Biographies des chefs de la brigade criminelle (1930-2018)

. Les origines d’une unité pas comme les autres

La brigade criminelle de la préfecture de police de Paris est sans doute la plus célèbre et la plus prestigieuse de toutes les formations de la police française. Elle a été créée le 29 juin 1912 par le biais d’un décret présidentiel. L’initiative en revient cependant au préfet de police de Paris, Louis Lépine, qui souhaitait pouvoir ainsi disposer d’un service analogue à celui que la Sûreté générale avait mis en place en 1907 lors de la fondation des brigades mobiles de la police judiciaire (les fameuses « Brigades du Tigre »). Pour ce faire, le préfet Lépine organisa donc le démembrement de l’ancien service de la sûreté en attribuant à certains de ses effectifs la tâche de résoudre plus spécifiquement les enquêtes criminelles.

Une nouvelle évolution importante se produisit dès 1913, lorsque la préfecture décida de créer une direction de la police judiciaire (PJPP, devenue DRPJ-PP), à laquelle le service de sûreté et la brigade furent dès lors rattachés.

Depuis cette époque, l’unité a porté différents noms (dont celui de brigade spéciale n°1), avant de devenir officiellement la brigade criminelle aux lendemains de la Libération.

Pour tous ceux qui y travaillent cependant, la brigade criminelle est et restera la Crim’. Sa devise (« qui s’y frotte s’y pique ») ainsi que son emblème (le chardon) expriment bien la mission qu’elle se donne, faire savoir aux criminels agissant dans la capitale qu’ils auront à répondre de leurs actes devant la justice. Comme l’indique son taux d’élucidation particulièrement élevé, elle a effectivement les moyens de mettre ses menaces à exécution.

Jusqu’en mai 2017, la brigade criminelle avait ses bureaux dans une partie du bâtiment situé au n°36 du quai des Orfèvres, dans le 1er arrondissement de Paris, et plus précisément, aux 3ème et 4ème étages (ainsi que sur une partie du 5ème étage). On y accédait par le biais du célèbre escalier A, qu’ont emprunté tant de grands flics et de célèbres truands. La brigade partageait cet immeuble avec la direction de la DRPJ-PP ainsi qu’avec d’autres unités d’élite comme la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI), la Brigade des stupéfiants, l’Identité judiciaire et le service de documentation. Toutes ces formations et plusieurs autres sont désormais installées au n°36 de la rue du Bastion, dans le 17ème arrondissement de Paris, à proximité immédiate du nouveau palais de justice.

La célébrité de la brigade criminelle provient de ce qu’elle n’est pas une unité d’enquête comme les autres. En fait, elle n’est saisie que pour les affaires les plus graves d’homicides, d’enlèvements, d’attentats ou d’incendies volontaires. Plus encore, elle n’intervient que lorsque l’identification de l’auteur des faits s’annonce difficile. On parle dans ce cas d’enquête à énigme. Sa zone de compétence s’étend sur Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, ce qui représente tout de même près de sept millions d’habitants.

Sur le plan administratif, la brigade criminelle est rattachée comme on l’a dit à la direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris (DRPJ-PP). Sur le plan judiciaire toutefois, elle ne peut être saisie d’une enquête que par le procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris. Pendant une durée de 8 jours après la commission des faits, la BC agit dans le cadre de ce que l’on appelle une enquête en flagrance. Les enquêteurs de la brigade disposent alors de larges pouvoirs de perquisitions et de mise en garde à vue. Au bout de ce délai cependant, ils ne pourront poursuivre leurs investigations que si le procureur a décidé de nommer un juge d’instruction dans le cadre d’une information judiciaire. Ce sera désormais à ce dernier de mener l’enquête et de fournir le cas échéant une commission rogatoire aux enquêteurs afin qu’ils puissent continuer à rechercher l’auteur des faits.

La brigade criminelle est dirigée par un chef qui est nommé directement par le préfet de police de Paris sur proposition du directeur régional de la police judiciaire. Il dispose d’un ou deux adjoints qui assurent notamment son intérim lors de ses congés. Sous l’autorité de cet état-major réduit travaillent environ une centaine d’officiers de police. Âgés de 25 à 55 ans environ, tous ont déjà du faire leurs preuves dans d’autres services. Après avoir été remarqués pour leur flair et  leur professionnalisme, ils ont été discrètement approchés et on leur a proposé d’intégrer la BC. Bien peu refusent car la possibilité d’intégrer une telle brigade constitue à la fois un honneur et une chance.

Les hommes de la BC se répartissent en quatre sections, composées chacune de trois groupes d’enquêtes comportant à leur tour de six à sept policiers. Neuf sections s’occupent des affaires de droit commun et trois autres des affaires de terrorisme1. Une enquête complexe ou sensible peut être confiée ou plusieurs groupes d’enquête, voire à la totalité d’entre eux.

Chaque groupe d’enquête est dirigé par un chef de groupe qui a nécessairement entre quinze et vingt ans d’expérience au sein de la brigade. Une stricte hiérarchie existe au sein de chaque groupe. Ses membres portent d’ailleurs tous un numéro, depuis le 6ème de groupe jusqu’au 1er de groupe, chacun disposant d’un rang hiérarchique et d’un rôle précis. Le 3ème de groupe notamment est appelé le « procédurier », car c’est lui qui doit s’assurer de la bonne rédaction des procès-verbaux qui seront ensuite transmis au chef de brigade puis au procureur. Sa mission est essentielle car la défense de l’accusé pourra faire prononcer un vice de procédure si toutes les étapes de l’enquête n’ont pas fidèlement respecté les règles fixées par le code de procédure pénale. Tous les neufs jours, les hommes assurent une permanence de 24h (week-end et jours fériés inclus).

Comme toutes les unités d’élite, la brigade criminelle est fière de ses traditions et de son ancienneté. Certaines d’entre elles sont connues, comme le banquet annuel du printemps et la photo de groupe prise sur le perron du Palais de Justice, ou encore les pots organisés dans le bureau du chef afin de féliciter les enquêteurs qui ont bouclé une affaire. Ils ont aussi pour habitude d’user d’un vocabulaire particulier2.

. Les chefs successifs de la Crim’ :

Au Quai des Orfèvres, les chefs de la brigade criminelle occupaient le fameux bureau 315. Initialement, la brigade spéciale a été dirigée par trois inspecteurs principaux qui agissaient directement sous les ordres du chef de la sûreté, lui-même placé sous la tutelle du directeur de la police judiciaire. A partir de 1930, la Crim’ va entrer dans une nouvelle ère, celle des enquêtes médiatiques. Elle doit notamment cette évolution à un homme qui fut son premier chef charismatique, Marcel Guillaume.

1. 1930 – février 1937 : Marcel Ludovic Guillaume

Marcel Guillaume est né en 1872 à Épernay dans une famille de commerçants. Après avoir été employé pendant quelque temps dans un centre des impôts, il devient soldat (1891-1895) puis s’installe à Paris, où il va exercer divers métiers. Son mariage avec la fille d’un commissaire lui ouvre les portes de la police parisienne, qu’il intègre en tant qu’inspecteur stagiaire en 1900. D’abord affecté au commissariat de La Chapelle, il se montre très doué et monte rapidement en grade. Il devient ainsi successivement secrétaire de police en 1905, commissaire en 1913 et enfin commissaire divisionnaire en 1928. En 1912, il s’illustre au sein du service de la sûreté lors de la traque de la fameuse « Bande à Bonnot ». Ayant rejoint la police judiciaire de la préfecture en 1919, il prend la tête de la brigade criminelle en 1930 et va la diriger jusqu’à son départ à la retraite sept ans plus tard. Le commissaire Guillaume va laisser une forte empreinte à la tête de la Crim’. Fin connaisseur de l’âme humaine, il sait mieux que personne démêler les affaires les plus embrouillées au point d’être surnommé « l’As de la PJ ». En 1931, il reçoit dans les locaux du 36 l’écrivain belge Georges Simenon, le créateur de Maigret, un personnage dont on a pu dire que certains traits avaient été inspirés par le commissaire Guillaume. Ce grand blond à l’œil malicieux est aussi un charmeur, qui collectionne les aventures galantes. Après son retrait des affaires, il va aider son fils Roger à monter une agence de détectives privés. En 1945, il est choisi par la PJ pour mener en enquête sur les conditions de la mort d’Adolf Hitler. Retiré à Tribehou dans la Manche, il est mort à Bayeux en 1963.

Il est l’auteur de mémoires intitulées 37 ans avec la Pègre. Parues sous forme de feuilletons dans le quotidien Paris-Soir en 1937, elles ont été réédités en 2006 aux éditions des Équateurs.

Principales affaires : Gorgulov (1932), Violette Nozière (1933), Oscar Dufrenne (1933), Alfred Stavisky (1934), Albert Prince (1934)

2. février 1937 – sept. 1940 : André Antonin Paul Roches

Né le 17 décembre 1902 à Clichy-la-Garenne, il est le fils d’un brigadier de la police municipale affecté au commissariat de Puteaux. Élève du lycée Condorcet (1914-1921), il est bachelier en mathématiques (1922) et licencié en droit (1928). Clerc de notaire, il accomplit son service militaire au service météorologique (1922-1924), avant d’entrer à la préfecture comme secrétaire de police en juillet 1925. Commissaire de police en 1933, il est d’abord affecté à Javel puis à Saint-Denis. Ayant rejoint la PJ en juillet 1936, il succède à Marcel Guillaume à la tête de la brigade criminelle en février 1937. Il dirige son unité durant la difficile période qui marque les débuts de l’occupation mais finit par perdre son poste pour avoir fait expulser des soldats allemands d’une scène de crime en septembre 1940. Commissaire principal (avril 1941), puis commissaire divisionnaire (août 1943), il est affecté au commissariat du 15ème arrondissement. Recherché par les Allemands, il doit rejoindre la clandestinité le 9 juin 1944. Officiellement réintégré le 12 septembre suivant, il retrouve rapidement d’importantes responsabilités. Il est ainsi nommé successivement directeur de la police économique (sept. 1944), inspecteur général des services de la préfecture de police (mars 1948), directeur de la police judiciaire de la préfecture de police (oct. 1952) et enfin directeur de la police municipale (janv. 1956). Blessé lors de la manifestation des policiers menés devant l’assemblée nationale le 13 mars 1958, il doit prendre une retraite anticipée en juillet 1958. Il est mort le 16 août 1968.

Principales affaires : Dimitri Navachine (1937), Laetitia Toureaux (1937)

3. sept. 1940 – avril 1943 : Georges Alphonse Veber

Né à Paris le 16 août 1891. Fils d’un gardien de la paix d’origine mosellane, il débute sa carrière dans les PTT (1909-1912), avant d’accomplir son service militaire (1912-1914). Il combat au sein de plusieurs régiments de cavalerie pendant la guerre de 1914-1918 et termine le conflit avec le grade de maréchal des logis. Entré à la préfecture comme secrétaire (juin 1920), il obtient une licence de droit en 1923. Affecté aux commissariat de Boulogne et de Javel, il est brièvement détaché aux RG en 1922-1924. Commissaire de police en 1928, il exerce d’abord dans le quartier de L’Odéon (1928), puis dans ceux de Plaisance (1931) et de Montparnasse (1936). C’est un policier méthodique, discipliné, courageux et par ailleurs très cultivé. En septembre 1940, il rejoint la police judiciaire et se voit nommé à la tête de la brigade spéciale criminelle. En août 1941, suite à l’assassinat de plusieurs soldats allemands, il est chargé de retrouver les coupables. Il démantèle alors une partie des structures militaires du PCF, mais doit finalement abandonner cette enquête difficile à ses collègues des Renseignements Généraux en décembre 1941. En septembre 1943, il prend la direction du service administratif de la police judiciaire. A la Libération, du fait du rôle qu’il a joué dans la répression de la Résistance, il est mis à la retraite par le préfet Luizet (24 août 1941). S’il n’est pas inquiété sur le plan pénal, il est néanmoins privé de sa pension de retraite en 1945 et devra engager une longue bataille judiciaire afin d’être réintégré dans ses droits. Il est mort en 1967.

Principales affaires : Liliane Monneron (1941), Alfons Moser (1941)

4. avril 1943 – août 1944 : Georges Victor Massu

Né le 9 décembre 1889 à Paris. Fils d’une brodeuse et d’un maçon sarthois tôt disparu, il grandit dans un milieu très modeste. Son certificat d’étude en poche, il travaille chez plusieurs notaires mais une maladie l’oblige finalement à abandonner cette carrière (1906). Il devient alors garçon boucher et fait son service militaire au Mans au sein du 117ème RI (1908-1911). Appuyé par son frère policier, il entre à la préfecture de police en tant qu’inspecteur en décembre 1911. D’abord affecté aux Renseignements généraux, il rejoint la brigade de la voie publique de la PJ en août 1921. Nommé au grade de secrétaire, il sert au commissariat de la Folie-Méricourt avant d’être affecté au cabinet du commissaire Guillaume en juillet 1926. Il s’impose alors peu à peu comme son meilleur adjoint, étant à la fois un homme de terrain et un excellent procédurier. Après plusieurs échecs (faute de temps pour réviser), il est finalement promu au grade de commissaire en décembre 1932. Nommé à Noisy-le-Sec en 1933, puis à Saint-Gervais en 1936, il revient à la PJ en novembre 1937 et devient alors le chef de la brigade volante. Commissaire principal en janvier 1939, il prend la direction de la brigade de la voie publique avant d’être finalement nommé à la tête de la Crim’ en avril 1943. Il va diriger ce service jusqu’à la fin de l’occupation allemande. Injustement poursuivi à la Libération pour des faits de collaboration, il fait huit mois de détention au cours desquels il tente même de se suicider. Après sa remise en liberté, il décide de quitter la police et obtient son départ à la retraite en janvier 1947. Réhabilité, il se voit promu au grade de commissaire divisionnaire à titre honoraire en septembre 1948 et bénéficie de tous ses arriérés de primes et de salaires en 1955. Il est mort en 1973.

Il est l’auteur des Souvenirs du commissaire Massu, Aveux quai des Orfèvres (La Tour Pointue, 1949).

Principales affaires : Marcel Petiot (1944)

5. août 1944 – janv. 1952 : Lucien Georges Pinault

Né à Corbeilles dans le Loiret le 12 octobre 1895. Fils d’un gendarme, il obtient son brevet élémentaire en juillet 1911. Appelé sous les drapeaux en octobre 1913, il est envoyé sur le front en août 1914. Capturé par l’ennemi lors de la bataille de Verdun le 9 avril 1916, il est rapatrié en janvier 1919. Après avoir été employé comme comptable dans une société de vente de caoutchouc, il rentre à la préfecture de police en février 1920 au titre des emplois réservés. D’abord affecté comme secrétaire au commissariat de Vincennes, puis à celui des Quinze-Vingt, il devient commissaire et se retrouve en poste à Saint-Victor (1928-1932), puis à Charonne (1932-1938). Nommé à l’IGPN en 1938, il rejoint la brigade de la voie publique de la PJ en septembre 1941. Membre actif du réseau de résistance Alibi-Maurice, il remplace Georges Massu à la tête de la brigade criminelle en août 1944. Cet homme simple et affable va établir un record de longévité inégalé à la tête de la Crim’ puisqu’il va diriger son service pendant sept ans et six mois. Dans les années 1945 et 1946, il doit affronter l’augmentation brutale de la criminalité qui frappe la capitale du fait de la multiplication des bandes enrichies par la collaboration. Promu au grade de commissaire principal en août 1944, puis à celui de commissaire divisionnaire en janvier 1945, il est nommé à la tête de la 1ère section de la DRPJ en janvier 1950 tout en continuant de diriger la brigade criminelle3. Nommé à l’état-major de la DRPJ en janvier 1952, il prend sa retraite le 30 octobre suivant. Il est mort en (?).

Principales affaires : Bonny et Lafont (1944), Robert Denoël (1945), Pierre Loutrel et le Gang des Tractions avants (1946), Pauline Dubuisson (1951)

6. janvier 1952 – oct. 1955 : Max Fernet

Né à Paris le 12 décembre 1910, il est le fils d’un imprimeur et d’une enseignante. Licencié en droit, il entre dans l’administration et devient commissaire de police en 1940. Chef de la brigade mondaine (1948-1952), il dirige également la deuxième section de la DRPJ à partir de 1950. Nommé à la tête de la brigade criminelle, il devient ensuite directeur-adjoint (1955-1956) puis directeur de la police judiciaire de la préfecture de police (1956-1970). Entre 1970 et 1971, il sert comme directeur central de la police judiciaire. C’est un homme froid et discret, aux yeux perçants et toujours très élégant. C’est aussi et surtout un grand professionnel et un fin diplomate, particulièrement à l’aise dans les sphères de la haute politique, y compris à l’international. Parti à la retraite en décembre 1971, il rendra à nouveau service à ses anciens collègues de la criminelle au moment de l’affaire Empain. Il est mort le 31 août 1997 à Saint-Mandé.

Principales affaires : Jacques Fesch (1954)

7. oct. 1955 – février 1962 : Victor Adrien Georges Clot

Né à Sénergues, dans l’Aveyron, le 10 mars 1907. Entré à la préfecture en juillet 1935 après avoir réussi le concours de secrétaire de police, il est d’abord affecté au commissariat des Grandes Carrières dans le 18ème arrondissement. En 1938, il devient le chef de cabinet d’André Roches. Capitaine de réserve, il est mobilisé en septembre 1939. Capturé en juin 1940, il est finalement rapatrié en 1942. Promu au grade de commissaire, il est affecté à Levallois avant d’entrer à la police judiciaire à la Libération. En septembre 1944, il pilote la « section spéciale », l’unité chargée d’enquêter sur les crimes commis pendant l’occupation par les truands parisiens aux ordres de la Gestapo. Nommé à la tête de la brigade de la voie publique en 1945, il va diriger ce service pendant dix ans, se faisant une spécialité de la lutte contre le banditisme. Commissaire principal en mai 1947, puis commissaire divisionnaire en avril 1954, il prend la direction de la brigade criminelle le 20 octobre 1955. Il va diriger ce service pendant six années particulièrement mouvementées puisque marquées par l’importation en Métropole des événements d’Algérie. Les effectifs placés sous ses ordres passeront ainsi de 60 inspecteurs à plus de 120. Après avoir consacré une grande partie de son énergie à lutter contre le FLN, il devra également affronter la montée en puissance de l’OAS. Afin de le soulager sans sa tâche, le commissaire Clot se voit déchargé des affaires criminelles de moindre importance qui vont revenir à la brigade anti-agression. En novembre 1961, après avoir été plusieurs fois menacé de mort, il est visé par un attentat de l’OAS et doit quitter son logement. Épuisé, il finit par demander sa réaffectation. Le 17 février 1962, il prend la tête des services actifs de la PJ sous l’autorité de Max Fernet. Victime d’un malaise cardiaque le 10 juillet 1962, il est placé en congé maladie puis admis à faire valoir ses droits à la retraite le 1er avril 1963. Il est mort le 11 juillet 1972.

Principales affaires : attentats du FLN (1958-1961), affaire de l’Observatoire (1959), enlèvement d’Eric Peugeot (1960), attentats de l’OAS (1961-1962)

8. février 1962 – déc. 1966 : Maurice Bouvier

Né à Nogent-le-Roi le 6 avril 1920. Licencié en droit, il entre dans la police en 1943 afin d’échapper au STO. Titularisé en 1944, il rejoint la police judiciaire en 1946 et intègre la brigade criminelle en 1949. Commissaire en 1952, il devient le n°2 de la criminelle en 1957 avant d’en prendre la tête en 1962. C’est un perfectionniste et un bourreau de travail, qui mène ses hommes avec une grande énergie. D’abord directeur-adjoint de la DRPJ-PP en 1966, il va ensuite la diriger de 1970 à 1974. Cette année-là, apogée de sa carrière, il devient directeur central de la PJ, un poste éminemment difficile qu’il va pourtant conserver jusqu’en 1981. Il est mort le 23 juillet 2009.

Principales affaires : attentas de l’OAS (dont celui du Petit-Clamart en 1962), Lucien Léger (1964), Mehdi Ben Barka (1965), Galibert (1966)

9. déc. 1966 – nov. 1970 : Gustave Jobard

Né en 1919, il rejoint la police en 1946 après sa nomination au grade de commissaire. Commissaire principal en 1956, puis divisionnaire en 1963, il dirige d’abord la brigade de la voie publique avant de prendre la tête de la criminelle en 1966. Homme tout en rondeur et toujours plein de bon sens, il est très aimé de ses hommes. Derrière ce style patelin se cache pourtant un grand professionnel. Il est mort en (?).

Principales affaires : la malle sanglante (1967)

10. nov. 1970 – mai 1974 : Roger Poiblanc

Né en 1921. Diplômé en criminologie (1952), il commence comme inspecteur aux RG avant de rejoindre la brigade criminelle de la PJ en 1957. Nommé à la tête du commissariat de Saint-Gervais en 1960, il retrouve brigade criminelle en février 1962. Très impliqué dans l’affaire Ben Barka, il devient chef adjoint de la brigade criminelle en décembre 1966. Promu au grade de commissaire divisionnaire en 1969, il prend la tête de la Crim’ l’année suivante. C’est un homme modeste et simple. Il est mort à Sens en 2011.

Principales affaires : Raymond Gorel (1972), vol du cercueil de Philippe Pétain (1973)

11. mai 1974 – sept. 1979 : Pierre Ottavioli dit « Otta » ou « Papa Oscar »

Né à Marseille en 1922. Évadé d’Allemagne, où il avait été envoyé dans le cadre du STO, il entre dans la police parisienne dès son retour en France. Après avoir travaillé dans plusieurs commissariats de quartiers, il rejoint la brigade criminelle et réussit le concours de commissaire en 1959. Après un nouveau passage à la Crim’ au moment de l’attentat du Petit-Clamart, il est nommé à la tête de la brigade mondaine en 1965. Il doit alors remettre en ordre une institution qui a été durement éprouvée par l’implication de certains de ses fonctionnaires dans l’affaire Ben Barka. En 1968, son poste à la Mondaine le met aux premières loges de l’affaire Markovic. Après avoir dirigé la brigade de répression du banditisme (BRB), Pierre Ottavioli revient finalement à la brigade criminelle en 1974, mais cette fois-ci pour en prendre la direction. Durant cinq années, il va diriger son service d’une main de maître et faire face à des situations très délicates. En octobre 1978, il crée la Section Anti-Terroriste (SAT), dont il va confier la direction au commissaire Jean Diem. Pierre Ottavioli est souvent présenté comme le modèle du « flic à l’ancienne ». C’est un homme silencieux, toujours impeccablement habillé et doté d’un sang-froid à toute épreuve. Il est très respecté de ses hommes. Peu malléable, il finira cependant par se brouiller avec une partie du pouvoir politique, ce qui le contraindra à partir à la retraite en 1982. Il fonde alors une agence de détectives privés puis une société de sécurité, la Securopen (1992).

Il est l’auteur de Échec au crime (Grasset, 1985)

Principales affaires : enlèvement de Louis Hazan (1975), assassinat du député de Broglie (1976), enlèvements de Luchino Revelli-Beaumont (1977) et du baron Empain (1978), assassinats d’Henri Curiel (1978) et de Pierre Goldmann (1979)

12. sept. 1979 –  mars 1982 : Marcel Leclerc

Né le 5 février 1935 à Sainte-Anne-sur-Vilaine. Fils d’agriculteurs, cet élève brillant décroche un diplôme de sciences économiques ainsi qu’un doctorat de droit public, avant de servir comme officier de l’armée de l’Air au plus fort de la guerre d’Algérie (1959-1960). Reçu au concours des commissaires de police de la préfecture de police de Paris en 1960, il est en poste dans différents commissariats de quartier avant d’intégrer la brigade criminelle en 1964. Il y restera pendant six années, avant de partir commander la brigade de recherche et d’intervention (1974-1978). Devenu le chef adjoint (1978-1979) puis le chef de la brigade criminelle (1979-1982), il estimera avoir perdu son poste parce qu’il voulait orienter l’enquête menée après l’attentat de la rue Copernic sur la piste moyen-orientale, tandis que le pouvoir socialiste préférait parier sur celle de l’extrême-droite. Après avoir rejoint l’IGPN, il en devient le directeur en 1986. Membre du cabinet de Charles Pasqua au conseil général des Hauts-de-Seine, il termine sa carrière dans l’administration préfectorale avant de prendre sa retraite en 1998.

Il est l’auteur de De l’Antigang à la Criminelle (Plon, 2000)

Principales affaires : attentat de la rue Copernic (1980), assassinat de Joseph Fontanet (1980), enlèvement de Michel Maury-Laribière (1980), affaire du cannibale japonais Isei Sagawa (1981)

13. avril 1982 – mars 1984 : Jacques Genthial

Né à Rodez en 1938. Fils d’officier, titulaire d’une maîtrise de droit et d’un DES en sciences économiques, il entre dans la police en 1965. Il occupe ensuite plusieurs postes, aussi bien au sein de la préfecture de police que de la police nationale, notamment à la tête des SRPJ de Toulouse (1976) puis d’Orléans (1980). Directeur de la division nationale anti-terroriste (DNAT, 1981), il ensuite nommé à la tête de la brigade criminelle à un moment où les attentats connaissent une forte recrudescence. Chargé de mission à la DCPJ (1983-1986), puis directeur de la police technique et scientifique, toujours à la DCPJ (1986-1988), il rejoint ensuite le cabinet du ministre de l’Intérieur Pierre Joxe (1988-1989). Directeur central de la PJ (1990-1993), il prend la tête de l’IGPN avant de prendre sa retraite en 1998. Jacques Genthial a également été le président du Centre international des sciences criminelles et pénales (CISCP).

Principales affaires : attentats de la rue Marbeuf et de la rue des Rosiers (1982), attentat d’Orly (1983), affaire Sudra-Hattab, dite affaire de l’Appât (1984)

14. mars 1984 – juin 1985 : Marcel Morin

Né en 1936. Licencié ès lettres, il entre à la préfecture en qualité de commissaire en 1957. Commissaire principal, il dirige la 6ème brigade territoriale de Paris. En 1971, il est nommé à la tête de la brigade des stupéfiants du SRPJ de Marseille. Il organise alors le démantèlement d’une grande partie de la French Connection. Promu chef de la brigade des stupéfiants et du proxénétisme, il succède ensuite au commissaire Genthial à la tête de la criminelle. Par la suite, il sera également préfet de police des Bouches-du-Rhône.

Il est l’auteur de La Planète blanche (Tsuru Editions, 1990).

Principales affaires : Gérard Lebovici (1984)

15. juillet 1985 – sept. 1989 : Jean Dufour

Né en 1933. Fils de gardien de la paix, il suit la tradition paternelle avant de passer les concours d’inspecteur puis de commissaire. En poste à Aubervilliers puis à Nogent, il passe ensuite par la BRB avant de devenir le chef de la 10ème brigade territoriale. Il prend la tête de la Crim’ en 1985 et dirige ce service pendant plus de quatre années au cours desquelles il aura à gérer de nombreux dossiers particulièrement difficile. Il a la réputation d’être un homme calme et un sage qui n’aime pas les conflits.

Principales affaires : attentats iraniens de 1985-1986 (dont celui de la rue de Rennes), attentats et assassinats commis par Action Directe (1985-1987), Cons-Boutboul (1985), « le Grêlé » (1986-1987), Thierry Paulin (1987)

16. septembre 1989 – novembre 1992 : Patrick Riou

Né à Paris en 1946. Licencié en droit, il devient commissaire de police en 1972. Diplômé de l’École Nationale Supérieure de Police (ENSP) du Mont-d’Or, il rejoint la préfecture de police en 1974. Affecté dès l’année suivante à la brigade criminelle, il devient chef adjoint de la brigade des stupéfiants (1980-1983), chef adjoint de la brigade criminelle (1985-1987) puis chef de la brigade des stupéfiants (1987-1989) et enfin chef de la brigade criminelle (1989-1992). Sous-directeur des Affaires économiques et financières à la DRPJ-PP (1992-1993), il prend ensuite la tête de la DRPJ-PP (1997-1999) avant de devenir directeur central de la PJ (1999-2002). Nommé inspecteur général des services actifs de la police nationale (2002-2003), il prend sa retraite en 2009. Il est considéré comme un homme pragmatique et souple.

Il est l’auteur de Ma vie à la Crim’ (Jacob Duvernet, 2011)

Principales affaires : pasteur Doucé (1990)

17. déc. 1992 – mai 1994 : Pierre Henri Joseph Cavin

Né en 1944 dans une famille corse. Commissaire de police en 1971, il est affecté à la brigade de la voie publique (1973-1977). Chef de la BRI (1987-1989), il va diriger la brigade criminelle pendant un an et demi. Directeur adjoint de la police judiciaire en 2003, il devient inspecteur général des services actifs de la police nationale et prend finalement sa retraite en juin 2004.

Principales affaires : prise d’otage de la maternelle de Neuilly-sur-Seine (1993)

18. mai 1994 – janvier 1996 : Christian Gallo

Né en (?). Chef de la BRB (…-1994), il prend ensuite la tête de la Crim’. Ayant été considéré comme l’un des responsables de la « guerre des polices » qui avait émaillé l’enquête sur les attentats terroristes de l’été 1995, il est muté à l’inspection générale des services en janvier 1996. Il prend sa retraite 2005.

Principales affaires : Claude Genova (1994), Florence Rey/Audry Maupin (1994), attentats terroristes de l’été 1995

19. février 1996 – avril 2000 : Martine Marcelle Feugas-Monteil

Née à Vincennes, le 15 janvier 1950. Fille et petite-fille de policiers, elle obtient une licence de droit et un diplôme de l’Institut de criminologie avant d’entrer à l’École nationale supérieure de la police en 1976. Sortie major de sa promotion 1978, elle devient l’une des premières femmes commissaires de police. Après avoir dirigé plusieurs commissariats parisiens (St-Thomas d’Aquin, Bel Air), elle entre à la PJ en 1982. Chef adjoint de la brigade des stupéfiants (1982-1989), elle prend la tête de la brigade de répression du proxénétisme (1989-1994) et pilote notamment le démantèlement du réseau de Madame Claude. Commissaire principale en 1986 puis divisionnaire en 1991, elle devient la cheffe de la BRB (1994-1996), puis celle de la brigade criminelle (1996-2000). Elle est décrite comme une femme forte, enthousiaste et très attachée à l’institution qu’elle sert. Après un passage à la direction des ressources humaines de la DRPJ-PP, elle prend la tête de ce service (2002-2004). De 2004 à 2008, elle est directrice centrale de la police judiciaire au ministère de l’Intérieur. Elle termine sa carrière dans la filière préfectorale avant de prendre sa retraite en 2013.

Elle est l’auteure de Flic, tout simplement (Michel Lafon, 2008)

Principales affaires : attentat de Port Royal (1996), Mamadou Traoré (1996), Lady Di (1997), Guy Georges (1998)

20. avril 2000 – novembre 2003 : Frédéric Péchenard

Né le 12 mars 1957 à Neuilly-sur-Seine. Titulaire d’une maîtrise de droit, il entre à l’École nationale supérieure de la police (ENSP) du Mont-d’Or en 1981. Promu au grade de commissaire, il dirige le commissariat de Chaillot (1983-1984) puis l’unité de recherche de la 2ème section de la PJ (1984-1988). Il occupe ensuite différents postes au sein de la police judiciaire, dont celui de chef de la section anti-terroriste de la brigade criminelle (1990-1991), de chef adjoint de la BRI (1991-1994) et de chef adjoint de la brigade criminelle (1994-1996). Après avoir dirigé la BRB (1996-2000), puis la brigade criminelle (2000-2003), il prend la tête de la DRPJ-PP (2006-2007). Proche de Nicolas Sarkozy, il exerce la fonction de directeur général de la police nationale durant le quinquennat de ce dernier (2007-2012). Il rejoint ensuite la vie politique, devenant conseiller de Paris (2013), puis vice-président de la région Ile-de-France en charge des questions de sécurité (2015). Excellent pédagogue, il assure régulièrement des cours à l’École des commissaires de police du Mont-d’Or où il est professeur associé.

Il est l’auteur de Piège pour un flic (Anne Carrière, 2004) et de Gardien de la Paix (Michel Lafon, 2007)

Principales affaires : Richard Durn (2002), A. Besseghir (2002), Abdelkamel Benbara (2003)

21. janvier 2004 – septembre 2007 : Noël Robin

Né en 1957, il débute sa carrière à la police judiciaire de la préfecture de police en 1984. Devenu sous-directeur puis directeur (1999) de la brigade financière de la DRPJ-PP, il mène notamment l’enquête sur l’affaire dite du Sentier. Il contribue également à l’arrestation de Charles Pieri, considéré comme le chef occulte des nationalistes corses. En septembre 2009, il est nommé sous-directeur du service des affaires économiques et financières à la DCPJ. Il sera notamment en charge de l’enquête sur l’affaire Bettencourt. Connu pour son humanité, sa discrétion et son professionnalisme, il disparaît dans des circonstances tragiques en avril 2013.

Principales affaires : « Gang des Barbares » (2006)

22. septembre 2007 – juin 2009 : Loïc Garnier

Né en 1963 à Saint-Mandé. Commissaire de police en 1986, il commence sa carrière au commissariat de Versailles avant de rejoindre la brigade criminelle en 1992. Chef d’une section de droit commun puis de la section anti-terroriste (1993-1996), il devient le chef adjoint de la brigade en 1999. Entre 2002 et 2004, il dirige le Groupement d’Intervention Régionale (GIR) des Hauts-de-Seine puis la 2ème division de la police judiciaire (2004-2005) et enfin la BRB entre 2005 et 2007. En 2007, il revient à la brigade criminelle mais cette fois-ci en tant que patron. Après son départ de l’unité en juillet 2009, il prend la direction l’Unité de Coordination de la Lutte Anti-terroriste (UCLAT). A ce titre, il va fortement s’impliquer dans les enquêtes menées après les attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan (2015) et de Nice (2016).

Principales affaires : Cholet (2008)

23. novembre 2009 – novembre 2010 : Yvette Bertrand-Maison

Née à Évreux en 1957. Après avoir été l’une des premières femmes commissaires de police, elle est d’abord nommée dans un commissariat de quartier (1981). Elle passe ensuite par la brigade financière avant de faire un an aux Stups. Entrée à la brigade de protection des mineurs en 1993, elle va en devenir la cheffe jusqu’en 2008. Après avoir dirigé le SDPJ du Val-de-Marne, elle est nommée à la Crim’ en 2009 où elle ne restera finalement qu’une seule année.

Principales affaires : …

24. novembre 2010 – mars 2017 : Marc Thoraval

Né en 1963. Nommé commissaire en 1990, il débute au SRPJ de Versailles avant de diriger le commissariat du 17ème arrondissement (1994-1996). Chef de section au SDPJ de Nanterre (1996-1999), il devient le chef adjoint de la BRI (1999-2002), chef adjoint de la BRB et enfin chef adjoint de la brigade des Stups jusqu’en 2010, il est ensuite nommé à la tête de la brigade criminelle. Mettant fin à une série de brefs passages à la tête de la Crim’, il va diriger cette unité pendant près de sept ans, apportant ainsi une stabilité bienvenue. Il se fait rapidement connaître pour son mauvais caractère et son refus de s’exprimer dans la presse. Les journalistes finiront d’ailleurs par le surnommer « Mister No ». En 2015, il doit surtout gérer la très grave crise engendrée par les attentats successifs de Charlie Hebdo, du Bataclan et de l’Hyper-Casher. En mars 2017, il devient le directeur adjoint de la brigade financière de la préfecture.

Principales affaires : Clément Méric (2013), Abdelhakim Dekhar (2013), attentats terroristes de Charlie Hebdo, du Bataclan et de l’Hyper-Casher (2015)

25. mai 2017 – … : Michel Faury

Né en 1967 dans le Limousin, il est le fils d’un militaire et d’une femme médecin. Entré dans la police, il travaille à la brigade criminelle puis à la BRB, dont il devient le chef adjoint. Chef de la BRI de 2008 à 2013, il prend ensuite la direction du SDPJ des Hauts-de-Seine avant d’être nommé à la tête de la Crim’. En 2017, il pilote le déménagement de son unité vers leur nouveau siège des Batignolles. Il est présenté comme un patron humain et un homme de dialogue, mais aussi comme un remarquable professionnel.

Principales affaires : …

. La méthodologie d’une enquête criminelle 

Après avoir été informé de l’existence (réelle ou supposée) d’un cas d’homicide volontaire ou d’enlèvement, le procureur de Paris peut décider de saisir la brigade criminelle de la préfecture de police s’il estime que la complexité de l’enquête requiert l’intervention d’experts hautement qualifiés (quitte à la dessaisir ensuite si l’affaire s’avère moins complexe que prévue). Comme tout service de police judiciaire, en en vertu du code de procédure pénale, il appartiendra dès lors à la brigade d’identifier l’auteur des faits, de le localiser, de procéder à son interpellation puis de le mettre à disposition de la justice.

En fonction des informations dont il dispose, le chef de la brigade doit tout d’abord décider quel groupe d’enquête sera le plus à même de se rendre sur place dans les plus brefs délais afin d’établir les premières constations.

Une fois parvenus sur les lieux, les enquêteurs doivent avant tout « fixer » la scène de crime et vérifier en particulier la bonne étanchéité du périmètre de sécurité, afin que la zone ne soit pas « polluée ». Ils vont ensuite commencer à interroger les premiers intervenants (policiers, sapeurs-pompiers) ainsi que les témoins éventuels. C’est ce que l’on appelle l’enquête de voisinage, une étape qui permet souvent d’apporter des éléments très utiles : connaissaient-ils la victime ? que peuvent-ils en dire ? ont-il vu des personnes entrer ou sortir ? ont-ils entendu des bruits suspects et si oui peuvent-ils dire à quelle heure ?

Pendant ce temps et sous l’autorité des officiers de police judiciaire, les techniciens de l’identité judiciaire vont procéder aux constatations. Pendant plusieurs heures, ils vont ainsi prendre de nombreuses photos des lieux, établir des plans et repérer toutes les traces matérielles. A l’aide de leur lampe blue-star, ils vont par exemple détecter d’éventuelles traces de sang et formuler des hypothèses concernant la façon dont il a été projeté. Ils vont aussi effectuer de nombreux prélèvements génétiques, notamment sous les ongles de la victime. Tous les éléments ainsi récupérés sont ensuite placés sous scellés avant d’être envoyés au laboratoire de la police scientifique. Les enquêteurs vont aussi relever les éventuelles traces papillaires ainsi que les traces de pas présentes aux alentours. Si l’arme du crime était une arme à feu, ils vont mener une première forme d’analyse balistique.

En principe, il s’agit de partir du plus général (l’environnement extérieur) avant d’aller vers le plus particulier, c’est-à-dire vers le corps de la victime. Dans un second temps, il faut faire le chemin inverse, c’est-à-dire partir du corps puis élargir les constatations vers les espaces voisins, le but étant de ne rien rater. Un premier examen du corps permet de repérer d’éventuelles traces de coups, de strangulation, des plaies, etc. La dépouille est ensuite acheminée vers l’institut médico-légal de Paris pour y être dûment autopsiée. Toutes ces constations sont fastidieuses mais très importantes car si elles ne sont pas bien faites, l’enquête aura beaucoup moins de chance d’aboutir. Il faut également se souvenir que le procès d’assise, si jamais il a lieu, ne se déroulera que dans deux, trois ou cinq ans. Il importe donc d’enregistrer dès à présent tous les éléments de l’enquête de façon la plus détaillée possible afin de pouvoir ensuite les présenter le jour du procès. Tous les détails, mêmes les plus infimes, peuvent avoir leur importance : faisait-il chaud ou froid, pleuvait-il, y avait-il un match de foot à la télé, pourquoi y avait-il deux verres sur la table alors que la victime vivait seule, etc.

Si la victime n’avait pas sur elle de traces permettant de l’identifier formellement, il faudra avant tout parvenir à le faire dans les plus brefs délais. On devra par exemple consulter la liste des personnes disparues ou bien étudier le fichier des empreintes digitales et génétiques afin de vérifier si la personne y figure. Une fois que l’identification est assurée, il s’agit ensuite de perquisitionner son domicile au plus vite. En effet, dans 9 cas sur 10, il existe un lien direct entre elle et son meurtrier. Aussi est-ce en fouillant dans son intimité que l’on aura le plus de chance de trouver le mobile probable du crime. On va donc devoir interroger attentivement ses parents, ses amis et ses collègues. C’est ce que l’on appelle l’enquête de personnalité, là encore l’une des grandes spécialités de la Crim’. S’il y a plusieurs victimes, on va chercher à connaître le lien qui les unissait. Grâce aux agendas retrouvés, aux relevés de cartes bancaires, aux données des caméras de surveillance, aux factures détaillées de téléphone, on va pouvoir établir de façon très précise l’emploi du temps de la victime jusqu’au moment de son meurtre et relever les points susceptibles d’intéresser l’enquête. Cette partie de l’enquête, dite du rouleau compresseur, est la spécialité de la Crim’, qui peut accumuler et vérifier un nombre impressionnant de données en un minimum de temps. Chacun de ces éléments d’enquête doit faire l’objet d’un procès-verbal rédigé en bonne et due forme afin d’éviter un éventuel vice de procédure. Ils vont peu à peu conduire les enquêteurs vers des premières pistes qu’il leur faudra soigneusement vérifier et sans en négliger aucune. C’est là que leur expérience et leur ténacité vont jouer tout leur rôle. Cette première phase d’enquête dure généralement entre un et huit jours.

Dès lors qu’un suspect potentiel a été identifié, les hommes de la brigade doivent encore le localiser. Dans les cas les plus simples, ils se rendront tout simplement à son adresse officielle. Dans des cas plus difficiles, ils devront faire appel à des méthodes d’investigation plus complexes et réaliser des planques ou des écoutes téléphoniques. Enfin, une fois localisé, il s’agit encore de l’interpeller. Dans les cas où cette interpellation pourrait présenter des risques particuliers, les policiers de la Crim’ vont pouvoir faire appel à leurs collègues de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) qui sont spécialisés dans les arrestations musclées. A cet égard, il est bien connu qu’une bonne interpellation repose à la fois sur la surprise et le surnombre.

Les hommes de la brigade disposent ensuite de 48 heures de garde à vue afin de procéder à l’interrogatoire du suspect. Depuis quelques années, un avocat est désormais présent lors de cette étape cruciale. Concrètement, un interrogatoire n’est rien d’autre qu’une discussion destinée à aboutir à la connaissance des faits. Il existe plusieurs techniques pour tenter d’y parvenir. On peut par exemple laisser le suspect s’enfermer dans ses dénégations avant de lui présenter subitement des preuves qui vont aboutir à l’effondrement de son système de défense initial. On peut aussi tenter de jouer sur la corde sensible par divers biais (son passé, sa famille, sa fragilité psychologique). Les criminels qui ont agi sous le coup d’une émotion spontanée avouent généralement plus facilement leurs actes que les truands. Même sans aveux circonstanciés toutefois, un dossier d’accusation peut être très solide, surtout s’il comporte des preuves génétiques. Si le crime a eu des témoins, on présentera le suspect à ces derniers en présence d’autres individus de même profit. C’est ce que l’on appelle faire un « tapissage ».

S’il existe d’assez forts indices de culpabilité, le procureur (en cas de flagrance) ou le juge d’instruction (dans le cadre d’une enquête préliminaire) va pouvoir décider une éventuelle mise en examen. La brigade va alors déferrer le suspect devant la justice. Qu’il soit laissé libre sous contrôle judiciaire ou bien placé en détention provisoire, le prévenu ne pourra plus être entendu par les enquêteurs qu’après l’accord formel du juge d’instruction. L’enquête va ensuite suivre son cours mais lors de l’éventuel procès en cour d’assises, les officiers de police qui ont mené les investigations pourront être convoqués par les magistrats afin être entendus sur les faits et s’expliquer sur la façon dont ils ont mené leur enquête.

Même en l’absence d’arrestation d’un suspect, une enquête criminelle n’est pas prescrite tant que de nouveaux éléments viennent s’y ajouter. A cet égard, les hommes de la brigade ont pour coutume d’accumuler sans cesse de nouveaux faits, même minimes, afin de pouvoir repousser indéfiniment le terme de la prescription.

. Bibliographie :

. Biographies disponibles sur le site de la Société d’Histoire de la Police (SHP).

. Who’s who, 2015.

. Archives du bulletin municipal de Paris et du Journal officiel de la République française.

. Archives de la préfecture de police.

. Bienvenu, Clovis : Le 36 quai des Orfèvres, à la croisée de l’histoire et du fait divers, PUF, 2015.

. Diaz, Charles : La Fabuleuse histoire des grands flics de légende, Jacob Duverney, 2010.

. Cances, Claude : Les Seigneurs de la Crim’, Jacob Duvernet, 2012.

. Frachon, Matthieu : 36 quai des Orfèvres, des hommes, un mythe, éd. Du Rocher, 2011.

. Frachon, Matthieu : Histoire de la Crim’, Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2011.

. Pellicer, Raynal & Titwane : Brigade criminelle. Immersion au cœur du 36, quai des Orfèvres, La Martinière, 2015.

Notes :

1 Les trois groupes anti-terroristes forment la Section Anti-Terroriste (SAT) de la BC. Leur zone de compétence est limitée à Paris et à la petite Couronne, contrairement à la Sous-direction Anti-terroriste de la direction centrale de la Police Judiciaire (SDAT), qui est basée à Levallois-Perret. Depuis les attentats de 2015, la SAT compte quatre groupes d’enquête.

2 « Dérouiller » = recevoir une enquête, « être de doublure » = de permanence, techniquer = mener l’analyse scientifique d’un lieu, « procédurer » = se charger de l’établissement des procès verbaux, « moquetter » = amener un suspect dans le bureau du patron, etc.

3 La 1ère section rassemblait la brigade criminelle et la brigade de la voie publique, la 2ème section regroupait la brigade mondaine et la brigade des mandats et des notes (chargée de localiser les personnes recherchées), la 3ème section s’occupait de la protection des mineurs.

Crédit photographique : le mythique immeuble du 36 quai des Orfèvres. By Jebulon (Own work) [CC0], via Wikimedia Commons

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