L’adjudant Langlais et les « chasseurs d’hommes » de la TEAM-6 (II)

Partie I

. La face sombre de la TEAM-6

Au début du mois de janvier 2002, alors que l’unité venait tout juste d’être déployée pour la première fois en Afghanistan afin de participer à la traque d’Al-Ka’ida, le chef de la Red Team, Vic Hyder, fut chargé de mener l’attaque d’une ferme fortifiée située près de Kandahar. Le bâtiment était censé abriter des membres supposés de l’organisation terroriste. A cette occasion, le commandant Hyder tua pour la première fois un civil afghan, un vieil homme déboussolé qui s’approchait de ses hommes malgré les injonctions qui lui étaient faites (en anglais) de reculer au plus vite.

En mars suivant, la TEAM-6 fut envoyée dans la vallée de Shah-i Kot, dans l’Est de l’Afghanistan, afin de participer à l’opération Anaconda, une vaste offensive menée contre un bon millier de combattants d’Al-Ka’ida qui tentaient de regagner le Pakistan. Dès le 4 mars, la TEAM-6 y perdit son premier membre, Neil Roberts, qui officiait au sein de la Red Team depuis près de 15 ans. Lui et ses hommes devaient installer un poste d’observation sur la montagne de Takur Ghar, située à 3 000 mètres d’altitude, et permettre ainsi la sécurisation d’un couloir aérien. Alors qu’il s’approchait du piton en pleine nuit, l’hélicoptère fut soudainement touché par une rocket de RPG. Roberts, qui se trouvait à bord de l’appareil, glissa sur une flaque d’huile et fut brutalement éjecté tandis que le reste de l’équipage alla s’écraser six kilomètres plus bas dans la vallée. Durant plus d’une heure et bien que blessé, Roberts parvint semble-t-il à repousser ses assaillants. Près de sept soldats américains appartenant à diverses unités furent tués et quatre autres blessés en essayant de s’approcher de la zone où il se trouvait. Finalement, lorsque l’équipe de secours arriva enfin sur les lieux, elle découvrit le corps de Roberts attaché à un arbre, gisant dans la neige et à moitié décapité. Ce drame, connu sous le nom de « bataille de Roberts Ridge », vint mettre un terme définitif à la réputation d’invincibilité de la TEAM-6. C’était la première fois en effet depuis l’invasion de Panama en 1989 qu’un SEAL de la TEAM-6 était tué en opération et la première fois de toute son histoire que la TEAM-6 subissait une perte directe au combat. Le choc fut immense et suscita l’apparition d’un esprit de revanche et de haine qui allait fortement s’amplifier par la suite.

Dès le 6 mars 2002, les camarades de Neil Roberts, toujours commandés par Vic Hyder, partirent mener l’opération Objective Bull dans le but de neutraliser un convoi de trois véhicules suspects qui s’approchait de la frontière pakistanaise. Malgré les demandes répétées des SEALS, l’aviation américaine décida finalement de bombarder les véhicules en question, tuant au passage la plupart de ses occupants. Lorsqu’il arriva sur place, Vic Hyder et ses hommes comprirent qu’il s’agissait en réalité de civils (qui se rendaient en fait à un mariage). Mais au lieu d’appeler les secours, comme l’aurait voulu le règlement militaire, Hyder exécuta personnellement les rares survivants à l’aide de son arme automatique.

C’était la première fois que les hommes de la TEAM-6 furent confrontés à une situation qui devait souvent se reproduire par la suite. Car comment faire la différence entre des civils et des insurgés dans des régions où le port d’une arme est souvent une nécessité et même parfois un fait culturel ? Quelques jours plus tard, lors de l’opération Wolverine, un convoi d’insurgés qui s’approchait de la frontière du Pakistan fut littéralement pulvérisé sous un déluge de balles par les soldats de la TEAM-6, et cela alors même que ses occupants ne représentaient plus une quelconque menace. Là encore, il s’agissait clairement d’une vengeance à l’égard d’un adversaire honni.

A partir du moment où il se retrouveront également déployés en Irak, les opérateurs de la TEAM-6 furent plongés dans un environnement encore plus violent et barbare que n’avait pu l’être le théâtre afghan. Entre 2006 et 2008, au plus fort de la lutte anti-insurrectionnelle, la TEAM-6 fut sollicitée à un rythme croissant et totalement inédit. Il arriva souvent que les soldats de la TEAM-6 soient contraints d’intervenir jusqu’à cinq fois par semaine et qu’on ne leur annonce la nature de leur future mission que quelques heures seulement avant son déclenchement. Certains opérateurs s’offusquèrent d’ailleurs d’être ainsi employés pour mener des actions qui auraient dû revenir à d’autres unités bien moins spécialisées que la leur. Alors qu’ils devaient en principe opérer uniquement contre des « cibles de haute valeur », on leur demandera ainsi souvent d’éliminer des responsables de second ou de troisième rang, et parfois même de simples délinquants de droit commun !

Si certaines de ses opérations se terminèrent sans qu’il y ait eu de perte de part et d’autre, la plupart firent à chaque fois entre dix et quinze victimes dans les rangs de l’ennemi, et parfois même jusqu’à vingt-cinq ! Les hommes de la TEAM-6 avaient acquis tant d’expérience que beaucoup de leurs adversaires furent abattus pendant leur sommeil en n’ayant même pas entendu les soldats américains fondre sur eux au cœur de la nuit. Mais la TEAM-6 subit également des pertes assez sensibles, bien plus élevées en tout cas que tout ce qu’elle avait connu depuis sa création. En tout, ce furent ainsi plusieurs dizaines d’opérateurs ou de membres des personnels de soutien qui perdirent la vie tandis que beaucoup d’autres furent blessés plus ou moins gravement, que cela soit physiquement ou psychologiquement. La plupart des morts se produisirent à l’occasion d’accidents de véhicule ou d’explosions d’engins improvisés, mais aussi à l’entraînement.

Ce contact permanent avec la mort allait engendrer un processus bien connu que les comportementalistes dénomment « l’ensauvagement », c’est-à-dire une perte progressive ou brutale des repères moraux, qui amène à considérer comme naturel et même comme tout à fait positif le fait de donner la mort à un autre être humain. Cette situation fut encore aggravée par la nature de l’ennemi djihadiste, qui bien souvent ne respecte lui-même aucune barrière morale et qui aime par ailleurs à provoquer l’effroi parmi les populations civiles en faisant preuve à leur égard d’une insigne cruauté. On aurait toutefois pu attendre que les membres de la TEAM-6, particulièrement entraînés et stables sur le plan affectif, ne se laissent pas aller à des sentiments de haine ou de revanche dans le cadre de leur travail. Mais en tout état de cause, il n’en fut rien. Certains d’entre eux commencèrent même à manifester des comportements de plus en plus déviants, tandis que d’autres sombrèrent parfois dans l’alcoolisme ou la consommation de divers produits stupéfiants. Lors des heures les plus sombres de la guerre d’Irak, d’aucuns se mirent par exemple à lire la Garde du Diable, un roman de George Elbert Elford dans lequel un ancien SS, après avoir intégré la Légion étrangère française, se glorifie des atrocités qu’il commet sur les insurgés du Vietminh.

Dès lors, les pratiques délictueuses qui avaient été constatées jusque-là de façon sporadique devinrent pratiquement la norme au sein de certains escadrons. Ainsi, au motif qu’ils devaient prélever un échantillon de tissus de leurs victimes, afin que les experts de l’armée puissent établir le profil génétique des insurgés tués au combat, certains soldats de la TEAM-6 en profitèrent pour se livrer à de véritables actes de profanations : découpages de doigts, dépeçages de parties du cuir chevelu et même parfois des décapitations. L’un des rites les plus violents et les plus macabres fut appelé canoeing. Il consistait à tirer une balle dans le visage du mort (ou du mourant) afin de l’exploser littéralement, en laissant ainsi comme la trace d’un canoë qui serait passé en plein milieu. A Dam Neck, au siège de la TEAM-6, les coffres d’archives contiennent d’ailleurs toujours un album photo du « tableau de chasse » des opérateurs. Tous les visages des principaux responsables djihadistes éliminés par la TEAM-6 y sont recensés, avant et après le canoeing, comme autant de trophées sanglants.

Dans leurs articles, Mark Mazzetti et Matthew Cole ont rappelé que ces agissements inacceptables avaient été encore aggravés par plusieurs facteurs, et tout d’abord par le mode de fonctionnement propre à la TEAM-6. Cette unité est en effet composée d’opérateurs qui se considèrent certes comme des professionnels très aguerris, ce qui est tout à fait juste, mais aussi comme des hommes qui n’ont de compte à rendre à personne si ce n’est à leurs propres camarades, ce qui est déjà moins justifiable sur le plan éthique et surtout totalement erroné sur le plan juridique. Quoi qu’il en soit, il est évident qu’une véritable omerta a régné au sein de l’unité, si bien que, lors des débriefings qui suivaient les opérations, il était très rare que les participants décrivent avec exactitude tout ce à quoi ils avaient réellement assisté.

Un autre phénomène aggravant fut la structure même du commandement. En effet, alors que les opérateurs sont des militaires issus du rang et qu’ils peuvent parfois demeurer jusqu’à dix ans ou plus à leur poste, ils sont commandés par des chefs d’escadron formés à l’Académie navale d’Annapolis et qui ne vont rester en place que pour deux, trois ou quatre années au maximum. Ces derniers se retrouvent donc dans une position d’infériorité par rapport à leurs propres hommes. En outre, s’ils sont bien passés par les BUD/S, ils n’ont toutefois pas subi les tests de sélection de la fameuse Green Team, ceux-là mêmes qui forgent l’esprit de corps de l’unité, le fameux wolf pack mentality, littéralement « l’esprit de meute ». Certains de ces chefs préférèrent donc jouer profil bas et se contentèrent de détourner le regard lorsqu’on leur rapportait, ou bien qu’ils constataient par eux-mêmes, des comportements délictueux. C’est ainsi qu’ils ne prirent pas de sanctions lorsqu’un membre de la TEAM-6 se mit à diffuser auprès de ses camarades des vidéos exposant les agonies de dizaines de combattants ennemis tués pendant les opérations. Il fallut qu’il finisse par menacer l’un de ses collègues avec son arme de service après avoir trop bu pour qu’il soit finalement exclu de l’unité.

A l’inverse, afin d’essayer de rependre de l’ascendant sur leurs soldats, certains supérieurs ne trouvèrent rien de mieux que de les encourager à se montrer encore plus durs dans la conduite de leurs missions. A plusieurs reprises, des opérateurs qui n’avaient pas été jugés suffisamment « agressifs », ou bien qui avaient eu des « états d’âmes », furent ainsi amenés à quitter l’unité. A l’inverse, les plus impitoyables bénéficiaient d’un plus grand crédit. Nommé en 2006 à la tête de la Red Team, Hugh Wyman Howard III eut par exemple l’idée de faire fabriquer des hachettes afin de récompenser ses meilleurs éléments1. Certains opérateurs se servirent de ces armes pour mieux profaner les corps de leurs adversaires. Commandant de l’escadron bleu, Peter Vasely crut bon pour sa part de délivrer certaines de ses conférences en arborant volontairement un uniforme maculé de sang ! Au début de l’année 2008, à l’occasion de l’opération Panthera, qui avait pour but la capture d’un leader taliban près de Lashkar Gah, dans la province du Helmand, Vasely donna même publiquement à ses hommes la consigne préalable de « liquider tout le monde ».

Et même lorsque les chefs de l’unité se retrouvèrent contraints par la force des choses d’informer leurs supérieurs, c’est alors la direction du JSOC qui fit blocage afin d’empêcher que les tribunaux militaires ne puissent se saisir des cas en question. Sollicitée une demi-douzaine de fois en dix ans pour des suspicions de crimes de guerre, elle classa ainsi systématiquement tous les dossiers. A l’occasion de son passage à la tête de l’institution, entre 2003 et 2008, le général McChrystal se signala par le soutien sans faille dont il fit preuve à l’égard de ses recrues dans ce genre d’affaire.

. Une grave série de polémiques

Le successeur de McChrystal à la tête du JSOC, l’amiral William McRaven (2008-2011), devait cependant se montrer moins conciliant. Il faut dire qu’il allait être confronté à une succession de polémiques qui entachèrent gravement l’image de la TEAM-6. Depuis plusieurs années déjà, une partie du commandement s’était ému de l’accoutrement de plusieurs des membres de la TEAM-6 qui, barbus et couverts de tatouages, commençaient à plus ressembler aux membres d’un gang de bikers qu’à des soldats de l’armée des Etats-Unis d’Amérique2.

Un grave événement se produisit à la fin de l’année 2008 qui contraignit pour la première fois la hiérarchie à prendre des sanctions. Au départ et comme souvent, on retrouva une initiative de la CIA, qui avait demandé à la TEAM-6 de capturer un groupe d’insurgés localisés dans la région de Djalalabad en Afghanistan. Et le moins que l’on puisse dire est que les opérateurs du Gold Squadron menèrent cette mission sans prendre de gants. L’enquête releva ainsi qu’ils avaient exécuté purement et simplement les six suspects, pratiquant même des scalps sur plusieurs d’entre eux. Furieux d’avoir ainsi perdu l’occasion d’obtenir de précieux renseignements, l’un des officiers de renseignement de la CIA, Richard Smethers, prit alors une décision rarissime. Il écrivit un rapport circonstancié et le fit transmettre à ses supérieurs. En fin de compte, et après bien des palabres, Smethers accepta d’abandonner les poursuites, en échange de quoi le Gold Squadron fut discrètement renvoyé aux Etats-Unis avant la fin officielle de son déploiement.

En février 2009, mis sous pression par la présidence afghane, qui s’était plainte de la brutalité des raids nocturnes fréquemment opérés par les forces spéciales américaines, McRaven décida de frapper un grand coup. Avec l’accord de McChrystal (récemment nommé à la tête du théâtre afghan), il ordonna donc la suspension de tous les raids nocturnes pendant une période de deux semaines, tout en faisant modifier les procédures en vigueur. Désormais, les membres de la TEAM-6, comme tous les autres soldats des forces spéciales, devraient s’assurer qu’il n’y avait plus de civils dans le périmètre concerné avant de mener leur assaut. Au besoin, ils devraient procéder à un Call-out et les évacuer par eux-mêmes. Ils seraient également dans l’obligation d’établir des rapports documentés décrivant de façon précise la façon dont les insurgés avaient été tués et quel type de munitions avait été utilisé pour cela. Dans le même esprit, les hommes de la TEAM-6 durent apprendre à travailler avec une unité spécialement formée, la Cultural Sensivity Team (CST) dont les membres, souvent de jeunes sous-officiers féminins, devaient s’assurer que les opérateurs ne commettent pas d’impairs vis-à-vis des coutumes locales, par exemple dans leur façon de parler aux femmes, d’utiliser leur chien ou de traiter les ouvrages ou les objets religieux. On leur demanda aussi d’embarquer à leurs côtés des soldats locaux afin de les former à certaines de leurs méthodes, mais aussi pour leur permettre de mieux s’immerger dans l’état d’esprit des locaux. Toutes ces initiatives furent bien évidemment ressenties comme des désaveux de la part des opérateurs, ce qui était d’ailleurs bien souvent le cas.

Mais cela n’empêcha pas des bavures de continuer à se produire régulièrement. Le 12 avril 2009, quittant momentanément les théâtres afghans et irakiens, les hommes de la TEAM-6 parvinrent ainsi à réaliser à la perfection le type même d’opération pour lequel ils avaient été créés, à savoir l’arraisonnement d’un bateau dont l’équipage avait été pris en otage par des pirates somaliens. La libération du capitaine du Maersk Alabama fut considérée à juste titre comme un extraordinaire fait d’armes. Mais si les décideurs militaires ne s’offusquèrent pas de la mort de tous les preneurs d’otage, ils émirent cependant quelques doutes après avoir constaté la disparition suspecte d’une somme de 30 000 dollars. Si l’affaire fut finalement classée sans suite la suspicion demeura.

Le 27 décembre 2009 à Ghazi Khan, dans la province de Kunar, des membres de la TEAM-6 partis à la recherche d’un chef taliban furent accusés d’avoir abattu sans raison dix personnes, dont huit étudiants d’une école coranique. Le chef recherché n’était pourtant pas présent au moment de l’intervention. Encore une fois, l’affaire fut classée.

Le 26 septembre 2010, l’opération Anstruther s’acheva cependant sur un fiasco dont l’ampleur ne put pas être masquée. Le but était cette fois-ci de libérer des mains des Talibans la jeune Linda Norgrove, une travailleuse humanitaire britannique (dont on apprendra d’ailleurs plus tard qu’elle était en réalité une agente du MI-6, les services de renseignements extérieurs anglais). Menée dans la province montagneuse du Kunar, l’opération fut confiée aux NAVY SEALS de la TEAM-6. Elle se termina par la mort de tous les ravisseurs, mais aussi par celle de l’otage. Or, l’enquête démontra que c’était bel et bien les SEALS qui avaient tué Linda Norgrove en lançant tout près d’elle une grenade explosive. Plus dommageable encore que cet incident, certes tragique mais compréhensible dans le cadre d’une opération aussi complexe, ce furent surtout les mensonges de certains soldats désireux de se couvrir qui portèrent atteinte à l’image et au prestige de l’unité.

Quelques mois plus tard, le 22 février 2011, un nouvel assaut de la TEAM-6 contre des pirates somaliens entraîna la mort des quatre otages américains retenus à bord du yacht SY-Quest en plus de celle de quatre ravisseurs (dont l’un mourut après avoir été poignardé à 91 reprises !). Le « pacha » de la TEAM-6, Pete van Hooser, retrouva une fois encore mis sous pression par sa hiérarchie3.

. L’ultime mission

Alors que débutait l’année 2011, voilà déjà dix ans que les Américains étaient en guerre en Afghanistan, un pays où ils étaient donc restés pendant plus de temps qu’au Vietnam. Comme ses camarades, Louis Langlais fut pourtant renvoyé une nouvelle fois sur place dans le cadre d’un énième déploiement du Gold Squadron. Peu de temps auparavant, il a été élevé au grade de Master Chief Special Warfare Operator, le plus haut grade possible pour un engagé volontaire, c’est-à-dire pour quelqu’un qui n’était pas passé par une école d’officiers. Seul 1% des engagés finissent d’ailleurs par atteindre ce grade ! A 44 ans et avec ses 25 années de carrière militaire derrière lui, dont 11 passées au sein de la prestigieuse TEAM-6, Langlais possédait une expérience qui dépassait de très loin celles de la plupart de ses collègues.

En tant que membre du Gold Squadron, Louis Langlais avait accompli pendant près de dix ans de très nombreuses missions, aussi bien en Afghanistan qu’en Irak (et peut-être aussi dans d’autres pays ?). La totalité d’entre elles ayant été classées « secret défense », il n’est pas possible d’en faire un compte-rendu détaillé. Les cinq Bronze Stars qu’il a obtenues au cours de cette période sont autant d’indices qui permettent malgré tout de supposer un solide engagement de sa part. On sait qu’il avait obtenu la première d’entre elles en Afghanistan, où il avait été déployé entre janvier et avril 2003. Tandis qu’il participait à l’assaut d’un bastion ennemi, lui et ses camarades s’étaient soudainement retrouvés sous un feu nourri. Au mépris du danger, Langlais était alors parvenu à gagner une position de tir idéale, ce qui lui avait permis d’obliger l’adversaire à se replier. L’épisode se conclura par la mort ou la reddition de tous les insurgés.

Le sous-officier Langlais était connu de tous ses coéquipier pour la rigueur avec laquelle il aimait à planifier chaque détail de ses missions, ainsi que pour l’extraordinaire sang-froid dont il savait toujours faire preuve, y compris dans les moments les plus critiques, lorsque tout ce qu’y a été étudié sur le Power Point de préparation s’écroule en une seconde parce qu’un événement imprévu a tout remis en cause. A la fois parachutiste, grimpeur et plongeur, mais aussi pilote d’avion et pilote d’hélicoptère, Langlais était considéré par ses supérieurs comme un élément d’élite. Mais Louis, ou plutôt « Lou » comme le surnommaient ses compagnons, n’était pas seulement un professionnel respecté et admiré, c’était aussi un camarade apprécié pour son caractère à la fois généreux, humble et toujours plein d’humour. Il aimait ce qu’il fait et il le faisait bien.

Certes, son épouse et ses enfants lui manquaient cruellement. Mais il est vrai que les 75 000 dollars de salaire qu’il percevait chaque année lui permettaient de leur donner un niveau de vie bien plus confortable que la plupart des soldats de l’US-ARMY dotés d’un grade équivalent au sien. Heureusement, et même s’il devait s’astreindre à certaines règles de sécurité, Louis Langlais pouvait malgré tout appeler les siens et communiquer avec eux de façon assez régulière. Par ailleurs, les épouses des SEALS sont connues pour leur extraordinaire sens de la solidarité et elles se supportent les unes les autres pendant que leurs maris sont en opération.

En août 2011, Langlais était l’un des très rares opérateurs encore en activité à avoir intégré la TEAM-6 avant les attentats du 11 septembre. De ce fait, il appartenait pour ainsi dire à la génération des anciens, de ceux qui avaient connu l’unité avant les nombreuses transformations introduites par la « guerre contre le terrorisme », comme la sophistication progressive de l’équipement mais aussi la brutalisation des opérateurs. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il devait réprouver certains des actes qu’il avait vu commettre par ses camarades et que lui-même s’était tenu à l’écart de ce genre de pratiques. Tout, dans sa personnalité, s’opposait en effet à ce genre d’agissement. Il avait d’ailleurs été formé à une époque où ils n’auraient jamais pu être commis au sein des SEALS. Mais l’on peut aussi imaginer qu’il avait choisi de les taire, et même qu’il les excusait en partie en les attribuant aux conditions de stress extrême dans lesquelles étaient menées la plupart des opérations.

Quel que soit leur degré de responsabilité ou de culpabilité, les soldats sont aussi parfois victimes des conséquences de leurs actes. Certes, lorsqu’ils sont en mission, les opérateurs sont bien trop concentrés sur leur tâche pour ressentir de quelconques émotions. Mais au petit matin, lorsque tout est terminé, il faut une bonne dose de volonté pour garder le moral alors que l’on vient souvent d’abattre plusieurs personnes au cours de la nuit précédente et que l’on a parfois dû s’occuper d’enfants et de femmes en pleurs dont l’époux, le père, l’oncle ou le cousin venait d’être tué sous leurs yeux. Les opérateurs s’en tiraient généralement en se disant qu’il s’agissait de terroristes et que leur mort avait sans aucun doute permis de protéger des vies innocentes. Dans d’autres cas, ils s’en voulaient d’avoir survécu ou de ne pas avoir été blessés contrairement à beaucoup de leurs camarades. Le plus dur moment est celui du retour au pays, car il faut alors pouvoir quitter les habits du guerrier pour reprendre ceux du père, du voisin et de l’honnête citoyen. Car le corps et l’esprit humains ne sont pas faits pour subir un haut niveau d’adrénaline pendant une trop longue période. La décompression est parfois difficile. Victimes d’une forme de stress post-traumatique, certains opérateurs ont parfois du mal à trouver le sommeil. Ils refusent cependant d’évoquer leurs tourments avec leurs camarades, et encore moins avec leurs proches ou un psychologue. Cela pourrait être pris comme une preuve de faiblesse de leur part et même comme l’indice d’un trouble, ce qui pourrait leur coûter leur place et ruiner leur carrière.

C’est donc une vie très éprouvante que celle que menait Louis Langlais depuis 2001, aussi bien physiquement que psychologiquement. Du fait de son ancienneté, il aurait d’ailleurs pu quitter le service actif dès 2009, mais il avait demandé à pouvoir demeurer parmi ses coéquipiers encore deux années supplémentaires, un privilège qui lui avait été accordé au vu de ses brillants états de services. A la fin 2011, il était cependant prévu qu’il intègre la Green Team, l’équipe d’instructeurs chargée de former de nouvelles générations de la TEAM-6. Encore cinq années de service dans ce nouveau cadre et il pourrait ensuite quitter l’armée avec une pension de retraite complète. Il n’avait d’ailleurs pas tellement à s’inquiéter pour l’avenir, car même s’il décidait de raccrocher avant ce terme, un homme comme lui, avec son expérience et ses qualités professionnelles, trouverait sans difficulté à s’employer dans le privé, par exemple au sein d’une société de conseils en sécurité, une voie qu’avaient déjà suivie nombre de ses collègues.

Tandis qu’il était stationné en Afghanistan, il se produisit un événement qui le conforta conforter dans l’idée que le combat qu’il menait depuis déjà dix années en était arrivé à un tournant majeur. Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, ce furent effet 23 soldats du Red Squadron de la TEAM-6, c’est-à-dire des camarades de Langlais, qui menèrent à bien l’opération Geronimo, au cours de laquelle fut tué Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Ka’ida. Il est d’ailleurs probable que Langlais, en tant que membre du Gold Squadron, ait fait partie de l’équipe prépositionnée à la frontière pakistanaise, prête à intervenir si ceux qui opéraient dans le compound d’Abbotabad avaient besoin de soutien.

A peine quelques semaines après cet événement, le président Obama décida de dévoiler pour la première fois un calendrier de retrait des troupes américaines d’Afghanistan, précisant qu’à l’avenir les opérations de combat devraient être uniquement conduites par l’armée afghane.

Dans la nuit du vendredi 5 au samedi 6 août 2011, Langlais dut pourtant participer avec ses camarades à une énième opération. Il s’agissait cette fois-ci d’une mission de soutien opérationnel assez classique. Deux sections du 75ème régiment de Rangers avaient en effet été envoyées dans la vallée de Tangi, et plus précisément dans le village de Djaw e-Mekh Zarîn, au sud de Kabul, afin de neutraliser un chef rebelle local nommé Qari Tahir. Dès qu’ils arrivèrent sur place, à 22h58 heure locale, les soldats furent confrontés à une importante résistance armée. Un premier groupe de rebelles fut rapidement neutralisé par les terribles mitrailleuses des hélicoptères Apache. Mais un autre parvint à se retrancher plus solidement.

Comme il apparaissait possible que Qari Tahir puisse se trouver parmi eux, le commandement décida d’engager la SEAL TEAM-6. Langlais et ses camarades embarquèrent donc aussitôt à bord d’un lourd hélicoptère Boeing CH-47 Chinook dont l’indicatif radio était Extortion 17. A son bord se trouvait également un interprète et sept soldats afghans de l’Armée Nationale Afghane (ANA), cinq membres d’équipage appartenant au 35ème régiment d’aviation, dix-sept NAVY SEALS (dont quinze opérateurs du Gold Squadron de la TEAM-6) et huit autres soldats américains de diverses unités, soit trente citoyens américains et huit afghans.

Une minute avant qu’il ne se pose, à 2h39 du matin heure locale, l’appareil fut touché de plein fouet au niveau du rotor de queue par une rocket tirée par des combattants ennemis qui s’étaient embusqués sur le toit d’une maison à 220 mètres de là et que personne n’avait repéré. Le moteur du rotor prit feu et l’engin, gravement déséquilibré, partit s’écraser lourdement quelques dizaines de mètres plus loin, au bord d’une rivière. Une équipe de secours fut immédiatement dépêchée, mais une fois sur place, elle ne put que constater l’ampleur du drame. Parmi les décombres de l’appareil, elle ne retrouva aucun survivant4.

. Épilogue

Les dépouilles des soldats furent tout d’abord transférées vers la base de Bagram avant d’être ensuite rapatriées aux Etats-Unis. Réceptionnées sur la base aérienne de Dover dans le Delaware par le président des Etats-Unis en personne, elles furent ensuite exposées dans la chapelle de Little Creek, à Virginia Beach, où plus de 1 000 personnes vinrent leur rendre hommage. Le cercueil de Louis Langlais fut enterré en grande pompe le 11 août 2011, dans la 60ème section du cimetière national d’Arlington (n° 9 936), là où l’Amérique enterre ses héros.

Comme tous les soldats de l’armée américaine, Louis Langlais avait dû enregistrer une vidéo d’adieu destinée à ses proches, au cas où il trouverait la mort en opération. Son contenu a été en partie dévoilé au public et l’on comprend aisément en le parcourant que tout ce qu’il avait fait, vu, ou vu faire pesait sans doute encore lourdement sur la conscience de l’adjudant-chef Langlais :

« Papa vous aime du fond cœur. Il n’y a pas de jour où ne je pense pas à vous. Si vous voyez cette vidéo, j’espère qu’elle vous donnera de l’espoir. Je me bats pour que les gens de votre génération n’aient pas à se battre. J’espère que cette guerre contre le terrorisme sera achevée avant que vous n’ayez atteint l’âge de servir dans l’armée. Je ne veux pas que vous soyez des soldats, j’aimerai que vous deveniez médecins, avocats ou même éboueurs. Cela a l’air séduisant mais croyez-moi, ça ne l’est pas. Soyez sages et écoutez bien votre maman. A. [son épouse], je suis désolé de te faire subir cela. Tu es une plus grande victime que moi dans cette mort. Prends soin des deux garçons, tu es merveilleuse. Je t’aime ».

Notes : 

1 Ces haches ont été forgées par le célèbre artisan Daniel Winkler, installé en Caroline du Nord.

2 Cette rogue culture (“culture de voyous”) est directement issue de l’héritage de Marcinko, qui était un buveur et un noceur notoire. Déjà, en 1992, un amiral de la Navy avait comparé les membres de la TEAM-6 à des “pirates des Caraïbes” à cause de leurs tatouages, de leurs barbes et de leurs piercings et il avait demandé à ce que l’on fasse le ménage, ce qui fut fait. On se mit alors à recruter des membres plus âgés, mieux éduqués, plus athlétiques et plus matures. A partir de 2002 toutefois, un nouveau relâchement se produisit à la faveur de la montée en cadence des opérations.

3 Il n’empêche que bien d’autres faits du même genre continueront d’être perpétrés durant les années suivantes. Après l’opération d’Abbotabad, deux des soldats de la TEAM-6, Matt Bissonnette (septembre 2012) et Robert O’Neill (novembre 2014), revendiquèrent ainsi chacun “l’honneur” d’avoir personnellement tué le chef terroriste, révélant au passage de nombreuses informations pourtant classifiées secret défense. Bissonnette sera poursuivi en justice pour ses déclarations et beaucoup de hauts gradés exprimeront alors publiquement leur opposition face à ce manque de respect des normes de confidentialité. En 2012, onze opérateurs de la TEAM-6 seront officiellement sanctionnés pour avoir participer à l’élaboration d’un jeu vidéo, Medal of Honor : Warfighter. La violence de certaines opérations sera elle aussi questionnée. En décembre 2012, lorsqu’ils délivreront le docteur Dilip Joseph, les SEALS tueront les cinq ravisseurs, dont l’un alors qu’il avait déjà été fait prisonnier. En janvier 2017, lors d’un raid mené à Yakla au Yémen, les SEALS de la TEAM-6 détruiront une douzaine de maisons et abattront entre 15 et 30 civils (dont plusieurs enfants), sans parvenir à éliminer l’individu recherché. En octobre 2017, deux membres de la TEAM-6 seront accusés d’avoir étranglé un autre soldat américain, le sous-officier Logan Melgar. Alors qu’il était en poste à l’ambassade de Bamako, celui-ci avait en effet découvert que ses collègues détournaient de l’argent destiné à payer des informateurs. Selon toute vraisemblance, les conséquences de l’ensauvagement que les membres de l’unité ont subi durant la « guerre contre le terrorisme » ont été profondes et se feront sentir encore longtemps.

4 Il s’agit de la plus lourde perte subie par l’armée américaine au cours de la campagne afghane.

Sources :

. Cole, Matthew : « The Crimes of Seal Team 6 », The Intercept, 10 janvier 2017.

. Luc Fournier : « Mort d’un héros de guerre américain… de Québec », Le Soleil, 12 août 2011.

. Kenneth R. Weiss : « Navy Master Chief Petty Officer Louis J. Langlais dies at 44 […] », Los Angeles Times, 21 août 2011.

. Mann, Don & Pezullo, Ralph : Inside Seal Team Six, My Life and Missions with America Elite’s Warriors, Little, Brown and Compagny, 2012.

. Mazzetti, Mark (& Nicholas Kulish, Christopher Drew, Serge F. Kovaleski, Sean D. Naylor, John Ismay) : « SEAL Team 6, A Secret History of Quiet Killings and Blurred Lines », Washington Post, 6 juin 2015.

. Navy Seals, America’s Secret Warriors, History Channel, 2017 (documentaire en deux parties diffusé sur la chaîne 23 le 27 janvier 2018 sous le titre Navy Seals, les commandos secrets de l’Amérique).

. O’Neill, Robert James : L’Opérateur, Nimrod, 2017.

. Inconnu : The Virginian Pilot, date inconnue.

. Inconnu : « Obituary, Louis Langlais », Santa Barbara Independent, 11 août 2011.

Annexe 1 : l’organisation de la TEAM-6

. « L’escadron rouge » (Red Team) est spécialisé dans l’assaut. Son emblème est une tête d’Amérindien au-dessous de laquelle viennent se placer deux haches de guerre. Ses membres se sont surnommés eux-mêmes les « Peaux-Rouges » (Redmen).

. « L’Escadron bleu » (Blue Team) est spécialisé dans l’assaut. Son emblème est le Jolly Roger, le drapeau des forbans et ses membres sont d’ailleurs surnommés les « Pirates » (Pirats).

. « L’Escadron d’or » (Gold Team) est spécialisé dans l’assaut. Son emblème est un lion héraldique dont la queue se termine par un trident. Ses membres sont surnommés les « Chevaliers » (Knights), ou encore les « Croisés » (Crusaders).

. «  L’Escadron d’argent » (Silver Team) a été créé en 2008. Il est spécialisé dans l’assaut. Son emblème est triple et reprend à la fois le Jolly Roger, la croix et les deux tomahawks.

. «  L’Escadron gris » (Grey Team) est spécialisé dans la logistique et le transport, qu’il soit terrestre (souvent le Pandur), aérien ou maritime. Son emblème est une tête de viking et ses membres se sont surnommés ainsi.

. « L’Escadron EOD  » est spécialisé dans la mise au point d’explosifs.

. « L’Escadron noir » (Black Team) a d’abord été constitué pour être l’unité de snipers de la TEAM-6. Par la suite, il sera également employé pour mener des missions de reconnaissance pré-opérationnelle. Certains de ses membres sont envoyés à l’étranger afin d’assurer la protection des représentations diplomatiques américaines. C’est la seule équipe de la TEAM-6 où l’on trouve des femmes.

. « L’Escadron TSS » est chargé du commandement et de la planification opérationnelle des missions.

. « L’Escadron vert » (Green Team) est chargé de la sélection des candidats et de la formation des nouvelles recrues.

Annexe 2 : les grades des opérateurs des forces spéciales

Depuis 2006, les opérateurs des SEALS ont leurs propres grades qui sont, dans l’ordre :

. Special Warfare Operator Third Class (SO3, caporal)

. Special Warfare Operator Second Class (SO2, caporal-chef)

. Special Warfare Operator First Class (SO1, sergent)

. Chief Special Warfare Operator (SOC, sergent-chef)

. Senior Chief Special Warfare Operator (SOCS, adjudant)

. Master Chief Special Warfare Operator (SOCM, adjudant-chef)

Annexe 3 : Décorations acquises par Louis Langlais au cours de sa carrière

. Une médaille « Cœur de Pourpre » (Purple Heart), attribuée à titre posthume.

. Six « étoiles de bronze » (Bronze Stars) avec l’insigne V pour valeur (Combat ‘V’ device for valor), dont une à titre posthume.

. Deux « médailles pour Service rendu » (Joint Service Commendation Medals), dont l’une avec l’insigne V pour valeur (Combat ‘V’ device for valor)

. Trois « médailles d’honneur de la Marine » (Navy Corps Achievement Medals)

. Trois « rubans d’actions de combat » (Combat Action Ribbons)

. Une citation présidentielle d’unité (Presidential Unit Citation)

. Sept « médailles de bonne conduite » (Good Conduct Medals)

. Une « médaille du Service de la Défense nationale » (National Defense Service Medal)

. Deux « médailles de Service en Asie du Sud-Ouest » (Southwest Asia Service Medals)

. Trois « médailles de la Campagne d’Afghanistan » (Afghanistan Campaign Medals)

. Une « médaille du Corps expéditionnaire de la Guerre globale contre le Terrorisme » (Global War on Terrorism Expeditionary Medal)

. Une « médaille du Service dans la Guerre globale contre le terrorisme » (Global War on Terrorism Service Medal)

. Sept « rubans de déploiements de service maritime » (Sea Service Deployment Ribbons)

. Une médaille d’expert de tir au fusil-mitrailleur (Rifle Marksmanship Medal)

. Une médaille d’expert de tir au pistolet (Pistol Marksmanship Medal)

 

Crédit photographique : la région de Kajaki, province d’Helmand, Afghanistan. Photo: Sgt Anthony Boocock, RLC/MOD [OGL (http://www.nationalarchives.gov.uk/doc/open-government-licence/version/1/)%5D, via Wikimedia Commons

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