Grandes figures des services spéciaux français : Louis Mouchon (III)

Deuxième partie

La carrière au sein des services spéciaux (1944-1969)

L’état-major des FFI achève officiellement ses travaux le 23 septembre 1944. Trois jours plus tard, à un moment où le territoire français est déjà presque entièrement libéré, Mouchon quitte Londres pour venir s’installer à Paris. Comme le reste de ses coéquipiers, il prend alors ses quartiers à l’hôtel des Invalides[1]. Le 1er décembre 1944, l’état-major FFI est officiellement dissous.

Contrairement à plusieurs de ses collègues, Louis Mouchon ne va pas retourner dans le civil. Ses compétences ont en effet décidé ses supérieurs à lui proposer d’intégrer la Direction générale des Etudes et du Renseignement (DGER), l’entité qui, en novembre 1944, a succédé à la Direction Générale des Services Spéciaux (ou DGSS, elle-même issue de la fusion entre le BCRA et les services de renseignement de l’Armée d’Afrique réalisée en octobre 1943).

Les années que Louis Mouchon a passé au sein des services après Libération représentent sans doute l’un des aspects les plus intéressants de son parcours, mais c’est aussi, hélas, celui sur lequel nous sommes le moins bien renseigné, faute de pouvoir accéder aux archives de la DGSE. Il est néanmoins possible d’en retracer les (très) grandes lignes.

Le 1er mars 1945, Louis Mouchon intègre donc la compagnie des services n°1, l’unité qui sert de couverture aux agents de la DGER. Il vient alors s’installer au siège de l’institution, boulevard Suchet, dans le 16e arrondissement. Lui et l’un de ses anciens collègues de Londres, Lucien Galimand (1904-1982), ont été chargés d’organiser la liquidation des différents réseaux Action contrôlés par le BCRA. Il va leur falloir mener de longues et minutieuses enquêtes pour parvenir à déterminer toutes les missions auxquelles les agents ont pris part, vérifier le rôle précis qu’ils y ont tenu, ainsi que les grades qui leur ont été attribués, tâche certes difficile mais absolument nécessaire, ce serait-ce que pour estimer le montant des pensions qui leur seront attribuées. Le rôle qui a été le sien au BOA londonien puis cette fonction de liquidateur vont en tout cas permettre à Louis Mouchon d’acquérir une connaissance très précise (et très précieuse) des états de service de tous résistants ayant servi dans les Forces françaises libres[2].

En janvier 1946, la DGER devient le Service de Documentation Extérieure et de Contre-espionnage (SDECE). Quelques semaines plus tard et alors que le général de Gaulle a choisi d’abandonner le pouvoir, le colonel Passy, qui dirigeait le SDECE, offre à son tour sa démission. Il est alors rapidement remplacé par Henri Ribière (1897-1956). Député du Front populaire et ancien chef du mouvement de Résistance Libération-Nord, Ribière a dû sa nomination à l’intervention de ses amis socialistes.

Du fait de son passé et de ses propres convictions, Mouchon va naturellement se retrouver en parfaite adéquation de pensée et d’action avec le nouveau directeur général[3]. Preuve de la confiance dont il bénéficie, ce dernier va d’ailleurs lui demander d’intégrer la cellule dite des « affaires réservées ». Alors que débute la guerre froide, cette unité dirigée par un vieux militant socialiste, Léon Kastenbaum, a reçu pour tâche d’empêcher que la haute administration française ne puisse être noyautée par des agents à la solde de Moscou[4].

C’est sans doute dans cette optique que, dès l’automne 1948, Mouchon va également devenir l’un des principaux coordonnateurs de la « Rose des Vents », une structure clandestine qui doit permettre au SDECE d’organiser des réseaux de renseignement ainsi que des filières d’évasion en cas d’occupation du territoire par l’armée soviétique[5].

Après le départ de Ribière et la suppression de la cellule des « affaires réservées » en 1950, Louis Mouchon rejoint le Service 25/4 (qui deviendra le service 7 en 1958). Rattaché à la direction de la recherche, le 25/4 est chargé de récupérer des documents diplomatiques étrangers, y compris et même surtout en employant des moyens illégaux. Louis Mouchon aura pour supérieur direct Guy Marienne (1908-1973), alias « Morvan », qui va diriger cette structure très secrète jusqu’en 1962.

Fréquentant assidument les halls des grands hôtels, les gares ou les aéroports, les hommes du 25/4 n’hésitent pas à jouer les passe-murailles pour parvenir à récupérer les documents les plus confidentiels. Se jouant des frontières, ils savent user de fausses identités avec un remarquable talent. Leur sang-froid à toute épreuve et leur habileté leur valent en tout cas une place à part au sein du SDECE[6].

Mais les hommes de Marienne ne se contentent pas de récupérer des documents. L’un de leur rôle consiste aussi à contrôler le travail de ceux qu’on appelle les « honorables correspondants » (HC).

Dans la terminologie des services, le terme d’HC sert à désigner des hommes ou des femmes qui ont sciemment accepté d’offrir leur aide au SDECE. Travaillant bénévolement ou bien en échange de menus services, ils transmettent à leur contact au sein de la « boîte » tous les renseignements que ce dernier leur a demandé d’obtenir. Ils ont d’ailleurs été recrutés en fonction de leur capacité à pouvoir fournir des éléments de valeur. Un chef d’escale peut ainsi donner les noms de ses passagers les plus sensibles tandis qu’un maître d’hôtel livrera ceux de ses clients les plus importants (tout en fournissant d’autres éléments utiles comme l’identité de ceux qui les accompagnaient, l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient, le double des clés de leur chambre, etc.). Chacun des cadres du service 25/4 manipule ainsi plusieurs HC jusqu’à pouvoir former une sorte de réseau qui œuvre généralement dans un même domaine de compétence ou sur un secteur géographique particulier.

Au sein du 25/4 Marcel Chaumien va ainsi mettre en place le réseau « Jimbo » (dit aussi « Alexandra ») qui s’étendra à travers toute l’Afrique noire francophone. Louis Mouchon de son côté va initier le réseau « Jugurtha ». Comprenant en son sein des responsables de zone portuaire, des diplomates, des industriels et des ingénieurs, « Jugurtha » va essaimer à travers toute la Méditerranée et jusqu’à Dakar. Louis Mouchon transmettra la plupart des informations qu’il recueille au colonel Tristan Richard, le responsable du secteur Afrique et Monde arabe à la direction de la recherche. A partir de juillet 1956, il sera ainsi très directement impliqué dans la préparation de l’opération « Mousquetaire », que la France et le Royaume-Uni avaient initié pour tenter de reprendre le contrôle du canal de Suez au régime égyptien. Selon Pierre Fourcaud, « Louis Mouchon sera [alors] le seul [des agents du SDECE] à donner des informations intéressantes [sur le Moyen-Orient] »[7].

La nomination de Guy Mollet à la présidence du Conseil en février 1956 va encore renforcer la position des socialistes au sein du SDECE, une institution qui sera d’ailleurs prise en main en septembre 1957 par un général solidement ancré à gauche, Paul Grossin, l’ancien chef du cabinet militaire du président Vincent Auriol.

Mais l’affaire algérienne, débutée en 1954, finit par prendre une tournure de plus en plus mauvaise. Le 13 mai 1958, l’armée s’empare du pouvoir en Algérie, provoquant du coup une très grave crise politique. Les réseaux gaullistes profitent de l’occasion pour monter l’opération « Résurrection », un vaste coup de bluff destiné à convaincre l’exécutif que l’armée d’Algérie s’apprête à fondre sur la Métropole.

Les tensions sont évidemment très vives au SDECE, où cohabitent tant bien que mal gaullistes et socialistes. Au sein de la caserne Mortier, une rumeur court d’ailleurs selon laquelle Louis Mouchon aurait communiqué à Jules Moch, le ministre de l’Intérieur, la liste des réservistes du 11e Choc, l’un des secrets les mieux gardés de l’institution[8]. En ce qui le concerne, Louis Mouchon se souviendra avec colère d’avoir vu des armes être distribuées dans la cour de la caserne du boulevard Mortier au profit d’agents gaullistes[9].

Mis au pied du mur, le dernier gouvernement de la Quatrième République finit par céder le 28 mai 1958, permettant ainsi à Charles de Gaulle de revenir au pouvoir pour onze années. L’une de ses premières décisions consistera à nommer Jacques Foccart en tant que coordonnateur (officieux) des services de renseignements.

En dépit de la gravité des faits évoqués plus haut, il est à noter que Louis Mouchon ne sera pourtant pas écarté du SDECE. Sans doute son expérience des affaires proche-orientales et méditerranéennes aura-t-elle été considérée comme trop précieuse pour être sacrifiée sur l’autel d’un simple différent d’ordre politique ? Peut-être son ami Marcel Chaumien, l’un des bras droits de Foccart, aura-t-il su plaider sa cause avec succès ?

Faute de sources disponibles, il n’est hélas pas encore possible de pouvoir déterminer ce qu’a été l’activité de Louis Mouchon durant cette période. Son champ d’action semble avoir peu à peu dépassé le secteur Afrique-Monde arabe où il avait été confiné jusque-là. Si l’on se fie aux témoignages de ceux qui l’ont connu, il a notamment dirigé une mission clandestine en URSS dans le but d’analyser les problèmes techniques auxquels étaient confrontés certains avions de chasse soviétiques. Il serait ainsi parvenu à déterminer que le développement de micro-organismes dans les tuyères des réacteurs en était à l’origine.

Sous la fausse identité de « Louis Marchand », agent d’import-export, il entreprit également une grande tournée à travers toute l’Asie afin de structurer un réseau d’honorables correspondants dans le contexte de la guerre du Vietnam.

En novembre 1965, le service 7 auquel il appartient se retrouve au cœur de la tourmente suite à la disparition en plein Paris de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. L’un des principaux protagonistes de l’affaire, Antoine Lopez, était en effet l’un des honorables correspondants (HC) de Marcel Leroy-Finville (1925-2004), le successeur de Marienne. Accusé de dissimulation, Finville sera poussé à la démission et fera même quelques jours de prison. Dans la foulée, le SDECE va devoir quitter la présidence du Conseil pour être placé sous l’autorité directe du ministre des Armées (1966). Officiellement supprimé, le service 7 pourra néanmoins continuer ses activités sous le contrôle du service de contre-espionnage alors dirigé par le colonel Hervé de Lavillois.

En 1969, après vingt-six années de bons et loyaux services au sein des services spéciaux, Louis Mouchon quitte le SDECE avec le grade de colonel de réserve.

Un homme d’influence (1969-1983)

S’il a désormais quitté le service actif, Louis Mouchon n’envisage pourtant pas de prendre sa retraite. Il parvient ainsi à se faire engager par la Société parisienne de surveillance, une agence de sécurité privée dont il va devenir le directeur des relations publiques[10]. Par la suite, l’un de ses anciens camarades résistants, Paul Buffet-Beauregard (1914-1990), va lui permettre de rejoindre la société L’Électronique Appliquée (ELA) en qualité de directeur des ressources humaines[11]. Louis Mouchon finira même par devenir le président du Syndicat des industries électroniques. A la belle saison, il vient souvent se ressourcer dans la belle propriété iséroise dont il a fait l’acquisition.

Mais un véritable agent de renseignement ne quitte jamais vraiment ce monde. A cet égard, on ne saurait minorer le rôle que Louis Mouchon a pu jouer durant plusieurs décennies en tant que pilier de l’Amicale des anciens des réseaux Action. Très impliqué dans le développement de cette association, dont il avait d’ailleurs été l’un des fondateurs[12], il rédigera aussi très régulièrement des articles pour son journal, « Gens de la Lune ». En juin 1957, il sera désigné par l’Amicale pour la représenter au sein de la Commission nationale consultative de la Résistance présidée par Maurice Belleux, lui aussi ancien cadre du SDECE. Il travaillera par ailleurs au sein de la Commission de révisions des titres de la Résistance située aux Invalides.

Très soucieux de maintenir les liens d’estime et d’amitié qu’il avait pu nouer pendant la Résistance, Louis Mouchon ne cessera de venir en aide à ses anciens camarades ainsi qu’à leurs proches. Et à l’inverse, ces nombreuses connections lui permettront de tisser des liens très étroits avec le monde des affaires, de la politique ou de la haute administration, où plusieurs de ses connaissances ont fait d’excellentes carrières. Des hommes tels que Maurice Bourgès-Maunoury ou Jacques Chaban-Delmas figureront ainsi en bonne place dans son carnet d’adresse pendant plusieurs décennies. A l’évidence, ces connections lui auront été bien utiles pendant sa carrière au SDECE.

Ses convictions politiques personnelles ne l’empêchent pas de maintenir des rapports amicaux avec tous ceux de ses amis qui ont fait d’autres choix politiques que les siens, à l’instar encore une fois de Marcel Chaumien, qui deviendra l’un des piliers du gaullisme militant dans le cadre de l’Association « Présence et Action du Gaullisme » fondée en 1969.

Mais Louis Mouchon sera évidemment beaucoup plus proche des cercles socialistes ou socialisants (et sans doute aussi des milieux maçonniques liés au Grand Orient de France). Et c’est pourquoi d’ailleurs François de Grossouvre (1918-1996) va le solliciter en 1976 afin qu’il accepte de rejoindre le comité spécial qu’il a constitué avec Jean-François Dubos (1945). Il s’agit en effet pour le PS de réfléchir à la politique qu’il devra être mettre en œuvre en matière de renseignement en cas de victoire aux prochaines élections législatives et présidentielles. Au sein de ce comité, Louis Mouchon va pouvoir travailler avec plusieurs autres experts eux aussi classés à gauche, dont son ancien collègue du SDECE, Pierre Catherine, ou encore l’ex-chef de la Sécurité militaire, le général André Thozet[13] et l’ex-préfet de police, Maurice Grimaud. Les réunions auront lieu à son domicile parisien situé au n°4 de l’avenue Octave-Gréard, juste au pied de la Tour Eiffel.

Le 15 septembre 1977, Louis Mouchon remet à de Grossouvre ses préconisations pour le SDECE sous la forme de quatre pages dactylographiées. Il y prône notamment :

. Le retour du SDECE sous la tutelle du Premier ministre (qu’il n’aurait jamais dû quitter). Ce retour ne ferait d’ailleurs qu’avaliser une situation de fait puisque les directives que reçoit le service continuent de lui être transmises directement par l’Elysée et Matignon sans passer par le ministère des Armées.

. Un accroissement du budget afin que le SDECE puisse garantir sa complète indépendance sur le plan technique, notamment en matière de cryptologie, de traductions et écoutes.

. Un rajeunissement conséquent des effectifs et surtout une augmentation de la proportion de civils par rapport aux militaires, ces derniers devant restés cantonnés à la seule action clandestine de type paramilitaire ou bien encore à la garde des bâtiments.

. Une réforme de la grille indiciaire afin de rendre les carrières dans le monde du renseignement plus attractives.

. Une suppression des barrières administratives afin de faciliter les mutations et les détachements des personnels.

. Une plus grande attention à l’égard des questions économiques et scientifiques qui sont trop souvent délaissées au profit de celles concernant la politique.

. Une reprise complète des échanges avec les partenaires occidentaux afin de renforcer la lutte contre les pays du bloc de l’Est (Louis Mouchon se positionne d’ailleurs nettement pour une rupture de l’alliance entre le PS et les communistes).

. Un plus grand soutien de la part des responsables politiques qui doivent avoir confiance dans les capacités et l’efficacité de leur service de renseignement extérieur afin que celui-ci puisse en retour donner sa pleine mesure.

Devenu un expert des questions de sûreté nationale, Louis Mouchon est appelé à témoigner le 12 juillet 1978 devant la Cour de sûreté de l’État à l’occasion du procès de Georges Beaufils, qui a été accusé d’espionnage au profit du GRU, le service de renseignement de l’armée soviétique. Mouchon livrera un témoignage plutôt favorable à Beaufils.

En mai 1981, l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République représente bien évidemment une consécration pour Louis Mouchon. Après avoir été dans l’opposition pendant 23 ans, la gauche retrouve de nouveau le contrôle de l’exécutif. Ayant remplacé Alexandre de Marenches à la tête du SDECE à compter du 17 juin 1981, Pierre Marion ne va pas tarder à mettre en route certaines des réformes prônées quatre ans plus tôt par Louis Mouchon (hormis la principale il est vrai, c’est-à-dire le rattachement du service à Matignon). Le 2 avril 1982, afin de mieux marquer sa prise de distance avec le passé, le SDECE va d’ailleurs changer de nom pour devenir la Direction Générale du Renseignement et de la Sécurité Extérieure (DGSE). À peine six mois plus tard, le 10 novembre 1982, Pierre Marion, s’estimant mal soutenu par la présidence, choisira de donner sa démission et sera remplacé par l’amiral Pierre Lacoste.

On peut penser que Louis Mouchon aurait pu finir par accéder à son tour à la tête d’une institution qu’il avait longtemps servie, ou en tout cas qu’il aurait pu y occuper des fonctions importantes, mais le destin ne lui en laissera pas le temps. Frappé par un cancer foudroyant, il décède à l’hôpital de Clamart le 30 janvier 1983, à l’âge de 71 ans.

Il avait été fait chevalier puis officier (14/07/70) de la Légion d’honneur. Il était titulaire de la Croix de guerre 39-45, de la Médaille militaire (JO 20/10/1945) et de la médaille de la Résistance (JO 29/10/45). Il était en outre membre de l’Empire britannique.

Après la guerre, Louis Mouchon s’était remarié avec Phyllis Arland, la fille du président de la « Progress Insurance » de Londres, dont il avait fait connaissance au sein de l’état-major du général Koenig, où elle était employée en qualité d’AFAT[14]. De ce second mariage, Louis Mouchon avait eu quatre enfants (Christine, Patrice, Catherine et Caroline, décédée très jeune).

Notes :

[1] Lui-même ne tardera pas à installer sa résidence personnelle au 11 square Albin-Cachot, dans le 13e arrondissement.

[2] Il est possible que Louis Mouchon ait été en relation avec la cellule dirigée par le colonel Albert-Marie Éon et le capitaine Paul Aussaresses qui avaient reçu de l’état-major la mission d’enregistrer tous les volontaires formés au parachutisme au cours de la guerre (l’idée étant de créer une division aéroportée sur le modèle américain)

[3] A l’inverse, Henri Ribière s’opposera très fréquemment à la tendance « droitière » du SDECE surtout incarnée par son directeur adjoint chargé des questions techniques, Pierre Fourcaud. Les conflits récurrents entre les deux hommes finiront par conduire le second à une démission forcée en mars 1950, dans la foulée de « l’affaire des généraux ». Henri Ribière sera contraint de quitter la direction générale à peine six mois plus tard et sera remplacé par un autre socialiste, Pierre Boursicot.

[4] Le fait est que l’un des agents de cette cellule, Franz Saar (dit François Demichel, 1910-1991), sera lui-même accusé d’être un agent soviétique, raison pour laquelle il sera assez rapidement exclu du SDECE.

[5] Faligot et alii, 2013, p. 84.

[6] Parmi les hommes qui ont servi sous l’autorité de Guy Marienne à cette époque, on peut notamment citer Marcel Leroy-Finville (directeur-adjoint), Raymond Hamel, Guy Duboÿs (administration), Marcel Nicolas (Amérique et Europe), Jean Tropel (sécurité interne), Pierre Catherine (pays de l’Est), Paul Evain, Aldo Boccone, Robert Caillaud, Jean-Pierre Lenoir (trafic d’armes), Jacques Boitel, Michel Couvert (Extrême-Orient), Marcel Chaumien (Afrique noire), Marcel Chaussée (Monde arabe), Monsieur Veuve (laboratoire photo), etc. (Faligot ; La Piscine, p. 193).

[7] Cité par Faligot et alii, 2013, p. 173.

[8] Cette information a été rapportée par Robert Maloubier (Plonge dans l’or noir, espion ! 1986).

[9] Faligot ; La Piscine, 1985, p. 417

[10] Fondée en 1926 et installée au 16 boulevard des Invalides, la Société parisienne de surveillance était considérée comme très liée à la préfecture de police.

[11] De 1956 à 1967, l’ELA a assuré l’équipement de tous les centres d’études nucléaires français en matériel de mesure et de contrôle avant de se spécialiser ensuite dans la détection sous-marine puis la téléphonie. Buffet-Beauregard en assurera la direction jusqu’en juin 1977.

[12] Amicale qu’il avait intégrée dès le 7 février 1945, son adhésion ayant été validée par Maurice Bourgès-Maunoury et Stanislas Mangin. Il démissionnera du conseil d’administration le 10 juillet 1958, mais restera un membre très influent. L’Amicale Action avait ses bureaux au 2 rue Paul-Cézanne, dans le 8e arrondissement de Paris. Elle était présidée par Pierre Fourcaud et Paul Rivière (dont l’épouse Geneviève Devillers, dite Jannick, assurait le secrétariat). André Jarrot, Paul Schmidt, Raymond Basset, Joséphine Faille-Dupuis, René Obadia, Marcel Chaumien et bien d’autres en étaient également des membres actifs. Les deux « parrains » de l’association étaient Maurice Bourgès-Manoury et Jacques Chaban-Delmas.

[13] André Thozet (1915-2000) a eu un brillant parcours. Ce soldat devenu résistant fut déporté à Mauthausen en 1944. Après sa libération, il servit en Tunisie, en Autriche puis en Indochine. En tant que directeur du cabinet militaire du délégué général en Algérie, Jean Morin, il joua un rôle essentiel lors du putsch des généraux puis à l’occasion de la lutte menée contre l’OAS. D’abord directeur adjoint de la Sécurité Militaire entre 1964 et 1968, il dirigea ensuite cette institution entre novembre 1970 et mars 1975. Après son départ de la SM (due en partie à l’hostilité que lui vouait Alexandre de Marenches), André Thozet fonda la Convention pour une armée nouvelle (CORAN). Si Jacques Chaban-Delmas avait remporté l’élection présidentielle de 1974, il aurait sans doute pris la tête du SDECE

[14] Les AFAT furent créées le 26 avril 1944 pour regrouper les femmes du Corps des Volontaires françaises (CVF, créé à Londres le 7 novembre 1940), des Forces françaises libres et des Forces françaises de l’intérieur. Elles étaient sous les ordres de leur créatrice, la commandante Hélène Terré.

Sources :

. Dossier de résistant de Louis Mouchon au Service Historique de la Défense (GR 16 433365).

. Témoignage de Louis Mouchon recueilli par Henri Miche pour le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, Archives nationales (72AJ/231, n°2)

. Fonds Louis Mouchon aux Archives nationales (72AJ/1939-1941)

. Dossier de Louis Mouchon de l’Amicale des Réseaux Action aux Archives Nationales (72AJ/3377)

. Gens de la Lune, n° 176 (janvier 1981) et 177 (avril 1981)

. Archives départementales du Nord : registre matricule de Louis Alexandre Daniel Mouchon (classe 1890, n°2468).

. Archives départementales de l’Orne : recensement de la commune de Mortrée pour l’année 1921 (3NUMLN294/M1523_03).

. Renseignements aimablement communiqués par Patrice Mouchon.

Bibliographie :

. Albertelli, Sébastien : Les Services secrets du général de Gaulle, Perrin, 2009.

. Arboit, Gérald : « Un homme est passé », note historique n°30, Centre français de recherche sur le renseignement, juillet 2010.

. Arboit, Gérald : Des services secrets pour la France, CNRS Editions, 2014.

. Collectif : Les réseaux Action de la France combattante, France-Empire, 1986.

. Crémieux-Brilhac, Jean-Louis : La France Libre, de l’appel du 18 juin à la Libération, Gallimard, 1996.

. Faligot, Roger : La Piscine, Seuil, 1985.

. Faligot, Roger et alii : Les résistants, de la guerre de l’ombre aux allées du pouvoir 1944-1989, Fayard, 1989.

. Faligot, Roger et alii : Histoire politique des services secrets français, de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, La Découverte, 2013.

. Faure, Claude : Aux services de la République, du BCRA à la DGSE, Fayard, 2004.

. Foot, Michael : Des Anglais dans la Résistance, Le SOE en France, 1940-1944, Tallandier, 2011 (traduction d’un ouvrage de 1967).

. Greilsamer, Laurent : « L’espionnage, une grande famille », in Le Monde, 13 juillet 1978.

. Passy (André Dewavrin, dit) : Mémoires du chef des services secrets de la France Libre, Odile Jacob, 2000.

. Pichard, Michel : L’Espoir des ténèbres, parachutages sous l’occupation, histoire du BOA, Erti, 1990.

. Verity, Hugh : Nous atterrissions de nuit, les atterrissages secrets de la RAF en France, 1940-1944, Cepadues Editions, 2004.

Crédit photographique : un avion d’El-Al stationné à l’aéroport d’Orly en 1965. A cette époque le Service 7 disposait d’un HC à Orly en la personne d’Antoine Lopez, chef d’escale d’Air-France. C’est par lui qu’arriva le scandale [Wikimedia Commons / HZ / Public domain]

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