère avoir convenu à un jeune homme qui ne s’imaginait sans doute pas reprendre un jour la succession familiale et rêvait surtout d’aventures et de vastes horizons. La carrière militaire lui semblant la voie la plus aisée pour y parvenir, il va donc se présenter à la mairie d’Oran pour devancer l’appel et signer un engagement de trois ans dans l’armée (16 mai 1935).

        Il est alors envoyé dans la lointaine Quimper, à l’extrême pointe de la Bretagne, pour y servir en tant que soldat de seconde classe au sein du 137ème régiment d’infanterie (20 mai 1935). Pour un enfant du soleil comme lui, qui a passé son enfance au milieu des figuiers de Barbarie et des caroubiers, on ne peut pas imaginer de dépaysement plus complet que les embruns et les bruyères du Finistère sud. Et pourtant, le jeune René va s’adapter et il s’adaptera même si bien qu’il passera rapidement caporal (16 octobre 1935) puis caporal-chef (1er mai 1936).

            Ses supérieurs ayant compris que sa maîtrise de la langue arabe serait sans doute plus utile ailleurs, René Obadia rejoint bientôt le 24e régiment de tirailleurs tunisiens (24-RTT) alors basé à La Roche-sur-Yon (5 octobre 1936).

            A la mobilisation, le 24 RTT part immédiatement pour la zone frontalière tandis que René Obadia est promu au grade de sergent le 20 septembre 1939. En janvier 1940, son unité vient s’implanter dans le secteur de Maubeuge. Cette époque est celle de la « drôle de guerre », pendant laquelle les Français vont rester l’arme au pied derrière la Ligne Maginot sans trop savoir à quoi s’attendre.

      Cette situation prend brusquement fin le 10 mai 1940, au début de l’offensive ennemie. Comme les autres éléments composant la 5e division d’infanterie nord-africaine, le 24 RTT fait alors mouvement vers la Belgique dans le cadre de la manœuvre dite de « Dyle-Breda », conçue par l’état-major franco-anglais pour barrer la route aux forces du Reich. Mais ces dernières vont contrecarrer toutes leurs prévisions en déboulant soudainement par le sud, à travers les Ardennes, coupant ainsi en deux les lignes de leurs adversaires.

             Bousculé comme le reste des troupes françaises, le 24 RTT doit alors reculer. Il n’ira pas loin cependant, car le 25 mai, il se retrouve enfermé avec d’autres unités dans la « poche de Lille ». Un combat désespéré va opposer durant près de cinq jours 35 000 soldats français à 110 000 Allemands. Chargé de défendre la localité d’Haubourdin, le régiment de René Obadia se bat avec acharnement. Mais les munitions finissent par manquer et la situation devient vite désespérée. Le 31 mai, le général J.-B. Molinié n’a donc plus d’autre choix de capituler. Au moins la résistance héroïque de ses hommes aura-t-elle pu retarder l’avance ennemie, permettant ainsi aux troupes repliées à Dunkerque de pouvoir passer en Angleterre.

            Fait prisonnier le 1er juin, le sergent Obadia est bientôt conduit dans le Stalag II-A de Fünfeichen, en Poméranie-Occidentale. Affecté au commando B-377, il va travailler dans les usines gérées par la société Heinkel (de Rostock ?). Si son statut de prisonnier de guerre le met à l’abri des persécutions antisémites, son patriotisme et surtout son expérience concrète de l’Allemagne nazie le conduisent à vouloir retourner le plus tôt possible en France. Il décide donc de s’appuyer sur les impressionnantes traces laissées par son ancienne blessure pour obtenir un rapatriement sanitaire. Simulant de fréquents malaises, des trous de mémoire et même des accès de folie, il finit par obtenir gain de cause. Libéré le 16 juin 1941, il arrive à Marseille quatre jours plus tard. En mauvais état, il devra passer deux semaines à l’hôpital Montalivet avant d’être ensuite envoyé au centre d’hébergement de Cassis-sur-Mer.

            Visé par les lois raciales promulguées par le régime de Vichy, il est officiellement rayé des cadres de l’armée d’active en mai 1942 et doit donc retourner dans le civil. Par l’intermédiaire d’un ami, il parvient alors à trouver un emploi au « Guide touristique des provinces françaises ». Pendant plusieurs mois, il va donc circuler à travers le Vaucluse pour démarcher les commerçants et leur proposer d’acheter des espaces publicitaires dans son bottin. Il profitera parfois de ces tournées pour mener quelques actions de résistance symboliques comme la distribution de tracts clandestins ou la rédaction de graffitis antiallemands. L’invasion de la zone libre le 11 novembre 1942 renforce son ambition de quitter au plus vite le territoire français pour échapper aux persécutions et reprendre le combat.

La Résistance

      L’une de ses connaissances, Roger Caille, l’ayant persuadé que le meilleur moyen de pouvoir rejoindre Londres consistait à gagner le consulat britannique de Barcelone, Obadia accepte de tenter l’aventure espagnole. Partis de Cassis le 13 novembre 1942, les deux hommes arrivent finalement à Bourg-Madame, au pied des Pyrénées. Accompagnés par un troisième candidat au départ, ils parviennent à recruter un passeur de confiance, ce qui va leur permettre de franchir sans encombre la frontière. Mais la Guardia Civil veille et Obadia est rapidement arrêté dans les environs du village de La-Pobla-de-Lillet. Etant parvenu à tromper la surveillance de ses gardiens, il réussit à s’enfuir du poste de police mais est finalement arrêté en tentant de prendre le train pour Barcelone. D’abord incarcéré dans la capitale catalane, il sera ensuite transféré au camp de Miranda de Ebro en janvier 1943, puis à Madrid, Burgos et finalement à Saint-Sébastien, au Pays basque.

        En fin de compte, il finit par être libéré le 27 avril 1943, grâce à l’intervention des autorités britanniques. Envoyé à Gibraltar, il peut alors embarquer à bord du Santa Rosa, qui à son tour va l’emmener à Greenock, près de Glasgow, où il débarquera le 6 juin 1943. Après un court séjour à la Patriotic School de Londres où comme tous les nouveaux arrivants il sera interrogé par le contre-espionnage britannique, il obtient de pouvoir s’engager dans les Forces françaises combattantes avec le grade de sergent (juillet 1943).

         Désireux d’accomplir une mission en France occupée, René Obadia ne tarde pas à présenter sa candidature au BCRA. Après avoir subi avec succès les dures épreuves physiques et intellectuelles auxquelles on soumet les volontaires, il est admis dans les services spéciaux sous le pseudonyme de « Jean Vernoy ». Il passe alors son brevet de parachutisme à Ringway (Special Training School 51, STS-51) près de Manchester, avant d’aller suivre toute une série de cours de spécialisation en sabotage, opérations aériennes, combat rapproché, sécurité, etc. Il se révèle si doué à l’occasion de ces épreuves que ses supérieurs décident de lui confier une mission d’instruction auprès des maquis. Par trois fois au cours au cours de l’hiver 1943-1944, son parachutage doit cependant être annulé à la dernière minute.

            La quatrième tentative est finalement la bonne. Le 23 janvier 1944, Obadia monte à bord d’un avion Halifax appartenant à l’escadrille n°138 du Special Operation Executive (SOE). A ses côtés se trouvent Léon Morandat (« Arnolphe »), Eugène Dechelette (« Ellipse ») et Marguerite Petitjean (« Binette », la première femme parachutée par le BCRA). Le rendez-vous a été fixé sur le terrain « Ajusteur », situé sur la commune de Saint-Uze, près de Valence, dans la Drôme, où les attendent les membres d’un comité de réception dirigé par H. Faure. Mais le pilote de l’appareil, le commandant Spears, s’aperçoit vite qu’un brouillard tenace a recouvert la zone, situation qui risque de provoquer un nouvel échec, car il lui est impossible de deviner le balisage au sol. Heureusement, les hommes du comité de réception disposent d’une balise de radioguidage de type Eureka, ce qui va leur permettre de pouvoir communiquer directement avec l’appareil afin de lui indiquer le bon emplacement. Après un bref échange, Spears finit donc par ordonner le largage des quinze containers d’armes, des cinq paquets de documents contenus dans la soute mais aussi de ses quatre passagers.

            Obadia et ses collègues sautent dans le vide les uns après les autres. Dans une complète obscurité et par un froid très tenace, ils effectuent une descente angoissante mais rapide. A l’arrivée le choc est brutal. Dechelette se casse une jambe et Obadia atterrit dans un arbre. Ayant rapidement repris ses esprits, il constate heureusement qu’il n’a rien de cassé, mais comme il ignore à quelle hauteur il se trouve, il va choisir d’attendre le lendemain avant d’essayer de se décrocher. Au petit matin, il pourra constater avec dépit qu’il a passé plusieurs heures à seulement un mètre de la terre ferme ! Il se fait alors reconnaître par les résistants locaux qui vont le mettre à l’abri dans la maison du docteur Jean Rey, à Tain-L’Hermitage.

                 Une fois remis sur pied, René Obadia entre en contact avec ceux qui vont être ses chefs pendant les mois à venir, à savoir Louis Burdet (« Circonférence »), le délégué militaire régional, et Camille Rayon (« Archiduc »), le responsable local de la Section Atterrissage et Parachutage (SAP). C’est ce dernier qui va ensuite le présenter aux différents chefs départementaux des FFI (Jean Garçin « Bayard », Max Juvenal « Maxence », Robert Rossi « Levallois », Louis Martin-Bret « Michel », Maxime Fischer « Anatole », etc.). Obadia, qui a reçu le nom de code de « Pioche », doit servir d’instructeur aux équipes urbaines et aux maquis de la région R/2. Son but sera de parvenir à former le maximum de résistants locaux afin qu’ils puissent conduire seuls des opérations de sabotage et de harcèlement contre les forces occupantes.

              Se mettant immédiatement au travail, il va utiliser plusieurs agents de liaison afin de fixer des points de rencontre avec les maquisards, choisissant toujours des lieux très isolés. Au préalable, le matériel nécessaire et notamment les explosifs auront été soigneusement disséminés dans des caches environnantes sous la supervision de Camille Rayon. Ce qu’il a lui-même mis des mois à apprendre en Angleterre, René Obadia va devoir l’enseigner à ses recrues dans un délai beaucoup plus court. Pour y parvenir, « Pioche » va donc mettre au point une formation accélérée comportant trois jours de stage. Il se concentre naturellement sur l’essentiel : comment approcher d’un objectif dans la plus grande discrétion, comment réussir à déterminer le type, la dimension et l’emplacement de la charge explosive en fonction de ce qu’il convient de détruire (rails, pylônes, pont, locomotive, etc.), et enfin comment se replier ensuite en bon ordre. Chaque formation se conclut invariablement par un exercice mené en conditions réelles, le plus souvent sur une voie ferrée des environs. Obadia se révèle un excellent entraîneur d’hommes. Toujours enthousiaste, il sait facilement se lier aux gens quel que soit leur milieu social. En tout, il va ainsi former plusieurs dizaines d’équipes de saboteurs.

                Pour justifier ses déplacements constants à travers les cinq départements qui constituent la région R/2 (Vaucluse, Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Gard et Bouches-du-Rhône), il lui a fallu inventer une raison valable. Il a donc élaboré un petit scénario qui s’avère très efficace. Prétendant être atteint de troubles nerveux, il parvient à franchir chaque barrage de police en affirmant qu’il doit impérativement se rendre dans tel établissement de santé ou bien chez tel médecin afin de trouver un remède à son mal. Il peut d’ailleurs toujours présenter une foule d’ordonnances et de convocations afin de mieux justifier ses dires. Son assurance et son bagout font le reste. Car l’homme possède en effet une très grande force de persuasion. Lorsque des gardes mobiles qui venaient de l’arrêter mettront la main sur une partie de son matériel, il parviendra ainsi à les convaincre de le relâcher au motif que la guerre est bientôt finie et qu’il serait temps pour eux de faire les bons choix !

            Mais Obadia n’est pas seulement un instructeur, c’est aussi un agent de terrain qui va réaliser personnellement une quarantaine d’opérations de sabotage, dont certaines de grande ampleur. Ce sont Burdet (qu’il rencontre tous les dix jours environ) et surtout Rayon qui lui transmettent ses ordres de mission et lui désignent tel ou tel objectif en fonction des indications qu’ils ont eux-mêmes reçues de Londres ou d’Alger (le reste du temps, Obadia est libre de s’attaquer aux objectifs qu’il souhaite).

               Parmi ses principaux faits d’arme, on peut citer les suivants :

. Mars 1944 : pour sa première grosse opération, Obadia va devoir détruire l’usine d’alumine de Gardanne, située entre Aix et Marseille. Gérée par la société Péchiney, elle produit le tiers de l’alumine français, un composé chimique essentiel à la production d’aluminium. Une réunion préparatoire se déroule le 28 février au bar des voyageurs à Aix-en-Provence. Placé à la tête de l’opération, Obadia a constitué une équipe composée de six hommes : Louis Martin-Bret, Gabriel Besson, Paul Héraud, Henri Roix, Jules Abbal et Maurice Gaïdo. Les trente kilos d’explosifs nécessaires ont été transportés en train depuis un maquis des Basses-Alpes. Le 4 mars au soir, les agents préparent leur matériel avant de monter à bord d’un train pour Gardanne où ils sont pris en charge par Emile Decory, dit « Milou », le chef de la SAP des Bouches-du-Rhône. Des reconnaissances préalables menées deux jours plus tôt leur ont permis d’avoir une vision très précise des lieux. Après avoir effectué un trou dans les barbelés, Obadia et ses camarades vont s’abriter dans un hangar agricole situé à proximité de l’usine et où ils resteront cachés jusqu’à l’heure convenue. A 03h00, ils se mettent en chemin vers l’objectif qu’ils vont investir manu militari. Les ouvriers présents sont rapidement arrêtés et confinés dans un local attenant. Obadia commence ensuite à placer ses charges sur les autoclaves, opération délicate car les machines sont évidemment en fonction. A 04h30, une fois le dispositif en place, les lieux sont évacués. Lorsque les explosifs sont mis à feu, une immense explosion se produit, détruisant au passage 16 des 22 autoclaves (les saboteurs n’avaient pu installer que 17 charges faute d’explosifs en quantité suffisante tandis que la chaleur produite à vraisemblablement détérioré la charge restante). Les saboteurs se séparent alors rapidement, chacun rentrant à Aix par un chemin séparé.

. Mars : élimination à Apt du fleuriste Simon Charron, accusé de collaboration avec l’occupant.

. Mars : attaque de la caserne allemande de Saint-Laurent-du-Var afin d’y récupérer des armes et des explosifs.

. 11 avril 1944 : conformément au souhait qu’il avait formulé auprès de Londres, René Obadia reçoit un adjoint en la personne de Roger Olive, dit « Hache », qui a été parachuté à Eymieux, près de Saint-Jean-en-Royan, dans la Drôme.

. Mai : destruction des pylônes de la Durance à la hauteur du Poët (opération menée avec Roger Olive « Hache », Louis Franzini « Caravelle » et Raymond Laverdet « Legall »).

. 20 mai 1944 : avec quatre hommes, Obadia assure la destruction de la centrale hydroélectrique de Ventavon (Hautes-Alpes). Les usines d’alumine et d’air liquide de Saint-Auban seront ainsi contraintes à l’arrêt.

. Juin et juillet 1944 : nombreuses coupures téléphoniques dans les régions d’Avignon, Mondragon, Aix et Marseille.

. 11 juin 1944 : sur l’ordre de Louis Burdet, René Obadia et Roger Olive abattent deux agents français au service de la Gestapo de Marseille, Raymond Bègues et M. Roger.

. 13 juin 1944 : à Marseille, sabotage des usines Coder, chargées d’assurer la réparation du matériel ferroviaire. Obadia et Olive ont conduit l’opération avec Emile Decory.

. 11 juillet 1944 : destruction d’un dépôt d’essence à Gap et d’un autre de chiffons à Manosque (« Pioche » refusera cependant de détruire les dépôts de Digne et Forcalquier en raison du risque d’incendie pour les maisons voisines).

. 13 juillet 1944 : sabotage d’un central téléphonique à Aix-en-Provence.

. 14 juillet 1944 : deuxième sabotage de l’usine Coder à Marseille, le premier n’ayant pas été assez réussi au goût d’Obadia.

. 15 juillet 1944 : sabotage du central téléphonique de Rognac.

. 15 juillet 1944 : déraillement d’un train entre Aix et Rognac.

       Mais cette impressionnante série de succès va bientôt s’interrompre. Le 16 juillet, Obadia et Olive ont assuré la protection d’une réunion organisée à Marseille par Louis Burdet et Robert Rossi (« Levallois »). Lorsque ce dernier est arrêté dans l’après-midi, ses camarades apprennent qu’il était porteur d’une lettre convoquant plusieurs de ses agents à Aix-en-Provence pour le lendemain. Ordre est donc donné à Obadia et Olive de se rendre sur place afin d’empêcher par tous les moyens la fameuse réunion d’avoir lieu.

             Le 17 juillet, les deux agents viennent se poster non loin du café des sports, en haut du cours Sextius, attendant le renfort de trois résistants qui ne viendront finalement pas. Lorsque cinq Allemands font irruption dans le bar pour arrêter les participants, Obadia et Olive décident de les attaquer à revers malgré leur infériorité numérique. Une fusillade éclate, brève mais intense. Plusieurs Allemands ainsi que leurs collaborateurs français sont tués ou blessés. Obadia parvient à se replier de justesse mais Olive, touché en plein cœur, va s’effondrer dans la rue de la Guerre (act. rue du 11-novembre).

. Fin juillet : à La Garde, près d’Apt, et avec l’aide de Camille Rayon, René Obadia participe à l’élimination de deux femmes travaillant pour la police allemande (apparemment déguisées en bohémiennes, elles renseignaient en fait l’occupant).

              René Obadia souhaiterait poursuivre le combat mais il est désormais trop bien identifié. Sa chevelure noire et ondulée, ses cicatrices distinctives, ses costumes bien coupés sont à présent connus de tous. Des habitants de la région certes (dont beaucoup l’admirent et le craignent tout à la fois, car pour beaucoup il est devenu le « tueur »), mais aussi des Allemands, et notamment des responsables de la Gestapo de Marseille, qui l’ont placé en tête de liste des terroristes les plus recherchés. Souhaitant éviter à tout prix qu’il ne soit arrêté, le BCRA décide donc de le mettre en réserve. Le 1er août 1944, Obadia est ainsi placé à la disposition de John Gilbert Goldsmith (1909-1972), dit « Valentin », le responsable du SOE pour la zone Sud, dont il va devenir l’assistant et le garde du corps.

           Dans la nuit du 10 au 11 août, Goldsmith et Obadia se rendent au hameau de Saint-Jean-de-Sault (Vaucluse), afin d’assurer la réception de Jean-Louis Closon (futur commissaire régional pour le Nord) et Charles Luizet (l’ancien préfet de Corse, que le général de Gaulle a choisi pour devenir le premier préfet de police de Paris dès que la capitale sera libérée). L’opération doit avoir lieu par atterrissage (Pick-up) sur le terrain « Spitfire » et non par le biais d’un simple parachutage car elle doit aussi permettre d’exfiltrer plusieurs aviateurs alliés récemment récupérés par la Résistance.

             Tout se déroule parfaitement mais les Allemands, présents en masse dans les environs, ne tardent pas à être avertis et à réagir en conséquence. Menacés d’encerclement, les résistants doivent alors décrocher. Luizet sera emmené en urgence vers Avignon d’où il partira ensuite vers Paris (où il arrivera effectivement pour prendre ses fonctions le 17 août). En représailles, Robert Roux, responsable local de la SAP (et propriétaire de la ferme du Castellet où se situait « Spitfire ») ainsi que ses quatre assistants seront arrêtés et exécutés.

        Le 15 août, l’armée française du général De Lattre débarque en Provence accompagnée des Américains de la septième armée du général Alexander Patch. La supériorité numérique et technique des Alliés est telle que les Allemands doivent rapidement reculer. La Durance est ainsi atteinte dès le 20 août et le Rhône seulement deux jours plus tard. Le 28 août, Marseille et Toulon sont libérées. Le 3 septembre, sa mission étant considérée comme terminée, Obadia monte à bord d’un avion à destination de l’Italie du Sud. Après un détour par la Corse, l’Algérie et Gibraltar, il arrivera ensuite à Londres où il sera soigneusement débriefé.

           Le 1er octobre 1944, Obadia rejoint officiellement la Direction générale des études et recherches (DGER). Il est alors renvoyé en Provence afin de procéder à l’identification et l’arrestation des anciens agents français du SD. En liaison avec les services de Maxime Fischer (1913-2007), le patron de la commission régionale d’épuration, René Obadia va longuement parcourir les lieux où il avait combattu quelques mois plus tôt mais dans des conditions certes bien différentes.

L’Indochine

En décembre 1944, René Obadia se porte volontaire pour rejoindre la Force 136, cette unité que les Français ont mise sur pied avec l’aide de leurs collègues britanniques dans le but de rependre l’Indochine aux Japonais.

               Nommé au grade de chargé de mission de 1ère classe, René Obadia débarque à Ceylan (act. Sri Lanka) en février 1945 au sein d’une équipe de saboteurs composée de Louis Franzini (« Caravelle »), Raymond Antoinet (« Jésuite »), Ceccaldi (« Colonna ») et Cotert. Installés à Kandy, ces spécialistes vont devoir s’entraîner à combattre en milieu tropical avant d’être ensuite parachutés en Indochine. Mais les choses ne se passent pas bien. Car Franzini multiplie les entorses au règlement. Faisant montre d’insoumission, il va entraîner plusieurs de ses camarades dans cette fronde, y compris René Obadia. En fin de compte, toute l’équipe finira par être rappelée en France (5 juin 1945).

             Mais la DGER décide d’accorder une seconde chance à Obadia, qui va donc pouvoir repartir en Asie. Arrivé à Calcutta le 2 septembre 1945, il sera parachuté en Indochine au cours du mois d’octobre. On en connaît très peu sur cette mission qui l’a conduit à combattre le Vietminh dans des conditions difficiles. Après un bref retour en France en février 1946, il va effectuer un troisième et dernier séjour en Asie dans le courant du mois de mars avant de revenir ensuite définitivement en France à compter du 18 mars 1946.

Missions au SA

             René Obadia, qui a choisi de passer son congé de fin de campagne chez l’un de ses parents à Paris, est bientôt contacté par Jacques Morlanne, l’homme qui fut son ancien patron au sein de la Force 136. Revenu lui aussi en Métropole depuis quelques semaines, Morlanne a reçu pour mission de mettre sur pied le Service Action du SDECE (successeur de la DGER). A la recherche d’hommes compétents pour l’aider dans cette tâche, il a logiquement choisi de s’appuyer sur ceux qu’il a connus en Indochine et dont il a pu mesurer le professionnalisme et le sang-froid. Obadia accepte et Morlanne obtient en retour que son protégé devienne lieutenant dans l’armée d’active (1er juin 1946).

doc Erwan 007 (1)
René Obadia en 1947 (archives privées)

            En septembre suivant, pour l’une de ses premières missions, Obadia est chargé d’espionner la délégation du Vietminh qui doit retourner en Indochine après l’échec des négociations de paix conduites pendant plusieurs mois à Fontainebleau. C’est la mission « Théodora ». Monté à bord du paquebot Dumont-d’Urville, Obadia parviendra effectivement à s’introduire dans la cabine d’Ho Chi Minh et à photographier une grande partie de ses documents. Hélas, au moment du développement, on s’apercevra que la plupart des clichés sont voilés, sans doute à cause d’un problème d’ampérage.

                   En mai 1947, René Obadia est envoyé à Mont-Louis, près d’Andorre, pour participer à la fondation du 11ème bataillon parachutiste de choc, l’unité qui doit venir appuyer le Service Action et lui servir de réserve d’hommes. Il retrouve alors René Bichelot, Marcel Chaumien et Robert Maloubier, trois hommes qu’il a rencontrés en Indochine et avec lesquels il va former un quatuor de choc. A Mont-Louis, Obadia va enseigner à ses recrues tout ce qu’il a pu apprendre au fil de ses précédentes aventures et se consacrera plus particulièrement au maniement des explosifs ainsi qu’à l’art du sabotage, dans lequel il est devenu un remarquable expert. Le commandant du 11ème Choc, Paul Aussaresses, s’appuiera d’ailleurs beaucoup sur lui.

               En septembre 1948, Morlanne décide d’envoyer Marcel Chaumien et René Obadia au Moyen-Orient en tant qu’observateurs militaires auprès de la délégation onusienne présidée par le général américain William E. Riley. Ses origines juives, mais également sa maîtrise de l’anglais et de l’arabe, font d’Obadia la personne idéale pour mener à bien cette mission. Installés à Haïfa, Chaumien et Obadia vont ainsi faire la navette avec leur avion blanc (surnommé « le laitier ») entre Jaffa, Amman, Le Caire et Damas, afin de pouvoir rencontrer tous les acteurs du conflit. Ils parviendront d’ailleurs à nouer des liens étroits avec plusieurs d’entre eux. Obadia se fera particulièrement apprécier du chef de l’armée syrienne, le général Adab Chichakli. Très satisfait, le général Riley finira même par le nommer à la tête de la commission mixte d’armistice syro-israélienne en juillet 1949. La mission d’Obadia consistera à surveiller la zone neutre que les deux pays ont décidé d’instaurer au pied du Golan.

Premier arrêt, dernier détour par les armes et reconversion

            Une fois de retour en France, en mai 1951, René Obadia doit finalement « raccrocher ».  D’après le témoignage de Paul Aussaresses (2001, pp. 196-197), ce retrait n’aurait pas été volontaire. Impliqué dans un accident de voiture entre Mont-Louis et Collioure en 1948, Obadia avait eu la mauvaise idée de présenter de faux papiers à la gendarmerie. Par recoupements successifs, l’enquête remonta cependant jusqu’à lui et l’affaire finit par arriver jusqu’à la présidence du Conseil, qui soupçonna le SDECE d’avoir voulu mener une opération clandestine sur le sol national s’en l’en avoir averti.

              Sa véritable identité étant désormais révélée, Obadia se retrouve pour ainsi dire « grillé ». Il lui faut donc trouver un échappatoire et c’est le SDECE qui va le lui fournir en l’associant  en juin 1951 avec l’ingénieur havrais Raymond Camus et l’industriel lorrain Fred Dietsch, qui viennent de fonder à Forbach (Moselle) l’entreprise Camus-Dietsch, dont Obadia va devenir le chef du bureau de « planning ».

             Camus et Dietsch ont développé un procédé révolutionnaire permettant de construire des bâtiments en très peu de temps à l’aide de plaques de béton armé fabriquées à la chaîne, découverte qui va leur assurer la conquête de nombreux marchés et la possibilité de pouvoir implanter des usines au Luxembourg et en Allemagne. De fructueux contacts seront également noués avec les pays de l’Est mais aussi avec l’Afrique et le Moyen-Orient, car beaucoup d’entreprises souhaitent acquérir les droits d’exploitation de ce nouveau procédé. Il y a fort à parier que René Obadia a pu utiliser sa position afin de permettre à ses anciens camarades des services spéciaux d’accomplir certaines missions de renseignement en toute tranquillité à l’aide d’un alibi commercial parfaitement rôdé (de là à dire que le poste d’Obadia ne fut qu’une couverture il y a un pas que nous n’oserons pas franchir, bien que tout soit possible).

           Car il est certain qu’Obadia n’a jamais réellement décroché. Réserviste du 11ème Choc, il accomplit régulièrement des stages d’entraînement au camp de Cercottes, qui sert de base opérationnelle au Service Action. C’est là d’ailleurs qu’il va faire connaissance avec Jacques Foccart, un ancien résistant devenu l’un des barons du RPF, le parti gaulliste.

        Le déclenchement de l’insurrection algérienne en novembre 1954 vient évidemment frapper en plein cœur le pied-noir oranais qu’il est toujours resté au fond de lui. Le 17 juin 1956, il décide donc de reprendre du service. Après un passage par Saint-Maixent, où il va pouvoir rafraichir un peu ses connaissances militaires, il est envoyé au camp de Sissonne (Aisne) puis finalement en Algérie où il débarque le 16 juillet 1956.

                  Placé à la tête de la 1ère compagnie de la 525ème demi-brigade des Fusiliers de l’Air (DBFA), il va participer pendant les deux mois suivants à plusieurs opérations de bouclage et de ratissage dans la zone de Saint-Denis du Sig (qu’il connait bien pour y avoir passer ses jeunes années). Mais le 14 septembre 1956, le véhicule dans lequel il se trouve est visé par une embuscade sur la route qui sépare le village de Paul-Robert (Taougrite) de celui d’El-Guettar. Face à un ennemi cinq fois supérieur en nombre, Obadia parvient à limiter les pertes et à mettre à l’abri les blessés. Atteint au bras par une balle adverse, il devra cependant être hospitalisé pendant près d’un mois.

             Alors qu’il approche désormais de la quarantaine, il comprend alors que la chance insolente qui l’avait accompagné tout au long de sa vie est peut-être en train de tourner et qu’il serait donc judicieux de raccrocher. Rentré en France, il choisit par conséquent de quitter l’armée (27 janvier 1957).

                 Cette fois-ci c’en est bel et bien fini. Officiellement dégagé des cadres le 1er juin 1958, il va reprendre une carrière civile en tant que chef du département industriel au sein de la société navale Delmas-Vieljeux. Installée au 29 rue de Galilée, dans le 16ème arrondissement de Paris, l’entreprise assure des liaisons maritimes entre l’Europe et l’Afrique. Attaché de direction, René Obadia travaillera en étroite collaboration avec le directeur, Tristan Vieljeux (1924-2014), qui va faire de son groupe l’un des leaders du marché. Comme cela avait été le cas pour Camus-Dietsch, on peut très certainement penser qu’une telle position lui a permis de rendre d’utiles services à ses camarades du SDECE.

                     En 1973, René Obadia quitte Delmas-Vieljeux pour entamer la dernière phase de son étonnant parcours. En 1974, il devient en effet le maire-adjoint du 18ème arrondissement de Paris. La maire, Antoinette Binoche (1910-2001), est une ancienne résistante et une gaulliste affirmée. Elle fera de lui le responsable de la commission de l’éducation nationale mais également le président de l’association des membres de la Légion d’honneur du comité La Chapelle-La Goutte d’Or.

             Mais si le gaulliste Jacques Chirac réussit à devenir maire de Paris à l’occasion des élections municipales de mars 1977, ce sont en revanche les communistes qui vont remporter la mairie du 18e. René Obadia préfère alors démissionner de tous ses mandats électifs.

                 Installé au n°84 de la rue de Courcelles, dans le très chic 8ème arrondissement, tout près du parc Monceau, René Obadia va passer une retraite paisible, bien que ses anciennes blessures le fassent souvent souffrir (il sera d’ailleurs reconnu invalide à 100%). Membre de l’Amicale des anciens des réseaux Action depuis le 3 août 1945, il va rester membre du conseil de direction de cet organisme jusqu’en 1958, date à laquelle ses obligations professionnelles le contraindront à démissionner. Il ne ratera cependant jamais l’une des rencontres organisées par l’Amicale, étant toujours heureux de pouvoir y rencontrer quelques-uns des hommes et femmes qu’il a pu côtoyer au cours de ses nombreuses aventures. La solidarité née dans la Résistance ne sera jamais pour lui un vain mot et il en donnera plusieurs fois l’illustration. En mars 1959, lorsque Camille Rayon, se retrouvera empêtré dans les remous de l’affaire Lacaze, il viendra ainsi témoigner devant le juge d’instruction afin de défendre son ancien patron.

              Le capitaine honoraire René Obadia est mort à Sceaux le 31 juillet 2000. Plusieurs de ses anciens camarades ont participé à ses funérailles, dont le général Paul Aussaresses. Marié, il était père de deux filles.

           Chevalier (13/3/46), officier (12/12/58) et commandeur (03/08/1988) de l’ordre national de la Légion d’honneur, René Obadia était également grand officier dans l’ordre national du Mérite (09/11/94). Il avait reçu la croix de guerre 1939-1945 (12/03/46) avec 3 palmes et 2 étoiles, la croix de la Valeur militaire (11/56), la croix des blessés de guerre, la croix du combattant volontaire de la Résistance avec rosette (03/08/46) et la médaille des évadés (20/12/84). Les Britanniques lui avaient également décerné la King’s Medal for Courage in the Cause of Freedom.

Notes

[1] La région où a grandi René, c’est-à-dire essentiellement celle qui entoure la sebkha (lac salé) d’Oran, était celle d’Algérie comptant proportionnellement le plus d’Européens (près de 80% de la population dans certaines communes). C’était autrement dit une véritable « petite France ».

Sources :

. Service Historique de la Défense : dossier de résistance de René Obadia (GR 16 P 448558).

. Renseignements et documents aimablement communiqués par C. Chaumien.

Bibliographie :

. Faligot, Roger et autres : Histoire politique des services secrets français, La Découverte, 2013.

. Guérin, Alain : Chronique de la Résistance, Omnibus, 2010.

. Villatoux, Paul : Les Saboteurs de la France combattante, Histoire et Collection, 2015.

Crédit photographique : une vue de Sault (Vaucluse), le genre de paysages qu’a parcouru René Obadia durant sa mission en Provence [Véronique PAGNIER / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D.

Un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s