François Rivière (1647-1702) : l’épopée d’un colon bourbonnais (III)

Suite de partie II (ici)

VII. Les tourments de la politique bourbonnaise

    Dans un tel cadre, la vie des colons à Bourbon aurait pu ressembler à une véritable robinsonnade. Mais c’était sans compter les difficultés créées par l’autoritarisme de la Compagnie des Indes et de ses gouverneurs. Avant tout désireux de réaliser de juteux profits afin de pouvoir rembourser les énormes dépenses qu’ils avaient engagées dans cette aventure, les responsables de la Compagnie entendaient bien évidemment monopoliser à leur compte tout le commerce que l’on pouvait y faire. Défense était donc faite aux colons de marchander directement avec les navires de passage. Ils devaient au contraire amener à date fixe tous leurs produits aux gardes-magasins de la « Compagnie ». Ceux-ci les leur achetaient à vil prix pour mieux les revendre ensuite aux navires venus se ravitailler en vivres, réalisant ainsi des marges confortables. A l’inverse, les commis de la Compagnie achetaient aux bateaux qui venaient s’ancrer dans les rades bourbonnaises tout ce dont les colons pouvaient avoir besoin (vêtements, outils, armes, vaisselle, alcool, etc.) puis se chargeaient ensuite de les leur revendre à des tarifs exorbitants. Par ailleurs, afin qu’ils lui amènent un maximum de produits à revendre, la Compagnie entendait bien contraindre les colons à se faire agriculteurs et leur défendait formellement d’aller chasser dans les forêts. Les contrevenants risquaient de lourdes amendes et même l’emprisonnement. En somme, à ces « Messieurs » de la Compagnie les sequins arabes, les pagodes indiennes, les pistoles d’Espagne, les guinées d’Angleterre, les cruzados du Portugal et les louis d’or de France, … aux colons de leur côté le travail et la misère. On comprend aisément que de telles injustices aient fini par exacerber le ressentiment des Bourbonnais.

   Le départ du père Bernardin laissa les habitants dans une situation difficile. Son successeur était un ancien pilote de la Compagnie, Jean-Baptiste Drouillard qui, ayant à peine débarqué sur l’île en novembre 1686, avait dû prendre la tête du gouvernorat à la demande des colons. Mais à la différence de son prédécesseur, ce Drouillard mit un point d’honneur à faire respecter les droits de la Compagnie, si bien que des conflits ne tardèrent pas à éclater entre lui et ses administrés. Son ordonnance du 15 janvier 1687, qui restreignait de façon drastique le droit de chasse, fut publiquement déchirée par François Mussard, qui fut d’ailleurs arrêté pour ce geste, avant d’être finalement libéré sur la pression de ses amis. On sait par ailleurs que François Rivière fit alors partie des fortes têtes. Le 22 juin 1687, avec quelques camarades (dont Gilles Launay, Jacques Lauret, François Mussard, Pierre Hibon, Julien Daleau, Pierre Nativel et Lézin Rouillard), tous réunis derrière le père Georges Camenhen, François Rivière fut même arrêté et jugé pour rébellion à l’égard du gouverneur Drouillard, qui l’accusait d’avoir participé au pillage de l’un des magasins de la Compagnie. Tandis que ses compagnons étaient condamnés le 29 juin à payer une amende de quinze livres, lui-même put échapper à cette peine après avoir réussi à démontrer qu’il avait été malade le jour du pillage en question. Pour se protéger de ses nombreux ennemis, Drouillard décida bientôt de s’entourer d’une escorte formée de flibustiers hollandais et anglais. Finalement, se sentant en danger de mort suite à l’incendie criminel qui ravagea sa maison, il quitta furtivement la colonie en janvier 1689 après avoir réussi à embarquer à bord d’un navire portugais. Étant parvenu à rentrer en France, il y sera arrêté, jugé et incarcéré pendant treize mois à Brest pour sa mauvaise gestion des intérêts de la Compagnie des Indes, avant d’être finalement innocenté.

   Après un intérim de près d’un an, un nouveau gouverneur arriva dans l’île le 5 décembre 1689, Henry Habert, sieur de Vauboulon. C’était le premier gouverneur à être directement nommé par la Compagnie depuis Étienne Regnault en 1665 ! Il amenait avec lui les denrées et les outils réclamés de longue date par les colons et fut donc accueilli avec enthousiasme, d’autant plus que premier acte fut de proclamer une amnistie à l’égard de tous ceux qui avaient eu un rôle dans la fuite de son prédécesseur. Mais, le 31 décembre 1689, le navire qui l’avait amené, le St-Jean-Baptiste, fut victime d’un cyclone en rade de St-Paul et coula corps et âme. Onze cadavres furent retrouvés échoués sur la plage. C’était un bien sombre présage, d’autant plus que le capitaine du bateau incrimina le gouverneur Vauboulon, qu’il tenait pour responsable puisque c’est lui qui lui avait ordonné de rester près des côtes alors que le vent commençait à forcir.

    Au fil des mois, Vauboulon se montra de plus en plus tyrannique et même violent. Décidé à « civiliser » coûte que coûte ses administrés, il publia une série d’ordonnances qui suscitèrent un ressentiment général. Comme ses prédécesseurs, son obsession était de limiter au maximum le droit de chasse afin de forcer les habitants à cultiver leurs terres. Il commença ainsi par leur interdire de quitter leurs demeures pendant plus de quinze jours sans avoir obtenu de lui une permission écrite. Il exigea ensuite que tous les chiens soient mis à mort jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux chiens mâles par colon et cinq chiennes pour toute l’île. Le 16 janvier 1690, il interdit purement et simplement de chasser plus d’un jour par semaine et instaura une zone interdite à toute activité cynégétique dans la zone de La Possession. Le 27 mars suivant, il ordonna que tous les enfants soient catéchisés et placés en apprentissage afin d’en faire de bons artisans. Il annonça qu’il refuserait de célébrer le mariage de tout individu reconnu comme analphabète et ne justifiant pas d’une profession honnête. Contrairement à ses prédécesseurs, Vauboulon écrivait tout ce qu’il faisait. Il s’était d’ailleurs entouré d’une véritable équipe d’experts qui comprenait en l’occurrence un procureur, Michel Firelin, un greffier, Jean Bidon, un secrétaire particulier, Gilbert-Joseph de Blot de Chauvigny et un valet, Simon-Louis La Citerne.

    Comme il estimait que l’attribution des terres aux colons bourbonnais ne s’était pas faite dans les règles, il entreprit également de réexaminer tous les actes fonciers conclus jusque-là. Depuis 1665 en effet, la Compagnie des Indes avait toujours conservé la pleine propriété de l’île. Sur le plan juridique, les concessions qui avaient été octroyées aux colons ne portaient donc que sur l’usufruit. Dès lors, elles ne pouvaient en théorie être ni vendues ni transmises. Vauboulon décida donc de revendre aux colons la pleine propriété des terrains qu’ils exploitaient déjà. Au cours du mois de janvier 1690, les uns après les autres, il les invita à venir à Saint-Denis afin d’examiner leur cas.

    Comme il devait plus tard le déclarer sous serment, c’est après une conversation avec François Mussard que François Rivière décida de se rendre à son tour à Saint-Denis afin de défendre ses droits devant le gouverneur. Reçu avec beaucoup d’égard par Vauboulon, il se retrouva bientôt en tête à tête avec le secrétaire et complice de ce dernier, le sieur de Chauvigny, qui lui offrit de l’eau-de-vie tout en lui demandant benoîtement de lui fournir l’acte de propriété de son habitation du Bernica et de son terrain de la Montagne. L’ayant parcouru, il l’estima illégal car il avait été conclu sans la mention explicite des droits de la Compagnie. Il exigea donc le paiement des douze écus d’argent qui correspondaient selon lui au prix des terrains sous peine d’engager une procédure d’expropriation. François eut beau insister qu’il n’était qu’un pauvre homme sans aucun bien ou presque, Chauvigny réussit à lui extorquer finalement une promesse de dette de vingt-deux écus, soit soixante-six livres tournois. Non sans l’avoir menacé de lui faire subir le sort de François Ricquebourg (qui venait d’être arrêté et mis aux fers), il le força également à signer un nouveau contrat par lequel il s’engageait à payer à la Compagnie un cens annuel de « vingt-six livres de blé, douze volailles et six livres d’aloès », une somme énorme puisque cela revenait à confisquer une grande partie de la production de la ferme. Quelques jours plus tard, Jean Bidon vint à Saint-Paul pour se faire donner l’argent qui avait été promis. Lorsque François Rivière lui demanda un reçu, Bidon lui répondit sèchement qu’il n’avait pas le droit d’en délivrer à quiconque.

    Il ne fut d’ailleurs pas le seul à être soumis à un tel arbitraire, car tous les colons de l’île ou presque subirent le même sort. En tout, on estime en effet que sur les cinquante concessions foncières qu’il délivra aux trente-sept colons1 qu’il fit convoquer, Vauboulon réussit à prélever au passage près de 2 408 livres ! Mais, en plus d’être un redoutable percepteur, Vauboulon était aussi mauvais payeur. François Rivière racontera plus tard comment il avait dû lui fournir un jour vingt-neuf pains de deux livres et trente pains de riz blanc sans jamais avoir été rétribué en retour. Vauboulon prit également une pièce de satin à Jean-Pierre Sekeling, deux matelas à Jean Brun, un meuble à Carré de Talhouët et quatre aunes de damas blanc à J. Dailleau. Le 9 janvier 1690, après avoir déclaré la levée d’une dîme au profit de la paroisse afin d’assister le clergé, il ne reversa finalement que vingt-huit volailles au père Hyacinthe, alors qu’il avait bien évidemment réussi à récupérer beaucoup plus que cela à l’occasion de la collecte.

    Le 24 juin 1690, les colons profitèrent de l’arrivée à Bourbon du navire Les Jeux pour aller se plaindre de leur gouverneur auprès des représentants officiels de la Compagnie. Comprenant la gravité de la situation, le capitaine de La Houssaye choisit de rester dans l’île pendant plus de deux mois, jusqu’à ce que les choses s’apaisent. Et effectivement, durant l’été 1690, la situation sembla se normaliser quelque peu. Avant de quitter finalement l’île en septembre 1690, La Houssaye décida d’emmener avec lui un groupe d’une trentaine de personnes, dont il pensait à juste titre qu’elles faisaient partie des plus fortes têtes. Parmi elles, le sieur de Chauvigny et le père Camenhen. Mais, à peine son tuteur fut-il reparti, que l’acariâtre gouverneur reprit ses mauvaises habitudes. Le 14 octobre 1690, il fit mettre au pilori le colon d’origine allemande Henry Brockus, qu’il estimait coupable d’avoir approvisionner des esclaves marrons. Le 22 octobre, il signa une ordonnance qui lui permettait de faire l’inventaire de tous les biens contenus dans les maisons des habitants, ce qui porta la colère de ces derniers à son comble.

    Les choses s’accélèrent brutalement lorsque Michel Firelin, le procureur et garde-magasin de la Compagnie, fut victime de l’une des terribles colères du gouverneur. Le 17 octobre 1690, à propos d’une banale histoire d’entrepôt mal rangé, Vauboulon n’hésita pas à le frapper au visage avec le pommeau de sa canne, tout en l’insultant de tous les noms d’oiseaux. Hors de lui, Firelin partit à Sainte-Suzanne pour obtenir le soutien de son beau-père, le puissant colon Antoine Royer. Un complot fut alors ourdi dont Vauboulon eut rapidement vent. Le 22 octobre, il lança une enquête contre Michel Firelin et, un mois plus tard, il fit arrêter son ami Arzul Guichard. Craignant pour leur vie, les comploteurs décidèrent de passer à l’action. Le 26 novembre 1690, en pleine messe dominicale, Vauboulon fut donc appréhendé manu militari dans l’église de Saint-Denis par Michel Firelin, le père Hyacinthe et quelques autres colons téméraires, dont Julien Robert, Jacques Barrière et Robert Duhal. Les adjoints de Vauboulon, ses deux valets Simon-Louis de La Citerne et Paul Désiré, ainsi que son greffier, Jean Bidon, furent également appréhendés. Tandis que Vauboulon et La Citerne étaient enfermés dans les cachots du fort de Saint-Denis, Paul Désiré et Jean Bidon furent placés en résidence surveillée à Saint-Paul. Les magasins de la Compagnie furent pillés et toutes les réserves monétaires dérobées. Les auteurs du putsch, Michel Firelin et le père Hyacinthe, avaient désormais le destin de l’île entre leurs mains.

    Ils risquaient gros car, sur le plan légal, le simple fait d’attenter à la sécurité d’un gouverneur du roi revenait à toucher au corps du roi lui-même. C’était donc un crime de lèse-majesté passible de la peine de mort ! Sans doute étonnés de leur propre audace, les insurgés mirent quelques mois avant de se décider à passer à l’étape suivante. Finalement, le 4 mars 1691, un groupe de trente-huit colons destitua officiellement Vauboulon et éleva Michel Firelin au poste de gouverneur. Tous apposèrent alors leur signature au bas d’un document préparé par le père Hyacinthe et où l’on voit distinctement la marque de François Rivière.

    A l’initiative de Firelin et de Hyacinthe, La Citerne fut passé par les armes le 6 mai 1692 pour prix de ses anciens méfaits. Par prudence là encore, les architectes du coup d’État prirent cependant soin de faire signer cette condamnation par un groupe de colons et l’on retrouve à nouveau la marque de François Rivière en bas de ce précieux document. Celui-ci obtint au passage qu’on lui restituât la somme qu’il avait été contraint de débourser deux ans plus tôt pour l’acquisition de ses terres de Saint-Paul. C’est dans ce climat que, le 18 août 1692, on apprit que l’ex-gouverneur Vauboulon avait été retrouvé mort dans sa prison. On ne saura probablement jamais avec certitude s’il est décédé faute de soin, ou s’il a été achevé volontairement par ses geôliers.

   Michel Firelin et le père Hyacinthe ne parvinrent pas pour autant à imposer leur autorité aux colons. Ils furent même contraints d’ouvrir les magasins de la Compagnie, où chacun vint alors se servir en fonction de ce qu’il estimait lui avoir été dérobé par Vauboulon et ses séides. On se mit également à accueillir ouvertement tous les forbans de passage afin de pouvoir commercer avec eux. Comme on craignait des attaques venues de la mer, on décida aussi d’organiser des tours de garde réguliers à partir du 8 juillet 1692. Deux par deux, les colons de Saint-Paul durent donc monter jusqu’au lieu-dit des Trois-Bassins afin d’y effectuer un service d’observation à raison d’une journée tous les dix-sept jours. On sait que François Rivière participa à ces tours de garde aux côtés de Gilles Launay.

    Michel Firelin eut l’audace de vouloir faire respecter son autorité mais, le 29 avril 1694, après avoir appris qu’il avait été officiellement destitué par les colons, il décida de s’enfuir dans les montagnes comme un vulgaire « marron »2. Pour pallier cette vacance du pouvoir, un « directoire » fut alors institué sous l’autorité des six principaux colons de Saint-Paul : Athanase Touchard, René Hoarau, François Mussard, Antoine Payet, Lézin Rouillard et Louis Caron. Ils firent de leur mieux pour ramener un peu de sérénité et y parvinrent effectivement3. Ils se réunissaient régulièrement près d’une grosse pierre située au pied des falaises afin de décider des grandes orientations ou pour trancher les différents litiges qui surgissaient entre les colons. Ils nommèrent Jacques Lauret et Jacques Maillot pour les représenter dans le nord de l’île.

    En novembre 1695, l’île accueillit un hôte plutôt encombrant en la personne du fameux pirate anglais Henry Avery qui, en septembre 1694, avait capturé dans le golfe d’Oman deux vaisseaux appartenant au Grand Moghol, le Gandj-i-saway et le Fateh Muhammad, alors en partance pour La Mecque. Devenu riche à millions, Avery paya rubis sur l’ongle toutes les marchandises qu’il fit embarquer. Il laissa aussi sur place plusieurs de ses compagnons, dont certains allaient faire souche.

    Mais la Compagnie décida finalement de reprendre les choses en main. Partie de l’île de Groix le 31 mars 1695, une escadre commandée par le comte Guillaume de Serquigny d’Aché (1647-1713) arriva ainsi à Bourbon le 2 juillet 1696. Le commandant commença par faire brûler une frégate que des forbans étaient en train de construire sur l’une des plages de Bourbon. Après enquête, il fit également appréhender les principaux artisans du complot de novembre 1690, à savoir Hyacinthe de Quimper, Robert Duhal, Marc Vidot, Jacques Barrière et Julien Robert. Si François Rivière fit parti des témoins interrogés à l’occasion de ces investigations, il ne fut pas inquiété outre mesure, ce qui démontre qu’il ne fut pas considéré comme l’un des auteurs directs du putsch du 26 novembre 1690.

VIII. Les dernières années

    Avant de repartir avec ses prisonniers, Serquigny laissa sur place un nouveau commandant, l’officier Joseph Bastide. Âgé de quarante-cinq ans et très expérimenté, celui-ci s’avéra un homme ferme mais bienveillant. Il vérifia et valida soigneusement les titres de propriété et nomma pour la première fois des « capitaines de quartier » à Saint-Paul et à Sainte-Suzanne, afin qu’ils agissent comme ses représentants officiels. Il mit également sur pied une milice armée formée de colons volontaires qu’il chargea de défendre les côtes et d’assurer la sécurité dans les bourgs. Deux corps de troupes furent ainsi créés, l’un pour Saint-Denis et Sainte-Suzanne et l’autre pour Saint-Paul. Celui de Saint-Paul était commandé par Henri Grimaud (capitaine), Antoine Bruslat (enseigne) et Isaac Beda (sergent). Chaque dimanche après la messe, les honnêtes pères de famille bourbonnais s’exerçaient sous la conduite de ces chefs au maniement des armes. Au vu de sa longue expérience militaire, on peut estimer que François Rivière compta sûrement parmi les plus adroits. Les heureuses initiatives de Bastide eurent tôt fait de rendre à l’île sa vie paisible d’autrefois. Une chose cependant n’avait pas changé, les passages de flibustiers étaient toujours aussi fréquents que par le passé.

   A chaque fois qu’un bateau pirate se présentait dans les rades de Saint-Paul ou de Saint-Denis, le même ballet se répétait. Le porte-parole des pirates venait d’abord négocier personnellement le droit pour les hommes de sa « compagnie » de venir se ravitailler sur l’île, en précisant bien sûr qu’ils paieraient tous les « rafraîchissements » qu’ils prendraient. Le représentant du gouverneur protestait alors vivement en arguant qu’il était hors de question pour les autorités de recevoir ainsi des hors-la-loi. Il déclarait haut et fort que tous les habitants de l’île étaient prêts à se défendre. Le chef forban répondait qu’il reviendrait en force et que ses hommes useraient de violence pour s’emparer de tout ce dont ils avaient besoin. Soudainement, au milieu de ces palabres, une délégation de colons venait supplier ces messieurs de la Compagnie de ne pas engager un combat avec les forbans, car ils avaient des femmes et des enfants à nourrir et n’étaient pas capables de s’opposer à eux par les armes. Le gouverneur, devenu soudainement très charitable, acceptait donc de s’incliner devant ces supplications, mais à la seule condition que les hôtes plient bagage au plus vite.

    Certains de ces forbans, malades, trop vieux ou bien simplement lassés de mener une existence si périlleuse, décidaient parfois de s’installer à demeure et de devenir d’honnêtes colons bourbonnais et de loyaux sujets du roi de France4. La plupart s’intégraient rapidement et prenaient femme dans le pays. Et c’est ainsi que le 2 mai 1696, la fille aînée de François, Françoise Rivière, alors âgée de quinze ans, épousa un forban d’origine flamande, un certain Jan Van Esche5. On se mariait alors généralement sans dot et les noces de Françoise ne coûtèrent donc pas beaucoup à ses parents.

    Le 15 septembre 1700, alors qu’il avait récemment perdu lors d’un voyage en barque vers Saint-Denis les actes de propriété que lui avait jadis décernés Vauboulon, François Rivière obtint du gouverneur, Antoine de La Cour de Saulaie, un nouveau document qui garantissait officiellement ses droits ainsi que ceux de ses enfants.

   On ne sait pas si François Rivière était d’un naturel expansif, ni s’il aimait à faire devant ses proches le récit de ses aventures, s’il leur parlait de sa vie en France, à Fort-Dauphin ou de son séjour aux Indes. Toujours est-il qu’il n’eut pas réellement le temps de voir grandir sa nombreuse descendance puisqu’il mourut à l’âge de cinquante-quatre ans.

   Il n’existe aucun moyen de connaître la cause exacte de son décès, fut-il le résultat d’un accident domestique ou bien d’une longue maladie ? On peut formuler une hypothèse plausible, à savoir qu’il avait contracté le paludisme à Fort-Dauphin et qu’une rechute aurait fini par l’emporter. Si tel fut bien le cas, alors sans doute eut-il le temps de recevoir la visite du curé de Saint-Paul qui, à cette époque, était un certain Jean Auffray. La grande hantise des chrétiens de ce temps était en effet de trépasser sans avoir reçu de l’Église les derniers sacrements de pénitence (confession), d’eucharistie (viatique) et d’extrême-onction (imposition des mains sur le front puis application d’huile sur la poitrine, le sommet du crâne, les mains et les pieds). Que son âme ait été apaisée ou tourmentée, toujours est-il que François Rivière ferma les yeux pour la dernière fois, entouré de ses amis et de tous ses proches. Concluant une vie faite de labeur et ponctuée de drames, il décéda à Saint-Paul, le samedi 14 janvier 17026.

   Une fois préparé par les soins de ses proches, son corps fut veillé par son entourage, qui reçut sans doute les condoléances de nombreux visiteurs. Dès le lendemain, il fut placé dans un cercueil de bois et transporté dans l’enceinte de l’église de Saint-Paul, où l’on célébra une courte messe de requiem. Il fut alors inhumé, sans doute dans le cimetière situé à proximité immédiate de l’édifice7. A cette époque, l’île comptait plus de 400 colons et près de 300 esclaves de tous sexes et de tous âges, soit deux fois plus que trente ans auparavant. Parmi eux, on en trouvait déjà un certain nombre dont les parents étaient eux-mêmes nés dans l’île, et qui appartenaient donc ainsi à la deuxième génération de créoles bourbonnais. On peut raisonnablement penser qu’une grande partie, si ce n’est tous les colons saint-paulois, vinrent dire un dernier hommage à « Champagne ».

  A sa mort, François Rivière laissa derrière lui une veuve de trente ans et cinq enfants, âgés de dix ans pour l’aînée à seulement six mois pour la plus jeune. Arguant de la jeunesse de sa progéniture, Thérèse Rivière obtint que les biens de son mari ne soient pas immédiatement divisés. Ce partage successoral eut finalement lieu le 20 février 1709, mais Anne Rivière étant alors la seule héritière déjà émancipée, presque tous les biens paternels restèrent entre les mains de sa veuve. Selon le recensement de 1709, cette dernière possédait quinze moutons et un bœuf, ce qui était assez peu au regard de la majorité des autres colons. Le 27 février 1710, elle obtint du gouverneur Desbordes de Charanville un emplacement sur les Sables afin d’y faire construire une case, car elle se disait « sujette à beaucoup d’incommodité sur les Roches ». Elle eut sans doute du mal à se décider à partir puisque, sur le plan d’Étienne de Champion réalisé en 1719, la case du Bernica porte toujours son nom (n°84) tandis que la maison des Sables est quant à elle habitée par son fils cadet, François.

    Désormais veuve, Thérèse Héros allait se révéler une terrible femme. Sans doute l’influence de son mari était-elle parvenu à contenir ses mauvais penchants pendant quelques années. Une fois François décédé, ces derniers ne connurent apparemment plus de limite.

     Selon le portrait au vitriol qu’en a laissé Antoine Desforges-Boucher, elle sombra dans le marivaudage. D’après ce chroniqueur, dont on sait toutefois à quel point il était porté à la calomnie et à l’exagération, la veuve Héros vendait ses charmes afin de subvenir à ses besoins et ceux de sa nombreuse famille (outre ses enfants, elle avait aussi à sa charge son gendre Romain Royer qui habitait chez elle). Qu’il y ait ou non une part de vérité dans tout cela, toujours est-il que Thérèse eut effectivement trois filles naturelles8. Marianne, l’aînée, eut pour parrain le procureur fiscal Antoine Desforges-Boucher, celui-là même qui rédigea le portrait de sa mère dans son fameux « Mémoire » de 1709. Le fait que Thérèse Héros ait réussit à faire passer la jeune Marianne en France sur le « Saint-Louis » le 7 septembre 1709 indique que son père biologique devait être un homme assez considérable. Or, lorsque l’on sait que, le 2 août 1709, juste avant de quitter l’île sur le même bateau, le chirurgien-major de la Compagnie des Indes Jacques le Prévost laissa à Thérèse Héros les « dix moutons du troupeau qu’il avait chez Guy Dusmenil capitaine du quartier de Saint-Denis », on peut raisonnablement penser qu’il cherchait ainsi à s’acquitter d’une partie des faveurs qui lui avaient été accordées9.

    Thérèse Héros semble avoir été moins amène avec ses serviteurs qu’avec les officiers de la Compagnie. Elle eut ainsi de graves démêlés avec son esclave malgache, le malheureux Pierre Zeq, qu’elle semble avoir poursuivi de sa hargne et qui dès lors n’eut plus qu’une idée, fuir l’habitation des Rivière. Le 16 février 1711, après avoir été rattrapé, il fut présenté une première fois au « conseil colonial » pour crime de marronnage. Au regard de son passé exemplaire, il fut cependant acquitté (ADR C° 2792, f° 40 r°). Mais lorsque, l’année suivante, il fut présenté une seconde fois pour le même fait, la justice se montra cette fois-ci beaucoup moins clémente. Le 18 avril 1712, elle le condamna ainsi à subir 150 coups de fouet, à avoir une fleur de lys marquée au fer rouge sur la joue et à porter un anneau de sept kilos à l’un de ses pieds pendant trois ans (ADR C°2792, f° 66 r° et v°). Mais, à peine fut-il été libéré de son horrible carcan, que Pierre Zeq se retrouva compromis dans une nouvelle affaire, une histoire de vol cette fois-ci. Présenté pour la troisième fois devant le Conseil supérieur, le 19 juillet 1715, avec plusieurs autres esclaves10, Pierre Zeq eut alors les deux oreilles coupés tandis qu’on lui administra au fer rouge deux « fleurs de lys » sur les épaules. Sans doute pour mieux le contrôler, Thérèse Héros autorisa le mariage de l’infortuné Pierre Zeq avec ses autres servantes, d’abord avec Jeanne (ADR GG 13 Saint-Paul n°146, 29 octobre 1716) puis en seconde noce avec une dénommée Christine (ADR GG 13 Saint-Paul n°195). Aucun enfant ne semble être né de ces deux unions serviles.

    La terrible veuve dut aussi batailler fermement pour conserver ses terres face aux tentatives des autres colons pour agrandir les leurs. En septembre 1716, elle fut déboutée de la plainte qu’elle avait déposée contre François Ricquebourg, qu’elle accusait de s’être emparé indûment d’un terrain jadis cultivé par feu son mari (ADR. C° 2794).

    Grâce à ses riches amants, à son travail de lingère, au labeur acharné de ses deux fils, Henry et François, et à celui de ses filles, qu’elle faisait filer du coton, Thérèse gagna finalement assez d’argent pour pouvoir vivre plus confortablement. A partir de 1719, suite au boom du café, elle s’enrichit même assez considérablement. Elle put alors acheter une dizaine d’autres esclaves afin d’entreprendre le défrichement de nouvelles terres à la Montagne. En fin de compte, devenue âgée, elle finit par vendre la maison de la ravine du Bernica pour s’en aller habiter aux « Sables » chez son fils11. Thérèse Héros, veuve Rivière, mourut à St-Paul, le 28 mai 1729, victime de la terrible épidémie de variole qui ravagea l’île cette année-là. Compte tenu du chaos qui régnait alors dans l’île, son inventaire après décès ne put être dressé par le procureur fiscal de la compagnie que le 10 novembre suivant (ADR 3/E/2).

IX. D’innombrables descendants

    Les deux derniers fils Rivière, Henry et François, récupérèrent donc les biens de leur mère. « Sages et laborieux » aux dires de Desforges-Boucher, ils assumèrent avec courage l’héritage de leur père. L’aîné, Henry (1696-1769), fut semble-t-il un personnage assez rude qui eut souvent maille à partir avec ses esclaves et qui mena plusieurs fois la chasse aux marrons, en en abattant même plusieurs personnellement. Il épousera successivement sa belle-sœur, Jeanne Mussard, en 1719 (dont il aura trois fils et deux filles) puis en 1733 Geneviève Emery, veuve Tourtelle, avec laquelle il n’aura pas de descendance.

   Le cadet, François « fils » (1699-1772), semble avoir été plus doux que son frère. Lettré, il occupera des postes assez importants au sein de la petite administration bourbonnaise. Il sera ainsi capitaine de milice bourgeoise durant près de quarante ans et obtiendra même sur ses vieux jours la croix de chevalier de l’ordre de Saint-Louis. En 1716, il épousa d’abord Thérèse Mussard, qui fut la mère de six de ses garçons et d’une fille. Devenu veuf, il se remaria en 1730 avec Marie Grondin qui lui donna un septième fils. Henry et François (II) furent parmi les premiers colons à s’installer dans le sud de l’île Bourbon dans les années 1720-173012. Ils sont les ancêtres de 95 % des Rivière de l’île de la Réunion13.

    Mais le sang de leur père se retrouve aussi dans celui de bien d’autres familles créoles. Les registres paroissiaux de l’île permettent de calculer que, sur les sept enfants Rivière, cinq d’entre eurent une descendance. Or celle-ci fut souvent pléthorique. François eut ainsi 33 petits-enfants et au moins 179 arrière petits-enfants !14

    Anne Rivière était devenue l’aînée des filles Rivière suite au décès prématuré de sa demi-sœur Françoise. C’était une belle femme, au teint clair, très intelligente et dotée de très bonnes manières. Elle épousa le 13 janvier 1705 Romain Royer (1685-1762) auquel elle donna quatre fils et deux filles. Partie s’installer à Saint-Benoît dans le nord-est de l’île, elle y mourut le 12 mars 1754.

    Radegonde Rivière épousa quant à elle le 16 septembre 1710 Louis Cadet (1690-1771), dont elle eut quatre fils et cinq filles. Elle mourut à Saint-Louis le 17 octobre 1771.

   Enfin, Catherine Rivière, la benjamine, malheureusement boiteuse, épousa le 20 septembre 1721 Pierre Gonneau (1699-1729), auquel elle donna une fille et trois fils, dont François Gonneau (1726-1768), qui allait devenir le premier créole bourbonnais à recevoir la prêtrise en 175115. Elle mourut à Saint-Gilles-les-Hauts, paroisse de Saint-Paul, le 12 août 1771.

    Parmi les descendants les plus illustres de François Rivière par les femmes, on compte ainsi les industriels du sucre Gabriel de Kerveguen et Léonus Benard, les hommes politiques Auguste Legros et Raymond Barre, l’aviateur Roland Garros ou encore l’évêque Gilbert Aubry.

Notes : 

1 Sur ce total, quatorze actes figurent encore aujourd’hui dans les archives de la Réunion. Les colons les plus riches et donc les lourdement taxés par le sieur de Vauboulon furent Gilles Launay (240 livres), Pierre Hibon (180 livres) et François Ricquebourg (150 livres).

2 Il s’embarquera plus tard pour les Indes grâce à un navire de passage. Finalement arrêté en 1696, il sera ramené en France pour être jugé à Rennes avec les autres responsables du putsch de 1690. Reconnu coupable, il finira pendu.

3 Au même moment, la France traversait l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Deux récoltes particulièrement catastrophiques, en 1692 et 1693, provoquèrent en effet une épouvantable famine, encore aggravée par les drames de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697). De 1692 à 1694, ce sont environ trois millions de sujets français qui allaient périr de malnutrition, soit près de 10% de la population totale. On verra même se produire des actes de cannibalisme. Aussi délaissés qu’aient pu être les colons bourbonnais du 17e siècle, leur existence sans guerre, sans famine, sans épidémie, sans hiver rigoureux et presque sans impôts, aura été à bien des égards mille fois meilleure que celle de leurs compatriotes métropolitains.

4 On a recensé plusieurs dizaines de passages de flibustiers, dont plusieurs ont donné lieu à l’installation de nouveaux habitants ; en janvier 1687 (six installations, dont celles des frères Sekeling), novembre 1695 (une quinzaine), février 1701 (une dizaine), avril 1704 (une dizaine) et avril 1706 (une dizaine).

5 Plus connu sous son nom français de Jean Venisquin (ou Vanesquin ou Nanesque), Jan Van Esche était né à Bruges vers 1664/1665. Fils de Jan Van Esche et de Jacquemine Lanique, il s’était retrouvé dans la flotte du célèbre pirate anglais Henry Avery. Débarqué à Bourbon en novembre 1695 avec plusieurs dizaines de compagnons, il reçut l’autorisation de rester sur l’île en tant que menuisier. C’était un jeune homme sage et fort dévot qui vivait chez les gens qui lui donnaient du travail. Élevé dans une famille catholique, il n’eut pas besoin d’abjurer sa foi pour rester à Bourbon. Son épouse, Françoise Rivière, devait mourir précocement sans laisser de descendance. On n’a pas retrouvé son acte de décès mais il est probable qu’elle était déjà décédée en 1704 puisque, contrairement à ses frères et sœurs mais aussi à son mari, elle n’apparaît pas dans le recensement des habitants de l’île qui fut effectué cette année-là. S’il possédait quelques têtes de bœufs, Jean Venisquin ne cultivait aucune terre. Il repartit sans doute vers l’Europe en décembre 1712.

6 ADR GG 15, Saint-Paul, n°24.

7 De 1665 à 1729, les premiers Saint-Paulois furent sans doute enterrés comme cela se faisait alors, c’est-à-dire aux abords de l’église, dans l’enclos paroissial. On peut donc penser que François Rivière, mort en 1702, fut enterré au voisinage de ce bâtiment, même si en l’absence de documents cela ne reste qu’une simple hypothèse. En 1729, suite aux ravages de l’épidémie de variole, un nouveau cimetière fut créé au bord de la mer. Étant devenu à son tour trop exiguë, il fut remplacé par le célèbre « cimetière » marin de Saint-Paul dans les années 1780 et son emplacement ne fut redécouvert qu’après une tempête en 2007.

8 A savoir : Marianne (Saint-Paul, 7 mai 1705 – ?), Marguerite (St-Paul, 3 mai 1707 – St-Louis, 30 avril 1787), qui aura neuf enfants avec François Nativel et enfin Henriette (Saint-Paul, 24 mai 1710 – 1794) qui en eut douze avec Pierre Nativel. Thérèse Héros mérite ainsi vraiment son titre de « grand-mère » des Réunionnais.

9 Sur les conseils de sa comparse, Marie-Anne Fontaine, l’épouse de Jacques Lauret, il semble que Thérèse Héros n’ait pas hésité à monnayer aussi la vertu de ses deux filles aînées, Anne et surtout Radegonde, qui passait alors pour la plus belle femme de l’île et qu’elle « réserva » donc aux plus riches officiers de passage. Le capitaine du « Saint-Louis » Henry Bouynot fit d’ailleurs une donation en argent à Radegonde Rivière et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’à travers elle il payait le commerce charnel qu’il avait eu avec la jeune femme. De même, le directeur de la Compagnie, monsieur Habert en personne, lui fit don d’une concession à La Chaloupe à l’occasion de son passage dans l’île.

10 Il s’agissait de Monique et Jeanne, qui appartenaient comme lui à Thérèse Héros, d’Antoine, l’un des esclaves de Madeleine Bellon et enfin de Jacques le Grand et Jacques le Petit, qui appartenaient tous les deux à Robert Net. Jeanne et Monique reçurent chacune cinquante coups d’un fouet en nerf de bœuf ainsi qu’une fleur de lys sur l’épaule.

11 Leurs noms ont été conservés : Maudian-Paul, Chiquitte, Vincent, Jacques, Paul, Suzanne, Monique [1646-1726], Voule, Christine et Cal.

12 Jusque dans les premières années du 18ème siècle, personne n’avait le droit de s’aventurer au sud de l’île Bourbon, si ce n’est pour y chasser. Les Noirs appelaient d’ailleurs cette région sauvage Mahavelona, « le pays des vivres ». Ce n’est qu’en 1718, à l’initiative du gouverneur Desforges-Boucher, que furent délivrées les premières concessions. Au cours des années suivantes, d’autres terres furent accordées aux familles Cadet, Nativel, Fontaine, Payet, Hoarau, Grondin, etc. Celle des frères Rivière s’étendait entre la Ravine du Trou et la ravine des Avirons. Dès 1722, ces premiers colons méridionaux réclamèrent un curé ainsi qu’une église. La veuve d’Antoine Cadet obtint alors des autorités la permission de faire construire une église et d’y loger un curé, le père Olivier Carré. Le 15 avril 1728, le gouverneur Pierre-Benoît Dumas remit à l’abbé Carré un registre des baptêmes, mariages et décès. Une paroisse fut ainsi officiellement créée à laquelle on donna le nom de Saint-Louis. Le 7 janvier 1732, les habitants de la rivière d’Abord obtinrent à leur tour de se regrouper autour d’une nouvelle paroisse placée sous le vocable de Saint-Pierre. Le 8 septembre 1736, la Compagnie décida de regrouper les deux paroisses à l’intérieur d’un nouveau quartier qui fut officiellement détaché de celui de Saint-Paul. L’officier Gabriel Dejean fut choisi pour en devenir le premier commandant. En plus d’un commis pour les écritures et de six serviteurs, il était assisté de plusieurs capitaines, dont François Rivière « fils ».

13 Entre 1901 et l’an 2000, 12 491 petits Réunionnais reçurent le nom de Rivière, ce qui en fait le 8ème patronyme le plus porté sur l’île.

14 La dernière des arrière-petits-enfants de François s’appelait Marie Françoise Emilienne Maunier, elle mourut à Saint-Paul en 1853, à l’âge de 90 ans.

15 Catherine Rivière fut éduquée par le curé de Saint-Paul, Jean-René Abot (1715-1730), qui lui inculqua une profonde piété chrétienne.

Bibliographie :

. Barassin, Jean (1911-2001) : Naissance d’une chrétienté, Bourbon des origines jusqu’en 1714, Cazal, Saint-Denis, 1953.

. Barassin, Jean (1911-2001) : Histoire des établissements religieux de Bourbon au temps de la Compagnie des Indes (1664-1767), F.R.D.O.I., Saint-Denis, 1983.

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. Bénard, Jules (1948) & Monge, Bernard : L’épopée des cinq cents premiers Réunionnais, Dictionnaire du peuplement (1663-1703), Azalées Editions, Saint-Denis, 1994.

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. Eve, Prosper (1953) : La société bourbonnaise au 18e siècle, CRESOI.

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Vol. 2, L’aventure du sucre ou la volonté d’émergence (1730-1915), L’Harmattan, Paris, 2005.

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. Hoefflinger, Maurice : « Extraordinaire histoire d’une grande famille de la Réunion, les Rivière », bulletin du Cercle Généalogique de Bourbon n°09, octobre 1985.

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. Thieffry, Marc : La Mission Lazariste à Madagascar de 1648 à 1674, disponible en signe sur le site famvin.org.

. Vaxelaire, Daniel (1948) : Le Mémorial de la Réunion, 7 vol., J.-A, 1979-1981.

Crédit photographique : forêt de Bélouve (B.navez [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)%5D)

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