Mûsâ ibn Nusayr, de Sétif à Pampelune, le conquérant oublié (III)

Suite de la partie II

VI. LA CRÉATION D’AL-ANDALUS

. L’expédition de Târik

            C’est quelque temps semble-t-il après le départ de Mûsâ que le comte Julianus décida finalement d’ouvrir des négociations de paix avec Târik ibn Ziyâd (en novembre 709 ?). En échange du maintien de son pouvoir sur Ceuta, il accepta donc de se soumettre aux troupes du calife et de livrer ses propres enfants comme gage de sa fidélité. Très habilement, il entreprit ensuite de détourner l’attention de ses nouveaux maîtres en les invitant à tourner leurs regards vers l’Espagne voisine.

            Depuis trois siècles déjà, les anciennes provinces romaines de l’Hispania étaient placées sous la domination des Wisigoths. Convertis à l’arianisme dès le 4ème siècle, puis à la foi catholique à partir de 585, ces derniers étaient désormais parfaitement latinisés et rien, si ce n’est la sonorité des noms qu’ils portaient, ne venait plus rappeler leur lointaine origine germanique. Et à l’inverse, les Romains  d’Hispania avaient adopté le nom de Wisigoths pour se qualifier eux-mêmes.

         L’État wisigothique connaissait alors une situation politique plutôt difficile. Depuis l’extinction de la dynastie royale des Balthes en 531, les Wisigoths avaient en effet dû instituer une forme de monarchie élective mais ce système, en suscitant des rivalités permanentes au sein des différents lignages aristocratiques, avait régulièrement montré ses limites. Un proto-féodalisme s’était ainsi peu à peu installé, chaque duché (Bétique, Galice, Tarraconaise, etc.) ayant eu tendance à s’autonomiser et à vouloir défendre ses droits. Certains souverains avaient du mener de véritables campagnes de terreur pour vaincre ces oppositions, et en la matière la mémoire collective avait gardé la trace de la sanglante répression menée par le roi Chindaswinthe entre 642 et 653.

            Depuis le décès du roi Wittiza, survenu au début de l’année 710, le pays traversait justement une nouvelle période d’incertitude. Dès qu’il avait appris la mort de son souverain, le duc de Bétique, Roderik, avait choisi de se lancer dans un coup de force. Avec l’aide d’une partie de l’aristocratie, il était ainsi parvenu à s’emparer du pouvoir au détriment des héritiers légitimes de Wittiza. Maître de la capitale et du trésor royal, il n’avait cependant pas réussi à se faire reconnaître dans l’est du pays, en Narbonnaise et en Tarraconaise notamment, où un concurrent s’était ainsi fait couronner sous le nom d’Agila II. Ce dernier, qui frappait monnaie, comptait d’assez nombreux partisans. Dans le nord, les tribus vasconnes avaient profité de la situation pour se rebeller. Si l’Espagne n’avait pas été directement concernée par la guerre menée par les Arabes en Afrique du Nord, il ne fait aucun doute que la cour tolédane s’était tenue informée des événements.

             Toujours est-il qu’au fil de ses échanges avec Târik, Julianus va finir par convaincre le chef berbère de faire passer une partie de ses troupes en Espagne et qu’il ira même jusqu’à lui proposer de mettre à sa disposition une partie de sa flotte ainsi que des guides connaissant bien les routes du pays. Avec l’accord de Mûsâ (ou sans, les sources sont discordantes sur ce point), Târik va finalement se décider à tenter le coup.

            Dès le mois de juillet 710 (ramadan 91 H), il envoie ainsi l’un de ses adjoints, Tarif ibn Malik, mener un premier raid à la tête d’un très faible contingent. L’opération se révèle un succès tactique qui permet d’en espérer beaucoup d’autres. En avril 711 (radjab 92 H), une fois revenu les beaux jours, Târik ibn Ziyâd débarque donc cette fois-ci personnellement et à la tête d’une armée beaucoup plus imposante. Aidé par les éclaireurs fournis par Julianus, il parvient ainsi à monter une offensive qui va l’emmener jusque dans les faubourgs de Séville. Prudent, il décide cependant de revenir bientôt vers ses bases et de se fortifier dans la région d’Algeciras, tout en ordonnant qu’on lui achemine rapidement des renforts depuis l’Afrique.

            Contraint de lutter dans le nord de l’Espagne contre les Vascons révoltés mais aussi de contenir les troupes d’Agila, Roderik va mettre encore du temps avant de pouvoir intervenir. Arrivé à Cordoue en juillet 711, il choisit alors de s’avancer avec son armée au grand complet. La rencontre décisive entre les deux formations va se dérouler le 19 juillet (28 ramadan 92 H), en un lieu que les Arabes vont appeler Al-wadi lakku (litt. « le fleuve près du lac »)[1]. La bataille est féroce mais l’adresse des cavaliers et des archers arabo-berbères vient finalement à bout de la force des contingents wisigoths[2]. Alors que ses troupes se replient en désordre, le dernier roi des Wisigoths va semble-t-il se noyer en tentant de franchir le fleuve (d’après la tradition, on ne retrouvera de lui que sa chaussure que l’on apportera à Târik). La mort du souverain et d’une grande partie de sa noblesse va provoquer un véritable chaos dans cet Etat déjà assez centralisé qu’était la monarchie wisigothique.

            Décidé à profiter de la situation, Târik commence par pousser avec ses troupes jusqu’à Cordoue, la capitale du duché de Bétique mais sur sa route il va encore devoir affronter une partie de l’armée wisigothe qui tente de se réorganiser. Une bataille entre les deux forces se déroule près d’Ecija et s’achève sur une nouvelle victoire de Tarîk. Estimant que la situation est mûre pour tenter de prendre Tolède, la capitale des Wisigoths, Tarîk préfère remonter vers le nord à marche forcée avec ses meilleurs hommes tandis qu’il va confier la prise de Cordoue à son bras-droit, Mughîth ar-Rumî (qui parviendra effectivement à ses fins en octobre 711 / muharram 93 H). L’entrée victorieuse de Târik dans Tolède va effectivement pousser l’un des principaux chefs wisigothiques, le duc de Carthagène Theodémir (ar. Tudmir), à se rallier aux Arabes. Hormis quelques raids menés dans les régions alentours, Târik va ensuite passer l’essentiel de l’hiver 711-712 à Tolède[3].

            Après avoir été informé des formidables succès remportés par son lieutenant, Mûsâ décide de quitter Kayrawân et de partir lui aussi pour l’Espagne. Nombre de chroniqueurs ont estimé qu’il avait agi ainsi par simple jalousie. Bien que cela soit possible, il est sans doute plus juste de penser que les nouvelles qu’il a reçues l’ont à la fois surpris et inquiété. Surpris en effet car il ne s’attendait certainement pas à l’effondrement aussi rapide d’un Etat wisigothique qui passait alors pour l’un des plus puissants de Méditerranée. Inquiété car il savait aussi pertinemment que les quelques milliers d’hommes que Târik avait emmenés avec lui ne suffiraient pas pour contrôler une situation manifestement toujours très instable. Il entreprend donc de rassembler de forts contingents (peut-être 10 à 18 000 soldats ?) et, après avoir confié le gouvernement de l’Ifrîkiya à son fils aîné ‘Abd Allah, le voilà qui reprend la route de l’ouest en avril 712 (radjab 93 H).

. Mûsâ en Espagne

            Mûsâ ibn Nusayr arrive à Tanger en juin 712 (ramadan 93 H). Plutôt que d’utiliser à nouveau la frêle escadre de Julianus pour passer le détroit de Gibraltar[4], il choisit cette fois-ci de faire appel à sa propre flotte. Selon une tradition certes très postérieure mais néanmoins plausible, son premier geste une fois débarqué à Algeciras sera d’y fonder une mosquée qui sera surnommée la mosquée des « deux étendards », car c’est là qu’il aurait fait prêter serment à ses troupes.

          Les rapports que lui font les émissaires de Târik le confortent dans sa première opinion. Le pays est encore loin d’être conquis car les musulmans se sont imprudemment avancer dans l’intérieur des terres sans avoir pris la peine d’assurer leurs arrières. Plutôt que de remonter tout de suite vers Tolède pour y rejoindre Tarîk, Mûsâ décide donc de s’emparer de toutes les cités encore libres et de sécuriser les grands axes.

            En seulement quelques semaines, il va ainsi parvenir à prendre Medina Sidonia, Carmona et Alcala de Guadaira. Arrivé sous les murs de Séville, il va  cependant constater que la cité refuse de se rendre et devra donc monter contre elle un bref siège avant de pouvoir y pénétrer. Les Arabes sont alors si peu nombreux, et Séville est une si grande ville, qu’ils vont devoir faire appel à des milices urbaines composées de locaux afin d’y assurer l’ordre. De nombreux juifs d’Espagne vont semble-t-il vouloir rejoindre ces formations afin de remercier les nouveaux occupants de les avoir délivrer du terrible joug que faisaient peser sur eux les Wisigoths[5].

            Mûsâ remonte ensuite vers le nord à travers les plaines de l’Estrémadure en passant successivement par Alcala del Rio et Fuente de Carnos. Une fois arrivé devant Mérida en décembre 712, il doit de nouveau faire face une très importante résistance. C’est dans cette grande cité que les vaincus du Wadi Lakku ont en effet décidé de se regrouper. Ayant emmené avec eux le trésor ainsi que les derniers membres de la famille royale, ils ont désormais toutes les raisons de vouloir se battre jusqu’au bout. Les premiers assauts n’ayant rien donné, Mûsâ décide donc d’établir de nouveau un siège. Mais ce dernier se révèle bien plus difficile que le précédent. Puissamment fortifiée, la cité tient bon et, tandis que les semaines puis les mois passent, l’humeur des assiégeants devient morose, d’autant plus que les vents hivernaux et la pluie se mettent de la partie. Il va falloir que Mûsâ use alors de toute son autorité morale pour arriver à dominer la situation.

            Ces atermoiements amènent d’ailleurs Théodemir à déserter bientôt les rangs des Arabes. Revenu dans son fief méridional, il se lance alors dans une révolte contre ses anciens alliés. Inquiet de la tournure prise par les événements, Mûsâ divise son armée afin d’en confier une partie à son fils, ‘Abd al-Aziz, auquel il va donner pour mission d’aller vaincre Théodemir. Le chef arabe va se montrer à la hauteur de la tâche. En quelques mois, il va ainsi parvenir à encercler son adversaire dans la citadelle d’Orihuela, près d’Alicante. Sans échappatoire, le chef wisigoth devra finalement accepter de traiter. Le 5 avril 713 (radjab 94 H), il conclut ainsi un pacte au terme duquel il se voit garantir la possession personnelle de sept cités qu’il pourra administrer directement et dont les habitants pourront professer leur foi chrétienne en toute tranquillité. En échange cependant, chacun d’entre eux devra livrer une pièce d’or à titre de capitation annuelle ainsi que quatre mesures de blé, d’orge, de vinaigre, de miel et d’huile d’olive (étant entendu que les esclaves devront verser moitié moins)[6].

            Privés de secours extérieurs, les défenseurs de Merida finissent par capituler le 30 juin 713 (1er shawwal 94 H). Mûsâ entreprend alors de se diriger vers Tolède en passant par Almaraz. Par respect envers son patron, Târik décide de venir à sa rencontre et les deux chefs vont ainsi se retrouver à Talavera de la Reina. L’historiographie postérieure a beaucoup glosé sur la rivalité qui aurait opposé Mûsâ et son officier. L’image du gouverneur assénant un coup de cravache sur le visage de Târik alors que celui-ci venait le saluer au pied de son cheval a souvent été reprise. Tout cela paraît cependant assez douteux. En effet, si Mûsâ avait eu tant de griefs contre Târik, il aurait pu le faire démettre dès son arrivée en Espagne ou bien plus tard au moment du long siège de Mérida. Et même en admettant qu’il n’ait pas agi ainsi par pur calcul, il aurait pu le faire arrêter ou même le faire exécuter dès leur rencontre à Talavera. Or, au lieu de cela, on va les voir poursuivre leur route ensemble pendant encore près d’une année !

            Quoi qu’il en soit, Mûsâ parvient donc à Tolède où il décide de passer l’hiver. Parmi les nombreux nobles wisigoths qui ont choisi de le rallier, on retrouve notamment l’évêque de Séville, Oppa, que la Chronique de 754 présentera comme le fils du roi Egica (m. 702) et donc comme le frère de Wittiza. Selon la même source, tous ceux des chefs ennemis qui refusent de se soumettre seront capturés, condamnés à mort et exécutés. Ibn Nusayr profitera également de son séjour tolédan pour adresser au calife Al-Walid un long rapport dans lequel il va lui faire le récit détaillé de tous les événements survenus durant l’année écoulée.

            Au retour de la belle saison, Mûsâ reprend la route du nord et entre alors successivement dans Guadalajara, Medinacelli avant d’arriver à Saragosse au printemps 714. Après la prise de cette cité, son premier geste sera encore une fois d’y édifier une mosquée. Il choisira pour ce faire un espace dégagé situé à l’emplacement d’un ancien forum romain. C’est dans cette ville qu’il va recevoir la réponse du calife à la missive qu’il lui avait fait parvenir quelques mois plus tôt. Al-Walîd, tout en le félicitant pour ses nombreuses victoires, lui demande de revenir à Damas.

            Mais plutôt que d’obéir instamment, Mûsâ préfère toutefois étendre d’abord son pouvoir sur le nord de la péninsule. Tandis qu’il envoie Târik vers l’est (vers Huesca, Lerida et peut-être Barcelone ?), lui-même et Mughîth vont se tourner vers l’ouest. Sont-ils vraiment allés aussi loin que certains le prétendent, jusqu’à Pampelune, Amaya, Leon, Astorga et même Lugo ? Cela est possible, mais toujours est-il que cette campagne septentrionale ne semble pas avoir donné lieu à de véritables engagements militaires. Au contraire, la plupart du temps, les évêques des lieux vont venir se présenter spontanément au-devant des Arabes afin de négocier la reddition pacifique de leur cité. On peut penser que des pactes semblables à celui d’Orihuela ont alors été conclus, à cette différence près qu’ici c’est le clergé et non pas l’aristocratie laïque qui va prendre les choses en main. En échange de leur soumission, les évêques se verront ainsi garantir le maintien de leurs privilèges et recevront même une mission supplémentaire puisqu’ils deviendront les collecteurs des impôts levés par les Arabes.

       Rassuré quant à la fermeté de la domination omeyyade, Mûsâ décide finalement de revenir vers le sud. Après être passé successivement par Zamora, Salamanque, Tolède de nouveau, puis Almodovar, Banos et Cordoue, il fait ainsi son entrée dans Séville à l’été 714 (fin 95 H).

. L’heure du départ

            Il décide alors d’installer ses quartiers à l’extérieur de la cité, dans l’ancienne église (ou monastère ?) Sainte-Rufine (ar. Kanisa Rufina). C’est là qu’il va commencer à donner ses ordres en vue d’assurer l’organisation de sa conquête.

    Nommée Al-Andalus[7], la nouvelle province restera attachée à celle d’Ifrîkiya mais sa direction effective reviendra au fils de Mûsâ, ‘Abd al-Aziz, tandis que les services administratifs seront confiés à Habib ibn Abi ‘Ubayda al-Fihri, le petit-fils de ‘Ukba. Fiscalité, justice, armée, diplomatie, etc., Mûsâ va devoir tout mettre en place avant de songer à partir.

          L’une des principales questions qui l’occupent est le partage (kism) du fantastique butin réalisé au cours des opérations (le gouverneur s’étant bien évidemment assuré que le cinquième des prises, le khums, revienne systématiquement au calife, comme le veut la loi). On retrouve dans ce lot des prises de choix et notamment quantité de manuscrits rares, de vêtements de soie brodée, de bijoux d’or et d’argent, de pierres précieuses, de perles, de boîtes en ivoire, de coffres en teck, de coupes en verre soufflé, d’épées aux poignées ouvragées, d’aiguières et de vases en cristal de roche, en serpentine, en jadéite, etc.

             Parmi ces richesses, l’une d’entre elles a particulièrement attiré l’attention des anciens chroniqueurs, bien que son existence ne soit pas toujours certaine. Il s’agissait apparemment d’une table (peut-être un autel d’église ?) entièrement faite d’or et constellée de pierres précieuses. Lorsqu’ils la découvrirent, les Arabes l’appelèrent la « Table de Salomon », car ils pensaient qu’elle avait jadis trôné dans le temple de Jérusalem avant d’être emportée à Rome puis de là en Espagne par les Wisigoths. Après avoir été soigneusement recensés et pesés à l’aide de balances, tous ces trésors seront rassemblés puis acheminés sous bonne escorte vers Algeciras avant d’être ensuite embarqués vers Tanger.

            A côté de ces biens matériels, Mûsâ emporte avec lui de très nombreux esclaves mais également près de 400 nobles wisigoths, dont le comte de Pampelune, Cassius (ar. Kasi) ainsi que le duc d’Orihuela, Théodomir. Sans doute était-ce là pour lui un moyen de retirer temporairement du jeu politique espagnol des hommes considérés comme ambitieux et potentiellement dangereux[8]. Parmi ceux qui l’accompagnaient figuraient également Târik et Mughîth, ses deux meilleurs lieutenants. Là encore on ne peut qu’imaginer qu’il préférait les avoir à ses côtés plutôt que laissés à eux-mêmes en Espagne.

             Pour conclure, il est évident que l’on s’est parfois étonné de la relative facilité avec laquelle les Omeyyades ont conquis l’Espagne. Avec d’autres facteurs (dont la remarquable puissance de l’armée musulmane), il apparaît que l’état d’esprit des populations a pu jouer un rôle non négligeable. Car si des courants millénaristes existaient alors un peu partout dans les sociétés chrétiennes de la Méditerranée, ce phénomène semble avoir été particulièrement prégnant en Espagne. Des auteurs très influents, comme Valerius de Bierzo (m. 695) et Julianus de Tolède (m. 690), avaient  ainsi largement répandu dans l’opinion l’idée que la fin des temps était proche et que les tribulations politiques que traversaient le pays n’en étaient que les signes manifestes, suscitant de ce fait une certaine forme de passivité, notamment chez les clercs, qui avaient eux-mêmes l’oreille du peuple.

VII. La CHUTE DES NUSAYRIDES ET LA GRANDE REVOLTE DES BERBERES

. La disgrâce du vieux chef

            Débarqué à Tanger en septembre 714 (dhul hidjdjah 95 H), Mûsâ choisit de confier à son fils Abd al-Malik le contrôle de ce port devenu stratégique. Après avoir traversé l’actuel territoire algérien pour la quatrième fois, il arrive donc à Kayrawân, où il va organiser de grandes festivités afin de célébrer avec faste sa victoire et celles de ses hommes. Il entame ensuite un très long voyage qui va le faire passer successivement par Tripoli, Barka et Fustât[9]. Arrivé sur ses terres de Galilée, il décide d’y installer ses épouses et ses plus jeunes enfants, car peut-être préssent-il déjà le drame qui se prépare.

            Il parvient enfin à Damas en janvier 715 (djumada I 96 H). On le conduit rapidement dans le « couvent des frênes » (Dayr Murrân), un ancien monastère que les Omeyyades utilisent lorsqu’ils viennent résider dans leur capitale. Situé sur les pentes du mont Kasyun, au milieu d’un vaste verger, le Dayr Murran domine la ville et la campagne environnante. L’atmosphère est sans doute très fraîche en ces mois d’hiver et peut-être même une mince couche de neige recouvre-t-elle déjà le majestueux mont Kâsyun ? Lorsque Mûsâ est introduit auprès d’al-Walîd, celui-ci est à vrai dire bien mal en point car il subit les attaques de la maladie qui finira par l’emporter quelques jours plus tard.

    Les événements s’enchaînent alors rapidement et, tandis que le déploiement du butin espagnol a suscité l’émerveillement de la cour, Mûsâ se voit tout à coup accusé d’en avoir détourné une partie à son profit. Interrogés, certains membres de son état-major confirment effectivement l’accusation (à juste titre, par jalousie ou bien sous la contrainte, nul ne peut le dire). La disgrâce de Mûsâ tombe comme un couperet et il ressortira du palais une corde au cou avant d’être jeté en prison.

            On pourrait se demander pourquoi on a choisi de réserver un tel traitement à un homme qui jusque-là avait si bien servi sa dynastie ? Sans doute le pouvoir a-t-il souhaité faire ainsi un exemple. Car le calife, qui entretenait un remarquable réseau d’espionnage, savait parfaitement à quoi s’en tenir concernant Mûsâ et les siens. Il savait qu’il avait fait nommer ses nombreux fils à des postes clés de gouverneurs, établissant là un précédent tout à fait dangereux. Il connaissait aussi la puissance de cette redoutable armée berbère que Mûsâ avait su bâtir en à peine dix années. Il n’ignorait pas qu’elle était essentiellement constituée par ses propres clients et qu’elle constituait donc, d’une certaine façon, sa troupe personnelle, ce qui était inacceptable. Il savait aussi qu’il n’avait que trop tardé à répondre à son ordre de retour.

            Lorsque le prince Sulaymân accède à son tour au trône en février 715 (djumada II 96 H), il choisit d’ailleurs de maintenir les mesures de fermeté prises par son défunt frère[10]. S’il réussit de justesse à sauver sa tête, Mûsâ n’en est pas moins durement maltraité. Il voit ainsi ses biens mis sous séquestre et se retrouve condamné à payer une amende faramineuse équivalente à plusieurs tonnes d’or. Selon Ibn Abd al-Hakam, l’infortuné gouverneur serait heureusement parvenu à plaider sa cause auprès de puissants soutiens et notamment auprès du fils de Sulaymân, le prince Ayyûb, mais aussi du cousin et héritier officiel du calife, le pieux ‘Umar ibn Abd al-‘Aziz, et surtout de Yazid ibn al-Muhallab al-Azdi, un très proche conseiller du souverain qui va accepter de le prendre sous sa protection. Grâce à eux et à l’aide de sa propre parentèle, il parviendra finalement à réunir la somme qu’on lui demandait et pourra ainsi retrouver la liberté.

            Toujours selon Ibn Abd al-Hakam, bien que déjà malade et ayant atteint un âge avancé, Mûsâ est convié par le calife à venir l’accompagner lors du grand pèlerinage mekkois dont il compte prendre la tête. C’est là un honneur qu’il ne peut refuser, d’autant plus qu’il manifeste avec éclat son retour en grâce. Trop affaibli, Mûsâ ibn Nusayr va cependant mourir en cours de route. Il s’éteindra ainsi à l’été 716 (dhul ka’da 97 H), soit dans le village d’Al-Marbad, situé au sud-est de Damas, soit dans celui de Murr (près de La Mekke ?). C’est le prince-héritier ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz (le futur calife ‘Umar II) qui aurait recueilli ses dernières confidences tandis que Maslama ibn Abd al-Malik, le demi-frère du calife, aurait accompli sur lui la prière des morts en compagnie des autres pèlerins[11].

. La postérité

            Plusieurs des fils de Mûsâ vont connaître une fin bien plus tragique que leur père. Dès le printemps 715, sur l’ordre de Sulaymân, ‘Abd Allah et ‘Abd al-Malik sont ainsi remplacés à la tête de leurs gouvernorats de Kayrawân et de Tanger. Ayant choisi de rester en Ifrîkiya, ‘Abd Allah ne va pas tarder à se retrouver pris dans la trame de plusieurs complots, si bien qu’il finira par être condamné à mort et exécuté en janvier 724 (105 H).

            Son frère Abd al-‘Aziz connaîtra une fin tout aussi violente. Après le départ de Mûsâ en 714, il avait entrepris de s’emparer de tous les territoires espagnols encore insoumis et avait d’ailleurs plutôt bien réussi dans cette tâche[12]. Installé à Séville[13], il n’a pas tardé à conclure un mariage avec une princesse wisigothe nommée Egilona (que certaines sources présenteront comme la veuve du roi Roderik[14]). Or, d’aucuns de ses officiers vont estimer que cette dernière a une mauvaise influence sur lui et notamment qu’elle l’encourage à restaurer à son profit l’ancien royaume de Tolède et peut-être même à se convertir au christianisme. Plusieurs indices vont d’ailleurs les confirmer dans leur crainte et en particulier la volonté d’Abd al-‘Aziz de voir ses sujets se prosterner devant sa personne quel que soit leur rang. C’est donc au nom de la défense de l’islam et de l’unité du califat qu’ils vont orchestrer le complot qui va finalement aboutir à son assassinat en mars 716 (radjab 97 H). C’est alors son cousin, Ayyûb, le neveu de Mûsâ, qui va assumer pendant quelque temps la direction de la grande prière jusqu’à l’arrivée du nouveau gouverneur nommé par Damas.

            Les successeurs de Mûsâ ibn Nusayr à la tête du gouvernorat d’Ifrîkiya ne sauront pas toujours se montrer à la hauteur de l’héritage qu’il leur avait laissé, loin s’en faut. Ne demeurant en poste que quelques années, ils vont surtout chercher à enrichir le Trésor le plus vite possible, y compris par des moyens iniques. Certains d’entre eux feront également preuve d’une morgue aristocratique dont ils paieront parfois cher les conséquences. En l’an 721 (102 H) par exemple, le gouverneur Yazid ibn Abi Muslîm sera assassiné par des membres de sa garde berbère après qu’il leur aura annoncé sa volonté de leur faire tatouer leur fonction sur les bras !

           Lancés à l’assaut de l’ennemi alors qu’ils touchent une solde moindre, pressurés d’impôts auxquels ils estiment ne pas devoir être soumis puisqu’ils servent déjà aux armées, obligés de fournir chaque année une partie de leurs bêtes (et même de leurs femmes) pour satisfaire aux exigences de la cour damascène, les soldats berbères vont voir peu à peu s’allonger la liste de leurs griefs.

          Deux éléments vont finalement leur permettre de se coaliser. D’une part la diffusion en leur sein des doctrines kharidjites qui prônent l’égalité absolue des croyants et contestent radicalement la légitimité de la dynastie omeyyade. Et d’autre part l’action des anciens mawali de Mûsâ. Le fait est peu connu mais il semble bien en effet que plusieurs protégés de l’ancien gouverneur aient mal supporté la disgrâce de leur patron et surtout l’attitude du pouvoir califal à l’égard de ses héritiers. Plusieurs gouverneurs n’ont eu de cesse en effet de vouloir faire passer sous leur contrôle les richesses et les clientèles accumulées de son vivant par Mûsâ ibn Nusayr et par les siens, ce qui représentait il est vrai des sommes considérables. En bons patrons, les descendants de Mûsâ ont alors fait de leurs mieux pour protéger leurs clients de la rapacité et de l’arbitraire des représentants de l’Etat, ce qui leur a valu d’accroître leur popularité parmi les troupes berbères.

           Le basculement se produit à la fin des années 730, lorsque l’un des chefs de la garnison de Tanger, Maysara al-Madghari, se propose d’aller porter les réclamations de ses compatriotes jusqu’à Damas. Mais le calife Hisham ne prendra même pas la peine de le recevoir en audience et cet affront finira par le convaincre que seule la violence pourra régler la situation. Dès son retour en Afrique du Nord, il entre donc en contact avec ceux qui partagent son opinion et notamment avec l’ancien mawali de Mûsâ, Abd al-‘Ala ibn Djuraydj al-Ifriki. Les deux hommes et leurs partisans vont alors mettre en place un complot qui va déboucher sur une insurrection très bien préparée. Le 15 août 740 (15 ramadan 122 H) la garnison de Tanger passe ainsi sous le contrôle des insurgés qui massacrent les officiers arabes et leurs familles. Maysara est alors immédiatement acclamé en tant que commandeur des croyants tandis qu’Abd al-‘Ala devient le nouveau gouverneur de la ville. Les forces rebelles vont ensuite s’emparer de tout le pays jusqu’au Sûs.

             Le gouverneur d’Ifrîkiya, ‘Ubayd Allah al-Mawsili, décide de demander des renforts à Damas tout en ordonnant à son armée de revenir de Sicile où elle était partie guerroyer. Mais les forces qu’il envoie pour reprendre en main la situation sont finalement écrasées près de Tanger en décembre 740 (muharram 123). Ce combat, connu sous le nom de « bataille des nobles » (ghazwat al-ashraf), va mériter ce nom à cause du nombre de lignages aristocratiques qui y seront décimés. Un long cycle guerrier va alors débuter. En fin de compte, si les insurgés kharidjites ne parviendront pas à enlever l’Ifrîkiya au califat, ils réussiront néanmoins à implanter plusieurs principautés indépendantes à travers toute la partie occidentale du Maghreb (Sidjilmassa, Tahart, Tamesna, etc.).

           Ces évènements vont avoir au moins trois conséquences majeures. D’une part le califat ne retrouvera plus jamais son unité originelle (et ce jusqu’à aujourd’hui pourrait-on ajouter). D’autre part la majeure partie de l’Occident musulman va définitivement échapper au contrôle de l’Orient. Enfin, l’Andalousie va se retrouver isolée et livrée à elle-même, ce qui sera d’ailleurs l’une des causes des défaites successives que ses forces armées vont bientôt subir face aux troupes franques. Ainsi, l’action de Mûsâ ibn Nusayr aura-t-elle marqué à la fois l’apogée et la fin des grandes conquêtes arabes et musulmanes en Occident.

            La postérité sera pourtant bien injuste à l’égard de ce personnage dont la figure s’effacera assez rapidement des mémoires, au profit notamment de celle de son général, Târik ibn Ziyâd. L’Andalousie, qui aurait certes pu le considérer comme son fondateur, préfèrera mettre en avant le geste du premier des Omeyyades de Cordoue, Abd ar-Rahman I, tandis que l’Afrique du Nord musulmane attribuera plutôt sa conversion à l’islam à l’action d’Ukba ibn Nafi, ce qui on l’a vu est en réalité assez éloigné de la vérité. Au fil des siècles, Mûsâ deviendra donc une figure plutôt marginale de l’historiographie et c’est à peine si quelques érudits rapporteront à son propos des récits d’ailleurs plus marqués par le goût du fantastique que par un souci d’exactitude (dès la fin du 9e siècle on retrouvera ainsi le personnage de Mûsâ en héros dans la « Légende de la Ville de bronze », la Madinat al-Baht, dont la trame sera reprise dans les Mille et une nuits).

       Et pourtant, nous croyons avoir suffisamment démontré au fil de cet article le rôle majeur qui a été le sien dans l’évolution du monde méditerranéen et donc l’importance qu’il y a de mieux l’étudier, du moins si l’on souhaite parvenir à une meilleure compréhension de ce dernier.

 

 

 

 

Annexe : L’histoire de la Berbérie antique 

            Bien qu’elle soit encore assez fragmentaire, notre connaissance de l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord a fait d’importants progrès depuis que les données fournies par les sources textuelles et les découvertes archéologiques ont pu être secondées par les analyses des paléogénéticiens et les travaux des linguistes. Ces découvertes ont permis d’apporter des réponses, ou en tout cas des débuts de réponses, à bien des questions laissées jusque-là en suspens.

            On sait ainsi que la région a été peuplée par l’Homo Sapiens à une très haute époque. Comme tendraient à le suggérer les fossiles récemment découverts dans le Djebel Irhoud, elle pourrait même avoir été l’un des berceaux évolutifs de la lignée humaine !

            Le Maghreb est connu depuis longtemps pour la richesse de son patrimoine préhistorique. De nombreuses cultures y ont d’ailleurs été identifiées : atérien (130 000 – 20 000 av. J.-C.), ibéromaurusien (20 000 – 9 000 av. J.-C.), capsien (9 000 – 2 700 av. J.-C.), etc. Il n’est toutefois pas évident de savoir si ces divers faciès ont été produits par des populations différentes provenant d’ailleurs ou bien s’il s’agit de phases successives résultant d’une évolution endogène. L’analyse génétique des squelettes découverts sur le site ibéromaurusien de Taforalt, dans le nord du Maroc, a récemment permis de démontrer que bien des habitants actuels de cette zone portaient en eux une partie du patrimoine de ces très anciens individus et qu’il y avait donc une continuité de peuplement, au moins partielle, entre les habitants du paléolithique et ceux de l’époque contemporaine.

               Ces groupes de chasseurs-cueilleurs de l’âge de pierre vivaient en nomades sur des territoires où abondait encore une grande faune appelée à disparaître avec l’intensification des activités humaines (aurochs, cerfs, mouflons, ours, lions, panthères, etc.).

            Vers 5 500 av. J.-C. le Maghreb devient la pointe extrême du mouvement d’expansion des populations cardiales (site de Kaf Taht el-Ghar, près de Tétouan). Héritières de celles qui avaient quitté l’Anatolie deux mille ans plus tôt, elles vont apporter sur place la révolution néolithique avec tout le « package » que cela implique : fondation d’habitats permanents, production de céréales, utilisation de bœufs, chèvres et moutons domestiques, production de céramique et de vannerie, etc. Les liens entre l’Afrique du Nord et la péninsule ibérique vont d’ailleurs se poursuivre pendant plusieurs millénaires comme l’indique la présence de nombreux sites campaniformes[15].

            A partir de 5 200 av. J.-C., des populations venues du sud (nilotiques ? nilo-sahariennes ?) vont se répandre quant à elles à travers le Sahara en profitant des conditions climatiques très favorables qui ont transformé la région en une immense et verdoyante savane. Vivant des produits que leur procuraient leurs vastes troupeaux de bovidés, elles chassaient le gros gibier à l’aide d’arcs et de flèches. On peut les voir sur les peintures rupestres du Tassili (« style Têtes Rondes ») frapper dans leurs mains et danser en cercles comme le font encore aujourd’hui les Dinkas, les Mundari et les Nuers de la haute vallée du Nil.

            Sous l’influence de ces deux mouvements, les populations de chasseurs-cueilleurs capsiens d’Afrique du Nord vont lentement adopter certains des usages néolithiques et celui de la poterie en particulier. On verra ainsi naître en Oranie par exemple un néolithique tellien d’influence cardiale puis, dans un second temps, un néolithique de tradition plus strictement capsienne.

            Quant aux Imazighen, c’est-à-dire aux premiers porteurs de la langue berbère, il semble qu’ils soient arrivés un peu plus tard. Bien que la chose soit encore loin d’être certaine, ils sont sans doute originaires de l’est car ils partagent effectivement avec les Sémites et les anciens Égyptiens des similarités linguistiques évidentes qui ont permis de rattacher leur idiome à la grande famille des langues afro-asiatiques. Concernant le foyer d’origine de cet ensemble, plusieurs linguistes éminents (Christopher Ehret, Harold Fleming) ont longtemps penché pour l’Afrique de l’Est. Selon ce schéma, les premiers locuteurs de l’afro-asiatique se seraient d’abord déplacés vers le nord en remontant la vallée du Nil avant de se diviser ensuite en trois branches, la première partant vers l’est (Proto-Sémites), la seconde restant sur place (les Proto-Egyptiens) et la troisième se dirigeant vers l’ouest (les Proto-Berbères).

       Une deuxième hypothèse, défendue notamment par le Russe Alexander Militarev, donne quant à elle un foyer levantin à l’afro-asiatique dont les premiers locuteurs seraient en réalité les Natoufiens, cette population à laquelle est généralement attribué la première révolution néolithique. Selon ce schéma, qui a de plus en plus de partisans, une branche afro-asiatique septentrionale aurait donné naissance vers 6 000 av. J.-C. à trois sous-branches, un proto-sémite qui aurait peu à peu conquis le Croissant fertile et la Péninsule arabique, un proto-égyptien qui aurait occupé la vallée du Nil et enfin un proto-berbéro-tchadique, qui se serait lentement répandu à travers le Sahara à partir de la Libye avant d’arriver finalement au Maghreb entre 2 000 et 1 000 av. J.-C.

            Ces Proto-Berbères étaient des pasteurs nomades qui vivaient à travers la steppe sous des tentes rondes faites de structures de bois recouvertes de peaux de bêtes. C’étaient des éleveurs de bovins (animaux que leurs femmes utilisaient également pour se déplacer), mais aussi de caprins et surtout d’ovins (ovis longipes), deux types d’espèces mieux adaptés à un territoire saharien alors en voie de désertification. Accompagnés de leurs chiens, ils chassaient l’autruche, la gazelle, l’antilope et même le lion. Les représentations retrouvées sur les sites sahariens d’Iheren et de l’Akukas, qui leur sont attribuées, offrent un saisissant contraste avec le style plus ancien des « têtes rondes ». Ici les hommes et les femmes ont la peau claire et sont couverts de larges manteaux en cuir de chèvre. Les femmes portent des toques en fourrure (ou en osier ?) dans lesquelles ont été piquées des plumes. Les hommes ont une barbe en pointe, des tatouages (ou des peintures ?) sur le corps et sur le visage, de longues tresses et des coiffes en plumes d’autruches. Ils sont armés de bâtons de jet mais aussi de javelots (dont la pointe est déjà peut-être métallique ?)[16]. Fait important, ils vouent un culte à leurs morts et les enterrent dans de grandes structures de pierres en forme de « trou de serrure ». Ces appareils funéraires ne vont d’ailleurs pas cesser de prendre de l’ampleur jusqu’à atteindre des proportions majestueuses au milieu du premier millénaire avant l’ère chrétienne (ex. Medracen de Bouima dans les Aurès).

            Les Imazighen vont donc s’avancer peu à peu à travers l’Afrique du Nord et fusionner avec les populations plus anciennes tout en imposant leur langue. Peut-être leur avancée a-t-elle été facilitée par leur usage des métaux ou bien encore par l’introduction de l’équitation ?[17] Vers 2 000 av. J.-C. en effet, un nouveau style d’art rupestre se diffuse au Sahara, le style caballin, ainsi dénommé car il figure des hommes montés sur des chars tirés par des chevaux.

            A partir du 9ème siècle avant l’ère chrétienne, ces populations nord-africaines vont être profondément affectées par l’arrivée des Puniques[18]. Fondateurs de Carthage, ces marins originaires du Liban vont alors s’installer sur les côtes mais également dans certaines zones de l’arrière-pays. Leur implantation va favoriser l’introduction de nouveaux usages et notamment l’utilisation des armes de fer, du tour de potier et la diffusion de cultes moyen-orientaux, ceux de Baal et de Tanit notamment, qui vont connaître un grand succès. La sédentarisation puis l’urbanisation vont progresser et il n’est guère étonnant dès lors que les chefs tribaux berbères (agellid) soient devenus peu à peu de véritables souverains, un cap important étant franchi en 203 av. J.-C., avec la fondation du royaume de Numidie par Massinissa.

            Mais Carthage est détruite en 146 av. J.-C. par les Romains, qui supplantent alors les Puniques. Les royaumes berbères, tantôt alliés, tantôt adversaires des nouveaux arrivants, seront ensuite peu à peu annexés par ces derniers et rabaissés au rang de simples provinces (la Numidie en 46 av. J.-C. puis la Maurétanie en 40 apr. J.-C.). Les occupants vont dès lors transformer les anciennes villes puniques en cités romaines ou bien fonder de nouvelles agglomérations qui vont rapidement se couvrir de monuments typiques de l’urbanisme italien (thermes, amphithéâtres, aqueducs, etc.). De nombreux colons italiens, souvent des vétérans de l’armée ou bien des marchands, vont également s’installer dans un pays où ils ont reçu des terres à cultiver. La citoyenneté romaine, d’abord accordée avec parcimonie à quelques indigènes privilégiés, va être peu à peu étendue à des pans entiers de la population avant d’être finalement attribuée à l’ensemble des habitants libres par l’édit de Caracalla en 212 apr. J.-C. Cette situation va permettre à la civilisation gréco-romaine, déjà très prégnante au sein des élites, d’étendre son influence dans le peuple. Ainsi va pouvoir naître et se développer une population de souche certes berbéro-punique mais de langue et de culture tout à fait latines.

            Malgré leurs efforts, les Romains ne parviendront cependant jamais à maîtriser de l’ensemble l’arrière-pays, qui va donc rester sous le contrôle de tribus berbères indépendantes qualifiées de Maures (Maurii, sing. Maurus). Depuis Salluste jusqu’à Corippe en passant par Lucain ou Procope, la littérature de l’époque permet de mesurer la profondeur du mépris et de la défiance ressentis par les populations latines à l’égard de ces Maures. Partout dans leurs œuvres il n’est en effet question que de « nations fourbes, impies, misérables et sauvages ». L’attitude hostile des couches lettrées semble d’ailleurs avoir été partagée par une grande partie des Africains de culture latine.

            Pour se protéger des attaques de ces tribus indociles, Rome va devoir maintenir dans la région des effectifs militaires assez conséquents. La 3e légion auguste sera ainsi stationnée pendant plusieurs siècles dans l’immense camp de Lambaesis (act. Tazoult). Les autorités romaines vont par ailleurs entamer la construction d’immenses lignes défensives composées de larges fossés et de nombreux fortins de pierres ou de bois (limes tripolitanus, limes mauritaniae, etc.). Enfin, par toute une série d’accords (lat. foedus), elles vont parvenir à imposer aux tribus maures de l’intérieur d’être dirigées par des préfets romains tandis qu’elles choisiront les chefs des tribus maures implantées à l’extérieur. A ceux-là seront distribués de généraux subsides ainsi que des titres honorifiques divers (dux, princeps, etc.).

            Mais les ouvrages de ce limes n’avaient pas qu’une fonction militaire. Ils serviront également de points de rencontres et d’échanges entre les populations latines et maures. On y troquera des denrées de toutes sortes et, tandis que les uns apporteront des céréales, les autres viendront ainsi avec de la laine, de l’or et de l’ivoire, mais également avec des animaux destinés aux jeux du cirque (lions, panthères, etc.). Le linguiste britannique Richard Blench estime d’ailleurs que ces relations commerciales intenses ont favorisé la naissance d’une sorte de lingua franca, un berbère commun qui serait l’ancêtre de toutes les langues berbères actuelles. En effet, on s’expliquerait mal autrement que les langues berbères soient à ce point différentes des autres langues afro-asiatiques, signe d’une séparation très ancienne, mais qu’elles soient en même temps si proches les unes des autres, ce qui est l’indice manifeste d’une division relativement récente. Cette théorie permet aussi de comprendre pourquoi autant de mots berbères sont d’origine latine alors même qu’ils servent à désigner des réalités dont plusieurs étaient connues bien avant le début des contacts avec Rome (champ, meule, timon, attelage, four, jardin, fève, règle, âne, poule, janvier, etc.).

            Au tournant de l’ère chrétienne, l’introduction du dromadaire va permettre d’intensifier le commerce transsaharien et, pour la première fois depuis l’accroissement de l’aridité survenu trois mille ans plus tôt, des populations vont de nouveau pouvoir s’installer au cœur du Sahara[19].

            Introduite à Carthage dès le second siècle, la religion chrétienne va également connaître une lente mais importante diffusion. Un premier tournant majeur se produit à cet égard en l’an 312, lorsqu’elle devient la religion de l’empereur Constantin, avant qu’un second n’intervienne en 392, lorsque Théodose en fait la religion officielle de l’Etat romain. Fortement soutenu par les pouvoirs publics, le christianisme réalise alors d’immenses progrès. En seulement quelques décennies, tous les temples païens seront fermés et souvent détruits tandis que le pays se couvre d’églises. Le clergé chrétien va ainsi acquérir une immense audience, dans le peuple latin d’abord, puis également parmi les Maures des zones frontalières.

            Soumis à des contraintes militaires de plus en plus impérieuses du fait de la pression que les Barbares font peser sur lui, l’empire romain se retrouve cependant contraint d’abandonner ses points de défense les plus excentrés. Plusieurs cités de Maurétanie se retrouvent ainsi abandonnées à leur sort et contraintes de s’administrer par elles-mêmes dès la fin du 3ème siècle. Même à l’intérieur de l’empire, le recul de l’Etat va amener de puissantes familles (gentes) de propriétaires fonciers à faire régner leurs propres lois, y compris au détriment de celles de Rome (ex. Flavius Nubel).

            En 429, après être passés par la Gaule puis l’Espagne, les Vandales menés par le roi Genseric (m. 477) investissent l’Afrique du Nord et créent leur propre royaume indépendant avec Carthage pour capitale. Eux aussi auront bientôt maille à partir avec les Maures qui vont ainsi pouvoir renforcer leur autorité dans l’arrière-pays, accaparant notamment le pouvoir dans les Aurès en 484, les Némentchas vers 500 et en Tripolitaine en 529.

          En 533, sur l’ordre de l’empereur Justinien, les troupes du général Bélisaire prennent pied en Afrique. Le royaume vandale est détruit et la région redevient une province romaine. Mais les Maures, qui ont goûté à l’indépendance, se montrent bien décidés à la conserver. Les Byzantins vont donc devoir mener de longues et difficiles luttes contre les rois qui se sont installés dans les Aurès et en Maurétanie mais également contre les nomades de Tripolitaine devenus de plus en plus remuants. En 545-546, une coalition de ces deux forces parviendra même jusqu’aux environs de Carthage avant d’être finalement refoulée. En 582, pour faciliter la conduite des opérations, les Byzantins vont mettre en place une nouvelle division administrative, l’exarchat d’Afrique, dont le titulaire va pouvoir cumuler pour la première fois l’ensemble des fonctions militaires et civiles, devenant ainsi un véritable vice-roi. Cela n’empêchera d’ailleurs par les Maures de se présenter une nouvelle fois sous les murs de Carthage en 595 ! Les Byzantins parviennent encore une fois à maîtriser la situation et, en 610, c’est de la capitale africaine que va partir la flotte qui ira jusqu’à Byzance afin de porter au pouvoir le général Héraclius. Après cela on n’entendra plus guère parler de la région jusqu’à ce que les Arabes n’y arrivent une quarantaine d’années plus tard.

            Pour tout ce qui concerne le récit de la conquête arabe, nous renvoyons au chapitre rédigé par Hichem Djaït dans l’ouvrage cité en bibliographie, l’Histoire générale de la Tunisie.

Notes :

[1] Il s’agissait sans doute de la lagune de la Janda, bien que de nombreux spécialistes aient proposé des sites différents en fonction de leur propre lecture des sources (Rio Guadalete, Rio Barbate, etc.).

[2] La Chronique mozarabe cherchera à diminuer le mérite des musulmans en prétendant que bien des officiers de Roderik, qui n’avaient jamais vraiment accepté sa légitimité, auront préféré l’abandonner à son sort sans même chercher à combattre.

[3] La ville avait alors été abandonnée par une bonne partie de son clergé qui, sous la conduite de l’archevêque Sinderedus, était partie se réfugier à Rome (Sinderedus participera à un concile romain en 721 avec le titre d’episcopus ex Hispaniae). Beaucoup de ces clercs partiront en pays franc où on leur fera bon accueil et où certains feront de brillantes carrières (Pirmin, Benoît d’Aniane, Nebridius de Narbonne, Théodulf d’Orléans, Agobard de Lyon, etc.). Peut-être pensaient-ils pouvoir revenir en Espagne dès que les Arabes en auraient été expulsés, ce qui, comme on le sait, n’arriva finalement pas. Par un extraordinaire hasard, une partie du trésor de la cathédrale de Tolède, qui avait sans doute été dissimulé avant l’arrivée de Târik, sera retrouvé en 1858 à Guarazzar, à 11 km de Tolède. Il comprenait notamment plusieurs couronnes et croix votives offertes à l’Église d’Espagne par divers rois wisigoths.

[4]  Près de Ceuta se trouve l’ancien Mons Abyla, cette montagne que les Romains identifiaient à l’une des colonnes d’Hercule. A une date difficile à préciser, ce pic culminant à 851 mètres d’altitude a été renommé la « Montagne de Mûsâ » (Djabal Mûsâ). Si certaines sources y voient un hommage à Mûsâ ibn Nusayr, d’autres estiment que cette appellation vient plutôt rappeler le souvenir du prophète Mûsâ, dont les aventures avec « Le Verdoyant » (Al-Khidr), telles qu’elles sont mentionnées dans le Kur’ân, se seraient déroulées dans la région. Toujours est-il que la « Montagne de Mûsa » se trouve juste en face de la « Montagne de Tarik », plus connue sous le nom de Gibraltar (Djabal at-Tarîk).

[5] Les persécutions anti-juives organisées par les derniers souverains wisigoths à partir de 612 étonnent par leur dureté. Les actes des différents conciles de Tolède permettent d’en saisir les principaux moments (au moins théoriques, car il est difficile de savoir dans quelle mesure ces directives ont été effectivement appliquées). Pour certains chercheurs (Bruno Dumézil), l’absence d’un principe dynastique aurait été l’un des principaux facteurs à l’origine cet anti-judaïsme outrancier.  En effet, les souverains de Tolède auraient été d’autant plus enclins à se faire persécuteurs que leur légitimité posait justement problème. C’est également pour cela qu’ils auraient inventé la cérémonie du sacre et de l’onction royale (dont les premiers témoignages remontent effectivement aux années 630).

[6] Si l’on se base sur un traité du même type conclu à Carcassonne en 725, il est possible qu’une clause de l’accord négocié avec Théodomir en 713 ait inclus la fourniture de contingents militaires au profit de l’armée omeyyade. Dans ce cas, il est fort possible que la troupe qui sera vaincue à la bataille de Poitiers en 732 ait compté un bon nombre de Latins.

[7] La première mention du terme d’Al-Andalus se trouve sur un sceau trouvé à Ruscino dans les Pyrénées-Orientales et daté du gouvernorat d’Abd al-Aziz ibn Mûsâ (Mélanges J.-C. Cheynet, p. 647). Il n’y a donc pas de raison de douter qu’il ait déjà été en usage au temps de Mûsâ lui-même. On ignore par contre pourquoi ce terme s’est rapidement imposé chez les Arabes alors que ceux-ci connaissaient pourtant celui d’Espagne (Ishbania).

[8] A moins que le calife n’ait voulu les faire venir à Damas afin de s’assurer directement de leur allégeance et éventuellement de leur conversion à l’islam sans avoir à passer par la médiation de son gouverneur. Ils seraient alors devenus ses propres clients et non plus ceux de Mûsâ.

[9] Si l’on essaie de calculer les kilomètres parcourus par Mûsâ ibn Nusayr entre 698 et 715, on atteint un chiffre supérieur à 13 600 ! Quand on pense qu’il aura accompli tout cela entre 58 et 75 ans, monté sur un cheval, sur des pistes difficiles et au milieu de multiples dangers, on reste étonné devant son extraordinaire résistance physique.

[10] Plusieurs spécialistes de la question attribuent à Sulaymân cette étonnante fresque de Kusayr Amra, où l’on voit le roi des Goths, Roderik, s’incliner devant le calife en compagnie du césar byzantin, de l’empereur de Perse et du Négus d’Ethiopie (cf Antoine Borrut, Entre mémoire et pouvoir, l’espace syrien sous les derniers Omeyyades et les premiers Abbassides, Brill, 2011).

[11] D’autres versions ont été données de la mort de Mûsâ. Pour Al-Nuwayri par exemple, ‘Abd al-Aziz se serait rebellé en apprenant la disgrâce de son père et Sulaymân aurait alors ordonné en représailles l’exécution (ou l’assassinat) de Mûsâ.

[12] Au départ de Mûsâ, quatre zones de la péninsule ibérique restaient encore en marge de la domination omeyyade : au sud-ouest les cités d’Evora, Coimbra et Santarem, au nord-est une grande partie de la Taraconnaise et la totalité de la Narbonnaise, au sud-est le massif de la Sierra Nevada et enfin au nord les monts Cantabriques. Seule cette dernière zone restera hors de portée des conquérants et, dès les années 720, un petit Etat asturien indépendant pourra s’y mettre en place.

[13] C’est Al-Hurr ibn Abd ar-Rahman al-Thakafi, le successeur d’Abd al-Aziz ibn Mûsa, qui décidera finalement de déplacer la capitale vers Cordoue.

[14] Egilona était peut-être la veuve de Roderik que Mûsâ b. Nusayr aurait pu capturer avec le reste de l’ancienne famille royale lors de la chute de Mérida.

[15] Il y a sans doute là l’explication la plus pertinente quant à l’origine du phénotype clair qui s’observe chez plusieurs populations modernes d’Afrique du Nord et qui a si souvent frappé les esprits.

[16] Les peintures de la salle D du tombeau de Séthi Ier (m. 1279 av. J.-C.), dans la Vallée des Rois, offrent également un portrait saisissant des Imazighen alors installés dans le désert libyen. Il y a quelques années encore, les extraordinaires Nemadis du désert mauritanien suivaient un mode de vie quasiment semblable aux hommes de cette lointaine époque, c’est-à-dire basé autant sur la chasse que sur l’élevage.

[17] Les Berbères deviendront d’excellents cavaliers. Les Puniques d’abord puis les Romains ensuite sauront d’ailleurs faire un bon usage de la cavalerie maure.

[18] Il est possible que les « Peuples de la Mer », venus de Grèce, se soient déjà présentés en Afrique du Nord dès le 12e siècle.

[19] La migration des Hawwara de Tripolitaine vers le Hoggar et le Tassili aurait ainsi été à l’origine des actuelles populations touaregs. La légende de Tin-Hinan aurait d’ailleurs gardé la trace de ces déplacements. En effet, même si la célèbre reine est censée être venue du Tafilalet, la légende prétend malgré tout que c’est la pression romaine qui l’aurait amené à se réfugier dans le Sahara central.

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Crédit photographique : église San Pedro de la Nave, près de Zamora, en Castille. Datée de 680 environ, cet édifice offre un très rare et très bel exemple d’architecture religieuse wisigothique parfaitement conservée [Adrian Farwell [CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/3.0)%5D%5D

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