Le professeur Roubaud (1877-1951), Louis-le-Grand et l’élite française (I)

   Au milieu de cette galerie d’hommes de guerre ou de pouvoir, nous avons souhaité ouvrir une parenthèse en consacrant quelques pages à la vie d’un modeste enseignant, Alphonse Roubaud (1877-1951). Pourquoi lui et pas un autre ? Il est vrai qu’Alphonse Roubaud n’a pas été universitaire et n’a donc jamais détenu de chaire en Sorbonne ou de siège à l’Institut. Il n’a pas non plus animé de prestigieux séminaires, ni dirigé de revue, ni prononcé des conférences devant de larges auditoires. Et pourtant, bien qu’il n’ait jamais enseigné que dans le secondaire, il n’en demeure pas moins que son influence sur l’évolution du paysage intellectuel français fut profonde et sans doute déterminante. En effet, en tant professeur d’histoire aux classes préparatoires du lycée Louis-le-Grand entre 1919 et 1938, Alphonse Roubaud a contribué à former la culture historique d’un nombre extraordinaire de grands personnages qui s’illustreront par la suite dans la littérature, la recherche ou la politique. A la suite des belles lignes que lui avait consacré Jean-François Sirinelli dans son ouvrage, Khâgneux et Normaliens pendant l’Entre-deux guerres, il nous aura paru utile de revenir un peu plus sur le parcours de cet homme discret et consciencieux, ce qui sera aussi pour nous l’occasion d’exposer la façon dont était enseignée l’histoire au temps de la IIIe République triomphante.

1. Un milieu bourgeois

François Alphonse Roubaud a vu le jour le 2 février 1877 à Toulon (acte n°172), dans le département du Var. Il est l’un des cinq enfants d’Ernest Eugène Roubaud (1837-1920) et de Léontine Marie Louise Thanaron (1845-1918). La lignée des Roubaud est originaire de Gap, dans les Hautes-Alpes. Elle a compté en son sein plusieurs notables et un certain nombre de militaires. Implantés de longue date dans le village du Val, près de Brignolles, les Thanaron sont pour leur part de vielle souche varoise. C’est au Val qu’Ernest et Léontine se sont mariés le 10 février 1867 (acte n°4).

Fils d’un capitaine du génie, Ernest Roubaud avait rejoint la Marine où il fera une très belle carrière. Lorsque naît Alphonse, il exerce en tant que commissaire général du port de Toulon. Lui et son épouse auront au moins quatre autres enfants : Marthe (1869-1913), Marie (1870-1922), Léon ( ?- ?) et Pierre-Henri (1880-1910 ?). Après avoir longtemps résidé au n°68 du boulevard de Strasbourg, tout près de l’arsenal de Toulon, la famille Roubaud devra finalement quitter la Provence en 1881 pour s’installer dans la capitale. Muté au siège du ministère de la Marine, Ernest Roubaud va y exercer successivement les fonctions de secrétaire du conseil de l’amirauté, de directeur de l’établissement des invalides de La Marine (1881) et enfin de directeur des services administratifs de la Marine avant de faire finalement valoir ses droits à la retraite en septembre 1886.

Alphonse a donc grandi dans l’appartement familial situé au n°78 de la rue d’Assas, dans le 6ème arrondissement de Paris, juste en face du jardin du Luxembourg. Faute d’avoir pu consulter des archives privées, nous en sommes réduits à faire des conjectures pour établir la façon dont il a pu passer ses premières années. Le Paris qu’il a connu, c’est le Paris de la révolution industrielle et de l’inauguration de la tour Eiffel (1889). C’est le Paris bourgeois, le Paris du baron Haussmann si bien illustré par Jean Béraud. Celui des petits enfants habillés en costumes de marins qui, sous la férule attentive de leurs gouvernantes, poussent leurs bateaux de bois sur l’onde des grands bassins du Luxembourg. C’est celui des hommes en chapeau haut-de-forme et des femmes en robes à corsages baleinés. Comme les autres petits garçons de son âge, Alphonse a peut-être rêvé en lisant les œuvres de Jules Verne ou de Pierre Loti ? Ses parents retournaient-ils parfois vers cette Provence qui avait vu naître les débuts de leur idylle et qui était si proche de celle que décrira plus tard Marcel Pagnol ? Là encore nous l’ignorons hélas.

Toujours est-il qu’Alphonse va effectuer sa première rentrée scolaire aux alentours de 1883-1884, en intégrant la classe de 11ème d’un lycée qui devait sans doute être situé à proximité de sa résidence1. Si l’école était devenue obligatoire suite aux fameuses lois votées en 1881 et 1882, il n’en demeure pas moins que cette évolution n’avait pas mis un terme à l’existence de deux ordres scolaires bien différenciés. On trouvait ainsi l’ordre primaire, sorte d’école du peuple, qui prenait les enfants à partir de 6 ans et les emmenait jusqu’au certificat d’études, qu’ils passaient vers 12 ou 13 ans. Une partie de ces élèves poursuivait ensuite sa scolarité pendant encore trois ans au sein d’écoles primaires supérieures (EPS) où on enseignait généralement des matières techniques. Les instituteurs de l’ordre primaire avaient tous été formés au sein des écoles normales, c’étaient les fameux « hussards noirs de la République », tout prêts à arracher leurs élèves à ce qu’ils estimaient être « les sombres desseins du cléricalisme ».

Mais, en parallèle, il existait aussi un autre ordre, dit du secondaire, qui commençait lui aussi à 6 ans mais qui était censé emmener ses élèves jusqu’au baccalauréat. On y suivait d’abord les classes élémentaires (ou « petit lycée », de la 11ème à la 7ème), puis les classes de grammaire (de la 6ème à la 4ème) et enfin les classes d’humanité (de la 3ème aux classes de rhétorique et de philosophie), au cours desquelles on préparait les deux parties d’un baccalauréat qui pouvait être littéraire ou scientifique. Les établissements du secondaire étaient payants et donc réservés à une certaine élite économique. Les professeurs y étaient tous licenciés ou agrégés de l’université.

Fidèles à la tradition familiale, les fils d’Ernest Roubaud vont se révéler d’excellents élèves. Contrairement à leur père, aucun ne choisira cependant la carrière des armes. Tandis que Léon et Pierre-Henri vont opter pour la médecine (ils finiront docteurs), Alphonse de son côté va montrer une forte inclination pour les lettres et plus particulièrement pour l’histoire. D’où celle-ci lui est-elle venue ? On le ne sait pas. Peut-être faut-il y voir un lien avec le fait que l’appartement parisien des Roubaud était mitoyen de celui dans lequel avait jadis vécu Jules Michelet, le plus célèbre historien français de l’époque ? Toujours est-il qu’après avoir obtenu son baccalauréat en 1895, Alphonse Roubaud va partir rejoindre la faculté des Lettres de Paris, autrement dit La Sorbonne.

2. La révolution universitaire

Le monde universitaire dans lequel il fait son entrée est alors en véritable révolution. Choquée par l’ampleur de la défaite subie par la France, une nouvelle génération de pédagogues, d’hommes politiques et d’universitaires s’est en effet attelée à une tâche titanesque : refonder l’enseignement français, dont les graves lacunes ont été, estiment-ils, l’une des causes de la tragédie.

Leur constat est sévère. Ils voient tout d’abord que les universités françaises sont pauvres et trop peu nombreuses. Ensuite, tous les élèves n’y sont considérés que comme des auditeurs libres. Ils viennent donc assister à des cours magistraux qui leur sont donnés par des enseignants avec lesquels ils n’entretiennent aucun véritable lien. Ces derniers professent un académisme souvent dépassé et manquant terriblement d’esprit critique. La rhétorique et l’érudition occupent une place disproportionnée dans leur enseignement, au détriment de la méthode et de la pratique. Aussi brillants qu’ils fussent, les grands historiens romantiques (Prosper de Barante, Augustin Thierry, Jules Michelet) ont d’ailleurs tous été des autodidactes, des hommes seuls qui n’ont eu ni maîtres ni véritables disciples, alors qu’il est urgent que les universitaires s’érigent en un véritable corps de spécialistes, capable de produire de véritables filiations intellectuelles.

Le premier à avoir pointé ce retard français fut Victor Duruy (1811-1894). Ministre de l’Instruction publique sous Napoléon III, il chercha à y remédier par toute une série de réformes et notamment pas la fondation d’un établissement de recherche d’un nouveau type, l’École pratique des hautes études (EPHE). Mais c’est surtout son élève, l’historien Ernest Lavisse (1842-1922), qui devait attacher son nom à cette grande époque réformatrice. Agrégé de lettres (1865), professeur en Sorbonne (1880), directeur de la Revue de Paris (1894), membre de l’Académie française (1892) et pour finir directeur de l’École normale supérieure (1904-1919), Ernest Lavisse va dominer de sa figure toute la période qui s’étend de 1880 à 1920. Et même s’il fut loin d’avoir été le seul2, il est légitime de porter à son crédit la plupart des initiatives qui furent alors prises dans le domaine scolaire. Pendant près de vingt ans, à coup de lois et de décrets, les réformes allaient ainsi succéder aux réformes.

Le modèle lavissien est avant tout celui de l’Allemagne bismarckienne, qu’il a d’ailleurs personnellement étudié à l’occasion de plusieurs voyages d’études. Ses maîtres mots sont la rigueur, le rationalisme et le patriotisme. En 1883, on commence par instaurer l’inscription académique. Désormais, les cours dits fermés ne seront destinés qu’aux seuls étudiants tandis que des cours libres resteront ouverts au grand public. Par ailleurs, les élèves seront désormais scrupuleusement suivis et notés tout au long de leur année scolaire. On met aussi en place un véritable cursus universitaire, qui comprendra dans l’ordre : la licence, le diplôme d’études supérieures (créé en 1886), l’agrégation et enfin le doctorat d’état (institué en 1903). On établira de véritables programmes et l’on n’évaluera plus seulement des connaissances, mais aussi des capacités pratiques. En histoire, il s’agira notamment de permettre aux étudiants de savoir travailler sur des documents originaux. Une conférence de rentrée, dirigée par le proviseur de l’établissement devant le personnel et les élèves réunis fixera les objectifs à atteindre et les moyens attribués pour y parvenir. Les étudiants pourront s’organiser en syndicats et participer ainsi à la gestion de leur établissement. Pour la première fois, une distinction claire sera faite au sein des études de lettres entre philosophie, littérature, histoire et langues étrangères. Si la bourse sur critères économiques est bien évidemment maintenue, on va aussi instituer une bourse au mérite pour la licence (1877) puis une autre pour l’agrégation (1880). En 1885, les facultés vont recevoir une personnalité juridique et, en 1889, elles bénéficieront pour la première fois de l’autonomie financière. En 1890, afin de limiter les éventuelles ingérences politiques au sein du corps universitaire, le principe de la cooptation est adopté pour ce tout qui concerne la nomination des professeurs et des maîtres de conférences (dont le statut a été créé en 1877). L’approbation ministérielle des programmes universitaires est également abandonnée. Le 10 juillet 1896, la loi Poincaré va obliger les facultés de chaque ressort académique à s’unir pour former de véritables universités. En 1901, lorsqu’au terme de seize années de travaux, la Sorbonne voit enfin l’inauguration de ses nouveaux locaux, à la fois modernes, clairs et spacieux, ce n’est pas seulement un nouveau bâtiment que Lavisse et ses compagnons viennent célébrer, mais la nouvelle naissance de l’Université française.

3. Les ambitions de l’école méthodique

Mais toutes ces évolutions structurelles n’auront pas véritablement d’effet si elles ne s’accompagnent pas d’une réflexion sur la nature de la recherche historique elle-même. Or, cette ambition est justement celle de jeunes historiens qui vont devenir les fondateurs de l’école dite méthodique : Gabriel Monod (1844-1912), Charles Seignobos (1854-1942) et Charles-Victor Langlois (1863-1929).

S’inspirant eux aussi de leurs collègues allemands3, ils ne veulent plus que l’histoire emprunte sa forme et ses méthodes à la littérature ou à la philosophie. Ils ne veulent plus que l’érudition ou le style de l’auteur soit ce qui permette de juger la qualité d’un travail de recherche. Certes, ils sont bien conscients qu’un historien ne pourra jamais être un scientifique au sens propre du terme car il n’a pas pour ambition de faire émerger des lois mais simplement de décrire une situation passée. Ils savent aussi que cet historien ne pourra jamais avoir des faits qu’il évoque qu’une connaissance indirecte puisque ces faits ne peuvent être appréhendés que par le biais des « traces » qu’il ont laissé derrières eux. Mais il n’en demeure pas moins que cette « étude des traces » doit pouvoir se faire selon la méthode qui soit la plus exacte possible.

L’Introduction aux études historiques, rédigée par Langlois et Seignobos et publiée en 1898, va devenir la référence en la matière. On y apprend que l’historien doit avant tout s’appuyer sur une connaissance attentive et la plus exhaustive possible des sources premières, ce que l’on appelle les documents. Ces documents, qui peuvent être matériels ou scripturaires, doivent avant tout pouvoir faire l’objet d’une lecture critique à la fois externe et interne. L’historien rigoureux devra notamment veiller à éviter tout anachronisme et n’utiliser qu’un vocabulaire précis et parfaitement défini. Comme son travail doit pouvoir être examiné et jugé par ses pairs, il devra le doter d’un appareil critique conséquent et toujours citer ses sources sur lesquelles il s’appuie, qu’il s’agisse des archives qu’il a exploitées ou des travaux des confrères auxquels il se réfère. Mais surtout, l’auteur doit comprendre qu’un livre d’histoire n’est pas destiné à alimenter des conversations de salon. Que c’est avant tout un travail de recherche, dans lequel il doit adopter le ton le plus neutre et le plus distancié possible par rapport à son objet d’étude. Ces préconisations seront assez fidèlement respectées dans leurs productions par les grands représentants de l’école méthodique : Gaston Maspéro (Histoire des peuples de l’Orient classique, 1892-1900), Camille Jullian (Histoire de la Gaule, 1907-1928), Alphonse Aulard (Histoire politique de la Révolution française, 1901) et bien sûr Ernest Lavisse, avec sa monumentale Histoire de France (1903-1920), à laquelle collaborèrent notamment Seignobos et Langlois.

Étant donné la classe d’âge qui était la sienne, on peut dire qu’Alphonse Roubaud a été l’un des premiers à avoir pu bénéficier de ce nouveau cadre institutionnel et intellectuel. Il ne fait d’ailleurs aucun doute qu’il aura fréquemment assisté aux cours donnés en Sorbonne pas Lavisse, Seignobos et Langlois. L’enseignement qu’il donnera lui-même plus tard porte en tout cas la marque de leur esprit et de leurs méthodes.

Toujours est-il qu’après avoir obtenu sa licence de lettres (juillet 1898), puis son diplôme d’études supérieures (juin 1900), Alphonse Roubaud va accomplir un voyage d’étude grâce à une bourse accordée par la fondation Rothschild.

Se destinant au professorat, Alphonse Roubaud se lance dès la rentrée 1900 dans la préparation de la fameuse agrégation d’histoire et de géographie. Créée en 1831, supprimée en 1852 puis définitivement rétablie en 1860, l’agrégation d’histoire-géographie (les deux matières ne seront séparées qu’en 1944) représente alors la voie royale pour quiconque désire enseigner dans le secondaire. Les épreuves ont été modifiées à de nombreuses reprises et pour la dernière fois en 1894. Lorsque Roubaud se présente, elles sont réparties en trois séries. La première consiste en quatre compositions écrites portant sur des questions d’histoire ancienne, médiévale, moderne ou contemporaine et de géographie. Ceux qui ont franchi avec succès cette première étape vont ensuite passer un premier examen oral appelé « leçon de lycée » ou « leçon pédagogique ». Après avoir tiré leur sujet, ils auront ensuite 24 heures pour préparer leur intervention. Après leur exposé, ils se verront poser des questions qui devront permettre de vérifier leur aptitude à l’enseignement. Enfin, un second examen oral, appelé « leçon conférence », permettra de valider leurs connaissances historiques proprement dites.

Sur les 72 candidats qui vont se présenter aux épreuves écrites au printemps 1901, seuls 22 seront admis à passer les oraux, Alphonse Roubaud se classant pour sa part à une très estimable 11ème place. Surmontant son stress, il va livrer une très bonne prestation orale. Dans cet intimidant amphithéâtre de La Sorbonne où se déroule l’épreuve finale, il sera longuement questionné par les membres du jury, alors présidé par Ernest Lavisse en personne et par son adjoint, Pierre Foncin. Dans leur rapport, ils reconnaîtront avoir eu devant eux un candidat « plein d’autorité » et aux « manières sympathiques ». Ils vont aussi saluer sa « fermeté de ton, sa facilité, sa rapidité et la correction de sa parole ». Son propos sera qualifié « d’intéressant et d’ingénieux », bien qu’un peu « artificiel par moment ». Mais surtout, ils vont reconnaître en lui un homme qui a manifestement le « sens du professorat ». Le 22 août 1901, Alphonse Roubaud a donc l’honneur de faire partie des 10 candidats admis à l’agrégation d’histoire. Bénéficiant d’un avis très favorable, il aura obtenu le 5ème rang. Nul doute qu’il a ressenti une grande satisfaction à l’annonce de ce résultat.

4. La belle carrière d’un talentueux professeur

Comme le veut la règle, le nouvel agrégé va devoir partir enseigner sa matière au sein d’un établissement du secondaire. Le 24 septembre 1901, Alphonse Roubaud découvre ainsi que son premier poste sera pour le lycée de Brest. Créé en 1848, l’établissement est connu pour la discipline militaire qui y règne (professeurs et élèves y porteront d’ailleurs l’uniforme jusqu’à la Seconde guerre mondiale). Spécialisé dans les matières techniques, il forme en particulier aux concours de Polytechnique, Saint-Cyr et surtout de l’École navale, dont il est considéré comme le passage presque obligé.

Pour la première fois de sa vie, Alphonse Roubaud doit donc quitter la cellule familiale. Il va louer un appartement au n°58 de la rue du Château, tout près de cette rue Traverse où est située l’entrée de son établissement. A Brest, il donne son premier cours le 16 décembre 1901. Parvenant à maîtriser sa timidité naturelle, le jeune et distingué professeur de 24 ans va rapidement réussir à imposer son autorité. Sans doute n’a-t-il encore jamais tenu ni même assisté à une classe, car ce n’est qu’à partir de 1905 que les futurs agrégés seront obligés de suivre des stages pédagogiques, mais qu’importe. La voix claire (bien qu’un peu rêche), le débit mesuré et fluide, il parvient à développer son cours avec une parfaite maîtrise, car non seulement il domine excellemment son sujet mais a aussi l’art d’intéresser ses élèves et de les faire participer habilement au cours.

Il s’intègre donc parfaitement et son talent ne passe d’ailleurs pas inaperçu. Durant toute sa carrière, les proviseurs des établissements qu’il fréquentera ainsi que les inspecteurs qui viendront le noter feront tous les mêmes remarques élogieuses à son propos, vantant tour à tour sa « solidité » et sa « méthode », soulignant qu’il est « très laborieux », « consciencieux » et « très dévoué » et que son cours est à la fois « clair » et « pénétrant ». Tous ne vont pas manquer de lui promettre un brillant avenir.

A Brest, Alphonse Roubaud a hérité de cinq classes, ce qui représente un total de 160 élèves, auxquels il doit donner 17 heures de cours par semaine. Il se familiarise aussi pour la première fois avec ce que signifie le fait d’enseigner dans un lycée d’excellence, où les parents, souvent des gens biens installés et influents, exercent toutes sortes de pressions pour que leur progéniture puisse bénéficier de divers passe-droit. Roubaud devra ainsi apprendre à faire preuve de diplomatie pour faire triompher l’équité sur le rapport de force sans nuire pour autant à sa carrière et à ses bonnes relations.

Après ces trois années passées dans les embruns, le professeur obtient sa nomination au lycée de Reims. Mais à peine a-t-il appris cette décision qu’il découvre qu’elle a été ajournée et que c’est finalement à Rennes qu’il va devoir aller afin d’y remplacer le professeur Massebieau (juillet 1904). Il proteste mais, devant l’intransigeance du rectorat, finit par s’incliner et prend donc possession de sa classe en octobre 1904. C’est dans le lycée de Rennes que, quelques années plus tôt, Alfred Jarry et les frères Charles et Henri Morin avaient caricaturé l’un de leurs professeurs de physique sous les traits du fameux Père Ubu. Roubaud ne connaît pas les déboires de ce malheureux collègue. Il s’adapte bien mais n’en est pas moins décidé à ne pas rester très longtemps dans cet établissement. Ces vœux sont exaucés dès l’été 1905. Alors qu’il passe ses vacances à Gérardmer dans les Vosges, il apprend en effet par télégramme qu’il va être envoyé à Lyon pour y remplacer le professeur Crescent4.

Dès la rentrée d’octobre 1905, Alphonse Roubaud vient donc installer ses affaires au 4ème étage de l’immeuble situé au n°8 de la place Ampère, dans le 2ème arrondissement de Lyon. Il enseignera non loin de là, au lycée Ampère. Encore une fois un prestigieux (mais vétuste) lycée, puisque c’est là même qu’ont jadis étudié Charles Baudelaire, Alphonse Daudet, Edgard Quinet ou encore Édouard Daladier (qui il est vrai n’a pas encore fait la grande carrière qu’on lui connaît). Lorsqu’il intègre l’établissement, l’ancien professeur de lettres Édouard Herriot vient tout juste de le quitter pour prendre la tête de la mairie de Lyon, où il a été brillamment élu le 3 novembre 1905. A Lyon, Alphonse Roubaud s’occupe de 5 classes, soit un total de 180 élèves auxquels il donne chaque semaine entre 18 et 19 heures de cours. Comme à l’accoutumée, Alphonse va se montrer parfaitement à la hauteur de sa tâche et satisfaire entièrement les attentes de la direction. Mais il a désormais pris confiance en lui et sait que seul un poste à Paris pourra lui donner l’occasion de montrer ses véritables capacités. Dès 1907, il commence donc à demander sa mutation. Après quatre années d’attente, il apprend finalement qu’il a été choisi pour remplacer le professeur Meuriot à Sceaux, au sein des classes préparatoires du lycée Lakanal (juillet 1911).

Bien que de création plutôt récente, puisqu’il n’a été fondé qu’en 1885, le lycée Lakanal a déjà su se faire une excellente réputation. Qu’on se rappelle qu’en à peine vingt ans, il a accueilli dans ses murs l’homme de lettres Charles Péguy, les historiens Albert Mathiez, Jules Isaac et Paul Hazard, le théologien Marc Boegner, les écrivains et hommes de lettres Jean Giraudoux, Alain-Fournier, Jacques Rivière et Maurice Genevoix ! En octobre 1911, Alphonse Roubaud revient donc s’installer en région parisienne. Il emménage alors au 35 boulevard Saint-Jacques, dans le 14ème arrondissement5. Chaque matin, il se rend à la gare voisine de Denfert-Rochereau afin de prendre le train qui va l’amener jusqu’à Sceaux. Il a hérité de quatre classes : les premières A, B et C (réunies au sein d’un seul cours), la seconde D, la troisième A et la sixième A, ce qui représente en tout 165 d’élèves auxquels le professeur va devoir consacrer 15 heures de cours par semaine. L’atmosphère sur place est à la fois studieuse et bucolique. Il y règne aussi une saine émulation. Alphonse Roubaud y aura notamment pour collègue l’historien Ernest Lebègue (1862-1943), alors considéré comme l’un des grands spécialistes de la Révolution française.

C’est vers cette époque sans doute qu’Alphonse Roubaud va faire la rencontre de celle qui deviendra l’élue de son cœur, Madeleine Adeline Honorine Boisard (1890-1985), fille de Jane-Marie Goyard et de Louis Boisard (1860-1924). Celui-ci, normalien et agrégé, exerce alors comme professeur de physique au lycée Carnot. Les fiançailles vont avoir lieu le dimanche 24 décembre 1911. Elles seront suivies d’un mariage civil, qui sera célébré le 13 février 1912 à la mairie du 17ème arrondissement, puis d’un mariage religieux, qui aura lieu deux jours plus tard. Tout semble alors sourire à Alphonse Roubaud, qui vient tout juste de fêter ses 35 ans. Son salaire annuel est passé de 3 700 francs en 1901 à plus de 7 500 francs dix ans plus tard.

Et de fait, sa réputation grandissante arrive bientôt jusqu’aux oreilles de Georges Ferté (1864-1951), le proviseur du lycée Louis-le-Grand, qui a dirigé Lakanal jusqu’en 1909 et y a conservé de nombreuses relations. Le 10 juillet 1914, Alphonse Roubaud apprend que sa nomination au sein du prestigieux établissement parisien a finalement été validée par le rectorat. Gustave Dupont-Ferrier (1865-1956) venant d’être nommé à l’École des Chartes, il devra le remplacer en tant que professeur d’histoire au sein des classes préparatoires de la section des lettres. Il est facile d’imaginer l’émotion et la fierté qu’il a dû ressentir en apprenant cette nouvelle. Être nommé à 37 ans au sein des meilleures classes du meilleur lycée de France était en effet le couronnement d’une carrière pour un professeur du secondaire.

Mais la joie du professeur Roubaud est de courte durée. Car le bel été 1914, débuté dans l’allégresse et l’insouciance, devient lourd de menaces à partir du 28 juin, lorsque l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, déclenche une série de manœuvres diplomatiques et militaires qui vont finalement aboutir au déclenchement d’un gigantesque embrassement. Le 3 août, la France mobilise son armée et, dès le lendemain, Alphonse Roubaud apprend qu’il doit aller rejoindre immédiatement son unité.

5. Les épreuves de la Grande guerre

Dispensé de service en 1897 en vertu de l’article 23 de la loi du 15 juillet 1889, qui permettait aux étudiants de repousser leur passage sous les drapeaux, Alphonse Roubaud avait finalement effectué le sien entre novembre 1898 et septembre 1899 au sein du 124ème régiment d’infanterie. Versé dans la réserve territoriale, il avait ensuite accompli régulièrement des périodes d’entraînement au sein du 29ème régiment d’infanterie territoriale implanté à Dreux.

Nommé au grade de caporal le 9 octobre 1914, il est envoyé au front le 17 décembre suivant dans le 301ème régiment d’infanterie. Affecté dans le secteur de Saint-Mihiel, près de Verdun, au sein de la 18ème compagnie du 5ème bataillon, il connaît alors la dure épreuve de la guerre de tranchées, faite d’assauts contre les lignes ennemis, de bombardements d’artillerie et d’explosion de mines souterraines. Mais le 24 avril 1915, à Calonne-les-Eparges, son unité est débordée par une violente attaque allemande6. Le lendemain, en plein cœur des combats, Alphonse Roubaud est finalement fait prisonnier par l’ennemi.

Avec ceux de ses camarades qui comme lui ont survécu à la tuerie, Alphonse Roubaud se retrouve alors interné dans la région de Würzburg, en Bavière. En août 1915, il est temporairement transféré à Soltau en Saxe, un camp aux conditions de vie très dures, souvent réservé aux prisonniers qui ont tenté de s’échapper, ce qui pourrait donc bien avoir été son cas. Tombé malade, le professeur devra finalement être hospitalisé en juillet 1918. Il obtiendra alors de pouvoir être transféré en Suisse au terme d’un accord helvéto-franco-allemand qui a permis l’évacuation réciproque de prisonniers de guerre malades ou blessés vers le pays neutre. Pendant toute cette période de détention, faite d’angoisse et d’attente, seules les lettres qu’Alphonse Roubaud envoie et reçoit de son épouse Madeleine vont venir colorer son morne quotidien.

Il restera interné en Suisse jusqu’au 30 novembre 1918, date à laquelle il est finalement rapatrié vers la France. Officiellement démobilisé le 29 janvier 1919, Alphonse Roubaud peut donc enfin aller prendre possession de son poste aux classes préparatoires de Louis-le-Grand.

6. Louis-le-Grand, un lycée d’exception

En franchissant pour la première fois la grille du bâtiment situé au n°123 de la rue Saint-Jacques, juste derrière cette Sorbonne où il a lui-même jadis étudié, Alphonse Roubaud n’ignore pas qu’il pénètre dans un lieu bien à part.

C’est en 1550, grâce au soutien actif de Guillaume Duprat (1507-1560), évêque de Clermont, que la Société de Jésus d’Ignace de Loyola a pu s’implanter pour la première fois à Paris. L’un de ses objectifs prioritaires était bien évidemment d’y installer un lieu d’enseignement et l’évêque Guillaume accepta de lui prêter pour cela son propre hôtel particulier, situé sur la montagne Saint-Geneviève. Le 1er octobre 1563, l’école reçut du roi Charles IX ses lettres patentes, ce qui marqua la naissance officielle du Collegium Societatis Iesi, qui fut bien vite surnommé le collège de Clermont. Malgré les vicissitudes politiques (et l’opposition très résolue de l’Université de Paris), les Jésuites parviendront à faire prospérer leur établissement. En 1682, après avoir reçu le patronage royal, le collège adopta le nom de Louis-le-Grand7. Malgré l’expulsion de la Société de Jésus du royaume de France en 1762, le collège parvint néanmoins à poursuivre son développement.

Dès l’époque de sa fondation, l’établissement va devenir l’un des lieux d’enseignement les plus importants et les plus prisés de la capitale. La qualité de l’éducation offerte par les Jésuites était reconnue par tous, même de leurs adversaires, qui s’inspirèrent souvent de leurs méthodes pédagogiques (ainsi des Oratoriens). Le collège de Clermont devint celui de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, celui où les grandes familles envoyaient leurs fils pour qu’ils y apprennent le latin. Pierre de Bérulle, François de Sales, le cardinal de Retz, Molière et Voltaire y firent ainsi leurs premières études. Cette situation très enviée se maintint au cours des époques suivantes. Parmi ses élèves, Louis-le-Grand compta ainsi Maximilien de Robespierre, Camille Desmoulins, Évariste Gallois, Émile Littré, Victor Hugo, Théophile Gaultier, Jean Jaurès, Raymond Poincaré, Romain Rolland, Paul Claudel, ainsi que toute une myriade d’autres talents de tout premier ordre. Au début du 20ème siècle, près d’un tiers des académiciens étaient d’ailleurs d’anciens élèves de Louis-le-Grand.

Voilà donc plus de quatre siècles que le lycée Louis-le-Grand, solide et massif quadrilatère aux murs de pierres, se trouve implanté au cœur même du Quartier latin. L’établissement est entouré à l’ouest par La Sorbonne, au nord par le Collège de France, au sud par la faculté de droit et à l’est par la bibliothèque Sainte-Geneviève et le collège Sainte-Barbe. En son temps déjà, Charles de Rémusat avait parlé d’un véritable « mont Sinaï de l’esprit » pour décrire cette exceptionnelle concentration de grands lieux d’enseignement et d’étude.

Mais en 1919, lorsqu’il s’avance à travers la rue Saint-Jacques, le professeur Roubaud découvre néanmoins un lycée en deuil. Louis-le-Grand a en effet perdu plus de 700 de ses anciens élèves lors du dernier conflit, dont une centaine sont morts alors qu’ils avaient dû interrompre leurs études et partir au front. Le bâtiment lui-même a été touché par les obus de la « grosse Bertha » en mars 1918. Après la victoire, on a installé dans la cour d’honneur deux canons pris à l’ennemi. Mais si la mémoire des morts continuera encore longtemps de hanter les couloirs, les impératifs de la vie scolaire imposent que l’on s’occupe avant tout du présent.

Le nouveau professeur Roubaud est d’abord présenté aux membres de l’équipe dirigeante. Il connaît déjà le proviseur, Georges Ferté, en fonction depuis 1909 et qui le restera jusqu’en 1929. C’est un homme affable et compétent, extrêmement dévoué à la vie de son établissement. L’année 1919 sera celle des grands changements au sein de son équipe. L’ancien censeur, Monsieur Roy, va ainsi laisser sa place à Bruet, qui supervisera les tâches administratives. Quant au nouvel économe, Monsieur Kornprobst, qui sera nommé le 1er octobre, il travaillera avec ses trois sous-économes pour assurer la bonne gestion d’un budget annuel qui avoisine alors les 2,6 millions de francs.

Sous l’autorité de ces messieurs, travaillent alors 3 surveillants généraux et 12 surveillants d’internat, qui ont à leur charge le sort de 1530 élèves. Le corps professoral est composé d’une soixantaine de professeurs, quasiment tous agrégés. Il y a ainsi 20 professeurs de lettres, 12 de mathématiques, 9 de physique, 8 d’histoire, 5 d’allemand, 5 d’anglais, 4 de dessin industriel, 4 de philosophie, 2 de gymnastique et 1 d’italien. On trouve également une quinzaine de professeurs assistants, répétiteurs, interrogateurs et préparateurs, qui n’ont pas tout à fait le même statut8. Bien qu’il le regrette d’ailleurs souvent, le proviseur n’est pas réellement le supérieur hiérarchique de ses professeurs, puisque dans les faits c’est le rectorat de l’académie de Paris, avec son corps d’inspecteurs généraux, qui détient la haute main sur leur carrière, leur notation et leur traitement.

Devant faire face à un cruel manque de place, Louis-le-Grand a du se « dessaisir » en 1885 de ses plus jeunes élèves au profit d’un « petit lycée », qui a été installé dans la partie méridionale du jardin du Luxembourg. Ce bâtiment obtiendra son autonomie de fonctionnement en 1891 et deviendra dès lors le lycée Montaigne. Les deux établissements continueront néanmoins de fonctionner l’un avec l’autre. En 1935, Louis-le-Grand abrite pour sa part 3 classes de 4ème, 5 classes de 3ème, 6 classes de seconde, 9 classes de première (anciennement appelées classes de rhétorique) et 3 classes de terminale (dites classes de philosophie).

Mais ce n’est pas tout. Car depuis le milieu des années 1890, l’établissement a entrepris de créer un cycle d’étude post-baccalauréat. Il s’agit de classes spéciales destinées à aider ceux qui vont préparer les très difficiles concours d’entrée des grandes écoles, qu’il s’agisse de l’École Polytechnique, l’École Centrale, l’École nationale de la France d’Outre-mer (ENFOM) ou Saint-Cyr. En 1935, près de la moitié des élèves de la rue Saint-Jacques sont scolarisés au sein de ces classes préparatoires.

Mais Louis-le-Grand est surtout célèbre pour faire rentrer chaque année un assez grand nombre de ses étudiants au sein de la prestigieuse École normale supérieure de la rue d’Ulm. De 1869 à 1920, 437 de ses élèves qui ont pu intégrer l’École Normale Supérieure, que ce soit en section scientifique ou en section lettres, ce qui représente le plus fort contingent de tous les lycées de France.

Au départ, les candidats avaient simplement été admis à venir repasser, après leur baccalauréat, une nouvelle année de rhétorique. En octobre 1896, ce système s’étant avéré peu pratique, on avait mis en place une classe qui leur fut entièrement réservée. Elle fut appelée rhétorique supérieure. En 1904, afin d’accroître encore les chances de réussite des élèves, on créa un nouveau cycle d’étude en intercalant entre le baccalauréat et la classe de rhétorique supérieure, un nouvel échelon qui reçut le nom de Première vétéran. L’usage fut vite pris de surnommer ces deux classes l’hypokhâgne et la khâgne. En 1919, sur les 13 lycées français qui disposaient de classes préparatoires aux grandes écoles, Louis-le-Grand et Henri IV étaient les seuls à proposer un cycle préparatoire composé de deux années complètes. Les sélections se faisaient uniquement sur dossier.

Comme dans bien d’autres lycées de l’époque, les élèves admis à Louis-le-Grand vont devoir travailler dans une atmosphère presque monacale. Certes, les bâtiments sont dans un bon état relatif puisque le lycée a été presque entièrement reconstruit entre 1886 et 1893. Le vieux décor presque médiéval dans lequel avaient dû travailler des générations d’élèves a été arasé au profit de locaux biens plus modernes, commodes et spacieux. Adieu les murs noirs de suie et recouverts de salpêtre, les corridors étroits, sombres et venteux. Il y a désormais de grandes fenêtres, de belles cours arborées, de l’électricité à tous les étages et le chauffage central a même fait son apparition en 1912.

Une révolution a également été opérée sur le plan pédagogique. Depuis 1809 déjà, Napoléon avait fait interdire les châtiments corporels dans les écoles françaises. Mais l’usage des cachots, des gardes, des corvées et les humiliations diverses destinées à briser les fortes têtes étaient toujours en vigueur et allaient le rester jusqu’à la circulaire de janvier 1890 (reste qu’il y a encore un parloir pour recevoir les familles et des barreaux aux fenêtres des dortoirs). Mais ce qui n’a pas disparu en revanche, c’est l’austérité et le contrôle permanent de l’emploi du temps des élèves. Cet état de chose n’est pas accidentel d’ailleurs, il est clairement voulu et appliqué par la direction, l’idée étant d’affûter les esprits et d’endurcir les corps. Les élèves passent ainsi tout leur temps en vase clos, sans presque aucun contact avec l’extérieur, prisonniers des entêtantes odeurs d’encre, de craie et de parquet ciré.

L’emploi du temps des classes préparatoires est parfaitement minuté et, comme dans une caserne, c’est un roulement de tambour qui annonce, dès 6h, le réveil matinal. Après une brève toilette effectuée au savon dans un lavabo, les études commencent à partir de 6h30. Ces « études » sont en fait des séances de travail qui se déroulent dans un silence religieux et sous la surveillance d’un répétiteur qui ressemble plus à un garde-chiourme qu’à autre chose. A 7h30, le petit-déjeuner qui se prend au réfectoire : chocolat, café, tartines de confiture. De 8h à 12h ont lieu les cours magistraux du matin. Après un dîner très simple fait de viande et de légumes9, on repart en étude à partir de 13h30. De 14h à 16h, nouvelle séance de cours magistraux. Ensuite, reprise des études jusqu’à 16h30. Les brèves récréations se déroulent dans la cour, où l’on se contente le plus souvent de marcher dans le sens des aiguilles d’une montre. Après le souper, c’est le départ vers les dortoirs. Il s’agit en l’occurrence de deux grandes salles de 40 places où chaque élève dispose d’un lit, d’un casier pour y ranger ses vêtements et d’une table de nuit en fer. A 21h précise, extinction des feux. En somme, onze heures de cours ou d’études par jour, cinq jours et demie par semaine, avec en permanence le stress des examens trimestriels qui vont conditionner le passage dans la classe supérieure et en ligne de mire le couperet du concours de l’École normale. Certains ne tiendront pas le rythme et près d’un quart des élèves finiront par renoncer en cours d’année, parfois au grand dam de leurs professeurs qui avaient pourtant cru percevoir en eux certaines qualités.

Malgré ce que pourrait laisser penser son nom, Louis-le-Grand est en fait un véritable lycée républicain. Car même si certaines de ses recrues appartiennent effectivement à de riches familles de la bourgeoise, notamment parisienne, plus de la moitié sont des boursiers. Certes, on n’y voit assez peu d’enfants de paysans et encore moins d’ouvriers, mais il y a beaucoup d’enfants d’employés et de petits fonctionnaires (surtout d’instituteurs). Les trois quarts des recrues viennent de province et même parfois des colonies, ce qui fait de Louis-le-Grand un véritable « laboratoire de l’unité nationale » (Dupont-Ferrier, 1920). Comme dans toutes les institutions de ce genre, il existe un fort esprit de caste qui est entretenu par l’usage d’un vocabulaire spécifique et bien des coutumes particulières10.

Une nette différence existe cependant entre les Parisiens et les provinciaux. Car tandis que les seconds sont astreints à la discipline quasi militaire de l’internat, les autres, étant demi-pensionnaires ou externes, peuvent s’évader chaque soir en retrouvant leurs familles. Pour eux, qui ne portent pas la blouse grisâtre des internes mais souvent d’élégants costumes, Louis-le-Grand n’est rien d’autre que le banal lycée de leur adolescence, et non pas cette redoutable citadelle où ils ont été envoyés depuis l’autre bout de la France dans l’espoir d’entrer à Normale.

Le dimanche toutefois, depuis le matin jusqu’à 22h et le jeudi de 13h à 17h, ces deux catégories si distinctes peuvent enfin se rejoindre. Car ces jours-là, les forts en thème ont le droit de lâcher leurs fiches et d’aller prendre un peu de repos. On les verra ainsi fumer aux terrasses des cafés, découvrir les galeries du Louvre, s’émerveiller devant Louis Jouvet à la Comédie-Française, feuiller chez les bouquinistes, ou s’aventurer dans les salles de cinéma et les cabarets à la mode. Mais chaque lundi matin cependant, l’affreuse, l’éreintante mais aussi l’exaltante routine reprendra invariablement son cours.

7. Le discours de la méthode

Et c’est justement parce qu’il avait pour ambition d’enseigner l’excellence à ses élèves que le lycée avait pour habitude de ne recruter que les meilleurs enseignants. Monsieur Arouet lui-même serait-il devenu Voltaire s’il n’avait pas eu la chance d’assister aux cours du père jésuite Charles Porée (1675-1741) ? La direction espère bien poursuivre sur cette voie et veille donc à ne recruter que les meilleurs professeurs, notamment pour animer ses classes préparatoires.

Parmi ceux que Roubaud va pouvoir côtoyer, on va ainsi retrouver quelques-unes des grandes figures de l’enseignement de l’entre-deux guerres, tels qu’André Bellessort (1866-1942)11 et Albert Bayet (1880-1961), qui animeront les classes des lettres, le grand latiniste Gaston Cayrou (1880-1966), l’angliciste René Travers ou encore François Colonna d’Istria (1864-1925), qui dirigera des classes de philosophie et dont l’un des successeurs sera René Le Senne (1882-1954).

En Première vétéran comme en Première supérieure, l’essentiel des cours portent sur l’étude des langues anciennes (latin et grec) et de la littérature française. A longueur de journée, les élèves apprennent à faire des thèmes et des versions en se plongeant dans leur Bailly et leur Gaffiot12. En français, ils ont droit à de longues explications de texte sur les grands classiques, notamment Racine, Musset et Hugo, qu’il s’agit de décortiquer pour en faire ressortir tout le génie. Les trois autres matières, à savoir la philosophie, l’histoire et les langues étrangères, n’occupent en réalité que le second rang, du moins en terme de temps de travail.

L’histoire proprement dite est enseignée à Louis-le-Grand en tant que matière spécifique depuis 1820. Depuis cette date, près d’une vingtaine de professeurs se sont succédés, dont quelques-uns ont laissé une trace plus importante que d’autres, comme Casimir Gaillardin (1810-1880), Eugène Darsy (1849-1934) ou encore Albert Malet (1864-1915), resté célèbre pour les manuels scolaires qu’il a rédigés aux côtés de Jules Isaac. En 1920, Alphonse n’est pas non plus le seul professeur d’histoire de Louis-le-Grand puisqu’il n’a pas moins de sept collègues13. Mais il reste qu’il tient une place à part puisqu’il enseigne au sein des classes préparatoires, c’est-à-dire dans les classes les plus prestigieuses de l’établissement.

Le programme sur lequel il doit travailler est celui de 1902, qu’il connaît bien puisqu’il l’enseigne depuis le début de sa carrière14. A sa demande, Alphonse Roubaud a demandé au proviseur Ferté de pouvoir assurer à la fois l’enseignement de l’histoire ancienne et celui de l’histoire moderne à la classe de Première vétéran (l’hypokhâgne) et à celle de Première supérieure (la khâgne)15. Il estime en effet qu’un véritable suivi des élèves doit pouvoir s’étaler sur toute la période préparatoire des examens. Cela représente environ 10 heures de cours par semaine16 et environ 150 élèves17.

Pendant tout le temps qu’il va passer à Louis-le-Grand, l’emploi du temps du professeur Roubaud sera à peu près constant. Le lundi matin, de 8h à 9h, il donne ainsi un cours d’histoire moderne aux élèves de Première supérieure. Le même jour, de 9h à 11h, il enchaîne avec un cours d’histoire ancienne destiné aux Premières vétérans. Le mercredi, de 8h à 10h, il fait deux heures de cours d’histoire moderne aux Premières vétérans. Le mercredi soir, il anime un séminaire d’étude facultative de deux heures pour les élèves de Première supérieure. Le samedi enfin, entre 8h et 10h, il dirige deux heures de cours d’histoire ancienne au profit des Premières supérieures. Il dispose donc de trois jours de repos hebdomadaire, les mardi, jeudi et dimanche.

Trois fois par semaine donc, dès avant 8h, le professeur Roubaud franchit la porte grillagée qui marque l’entrée de l’établissement, pénètre dans le hall, traverse la cour d’honneur, tourne à gauche, franchit quelques couloirs et pénètre enfin dans l’amphithéâtre. Après avoir posé son manteau, son chapeau et sa sacoche de cuir, il se dirige vers l’estrade de bois où trône son bureau. Derrière lui est installé un grand tableau noir. Devant lui se tient une assemblée d’une soixantaine de jeunes gens, tous cravatés et bien peignés, qui se serrent sur des rangés de gradins et parfois même assis sur les marches. Une poignée de jeunes filles, chignon serré et jupes droites, ont pris place aux premiers rangs.

Le professeur Roubaud ne prend la parole que lorsque le silence s’est fait. Après avoir délivré quelques phrases d’introduction, il débute sa démonstration. Elle sera toujours magistrale, dans tous les sens du terme. Car le professeur Roubaud est bien connu pour travailler ses cours à la perfection, avec labeur, rigueur et méthode. Et s’il est vrai que les relations internationales sont son domaine de prédilection18, il n’en demeure pas moins que sa culture historique est d’une ampleur considérable. Qu’il s’agisse d’évoquer le fonctionnement de la double monarchie spartiate ou celle du conseil des requêtes sous le règne de Louis XIV, qu’il lui faille décrire l’apparition de l’architecture romane en Anjou ou raconter par le détail les luttes entre Jacobins et Brissotins, qu’il doive revenir sur la vie quotidienne dans l’Athènes de Périclès ou sur l’entrée dans Paris des armées du connétable de Richemont en 1435, son style est toujours à la fois clair, très précis et parfaitement documenté. Fidèle en cela à la pédagogie lavissienne, il ne cherche pas seulement à instruire mais aussi à passionner son auditoire. Il sait se faire didactique et, composant des séries de tableaux saisissants, n’hésite pas à faire appel à l’imagination de ses élèves. Et c’est ainsi qu’il arrive à rendre intelligible les problèmes les plus ardus et familières les époques les plus obscures. Certaines de ses auditeurs, plus passionnés que d’autres, s’échineront même à tenter d’apprendre ses cours par cœur.

Sans aller jusque-là, tous sont généralement très motivés, car ils savent que le cours d’histoire du professeur Roubaud est l’une des clés de leur réussite. Comme l’a fait remarquer Jean-François Sirinelli, « l’opinion la plus répandue, à l’époque à Louis-le-Grand », est que « l’on entre à l’École normale supérieure grâce aux cours d’histoire [d’Alphonse Roubaud] ». C’est pourquoi d’ailleurs, « les khâgneux des autres lycées envient la préparation en histoire des élèves de la rue Saint-Jacques ».

Conscients de l’enjeu, ses élèves attendent donc la correction de leurs compositions avec autant d’envie que d’anxiété. Plutôt que de compositions, il vaudrait d’ailleurs mieux parler d’épreuves blanches, tant les conditions du véritable examen sont fidèlement respectées. Cela représente aussi une charge de travail importante pour le professeur Roubaud. On peut prendre en exemple l’année 1930. Cette année-là, les 67 élèves de la classe de Première vétéran auront eu quatre compositions d’histoire (les 5 novembre, 10 décembre, 28 janvier et 18 mars), tandis que les 42 élèves de la classe de Première supérieure en auront ont eu deux (le 26 novembre et le 25 février). Cela signifie que le professeur Roubaud aura corrigé 352 copies, 352 copies qu’il aura soigneusement annotées de sa petite écriture, fine, précise et délicate, afin que ses élèves puissent retirer de ses remarques le maximum d’enseignements.

Certes, Alphonse Roubaud connaît bien ses élèves. Il n’ignore donc pas qu’ils sont tous extrêmement brillants et que, depuis leur prime enfance, ils ont collectionné les prix d’excellence, qu’un certain nombre ont même été lauréats du concours général, qu’ils font la fierté de leurs familles et n’ont jamais reçu de leurs professeurs que des éloges et des félicitations. Mais cela ne l’empêchera pas de se montrer impitoyable, bien au contraire. Car non seulement il ne tolère pas les absences, sous quelque prétexte que ce soit, mais cela ne l’effraie guère de barrer trois pages sur les cinq que compte un devoir, si jamais il estime que son contenu est hors sujet ou bien mal dit. Dans ses notations trimestrielles, un mot revient avant tous les autres, c’est celui de travail. Le professeur Roubaud veut du « travail », du « travail » et encore du « travail ».

Sur le plan du fond et de la forme, le maître attend non seulement un bon exposé des connaissances, mais aussi et surtout un bon plan, c’est-à-dire la présence d’une ligne directrice qui permettra à l’élève d’épuiser au maximum les potentialités du sujet, sans en laisser dans l’ombre des pans entiers. Il élimine aussi tout point de vue personnel et notamment tous les termes qui trahiraient une certaine forme de subjectivité, comme « hélas » ou « heureusement ». Il tient en effet à ce que l’on s’en tienne à une stricte neutralité. A ses jeunes élèves qui, parce qu’ils sont déjà très cultivés, sont toujours prompts à se lancer dans d’amples théories et de vastes démonstrations, Roubaud demande également de s’en tenir à chaque fois à l’exposé des faits et de revenir sans cesse vers eux. Roger Ikor, prix Goncourt 1955, se souviendra que le professeur avait coutume de dire : « Messieurs, Messieurs ! Commencez par des faits concrets je vous prie ! Les grandes théories, vous les donnerez dans votre conclusion ! Si vous y tenez ! ». Formellement, Alphonse Roubaud ne déteste pas le beau style, mais veut toujours que ce dernier ne soit utilisé qu’avec mesure, de façon précise et qu’il reste en permanence au service du propos.

En réalité, s’il est aussi exigent, c’est avant tout parce qu’il sait que l’objectif que ses élèves se sont fixés est très ardu puisqu’il ne s’agit rien de moins que de réussir un concours qui passe à juste titre pour le plus difficile de France.

Suite partie II

Notes : 

Lycée qui pourrait avoir été celui de Saint-Louis, Henri-IV ou Louis-le-Grand (dont les petites classes étaient installées à Montaigne à l’extrémité méridionale du jardin du Luxembourg). En 1880, il n’y avait en effet que 6 lycées dans tout le département de la Seine et ils étaient tous masculins. En 1914, ils seront 19, dont 7 réservés aux filles.

2 On peut citer Jules Ferry (ministre de l’Instruction publique de 1879 à 1883), Émile Boutmy (fondateur de l’École libre des sciences politiques), Louis Liard (directeur de l’enseignement supérieur de 1884 à 1902), Élie Rabier (directeur de l’enseignement secondaire de 1889 à 1907), Ferdinand Buisson (directeur de l’enseignement primaire de 1879 à 1896), etc. C’est en 1878 que fut fondée la Société de l’enseignement supérieur, qui devait recevoir de nombreux soutiens, dont celui d’Ernest Renan, et s’ériger ainsi en groupe de pression auprès des ministres et des députés.

3 Les principaux pères de l’école historique allemande ont été Johann Christoph Gatterer (1727-1799), Friedrich-August Wolf (1759-1824), Barthold Niebuhr (1776-1836), Leopold van Ranke (1795-1886), Johann Gustav Droysen (1808-1884) et Theodor Mommsen (1817-1903). Tous avaient le même souci de parvenir à établir une méthode historique qui soit la plus rigoureuse et objective possible.

4 A Rennes, Alphonse Roubaud habitait au n°4 de la rue Pontgérard.

5 Vers 1928-1929, il se rapprochera de son lieu de travail et viendra habiter au n°9 de la rue Saint-Romain, dans le 6ème arrondissement.

6 C’est dans ce même secteur qu’Alain-Fournier avait été tué en 1914 et c’est lors de ce même combat qui aboutira à la capture d’Alphonse Roubaud que seront blessés Maurice Genevoix et Ernst Junger. Les unités engagées durant la bataille des Eparges connaîtront plus de 60% de pertes. Dans Ceux de 14, Maurice Genevoix a brillamment évoqué cet épisode.

7 Appellation de Louis-le-Grand qu’il reprendra définitivement en 1873 après en avoir changé 13 fois en à peine un siècle !

8 Le lycée abritait également un cabinet médical dirigé par le docteur Lesage. Venaient aussi de temps à autre un oculiste et un dentiste, un aumônier catholique (l’abbé Jéglot), un pasteur protestant (Monsieur de Felice) et un rabbin (Jacques Kahn).

9 Jusqu’en 1890, les repas collectifs se prenaient dans un silence absolu. Sous la Restauration encore, on y faisait des lectures publiques, comme dans les monastères.

10 A « Baz Grand », on était d’abord « bizuth » (hypokhâgneux) avant de devenir « puissances » (khâgneux). Il y avait des « puissances carrées » (ceux qui faisaient leur première année de khâgne) et d’autres « cubes » (qui avaient échoué une première fois à Normale ou bien qui avaient obtenu de pouvoir refaire une deuxième année de khâgne). Les khâgneux adoraient la déesse Vara, une chouette qui représentait Athéna et qu’ils faisant broder sur leur blouse. Les élèves des prépas littéraires n’avaient que très peu de liens avec ceux des classes scientifiques, les « taupins ». Comme dans tous les lycées de France, il y avait un grand banquet le jour de la Saint-Charlemagne le 28 janvier et l’on donnait aussi un grand concert en fin d’année scolaire.

11 Le très maurassien André Bellesort finira par être élu à l’Académie française le 28 mars 1935.

12 Le dictionnaire français-grec de Bailly, paru pour la première fois en 1895, était devenu le principal outil de travail des hellénisants. A partir de 1934, le dictionnaire français-latin de Gaffiot deviendra celui des latinisants, supplantant ainsi le vieux dictionnaire de Quicherat-Daveluy de 1858. Ces noms paraissent bien oubliés aujourd’hui, mais à l’époque où une grande partie des cours du secondaire étaient consacrés aux langues anciennes, ces ouvrages étaient les compagnons familiers de bien des élèves.

13 En 1920, Alphonse Roubaud avait comme collègues en tant que professeurs d’histoire au lycée Louis-le-Grand messieurs Maurice Fallex (en poste depuis 1906), Léon Rosenthal (1906), Albert Milhaud (1908), Joseph Duplessis-Kergomard (1911), Georges Morizet (1913), Arthur Huby (1918) et Louis André (1919).

14 Les premiers programmes d’histoire ont été établis en 1838. Ils seront modifiés par les réformes de 1863, 1882, 1902, 1925 et 1938. Les programmes de 1902 sont importants, en ce sens qu’ils ont instauré le principe des deux cycles d’étude. Cela signifie qu’à partir de la 4ème on revoyait, mais en les approfondissant, les périodes que l’on avait déjà étudié auparavant. L’idée était de permettre ainsi aux élèves qui s’arrêtaient en troisième d’avoir une vision complète du programme et notamment de leur donner accès à l’étude de la période contemporaine (la plus polémique).

15 Surchargée, la classe de khâgne sera finalement dédoublée en octobre 1929. C’est alors le professeur Arthur Huby qui prendra en charge la classe de Première supérieure II (37 élèves). Roubaud conservant la direction de la Première supérieure I (45 élèves) ainsi que celle de Première vétéran (75 élèves). En 1935, Arthur Huby quittera Louis-le-Grand pour devenir inspecteur général de l’instruction publique.

16 En avril 1929, Alphonse Roubaud obtiendra que son quota hebdomadaire d’heures de cours soit ramené à 9 heures.

17 Le nombre d’élèves auxquels le professeur Roubaud a enseigné à Louis-le-Grand peut être connu grâce à son dossier administratif. Ils furent ainsi 110 en 1920, 112 en 1921, 130 en 1922, 125 en 1923, 151 en 1924, 114 en 1925, 129 en 1926, 125 en 1927, 144 en 1929, 109 en 1930, 121 en 1931, 145 en 1932, 152 en 1933, 138 en 1934, 133 en 1935 et 144 en 1936. Les effectifs de la classe d’hypokhâgne étaient généralement supérieurs d’un tiers à ceux de la classe de khâgne.

18 D’où lui est venu cet attrait particulier ? Peut-être de son père qui, alors qu’il était conseiller d’État, assistait fréquemment le ministre de la Marine et des Colonies dans ses rapports avec les parlementaires.

Crédit photographique : la cour d’honneur de Louis-le-Grand, à peu près inchangée depuis l’époque d’Alphonse Roubaud (By No machine-readable author provided. Kajimoto~commonswiki assumed (based on copyright claims). [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html), CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/) or CC BY 2.5 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.5)%5D, via Wikimedia Commons).

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