Karl Bömelburg, chef de la Gestapo en France (II)

Partie I

. Un état d’exception

Malgré l’important renfort dont il a bénéficié en juin 1942, la faiblesse de ses effectifs restera un souci constant pour Karl Bömelburg. Mobilisés dans toute l’Europe par des tâches de surveillance et de répression de plus en plus nombreuses, complexes et urgentes, les policiers allemands sont confrontés à une situation qui les dépasse largement. Alors qu’elle dispose d’à peine 5 000 hommes, comment donc la SIPO-SD pourrait-elle parvenir à empêcher quarante millions de Français de nuire à la sécurité des 450 000 membres du personnel civil et militaire allemand qui sont installés en France ?

Pour réussir ce pari qui peut sembler impossible, la Gestapo va heureusement pouvoir s’appuyer sur un cadre administratif et juridique particulièrement favorable aux intérêts allemands. Depuis l’été 1940 en effet, les principales libertés publiques ont été suspendues en France. Les droits de réunion, d’association et de manifestation, le secret des correspondances et la liberté de la presse n’existent plus. Le pays vit désormais sous une stricte occupation militaire et, dans la plupart des régions, on peut rarement faire plus de quelques kilomètres sans tomber sur un barrage de l’armée, où chacun se voit fermement invité à présenter ses papiers d’identité et à justifier sa présence. Les contrôles inopinés sont également fréquents dans les gares et sur les grands axes. Les frontières internationales sont encore plus étroitement surveillées et pour ainsi dire pratiquement bouclées. Un couvre-feu nocturne a par ailleurs été instauré dans les principales villes et toute personne trouvée sur la voie publique en dehors des heures légales se voit systématiquement appréhendée. Au moindre signe de révolte ou de refus d’obéissance, les soldats peuvent tirer à vue et sans sommation. Les passages entre la zone occupée et la zone libre sont soumis à des autorisations qu’il est très difficile d’obtenir. Enfin, de nombreuses parties du territoire français considérées comme sensibles ont été érigées en zones interdites, en particulier le littoral atlantique, dont l’accès sera conditionné à l’établissement de laisser-passer spéciaux à partir d’avril 1941. Tous les membres du personnel civil et militaire allemand bénéficient par ailleurs d’une totale impunité juridique face aux tribunaux français, tandis qu’à l’inverse, ils ont le droit d’appréhender toute personne qu’ils considéreront comme suspecte.

Cette occupation s’est également traduite par la mise en place d’un dispositif légal particulièrement contraignant et rigoureux. En vertu de l’article 3 de la convention d’armistice signée à Rethondes, les ordonnances du MBF ont force de loi sur le territoire français. Or, plusieurs d’entre elles concernent directement la sécurité, comme celles qui réglementent strictement le port d’arme (10 mai 1940), la possession d’un poste radio émetteur (26 juin 1940) ou de pigeons voyageurs (5 novembre 1940), ou encore la possibilité de pouvoir photographier le personnel ou les bâtiments militaires allemands (16 septembre 1940).

A compter du 4 juillet 1940, la législation pénale allemande va officiellement pouvoir s’appliquer dans toute la France occupée. Il s’agit en l’occurrence du code militaire, dont l’article 161 précise notamment « que toute atteinte portée à la sécurité des troupes occupantes, ainsi que toute infraction à un ordre du Führer (Führerbefehl) ou de son représentant, est un acte répréhensible qui doit être châtié comme s’il avait été commis sur le territoire du Reich ».

Bénéficiant de ce cadre très coercitif, la Gestapo dispose en outre de l’ensemble des pouvoirs d’arrestation et de détention. Elle peut les exercer à l’égard de n’importe quel citoyen français, qu’il soit majeur ou non, qu’il s’agisse d’un fonctionnaire ou d’un militaire, qu’il fasse ou pas l’objet d’un avis de recherche (Fahndungsbriefe) et aucune autorité ne peut la contraindre à faire libérer la personne en question. Si un individu appréhendé par la police française est suspecté d’avoir voulu nuire aux forces d’occupation, les policiers français ont ordre d’en avertir immédiatement leurs collègues allemands. La Gestapo peut alors ordonner le transfert du suspect vers ses propres locaux1.

La procédure pénale a été réduite au maximum et laisse très peu de droits à la défense. A la suite de son interrogatoire, si le suspect a avoué ou bien si on l’estime l’avoir confondu par des preuves ou par des témoignages probants, il est présenté devant le tribunal militaire allemand du Grand Paris (Gross Paris), dont le siège est situé au n°11 rue Boissy-d’Anglas, dans le 8ème arrondissement. Après un examen de son dossier, les juges peuvent estimer que l’individu en question se trouve concerné par l’ordre promulgué par Hitler le 7 décembre 1941. Cet ordre, dit « Nuit et Brouillard » (Nacht und Nebel, NN), prévoit que l’accusé soit transféré clandestinement en Allemagne afin d’y être traduit directement devant les Tribunaux du Peuple (Volksgerichtshof), principalement celui de Cologne, une instance qui a la réputation (justifiée) de prononcer des condamnations à mort de façon quasi systématique.

Les magistrats militaires du Grand Paris peuvent aussi décider de rendre eux-mêmes la sentence. Deux types de peines sont alors prévues, soit les travaux forcés, soit l’exécution. Dans le premier cas, le condamné est généralement transféré sous bonne escorte vers le camp de Royallieu près de Compiègne, d’où il sera ensuite convoyé par train vers un camp de travail allemand, le plus souvent Mauthausen ou Dachau. Même lorsqu’ils sont parvenus dans ces camps, les détenus restent par ailleurs sous l’autorité de la Gestapo, qui dispose ainsi dans chaque lager d’une section dite politique, la Politische Abteilung, chargée notamment de prévenir les tentatives de mutinerie. A partir de 1943, l »institution qui gère ce système concentrationnaire, l’office économique de la SS (SS-WVHA), va sans cesse avoir besoin de plus de main d’œuvre pour faire tourner les usines qu’elle contrôle. Elle se montrera de plus en plus demandeuse de nouveaux détenus et la Gestapo usera donc de plus en plus fréquemment de la détention dite de sûreté ou Schutzhaft, afin de pouvoir envoyer directement ses prisonniers vers les camps de concentration, sans même avoir à les faire passer devant les tribunaux militaires.

S’il est condamné à la peine capitale, le prisonnier n’aura pas à subir la déportation mais sa destinée sera encore plus courte. Renvoyé dans sa cellule sans être informé de la date de son exécution, il n’apprendra celle-ci que lorsqu’un aumônier et des gardes viendront le réveiller au petit matin pour la lui annoncer. Après avoir eu le temps de rédiger une lettre d’adieu, ils sera conduit seul ou avec plusieurs camarades à bord de camions bâchés vers le lieu de son exécution, le plus souvent le Mont-Valérien pour ce qui concerne la région parisienne. Une fois sur place les condamnés à mort sont extraits par petits groupes avant d’être attachés à des poteaux de bois où ils sont fusillés par un détachement de soldats allemands, généralement issus de l’ORPO, la police d’ordre de la SS. Leurs corps seront ensuite incinérés ou bien enterrés dans les fosses communes de cimetières parisiens. La première victime de ce procédé sera Étienne Achavanne, fusillé à Rouen dès le 6 juillet 1940 pour avoir saboté un standard téléphonique, permettant ainsi à la RAF de bombarder une base de la Luftwaffe. A Paris, le titre de premier fusillé reviendra à l’étudiant Jacques Bonsergent, qui sera passé par les armes le 23 décembre 1940, à 28 ans, pour n’avoir pas voulu dénoncer l’un de ses camarades qui avait malmené un sous-officier allemand au cours d’une rixe. Entre janvier et juillet 1941, une quarantaine de civils français subiront le même sort, tandis qu’une centaine d’autres seront déportés2.

. La collaboration policière

Du fait de la pénurie d’effectifs à laquelle il est confronté, Bömelburg a donc un besoin vital du concours que peuvent lui prêter les 120 000 fonctionnaires de la police française. Or, plus que tout, les autorités politiques de Vichy sont littéralement obnubilées par le souci de conserver le peu qu’il leur reste de souveraineté, mais aussi par la volonté de garantir un semblant d’ordre, notamment contre ce qu’elles qualifient de « sédition communiste ». Elles vont donc souvent se montrer prêtes à devancer les demandes des Allemands. Ceux-ci en retour vont soigneusement les entretenir dans cette illusion d’un partenariat en évitant généralement de trop les brusquer.

Parce que les questions de sécurité sont considérées comme d’une importance vitale, elles sont généralement gérées au plus haut niveau décisionnel. Dans leur travail avec les autorités françaises, Karl Oberg et Helmut Knochen ont donc le plus souvent pour interlocuteur direct le président du conseil en personne, Pierre Laval, qui est d’ailleurs aussi le ministre de l’Intérieur en titre3. Lorsque ce dernier se trouve à Vichy, Oberg et Knochen traitent avec Fernand de Brinon, le délégué du gouvernement en zone Nord. Ils ont aussi souvent affaire au secrétaire général pour l’Administration, Georges Hilaire, et surtout aux secrétaires-généraux à la Police : Henri Chavin d’abord (août-sept. 1941), puis Joseph Rivalland (sept. 1941 – avril 1942) et enfin René Bousquet (avril 1942 – décembre 1943), ainsi qu’avec l’adjoint de ce dernier, Jean Leguay. Pour les questions plus techniques, ils s’appuient surtout sur Amédée Bussière, le préfet de police de Paris, ainsi que sur ses trois principaux adjoints: Émile Hennequin, le directeur général de la police municipale, Guillaume Tanguy, le directeur général de la Police judiciaire et surtout Lucien Rottée, le directeur général des Renseignements Généraux de la PP, qui supervise l’activité des deux brigades spéciales, la BS-1 de Fernand David, chargée de traquer les communistes en général, et la BS-2 de Jean Hénoque qui s’occupe plus particulièrement de l’antiterrorisme. Tous les deux vont s’avérer remarquablement efficaces dans la lutte contre la Résistance.

Le 8 août 1942, après trois mois d’une négociation tendue et difficile, le secrétaire-général René Bousquet et Karl Oberg finissent par signer un accord fondamental qui va venir officialiser l’autonomie de la police française vis-à-vis des autorités allemandes. Plusieurs points essentiels, qui avaient été laissés en suspens jusque-là, vont être alors formellement avalisés : tout d’abord, dès lors que les forces allemandes ne seront pas directement visées, toutes les opérations de police et toutes les procédures judiciaires devront être considérées comme relevant exclusivement de la compétence des autorités françaises, celles-ci ne pourront donc recevoir aucun ordre de l’occupant. En outre, la France n’aura plus à fournir d’otages aux Allemands comme elle avait dû le faire à plusieurs reprises depuis l’été 1941. Les forces de police françaises seront également renforcées par l’arrivée de nouveaux effectifs et dotées d’armes de meilleure qualité. Enfin, les différentes réformes de l’administration policière déjà appliquées en zone Sud, et notamment l’étatisation des polices municipales, seront progressivement étendues à la zone Nord. En échange de ces concessions, la France va accepter de collaborer pleinement avec l’Allemagne dans la lutte contre les communistes mais aussi contre les gaullistes.

. Des liens étroits avec la pègre

Mais pour mener à bien son travail d’enquête, la Gestapo ne va pas s’appuyer que sur les instances officielles françaises, elle va aussi entrer en contact direct avec de nombreux secteurs de la société civile, y compris avec la pègre locale4. Il est vrai que celle-ci se trouve alors au sommet de sa puissance. Qu’il s’agisse de faire du marché noir, de trafiquer des devises ou des tickets de rationnement, de faire chanter des individus recherchés ou bien encore de spolier les biens des personnes arrêtées, les occasions de réaliser de juteuses affaires ne manquent pas pour ceux qui n’ont aucun scrupule.

Dès l’été 1940, un certain nombre de truands décident d’ailleurs de contacter les Allemands afin de louer leurs services. Les occupants vont rapidement accepter cette offre de partenariat et nombre de bureaux d’achat de l’armée vont choisir de passer par ce biais afin de s’approvisionner en produits de toutes sortes5. En échange, les mafieux vont non seulement s’enrichir éhontément, mais ils pourront aussi se livrer à leurs trafics habituels en toute impunité grâce à la protection des occupants. Fortement impliqué dans ces contacts avec la pègre parisienne, l’Abwehr va utiliser cet intermédiaire pour obtenir toutes sortes d’informations sur le monde politique ou économique.

Bien qu’elle soit un service de police et qu’elle soit donc théoriquement chargée du maintien de l’ordre, la Gestapo va nouer elle aussi un partenariat très étroit avec le Milieu. Au cours du printemps 1942, elle commence par récupérer à son profit la tutelle des nombreuses bandes de truands qui travaillaient déjà pour l’Abwehr, à commencer par la sinistre bande du n° 93 de la rue Lauriston, également surnommée la « Carlingue ». Au lieu de se contenter de fournir les Allemands en produits divers ou bien en renseignements, les 300 membres de la « Carlingue » vont se mettre à traquer par eux-mêmes les résistants, une activité pour laquelle ils seront rémunérés « au rendement ». Dotés de cartes officielles, de laisser-passer et de permis de port d’armes, ils vont aussi naturellement abuser de leur situation, transformant par exemple les perquisitions en cambriolages purs et simples ou bien jouant sur plusieurs tableaux à la fois. Se sachant protégés, ils prendront par ailleurs un malin plaisir à venir narguer les policiers français. Mais il est vrai qu’ils permettront aussi de faire chuter plusieurs réseaux et mouvements de la Résistance, dont Alliance, Marco Polo et Défense de la France. En récompense de ces éminents services, les chefs de la « Carlingue », Pierre Bonny et Henri Chamberlin (dit « Lafont » ou agent BOE-43), vont obtenir des grades et des fonctions officielles dans la SS, méritant ainsi leur surnom de « Gestapo française »6.

Mais bien que les noms de certains de ces hommes soient demeurés dans les mémoires en raison de l’ampleur de leurs crimes, ils n’ont pourtant représenté que la partie émergée de l’iceberg. En réalité, la Gestapo va rétribuer près de 6 000 agents permanents à travers la France, tout en utilisant les services de plus de 24 000 indicateurs occasionnels, les V-Mann.

. Occupation, résistance et répression

Mais c’est un fait que la domination du Reich se trouve de plus en plus durement ressentie par la population française et qu’elle est contestée par une partie chaque jour plus large de l’opinion. Après avoir été comme anesthésiés par le choc de la défaite subie en juin 1940, les habitants commencent à réaliser plus clairement la situation dramatique dans laquelle se trouve leur pays et les graves enjeux auxquels il fait face. Les lourdes réquisitions opérées par l’armée allemande, qui s’apparentent souvent à un racket pur et simple, la morgue dont font preuve certains soldats et officiers, ou encore la terrible violence de la répression, tous ces éléments vont contribuer à renforcer la rancœur et même souvent la haine de beaucoup de Français à l’égard de l’occupant.

Et si la plupart des habitants se contentent de baisser la tête et d’attendre prudemment que d’autres agissent à leur place, certains, plus courageux, décident de passer à l’action, y compris au risque de leur vie. Dès le 11 novembre 1940, une grande manifestation anti-allemande rassemble ainsi près de 5 600 personnes à Paris tandis qu’en mai 1941, une grève d’une ampleur inédite éclate dans les mines du Nord. Et la tension devient d’autant plus aiguë que le sort des armes, d’abord favorable à l’Allemagne, commence à s’inverser clairement à partir de l’automne 1942. En Russie comme en Afrique du Nord, le Reich reçoit des coups sévères et son armée, réputée invincible, commence à reculer sur tous les fronts. Bien des Français se disent alors que l’heure est sans doute venue de préparer la revanche.

Mais Bömelburg et les siens ne pensent pas ainsi. Pour eux, la France ayant été vaincue militairement en juin 1940 et ayant officiellement reconnu sa défaite, toutes les initiatives prises contre les forces allemandes installées sur le territoire dans le cadre des accords d’armistice sont donc illégales et leurs auteurs ne sont rien d’autre que des criminels et des francs-tireurs (Freischärler), qu’il importe d’arrêter au plus vite et de châtier de la façon la plus exemplaire. Jusqu’au bout, les officiels allemands s’accrocheront à cette vision strictement juridique de la situation.

Mais pour pouvoir combattre et éventuellement parvenir à vaincre la résistance française, Bömelburg et ses hommes vont doivent devoir en comprendre la nature et le fonctionnement. Car les nombreuses organisations qui la composent possèdent des méthodes et des objectifs souvent bien différents.

On retrouve tout d’abord ce que l’on appelle des mouvements. Ce sont des organismes de nature essentiellement politique. Certains se disent gaullistes, d’autres socialistes ou bien communistes, tandis que quelques-uns défendront même la légitimité du régime de Vichy (du moins jusqu’à l’invasion de la zone libre). Le but de ces organisations consiste surtout à tenter de réveiller les consciences endormies de leurs concitoyens. Ils utilisent pour se faire différents biais, comme la diffusion d’une presse clandestine, mais également des tracts ou des slogans peints sur les murs. Si la Gestapo tente bien évidemment de freiner leur expansion, ils ne représentent pourtant pas pour elle une menace directe et impérieuse.

Tel n’est pas le cas en revanche des groupes qui se sont clairement organisés en vu de combattre l’Allemagne. A nouveau, ces derniers peuvent être divisés en deux :

On trouve d’abord des réseaux de renseignement, qui travaillent en lien étroit avec les Alliés, auxquels ils transmettent soit des informations de nature politique, soit des données stratégiques sur les installations militaires allemandes afin que celles-ci puissent être bombardées. Certains de ces réseaux travaillent sous la tutelle du BCRA, l’organe de renseignement de la France libre (comme la Confrérie Notre-Dame), tandis que d’autres sont plus ou moins contrôlés par les Britanniques du MI-6 (à l’exemple des réseaux Alliance, Interallié ou Jade-Anicol). Plusieurs d’entre eux disposent par ailleurs de complicités au sein de l’administration et de l’armée française, ce qui accroît fortement leur efficacité. Certains gèrent aussi des filières d’évasion et disposent de structures logistiques qui leur permettent de faire fabriquer toute une panoplie de faux documents administratifs de très bonne facture.

Et puis il y a enfin les réseaux d’action, ceux qui réalisent des sabotages et des attentats contre les troupes d’occupation. Ce sont bien évidemment les plus dangereux pour les Allemands. Un certain nombre d’entre eux sont liés au Special Operation Executive, les services spéciaux britanniques. Composées d’un chef d’équipe, d’un saboteur, d’un radio et d’un courrier, ces équipes du SOE s’avèrent particulièrement efficaces et difficiles à intercepter car elles sont généralement composées de ressortissants français. A partir de l’été 1941, le Parti communiste va également se lancer dans la bataille et ses différentes branches militaires vont fusionner au début de l’année 1942 pour constituer les Francs-Tireurs et Partisans (FTP). Les colonnes des journaux vont dès lors se remplir de récits de sabotages de voies ferrées, de vols commis dans les mairies pour s’emparer de bons de rationnement ou de cartes d’identité, d’assassinats de collaborateurs et même d’attentats commis contre des soldats allemands.

Au cours du printemps 1943, sous la conduite de Jean Moulin, les principaux mouvements de résistance vont aussi commencer à s’unir. Les plus importants d’entre eux, comme Combat ou Libération, vont également se structurer et finiront par disposer à la fois d’un organe de renseignement, d’une branche militaire, d’une filière d’évasion et de structures logistiques remarquablement efficaces. L’époque où les Allemands installés en France jouissaient d’une certaine tranquillité sera dès lors révolue.

. Une brutalité méthodique et assumée

Nantie des pouvoirs appropriés et bénéficiant d’un cadre juridique favorable, la SIPO-SD va pourtant s’atteler à détruire méthodiquement tous ces réseaux et mouvements. Pour y parvenir, elle va d’abord rependre à son compte la sinistre « politique des otages », cette tactique, inaugurée par le MBF au cours de l’été 1941 et qui consiste à faire fusiller plusieurs dizaines de détenus à chaque fois qu’une action de la Résistance aura coûté la vie à un Allemand, l’objectif étant de produire un effet de terreur censé décourager ce type d’initiative.

Le 22 octobre 1941, 48 otages ont ainsi été fusillés après la mort du lieutenant-colonel Karl Hotz, abattu deux jours plus tôt à Nantes par des militants communistes. Le 24 octobre suivant, 50 otages sont fusillés à Souges près de Bordeaux, suite au meurtre d’un autre officier, Hans Reimers. En décembre 1941, après qu’une nouvelle vague d’attentats anti-allemands a coûté la vie à quatre soldats allemands à Paris et à Brest, ce sont plus de 90 otages qui sont fusillés dans les mêmes conditions. Au total, d’août 1941 à mai 1942, 400 civils français seront ainsi exécutés afin de punir des actes auxquels ils n’avaient pourtant pris aucune part7. Une fois aux commandes, la SIPO-SD va d’abord décider d’accroître cette forme de répression : 98 otages sont ainsi fusillés le 11 août 1942 pour venger les soldats tués lors d’un attentat commis au stade Jean-Bouin le 5 août, puis 116 autres le 21 septembre suivant en représailles aux 3 soldats récemment tués devant le cinéma Rex.

Après avoir constaté son inefficacité, Karl Oberg décide finalement d’abandonner cette « politique des otages » à partir du mois d’octobre 1942. La Gestapo reçoit alors pour mission de concentrer tous ses moyens sur l’arrestation des chefs de réseaux et de leurs complices. Pour mener à bien leurs enquêtes, Bömelburg et ses hommes ne vont reculer devant rien : recours aux dénonciations anonymes, mises sur écoute téléphonique, rafles massives dans des lieux considérés comme des foyers d’agitation, placement arbitraire en détention de sûreté, détection des émissions radios clandestines8, menaces et chantages contre les proches des détenus, tout leur sera bon pour obtenir les noms et les adresses qui pourraient permettre de faire tomber les réseaux.

En la matière, l’une des techniques les plus efficaces va consister à retourner un résistant subalterne en lui faisant miroiter une amnistie ou bien des avantages financiers. C’est ainsi par exemple que Jean Multon, membre du mouvement Combat, va être retourné par la Gestapo de Marseille en avril 1943. Pendant plusieurs semaines, son travail de dénonciation va entraîner une véritable cascade d’arrestations, dont celles de plusieurs chefs d’envergure de la Résistance (Delestraint, Albrecht, etc.). Dans d’autres cas, plus rares il est vrai, les services allemands vont former eux-mêmes des agents afin qu’ils pénètrent les mouvements de la Résistance. Le cas le plus célèbre est celui d’Henri Devillers, infiltré lui aussi au sein du mouvement Combat à la fin de l’année 1941. Détecté par les services de la police française, il sera cependant arrêté, condamné à mort et fusillé le 19 juin 1942, offrant ainsi un exemple étonnant de collaboration entre la Résistance et les autorités officielles de Vichy9.

Mais la Gestapo va surtout entrer dans les mémoires pour son usage fréquent de la torture. Cette pratique, dite de « l’interrogatoire poussé » (Verschärfte Vernehmung), a d’ailleurs été avalisée par une circulaire officielle signée par le général Heinrich Müller et datée du 12 juin 1942. Elle n’est pourtant pas systématique et bien souvent elle n’est même pas nécessaire pour obtenir des aveux détaillés. La plupart du temps en effet, les détenus ne sont interrogés qu’après avoir passé plusieurs jours et même parfois plusieurs semaines dans des conditions éprouvantes, privés de nourriture, de boisson ou de sommeil, ce qui a sérieusement affaibli leur organisme et donc leur capacité de résistance psychologique. On use aussi fréquemment de certaines méthodes d’interrogatoires bien connues des policiers. On peut ainsi laisser parler longuement le détenu avant de le mettre ensuite face à ses propres contradictions et provoquer ainsi l’effondrement de son système de défense initial, ou bien encore bluffer et prétendre que l’on a déjà amassé des preuves suffisantes contre lui et que le fait d’avouer amoindrira la sentence, ou bien encore lui dire que ses propres camarades l’ont dénoncé sans vergogne et qu’il est donc absurde de chercher à les couvrir, etc.

Parfois cependant, et notamment lorsque le temps presse ou bien que l’on sait que l’on se trouve face à un personnage important dont on pense qu’il détient beaucoup d’informations, on passe à l’étape de la torture. Chaque antenne de la Gestapo possède ses propres spécialistes, qui sont parfois de véritables sadiques. La panoplie des supplices est très variée. Il peut s’agir bien évidemment d’injures ou de menaces, mais aussi le plus souvent de claques sur le visage, de coups de poing sur la tête ou dans le ventre. Si cela ne suffit pas, on peut passer à des méthodes plus douloureuses comme les brûlures de cigarettes ou de lampes à souder, la suspension par les bras pendant des heures et même des jours entiers, le tabassage sur le dos et les fesses à coups de nerf de bœuf, l’arrachage des ongles à la pince et le limage des dents, la torture à l’électricité, les simulations de pendaison, de noyade ou même de fusillade. Certains résistants ne survivront pas à ces terribles traitements et plusieurs périront sous les coups qu’on leur a assénés, à commencer par Jean Moulin10.

Bien qu’ils ne la pratiquent généralement pas eux-mêmes, Bömelburg et ses adjoints acceptent parfaitement l’usage de cette terrible violence à l’égard des détenus. On leur répète souvent qu’à l’heure où près de 2 700 soldats allemands meurent chaque jour sur le front de l’Est face aux « hordes judéo-bolchéviks » et tandis que les bombes alliées sèment la dévastation dans le Reich, ils n’ont pas le droit de faire preuve d’un « sentimentalisme déplacé » à l’égard des ennemis du peuple allemand. Si cette réputation justifiée de dureté et même de sauvagerie ne va certes pas contribuer à les rendre populaires auprès de la population, elle va pourtant servir les hommes de la Gestapo. A la seule évocation de ce nom en effet, beaucoup de suspects vont se mettre à parler sans même que l’on ait eu besoin de les violenter.

. Une terrible guerre de l’ombre

Bömelburg et ses hommes ne se considèrent d’ailleurs pas comme des policiers mais bel et bien comme des soldats. Ils estiment que si beaucoup de leurs camarades luttent sur le front les armes à main, dans des chars ou des avions, ils mènent quant à eux une guerre de l’ombre, certes plus discrète et moins bruyante, mais dont l’enjeu est parfois tout aussi vital. Chaque jour, lorsqu’il transmet à Knochen et Müller un rapport qui fait le point sur l’avancement des procédures en cours, Bömelburg le fait comme un officier qui rendrait compte de l’avancement de son plan de bataille.

Bömelburg sign
Signature de Bömelburg au bas d’un rapport officiel adressé à sa hiérarchie en juillet 1940 (site : germandocsinrussia.org)

 

Pour des raisons évidentes, la Gestapo va réserver ses coups les plus rudes au Parti communiste, qu’elle considère à juste titre comme son adversaire le plus dangereux et le plus puissant. Interdit depuis le mois d’octobre 1939, le PCF était déjà entré en clandestinité lorsque les Allemands ont envahi le pays. Liés par la signature du pacte germano-soviétique, ses cadres dirigeants vont louvoyer pendant près de dix-huit mois entre une neutralité de plus en plus difficile à tenir (officiellement il s’agit d’une guerre entre capitalistes et qui ne concerne donc pas le camp des travailleurs) et les appels insistants de leur base pour combattre l’occupation. Que ce soit seule ou bien en lien avec les services de l’armée ou de la police française, la Gestapo va néanmoins s’impliquer dès l’été 1940 dans la traque des communistes.

Les arrestations les plus connues ont été celles des grandes figures du parti, comme Lucien Sampaix (Paris, 27 mars 1941), Jean Catelas (Paris, 14 mai 1941), Gabriel Péri (Paris, 15 mai 1941) ou Danielle Casanova (Paris, 15 février 1942), qui finiront tous fusillés ou déportés, rejoignant ainsi le long martyrologe de leur parti. Mais dans les faits, certaines arrestations bien moins médiatisées auront un impact beaucoup plus important sur le fonctionnement interne de l’organisation. Celle par exemple d’Arthur Dallidet, l’agent de liaison de Duclos (Paris, 22 février 1942), celle de Robert Beck l’homme du Komintern (Paris, 7 juillet 1942), celle d’Artur London, le responsable de la propagande menée à l’égard de la Wehrmacht (Paris, 12 août 1942) ou encore de Joseph Epstein (Evry, novembre 1943), le commandant des FTP de la région parisienne. Mais les arrestations ne sont pas la seule façon ne nuire au parti. D’autres méthodes, plus subtiles, existent également et seront souvent utilisées, comme par exemple le discrédit. En 1942, Bömelburg fait ainsi diffuser dans la presse la lettre que Marcel Cachin, l’une des figures de proue du PCF, avait écrite au MBF en septembre 1941 pour désavouer les attentats commis contre l’occupant.

Mais plus encore que le PCF proprement dit, la Gestapo a surtout en ligne de mire les structures pilotées depuis Moscou et qui renseignent directement Staline. Or, en juin 1941, elle a mis au jour l’existence d’un vaste réseau d’espionnage dirigé par le GRU, le service d’espionnage de l’armée soviétique. C’est l’Orchestre Rouge (Rotte Kapelle), dont le démantèlement va devenir dès lors une priorité pour le siège berlinois, qui ne va pas hésiter à mettre sur le dossier ses meilleurs enquêteurs, regroupés pour l’occasion au sein d’une équipe spéciale, le Sonderkommando Rotte Kapelle. Et justement, les membres de ce dernier arrivent à Paris en octobre 1942 en provenance de Bruxelles. Conformément aux consignes qu’il a reçu de ses supérieurs, Bömelburg met à leur disposition tous les moyens jugés nécessaires. Mais il souhaite aussi pouvoir participer lui aussi à la traque que mènent ses hôtes et c’est pourquoi il obtient de pouvoir les accompagner à Marseille, une ville où ils ont appris que des membres importants du réseau s’étaient repliés. Le 9 novembre 1942, Bömelburg procède ainsi personnellement à l’arrestation d’Anatoly Gurevitch, alias « Vicente Sierra », alias « Kent », alias « Petit chef », l’un des patrons de l’Orchestre Rouge. De fil en aiguille, les Allemands vont ensuite remonter jusqu’à Léopold Trepper, alias « Gilbert », alias « Grand chef », le dirigeant de l’organisation, qui est intercepté le 16 novembre.

Bömelburg sait bien que Trepper et Gurevitch sont des militants d’exception et qu’ils ne parleront pas sous la torture ; il préfère donc ruser et engager ainsi avec eux une liaison passablement perverse. Pendant plusieurs semaines, au cours de fréquents échanges, il va avancer ses pions de façon très savante. Les deux hommes ont-ils trahi et, si oui, dans quelle mesure ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre mais aujourd’hui encore, on ne peut pas y répondre avec précision. Toujours est-il que des informations ont été données et que des têtes ne vont pas tarder à tomber. Dès le 21 décembre 1942, c’est Henri Robinson, dit « Harry » ou « Germain », l’une des plus grandes figures de l’espionnage soviétique, qui est arrêté à Paris. Le 13 août 1943, le chef des liaisons radio du parti, Fernand Pauriol, est appréhendé à Pierrefitte-sur-Seine. Et puis le grand coup se produit finalement le 17 août 1943, lorsqu’Eugen Fried, le représentant du Komintern pour toute l’Europe de l’Ouest, est abattu par la Gestapo à Bruxelles à l’issue d’une tentative d’arrestation. Et tandis qu’« Orchestre rouge » est désormais pratiquement décapité, on décide d’utiliser ses transmetteurs radios pour qu’ils envoient vers Moscou de fausses informations. Plusieurs de ces « jeux-radio » (Funkspiel) seront organisés jusqu’à ce que les Soviétiques ne finissent pas découvrir la tromperie.

Quant à la résistance non-communiste, elle subira elle aussi des coups très durs. Si l’on ne compte que les arrestations de chefs de réseaux ou de mouvement effectuées durant le passage du Bömelburg à la tête de la Gestapo, on peut noter celles de :

. Honoré d’Estienne d’Orves, chef du réseau Nemrod, arrêté à Nantes le 21 janvier 1941, il sera exécuté le 29 août suivant.

. Boris Vildé, chef du réseau du Musée de l’Homme, arrêté à Paris le 21 mars 1941, il sera fusillé le 22 février 1942.

. Jacques Arthuys, n°2 de l’Organisation Civile et Militaire (OCM), arrêté à Paris le 21 décembre 1941, il mourra en déportation le 9 août 1943.

. René Lhopital, chef de l’Armée des Volontaires, arrêté le 21 janvier 1942, il survivra à la déportation.

. René Parodi, chef militaire du mouvement Libération-Nord, Paris, arrêté le 2 février 1942, il mourra en détention le 16 avril suivant.

. Maurice Ripoche, chef du mouvement Ceux De La Libération (CDLL), arrêté en décembre 1942, il sera exécuté le 18 juillet 1944.

. Albert Guérisse, chef du réseau d’évasion de pilotes alliés Pat O’Leary, arrêté à Toulouse le 2 mars 1943, il survivra à la déportation.

. Jacques Renouvin, chef de l’aile militaire du mouvement Combat, arrêté à Paris le 3 mars 1943, il mourra en déportation le 24 janvier 1944.

. Christian Pineau, fondateur du mouvement Libération-Nord et chef du réseau Phalanx, arrêté à Lyon le 3 mai 1943, il survivra à la déportation.

. Berty Albrecht, cofondatrice du mouvement Combat, arrêté à Mâcon le 28 mai 1943, elle se suicidera en détention le 31 mai suivant.

. Frédéric De Jongh, chef du principal réseau d’évasion allié, le réseau Comète, arrêté le 2 juin 1943, il sera fusillé le 28 mars 1944.

. Général Charles Delestraint, chef de l’Armée Secrète (AS), arrêté à Paris le 9 juin 1943, il mourra en déportation le 19 avril 1945.

. Général Aubert Frère, chef de l’Organisation de Résistance Armée (ORA), arrêté à Clermont-Ferrand le13 juin 1943, il mourra en déportation le 13 juin 1944.

. Jean Moulin, chef des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et représentant du général de Gaulle en France occupée, arrêté à Lyon le 21 juin 1943, il mourra de ses blessures ou se suicidera le 8 juillet 1943.

. Bruno Larat, chef du Comité d’Opérations de Parachutages et d’Atterrissage (COPA), arrêté à Lyon le 21 juin 1943, il mourra en déportation le 5 avril 1944.

. Francis Suttill, chef du réseau Prosper-Physician, arrêté à Paris le 23 juin 1943, il sera exécuté le 23 mars 1945.

. Jean Lasseyran, chef du mouvement des Volontaires de la Liberté, arrêté à Paris le 20 juillet 1943, il survivra à la déportation.

. Jean Cavaillès, chef du réseau de renseignement Cohors-Asturies, arrêté à Paris le 28 août 1943, il sera exécuté le 17 février 1944.

. Jules Noutour, chef du mouvement La Voix du Nord, arrêté en septembre 1943, il mourra en déportation en février 1945.

. Général Émile Mollard, responsable du camouflage du matériel de l’armée français et chef du réseau Maurice, arrêté le 7 septembre 1943, il survivra à la déportation.

. Léon Faye, chef du réseau Alliance, arrêté à Aulnay-sous-Bois le 16 septembre 1943, il sera exécuté le 30 janvier 1945.

. Jean-Pierre Lévy, chef du mouvement Franc-Tireur, arrêté à Paris le 16 octobre 1943, il parviendra à s’évader.

. Général Jean-Edouard Verneau, chef de l’Organisation de Résistance Armée (ORA), arrêté le 23 octobre 1943, il mourra en déportation le 14 septembre 1944.

Mais il ne faudrait pas pour autant faire de la Gestapo une organisation omnisciente et infaillible. En vérité, elle va aussi subir de très lourds échecs. On peut tout d’abord noter qu’elle n’a pas su enrayer la progression de la Résistance, dont la montée en puissance sera continue tout au long de l’occupation. Tout au plus parviendra-t-elle à ralentir quelque peu ce mouvement ascendant entre la fin de l’année 1942 et la fin de l’année 1943. On doit aussi enregistrer le fait que la direction centrale du Parti communiste français parviendra à réchapper à toutes les opérations menées contre elle. Ni Jacques Duclos, ni Benoît Frachon, ni Charles Tillon, ni Auguste Lecoeur, les quatre chefs du PCF clandestin, ne seront ainsi appréhendés au cours de la période, et cela alors même qu’ils ont pourtant passé la quasi totalité de leur temps en région parisienne. Les individus les plus recherchés de France auront ainsi vécu pendant près de quatre années à seulement quelques kilomètres de la rue des Saussaies ! Échapperont aussi aux policiers les chefs des deux plus grands mouvements de la zone Sud, Henri Frenay (Combat) et Emmanuel d’Astier de la Vigerie (Libération), ainsi que les deux chefs de la SFIO clandestine, Daniel Mayer et Jean Texcier. Survivront aussi au conflit les grandes figures du BCRA, comme Maurice Duclos et le colonel Rémy. Les deux dirigeants du BCRA, les colonels Passy et Manuel, pourront même se permettre de venir narguer la Gestapo en se promenant à travers toute la zone Nord dans le cadre des opérations Pallas et Arquebuse fin 1942-début 1943. Malgré leur indéniable supériorité militaire, les Allemands ne parviendront pas non plus à réduire le plus grand maquis de France, le fameux « maquis rouge » du Limousin, dirigé par l’instituteur communiste Georges Guinguoin. Enfin, et c’est peut-être encore plus grave, on ne comptera plus les détenus qui parviendront à s’enfuir des geôles allemandes, souvent à l’occasion de leur transfert. Certains de ces prisonniers occupaient pourtant des postes très élevés dans l’organisation de la Résistance et auraient donc dû faire l’objet d’une surveillance beaucoup plus étroite11. En somme, le prétendu ordre allemand était plein de trous, ce qui était principalement dû au manque de personnel disponible.

. Manipulations et contre-manipulations

On aurait également tort d’imaginer une lutte où la distinction entre les deux camps en présence se serait faite de façon parfaitement évidente et naturelle, une lutte entre le bien absolu d’un côté et le mal absolu de l’autre. En vérité, l’affrontement entre les forces de sécurité allemandes et la Résistance a aussi comporté son lot de manipulations et de contre-manipulations. Ainsi, au nom du combat mené contre l’occupant, certains résistants ont parfois mener des actions qui s’apparentaient à des règlements de compte et même dans certains cas à des crimes de guerre (assassinats, viols, vols, etc.). Les services anglais de leur côté n’ont pas hésiter à sacrifier sciemment certains de leurs agents français, notamment afin d’aiguiller les Allemands sur de fausses pistes12.

Et, à l’inverse, les hommes de la Gestapo vont aussi faire preuve d’une souplesse assez machiavélique. L’envoyé de Bömelburg à Bordeaux, Friedrich Dohse, deviendra l’un des meilleurs spécialistes de ces techniques de retournements et de contre-retournements successifs. A plusieurs reprises, il n’hésitera pas à partir rencontrer lui-même certains des chefs de la Résistance afin de se présenter à eux sous les traits d’un homme prêt à toutes sortes de compromis. Plusieurs résistants se laisseront prendre au piège et n’hésiteront pas à lui livrer certaines de leurs armes, par exemple afin de faire libérer leurs compagnons13.

On déjà évoqué le jeu trouble que Bömelburg avait entretenu avec Léopold Trepper. Il faut dire aussi quelques mots de celui, tout aussi complexe, qu’il mènera avec Henri Déricourt (1909-1962), alias « Gilbert ». Bömelburg, qui connaissait cet aviateur français depuis son séjour parisien de l’été 1938, reprit contact avec lui à la fin de l’année 1941. Or entre-temps Déricourt était entré dans la Résistance où il avait grimpé les échelons jusqu’à devenir l’un des principaux responsables des transports aériens clandestins organisés par le SOE. Sous le nom de code BOE-48, il deviendra pourtant l’un des agents de renseignement de Bömelburg. Au cours de l’été 1943, grâce notamment à Déricourt mais aussi aux Funkspiel organisés avec Londres entre mars 1943 et février 1944, la SIPO-SD va parvenir à faire tomber plusieurs réseaux du SOE (Prosper-Physician, Butler, Chestnut, Juggler, Phono, Publican, Satyrist), tout en obligeant beaucoup d’autres à interrompre temporairement leurs activités (Bricklayer, Tinker, Scientist). Cette répression sera si efficace qu’en novembre 1943, le SOE ne disposera plus que de trois réseaux actifs pour toute la zone Nord. En juin 1948, le n°2 de la section française (F) du SOE, Nicolas Bodington, viendra pourtant témoigner en faveur d’Henri Déricourt à l’occasion du procès de ce dernier. Il affirmera notamment que ce dernier n’avait jamais agi que sur les directives de ses supérieurs britanniques, y compris lorsqu’il était entré en contact avec la Gestapo. Encore aujourd’hui, on ignore où se trouve exactement la vérité dans cette sombre affaire14.

. Le sommet et la chute (relative)

Toujours est-il que chaque lundi, Helmut Knochen réunit ses adjoint dans son bureau de l’avenue Foch afin de leur transmettre ses directives, les aider à coordonner leur travail et régler leurs éventuels conflits de compétence. Outre Bömelburg, le patron du service IV, on retrouve généralement autour de la table Kurt Lishka, chef d’état-major de Knochen, Herbert Hagen, chef du service VI, en charge des questions de renseignement, et enfin Kurt Maulaz, le patron du service III, qui supervise pour sa part les affaires économiques. Officiellement, c’est bel et bien Knochen le maître des lieux et d’ailleurs personne ne conteste ouvertement son autorité. Et pourtant, sa relative jeunesse, son inexpérience en matière de police et surtout le fait qu’il soit souvent occupé à se livrer à des jeux politiques ou à des luttes d’influence complexes, explique que Bömelburg agisse en réalité, sinon comme le commandant du SIPO-SD, du moins comme sa cheville ouvrière15.

Membre du NSDAP depuis 1931 et de la SS depuis 1932, le Rhénan possède il est vrai une ancienneté dans le parti nazi que très peu peuvent lui envier à l’avenue Foch. Depuis le 1er novembre 1940, il a été promu au grade de SS-Sturmbannführer16, équivalent de celui de major dans la Wehrmacht et de commandant dans l’armée française. Plus important sans doute, il est désormais Kriminaldirektor (KD), c’est-à-dire directeur de la police criminelle, ce qui fait de lui le plus gradé des fonctionnaires de la police allemande installés à Paris. Le fait qu’il soit aussi beaucoup plus âgé que ses adjoints amènent ces derniers à le considérer avec respect et déférence. Friedrich-Wilhelm Dohse, le chef de la Gestapo bordelaise, ira jusqu’à dire qu’il le voyait un peu comme une sorte de père17 !

Comme il dispose d’une ligne téléphonique qui le relie directement à Heinrich Müller, le grand patron de la Gestapo berlinoise, il lui arrive souvent de prendre directement ses ordres depuis le 8- Prinzalbrechtrasse et donc de passer par-dessus la tête de son chef parisien. C’est en ces occasions notamment qu’il prend connaissance des « directives secrètes », les Geheime Reichssache, dont seuls ses chefs de sections recevront des copies écrites qu’ils devront ensuite oralement à leurs subordonnés avant de les détruire méthodiquement.

Bömelburg est sans doute parvenu au fait de sa puissance au cours de l’été 1943. Il dispose alors d’un officier d’ordonnance (Hans Dämelow), d’un secrétaire (Kitzler) et d’un chauffeur personnel (Karl Braun), qui lui sert aussi de garde du corps. Il roule généralement en Bentley ou en Mercedes et a même pu récupérer la Ford blindée que Maurice Thorez avait dû abandonner lors de son départ précipité pour Moscou. De haute taille, les cheveux coupés ras, l’uniforme impeccable, il incarne un peu le modèle de l’officier SS. Conscient de l’importance de l’image qu’il renvoie, il s’est entouré de deux chiens-loups (plutôt affectueux au demeurant), qui l’accompagnent partout. Toutes sortes de rumeurs (vraies ou fausses ?) courent à son propos et l’on dit par exemple que, homosexuel, il utiliserait Bonny et Lafont pour se procurer de jeunes éphèbes.

Mais bien qu’il soit devenu un personnage redouté et même particulièrement craint du fait des fonctions qu’il occupe et des pouvoirs qu’il détient, sa proximité est néanmoins recherchée par toutes sortes de personnes. Car dès lors qu’il s’agit d’obtenir de l’argent et des laisser-passer, ou bien encore de faire libérer des suspects, l’officier allemand peut rendre tous les services… du moment qu’il obtient ce qu’il veut en contrepartie. Beaucoup de Français parviendront ainsi à obtenir de lui divers avantages et prébendes. On sait par exemple que Coco Chanel lui doit l’obtention de son laisser-passer pour l’Espagne ou encore que Louis-Ferdinand Céline a sollicité auprès de Brinon la possibilité de pouvoir le rencontrer en tête-à-tête. S’exprimant dans un français parfait, Bömelburg sait parfaitement se donner des allures de vieil homme tranquille etparvient la plupart du temps à susciter les confidences de ses interlocuteurs. Certains finiraient même par le trouver plutôt bonhomme !

Il faut dire qu’il a des marottes qui peuvent parfois prêter à sourire. Il en va ainsi de cette ferme qu’il possède à Giverny et dont le moulin produit la farine dont il fait son pain, ou encore de sa manie de s’exercer au tir sur des cibles où il a fait afficher le portrait de ceux qu’il recherche. Tous les soirs, après une harassante journée de travail, il part rejoindre la vaste propriété qu’il occupe boulevard Victor-Hugo, à Neuilly-sur-Seine. Le concierge, M. Delhomme, est un Français et ses deux filles jouent dans le jardin lorsqu le temps le permet. Le fils de Bömelburg, Rolf, qui est étudiant à Prague, vient aussi parfois rendre visite à son père.

Tout semble donc très serein et très bucolique. Et pourtant, juste à côté, au n°40, Bömelburg a fait aménager en toute discrétion une sorte de « maison d’hôte » (Gasthaus) afin d’y abriter ses prisonniers les plus importants. Ce lieu étrange, qui sera surnommé la « Villa Bömelburg »18, compte dix pièces, toutes numérotées et fermées à clés en permanence. Les détenus y disposent chacun de leur cabinet de toilette, ils peuvent lire et écrire, ont droit à une promenade quotidienne et leurs repas leur sont apportés dans leur logis. La garde des lieux est assurée par des soldats SS slovaques. La « Villa Bömelburg » verra ainsi défiler quelques-uns des grands noms de la Résistance, à commencer par Jean Moulin, que Klaus Barbie remettra à Bömelburg dans un état déplorable et qui y sera retenu prisonnier du 25 juin au 8 juillet 1943. Parmi ses hôtes les plus célèbres, on comptera également le président de la République française, Albert Lebrun, le chef de la police René Bousquet, l’ambassadeur François-Poncet, le colonel de La Rocque ou bien encore l’espion soviétique Léopold Trepper, qui y séjourneront tous pendant un temps plus ou moins long.

Chacun sait que le Paris de l’occupation a été utilisé comme un lieu de plaisir et de détente afin de satisfaire les soldats allemands en permission. Les cafés, les théâtres, les cinémas et les maisons closes vont d’ailleurs réaliser à cette époque des profits records. Il faut que le Reichsmark a été maintenu à un taux anormalement élevé par rapport au franc, ce qui permet au moindre soldat allemand de seconde classe d’avoir le train de vie d’un officier français. Soumis à une tension permanente du fait des tâches souvent sordides qu’ils accomplissent, les adjoints de Bömelburg aiment partir se détendre le plus souvent possible. Le soir venu, ces hommes qui ont souvent laissé leur famille en Allemagne, vont donc rejoindre leurs maîtresses, généralement de jeunes auxiliaires de la Wehrmacht, aux côtés desquelles ils vont s’encanailler, par exemple en écoutant Suzy Solidor à la Vie parisienne. Maniant l’utile à l’agréable, Bömelburg profite lui aussi pleinement de toutes les opportunités qu’offre la Ville Lumière. On le verra ainsi très souvent dîner dans les meilleurs restaurants, et notamment chez Maxim’s19 ou encore à l’hôtel Bristol, où il apparaîtra toujours en très bonne compagnie.

En juillet 1943, lorsqu’il doit s’absenter de Paris pour cause de maladie, c’est à Bömelburg et non pas à Knochen qu’Oberg accorde le droit de négocier en son nom avec le MBF. Knochen, qui supporte de plus en mal l’autonomie dont jouit à présent son subordonné, le prend bien évidemment très mal. Mais il va bientôt pouvoir profiter d’une série d’échecs retentissant pour réussir à éloigner Bömelburg de Paris.

Il y a tout d’abord la fuite de Leopold Trepper, le chef de l’Orchestre rouge, que la Gestapo croyait pourtant avoir habilement retourné. Le 16 septembre 1943, comme chaque matin, Trepper part rejoindre la rue des Saussaies. Comme habituellement, il est surveillé par un gardien du nom de Willy Berg. Les deux hommes ont sympathisé au fil des mois et Trepper a affirmé à Berg qu’il connaissait une pharmacie où l’on vendait un médicament capable de soulager ses maux de ventre. Naïf, Berg ne se doute pas que le magasin compte deux sorties et, lorsqu’il s’en rend compte, il est déjà trop tard, Trepper a filé ! On imagine sans peine le remue-ménage qu’entraîna cette nouvelle lorsqu’elle parvint dans les locaux de l’avenue Foch. Or, à peine douze jours plus tard, le 28 septembre, des FTP assassinent en plein Paris le représentant du ministère allemand du Travail, Julius Ritter (28 septembre 1943). Alors que la Gestapo pensait avoir durablement affaibli cette organisation, voilà qu’elle vient d’accomplir un acte d’une portée et d’une gravité totalement inédite jusque-là. Si l’on ajoute à ces graves revers quelques récentes affaires de corruption qui étaient venues entacher la réputation du SD, on comprend que Knochen ait eu de solides arguments lorsqu’il partit voir Oberg afin de se plaindre de Bömelburg. Il décrivit longuement son subordonné comme un homme vieillissant et qui n’avait plus le dynamisme suffisant pour faire face aux graves défis de l’époque.

Après avoir soigneusement pesé le pour et le contre, Oberg finit par se rallier aux arguments qu’on lui a exposé. Mais il demande aussi à ce que l’on ménage l’homme. Aussi, en octobre 1943, ce n’est pas à titre de sanction, mais au motif qu’il a atteint la limite d’âge, que le chef du bureau IV doit céder son poste à August Stindt. Bien que beaucoup moins charismatique que son prédécesseur, ce dernier se révélera (hélas) tout aussi efficace.

Partie III

Notes : 

1 Ce concept de « nuisance » aux forces allemandes était très extensif. Nul besoin d’une enquête pour le prouver. Ainsi, toute personne trouvée en possession d’armes à feu prohibée était considérée comme ayant voulu nuire aux troupes d’occupations. Faisant face à un afflux toujours plus massif de prisonniers, la Gestapo ne pourra bientôt plus de contenter d’utiliser les cellules qu’elle avait fait installer dans les sous-sols et les sous-pentes de ses différents locaux. Elle mettra donc en place des quartiers spéciaux dans certaines prisons parisiennes (Petite-Roquette, Cherche-Midi, Fresnes, La Santé) et fera même réquisitionner plusieurs casernes afin de les transformer en centre de détention, comme par exemple celles des Tourelles et de Romainville.

2 Il arrivera à la SIPO-SD de faire fusiller des suspects sans même avoir pris la peine de les faire traduire devant les tribunaux militaires allemands.

3 En juillet 1941, François Darlan a nommé Pierre Pucheu au poste de secrétaire d’Etat à l’Intérieur afin qu’il le seconde dans ses fonctions ministérielles. Pucheu restera en place jusqu’au retour de Laval à la présidence du conseil en avril 1942. Jusqu’en décembre 1943, Pierre Laval se reposera presque entièrement sur René Bousquet pour l’assister dans tout ce qui concerne les questions de sécurité. Enfin, au cours des derniers mois de l’occupation, l’élément moteur de la répression sera la Milice de Joseph Darnand.

4 Jusqu’au début des années 1930, la pègre parisienne était très fragmentée et composée de petits groupes qui exerçaient leurs activités criminelles dans leurs quartiers respectifs sans entretenir de liens entre eux. Une véritable rupture se produisit lorsque la mafia corso-marseillaise, dirigée par Carbone et Spirito, entreprit de s’installer dans la région, donnant ainsi naissance à une véritable criminalité organisée.

5 Au titre de la convention d’armistice, la France était contrainte de livrer à l’Allemagne des quantités faramineuses de produits divers, dont du blé, de l’acier et de l’or. Grâce à cette manne, les bureaux d’achat de la Wehrmacht disposaient des fonds nécessaires pour pouvoir acheter aux négociants français tout ce dont ils avaient besoin. Servant d’intermédiaires dans ces échanges, les mafieux parisiens sécurisaient les transactions pour le bénéfice des Allemands, ils se chargeaient également de trouver les meilleurs vendeurs et d’obtenir de bons prix, tout en faisant au passage d’excellentes marges. Ces profits étaient ensuite réinvestis dans des salles de jeux, des maisons closes, des cabarets, des restaurants, des achats immobiliers, etc. Au sommet de sa puissance, Lafont fera régulièrement livrer à son « ami » Karl Bömelburg les mets les plus fins concoctés par les meilleurs restaurants de la capitale. Il lui ramènera également bijoux, alcools et tissus de grand luxe (cf Auda, pp. 104-105).

6 Il en ira de même pour les truands de la rue de la Pompe dirigés par l’allemand Friedrich Berger et pour ceux de l’avenue Henri-Martin, placés sous les ordres du Belge Georges Delfanne dit « Masuy ».

7 Ils seront 335 à être fusillés entre mai 1942 et octobre 1943, puis 1 400 entre octobre 1943 et août 1944. De juillet 1941 à novembre 1942, on comptera 1 500 personnes déportées.

8 Pilotée par Bömelburg en personne, l’opération DONAR devait permettre aux Allemands de détecter les postes radio émetteurs installés par la Résistance en zone Sud. Le 28 septembre 1942, le régime de Vichy autorisa ainsi la venue d’un kommando de 280 agents allemands sous le nom de code de « mission Desloges ». Donar et ses successeurs permettront aux Allemands d’arrêter de très nombreux résistants, dont Gabriel Romon, le chef des transmissions de l’Armée Secrète. Appréhendé le 12 décembre 1943, il sera exécuté à Stuttgart le 20 août suivant.

9 Exemple étonnant certes mais non pas unique. En tout, une quarantaine d’espions du Reich seront ainsi condamnés à mort et exécutés par les autorités de Vichy en Afrique du Nord et en zone Libre (cf Minella, Alain-Gilles : Paul Paillole, l’homme des services secrets, Julliard, 1995, p. 181). A l’inverse, des résistants parviendront parfois à intégrer les structures de la SIPO-SD en se faisant passer pour des collaborateurs. On cite souvent à cet égard le cas du nîmois Jean Lacipieras.

10 Les agents du BCRA et du SOE disposaient de capsules de cyanure pour mettre fin à leurs jours en cas d’arrestation. De nombreux résistants, dont Pierre Brossolette et Berty Albrecht, préféreront d’ailleurs se suicider plutôt que de risquer de parler.

11 Parmi les plus célèbres de ces résistants évadés : Eugène Hénaff (19 juin 1941), Pierre Villon (17 janvier 1942), André Tollet (22 juin 1942), Pierre Georges (mai 1943), Philippe de Vomécourt (juillet 1943), Raymond Aubrac (21 octobre 1943), Jean-Pierre Lévy (12 juin 1944), Philippe Viannay (juillet 1944), etc.

12 Cette hypothèse a notamment été évoquée à propos de la chute du réseau Prosper-Physician en juin-juillet 1943. Le but des Britanniques aurait été de faire croire aux Allemands qu’un débarquement sur les côtes françaises était prévu pour le mois de septembre et cela afin qu’ils continuent à laisser stationner de nombreuses troupes à l’Ouest au lieu de les transférer vers l’Est, où ils étaient pourtant en grande difficulté face aux Soviétiques. Cette manœuvre aurait été l’une des formes du soutien apporté par Churchill à Staline (plan Cockade-Starkey). Elle sera cependant un échec puisque les Allemands déplaceront effectivement 27 de leurs 36 divisions vers le front russe entre avril et décembre 1943.

13 L’affaire Grandclément restera à cet égard un cas d’école (voir le livre de Lucien Souny : L’Affaire Grandclément , Histoire, 2007).

14 Bömelburg aura plusieurs autres V-mann personnels, dont le colonel Rado, un Tchèque qui parcourra toute l’Europe pour le compte de son officier traitant.

15 Né à Magdebourg en Saxe, le 14 mars 1910, Knochen était le fils d’un instituteur, catholique et patriote, vétéran de la bataille de Verdun. Étudiant en histoire et en littérature anglaise aux universités de Leipzig puis de Göttingen, il conduisit une thèse de doctorat consacrée au dramaturge anglais George Coleman. Nommé professeur, il officia également comme rédacteur dans un journal local (1935). En parallèle à ses études, il intégra les Sections de Jeunesse des Casques d’Acier (Stalhelm) en 1926. Il adhéra au NSDAP en 1932 et à la SA en 1933. Il fit bientôt la connaissance du Dr F. Six, qui lui fit intégrer la SS en 1936 et le SD en 1937. Spécialiste du renseignement, il parlait couramment français et effectua un premier séjour en France en 1937. A partir du mois de novembre 1940, Knochen s’attribua un adjoint, Kurt Lischka, qui fut spécialement chargé de superviser le travail de la Gestapo.

16 Bömelburg avait d’abord été Untersturmfürer (sous-lieutenant, 30 avril 1936) puis Obersturmführer (lieutenant, 30 janvier 1938) et enfin Haupsturmführer (capitaine, 30 janvier 1939).

17 Cf, Lormier : La Gestapo, p. 45.

18 Cette maison a été détruite dès la fin de la guerre.

19 Réquisitionné par les Allemands dès le début de l’occupation, le restaurant Maxim’s de la rue Royale avait été attribué au restaurateur berlinois Otto Hoscher. C’est là que les plus hauts officiers allemands venaient se détendre.

Crédit photographique : train de déportation exposé à la gare de Margny-lès-Compiègne (By P.poschadel (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D, via Wikimedia Commons)

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