Théodebert Ier (III) : les deux héritages

Partie II (voir ici)

. La prégnance du modèle romain

On aurait tort de croire que la Gaule du début du 6ème siècle aurait été une terre dévastée, peuplée d’hommes perdus, ne sachant plus qui ils étaient. En réalité, la plupart des habitants parlaient encore le latin et se considéraient toujours comme des membres à part entière du populus romanus.

Plus qu’aucune autre région gauloise, l’Auvergne, possession de Théodebert, demeurait marquée par la romanitas, la civilisation romaine. Ici, l’ancienne aristocratie sénatoriale gallo-romaine dominait encore, politiquement et culturellement, notamment parce qu’elle monopolisait la direction des évêchés. L’Auvergne n’avait d’ailleurs appartenu aux Barbares, aux Wisigoths en l’occurrence, que pendant un temps relativement bref, entre 475 et 508 plus exactement. Ici comme partout ailleurs, la seule monnaie acceptée était celle où figurait le nom de l’empereur. Les remparts gallo-romains, qui n’avaient été que peu endommagés par les guerres du 5ème siècle, barraient toujours l’horizon de leurs silhouettes massives. A l’intérieur de ces enceintes, le patrimoine immobilier, public et privé, suivait encore la même organisation spatiale que sous l’Empire, suivant un axe nord-sud et est-ouest (cardo et decumanus). Seule la présence de plus en plus importante de faubourgs (suburbium), généralement centrés autour des nécropoles chrétiennes, constituait une évolution majeure par rapport à l’organisation de la ville impériale classique. Si les théâtres et les amphithéâtres avaient totalement cessé de fonctionner, hormis pour de très occasionnelles courses de chevaux, les thermes étaient parfois encore en usage. Si les anciens temples païens avaient tous été abandonnés, reconvertis en église ou en résidence privées, et si partout les statues à l’antique avaient été mutilées ou abattues par des chrétiens zélés, les portiques à colonnes (stoa) faisaient encore partie du paysage, de même que les voies (via publica) ou les chemins publics (pervium publicum). Les murs des bâtiments étaient toujours bâtis selon la technique des épis de blés (opus spicatum) et les tuiles romaines (tegulla, imbrices) étaient encore de rigueur. Autour de l’église principale, bâtie comme les basiliques antiques, s’élevaient les maisons particulières ainsi que les diverses échoppes : boulangerie, tavernes (poppinae), boutiques d’artisans (tabernae), etc.

Le mode de vie des habitants comportait aussi de nombreuses coutumes dites « à la romaine » (more romano). Si les toges cohabitaient désormais avec les tuniques barbares, elles n’étaient pas rares pour autant et les paysans portaient toujours le cucullus, ce vêtement à capuche si typique de l’époque gallo-romaine. Comme au temps de l’Empire, on consommait encore abondamment du garum, ce condiment très apprécié fabriqué à partir de soupe de poissons fermentée et pimentée. Bien que le système scolaire antique ait pratiquement disparu lors des troubles du 5ème siècle, la fonction de « pédagogue » (praeceptor, grammaticus) allait lui survivre pendant encore plus d’un siècle. Sur le plan intellectuel, les élites de la cour franque de Théodebert, qu’elles fussent laïques ou cléricales, étaient donc encore très imprégnées des belles-lettres classiques, et notamment d’Homère (pour la mythologie), de Cicéron (pour la rhétorique), de Tite-Live (pour l’histoire) et de Virgile (pour la poésie)1.

Pour tous ses sujets gallo-romains, Théodebert était d’abord et avant tout le détenteur de l’autorité souveraine et légitime, l’auctoritas, autrement dit le même pouvoir que celui jadis exercé par l’empereur romain et ses représentants. Élevé par ses précepteurs dans le mythe de la grande Rome, Théodebert eut toujours à cœur de se présenter en fidèle héritier de Constantin ou de Théodose. Toute une série de décisions témoignent d’ailleurs de cette volonté. Ainsi, en 537, après avoir conquis Arles, il y fit célébrer une grande course de chars. Trois ans plus tard, en 540, lorsque la cession de la Provence aux Francs fut officialisée par un édit de Justinien, le souverain se rendit de nouveau en Arles pour y conduire cette fois-ci un véritable triomphe antique, dont le sommet fut constitué par une représentation théâtrale, chose qui ne s’était pas vue depuis des décennies !

Mais Théodebert ne voulait certainement pas apparaître comme un faire-valoir. Et c’est pourquoi il n’hésita pas à faire frapper des monnaies d’or (solidus) en son nom propre, accaparant ainsi un privilège jusque-là réservé aux seuls empereurs de Byzance2. Il fut aussi le premier souverain de l’Europe barbare à adopter officiellement le titre royal (rex), rompant ainsi officiellement avec cette fiction d’une dépendance du pouvoir franc vis-à-vis de Constantinople. Lorsqu’il apprit que les registres administratifs byzantins tenaient toujours les Francs pour un peuple ennemi, il s’en montra offusqué et réclama qu’ils soient modifiés. Les Byzantins, pour lesquels les rois d’Europe de l’Ouest n’avaient jamais été que des subalternes, tout justes bons à être revêtus le cas échéant de titres (patrices, consuls, maîtres de milice, etc.) destinés à souligner justement ce lien de vassalité, durent accepter de reconsidérer quelque peu à la baisse leurs prétentions et de les voir, si ce n’est comme des égaux, du moins comme des partenaires.

Entre Austrasiens et Auvergnats, les rapports n’étaient cependant pas toujours aussi courtois car les a priori étaient forts. Ainsi, les Francs considéraient-ils souvent les Aquitains comme des êtres indolents et versatiles, tandis que beaucoup d’Auvergnats voyaient dans les Francs de semi-barbares. Avec le temps pourtant, cette méfiance alla en s’estompant. Théodebert joua d’ailleurs un rôle important dans ce processus en choisissant certains de ses conseillers parmi les riches élites gallo-romaines et même étrangères3. A l’instar de son père, il n’hésita pas à faire venir plusieurs d’entre eux jusqu’en Austrasie, ce qui contribua à accélérer l’unification culturelle de la Gaule. Parmi ces hommes, tous laïcs4, l’histoire a notamment retenu les noms du Romano-Burgonde Secundinus, qui le servit comme ambassadeur, et ceux de deux Auvergnats, Asteriolus et surtout Parthenius.

Né à Limoges, Parthenius était le petit-fils d’Eparchus Avitus (m. 456), l’un des derniers empereurs romains d’Occident. Il était également apparenté au célèbre sénateur arverne Sidoine Apollinaire (m. 486) ainsi qu’à l’évêque de Limoges, Rurice (m. 507), et à l’évêque de Pavie, Ennodius (m. 521). Éduqué en Italie à la cour de Ravenne (510-520), où il avait sans doute pu rencontrer Boèce et Cassiodore, il se mit ensuite au service de Théodebert, qui l’employa comme gouverneur de Provence puis comme trésorier en chef et finalement comme administrateur de sa cour. Ce grand rhéteur introduisit en Austrasie un nouvel élan de latinité qui devait plus tard trouver son meilleur témoin dans la personne du poète Venancius Fortunatus (Venance Fortunat, 530-609).

. Le chef franc

Mais présenter Théodebert comme n’ayant été qu’un héritier tardif des traditions romaines serait oublier qu’il fut aussi un chef franc et un homme profondément ancré dans les traditions et les usages ancestraux des siens.

Comme on l’a dit, l’Austrasie était, de tous les territoires francs, celui où l’empreinte germanique avait laissé la marque la plus durable et la plus profonde. Sans parler des Alamans, nombreux dans la plaine d’Alsace, on distinguait alors deux sous-ensembles au sein des Francs, à savoir d’une part les Francs saliens, le peuple de Clovis, et d’autre part les Francs rhénans. La différence entre ces deux groupes n’était d’ailleurs pas que politique, elle était aussi juridique et linguistique. Sur le plan du droit, les Saliens étaient régis par la loi salique et ils s’exprimaient dans un dialecte rattaché au rameau bas-allemand, le même qui donnera plus tard naissance aux langues néerlandaises modernes (hollandais, flamand oriental et occidental, brabançon, zélandais, limbourgeois). Les Ripuaires quant à eux étaient régis par la loi ripuaire, qui ne sera mise par écrite qu’à partir du 7ème siècle. Ils parlaient un dialecte haut-allemand qui est l’ancêtre direct des actuels parlers franciques de Lorraine, de Sarre et de Hesse5. Salien par son père, Théodebert était rattaché aux Francs Rhénans à la fois par sa mère et par sa grand-mère maternelle et n’eut donc aucun mal à s’intégrer au sein de l’aristocratie locale6. Théodebert ne pouvait d’ailleurs faire fi de ces populations germaniques dont il était issu et dont il tirait une bonne part de sa légitimité. Pour ses sujets germains, en tant qu’il était leur roi (rik), Théodebert était notamment considéré comme le possesseur par excellence du mund, du ban et du heil, trois notions importantes sur lesquelles il importe de revenir plus avant.

Par mund (latin mundium regis, ou mundeburdium, d’où mainbour en français), le droit oral germanique désignait l’autorité qu’exerçaient les pères sur leurs enfants et leurs épouses. Or le roi était justement considéré comme le détenteur d’une forme suprême et générale de ce droit. C’est en vertu du mund qu’il lui revenait par exemple de protéger ses sujets, et en particulier les veuves et les orphelins, les voyageurs ou les agents de ses domaines, bref tous ceux qui n’avaient pas de famille pour tirer vengeance de leur mort. C’est aussi ce mund qui lui donnait la possibilité d’intervenir dans tous les jugements rendus dans son royaume, et au besoin de pouvoir les casser. D’ailleurs, puisque tout ce qui troublait le mund troublait aussi le roi, il était parfaitement légitime qu’une part du wergeld (amende compensatoire) lui revienne directement.

Outre le mund, le roi possédait donc aussi le droit du ban (lat. bannum), c’est-à-dire le droit de commander, d’interdire, de corriger et de punir. C’était à l’origine un droit guerrier, celui que possédait le chef sur le champ de bataille, mais il s’était étendu par la suite au pouvoir royal en général, y compris en temps de paix. C’était au nom du ban que le souverain convoquait chaque année ses guerriers sur le « champ de mars » (martis campus). Hormis les clercs, tout homme libre capable de s’armer était concerné par cette convocation7, qui aboutissait ainsi à la formation d’une armée royale temporaire (lat. hostis, exercitus, fr. harja). Tout retard ou absence injustifiée était passible d’une amende de soixante sous d’or (heribannum) et, en cas de récidive, d’une mise hors-la-loi. Quant à la désertion, elle était directement sanctionnée par la peine de mort. Le roi utilisait aussi ces assemblées générales (placita generalia) pour communiquer de vive voix ses décisions à ses meilleurs sujets.

Car le roi des Francs était aussi un « roi de guerre » (Heerkönig) et la fidélité de ses hommes à sa personne était foncièrement liée à sa capacité à pouvoir les conduire vers des expéditions victorieuses et riches en butin. L’armée franque du 6ème siècle était principalement une armée de fantassins (lat. pedites). Lors des batailles, ces fantassins avançaient en triangle (litt. en « coin », cneus), dans le but d’enfoncer les lignes adverses par des assauts furieux. Afin de terrifier l’ennemi et pour se donner du courage, les guerriers francs entonnaient avant la bataille de terribles chants de guerre appelés barditus. Peu nombreuse, la cavalerie lourde austrasienne n’en était pas moins réputée pour sa remarquable force de frappe. Ses membres avaient coutume de charger l’adversaire en bon ordre, de projeter leur lance avec force, puis de virer à droite pour revenir ensuite vers leurs lignes. La cavalerie légère, divisée en différentes brigades (scarae), effectuait quant à elle des raids de reconnaissance, harcelait les flancs de l’ennemi et portait les messages. Elle se chargeait également poursuivre et de rattraper les fuyards après la bataille afin qu’ils ne puissent pas se regrouper. Outre l’épée courte à un seul tranchant (semispatha) et l’épée longue à double tranchant (spatha), les soldats francs pouvaient aussi utiliser l’arc, la lance (lat. framea), l’angon, le bouclier (en bois peint avec umbo de métal), le coutelas (scramasaxe), la grande hache (bartaxt) et bien sûr la redoutable francisque (franciska), qui était leur arme favorite. La campagne annuelle s’interrompait aux premières gelées et chacun rentrait alors chez soi, chargé d’un butin constitué de vêtements, de bijoux, de troupeaux et de captifs, qu’on irait revendre sur les marchés.

Dans la tradition franque, le roi était aussi considéré comme le possesseur d’une force charismatique particulière appelée le heil. Cette force de vie mystérieuse était censée couler dans son sang et faisait de lui un être quasiment sacré. La longue chevelure royale était l’une des sources de cette puissance. Le roi mérovingien, qui ne possédait par ailleurs ni couronne ni attributs symboliques particuliers, hormis son anneau sigillaire et parfois un diadème ou un bandeau, était ainsi le seul franc autorisé à porter les cheveux longs toute sa vie. A l’âge de quatorze ans, les princes mérovingiens échappaient donc à la première coupe de cheveux – et notamment au rasage de la nuque – qui marquait habituellement l’entrée des garçons dans l’âge adulte. On parlait d’ailleurs des « rois chevelus » (regnes criniti) et cette pratique était si forte que l’on a récemment découvert que les souverains mérovingiens glissaient l’un de leurs cheveux dans les sceaux des documents officiels qu’ils produisaient, sans doute afin de renforcer leur solennité et leur caractère exécutoire. A l’inverse, lorsqu’un roi était déchu, il était généralement, non pas tondu comme on le dit souvent, mais littéralement scalpé puis marqué au fer rouge afin d’empêcher toute repousse de ses cheveux. Contrairement aux autres Francs, qui se contentaient d’arborer une moustache tombante, les rois mérovingiens se devaient aussi de porter une longue barbe. Attribut traditionnel des Germains libres, elle les distinguait en effet des esclaves (qui devaient restés glabres), mais aussi des Romains qui, sauf les clercs, se rasaient régulièrement. Enfin, le roi était le seul à pouvoir monter un pur-sang blanc durant la bataille.

Nonobstant ces particularités, le roi était habillé comme n’importe lequel de ses nobles. Sous une tunique de lin finement tissée et brodée, il portait une chemise de lin ou de soie chinoise, ainsi qu’un pantalon serré aux jambes par des bandes molletières. A sa taille, une ceinture de cuir dotée d’une boucle d’argent ou d’or très finement ouvragée. A cette ceinture était attachée une épée richement ornée ainsi qu’une dague. Une cape (capa, sagum) demeurait attachée sur son épaule par une fibule d’or. Sur le dos, du moins l’hiver, il étendait un manteau en fourrure de loutre, de martre, d’écureuil ou de loup.

Et le roi pouvait encore moins négliger les usages des Francs que, contrairement à ce qui avait cours dans le modèle romain, il était moins le chef d’un Etat que celui d’une aristocratie composée de puissantes et riches familles très fières de leurs traditions. Cette particularité était d’ailleurs soulignée avec force à l’occasion de chaque nouvel avènement. Lors du sien en 534, Théodebert n’était ainsi devenu roi qu’une fois accompli certains usages préalables, et en particulier celui de l’acclamation. Réunis spécialement pour l’occasion, les leudes austrasiens avaient en effet acclamé son nom en frappant leurs boucliers de leurs longues épées. Ils l’avaient ensuite hissé sur le pavois, le bouclier rituel, et lui avaient fait faire plusieurs cercles concentriques au milieu de leur bruyante assemblée. Enfin, dans un troisième temps, ils lui avaient prêté l’un après l’autre un serment de fidélité, suivis en cela par les évêques8. Ce n’est qu’au terme de cette cérémonie, par laquelle ses guerriers lui montraient leur attachement et leur dévouement, qu’il devenait vraiment légitime, et non pas avant.

La plus grande partie de ces aristocrates francs étaient les descendants des proches compagnons d’armes de Clovis, auxquels ce dernier avait fait attribuer des terres lors de la conquête de la Gaule. Les lois franques en effet ne distinguaient pas de « nobles » parmi la classe des hommes libres. Il n’existait donc pas de noblesse constituée au sens propre du terme, c’est-à-dire au sens en tant que corps social séparé du reste et encadré par une « loi particulière », littéralement une « loi privée » (privata lex, d’où le mot privilège)9. En somme, les « nobles » francs ne constituaient pas une classe juridiquement séparée, mais seulement la portion la plus aisée des guerriers. Héritiers de vieilles familles franques et des familiers du roi, ils possédaient une famille élargie et suffisamment de richesses personnelles pour s’armer eux et leur suite (contubernium). En outre, et contrairement aux seigneurs féodaux qui leur succéderont, les aristocrates francs étaient extrêmement mobiles. Le roi, qui les considérait avant tout comme ses soldats, estimait donc qu’il pouvait les déplacer au grès de ses besoins en leur attribuant des charges et des terres partout où il le voulait. Les plus puissants de ces aristocrates sont qualifiés de leudes (fr. leod, litt. « les fidèles ») dans les textes anciens. Ils assistaient le roi lors de son couronnement et lui prêtaient à cette occasion un serment d’allégeance appelé leudesanium en posant leurs mains sur des reliques.

Fait notable, Ces leudes avaient eux-mêmes tendance à placer des hommes libres moins fortunés qu’eux sous leur protection, leur mund, ce qui faisait de ces derniers des sortes de « clients » (lat. cliens). La dégradation des structures publiques finira par rendre ces formes de solidarité interpersonnelles souvent impérieuses. Le terme vassus apparaîtra ainsi vers 700 pour désigner ces types de relations, mais ce n’est que plus tard, sous Charlemagne, que ces divers liens de vassalité furent officiellement organisés en un véritable système pyramidal.

Partie IV (voir ici)

Notes :

1 L’un des plus célèbres manuscrits virgiliens, le Vergilius Romanus (Codex vaticanus latinus 3867, Bibliothèque vaticane), daterait ainsi du 5ème siècle ou même du début du 6ème siècle, preuve qu’il y avait encore un public pour ce genre d’œuvres. En réalité, c’est seulement au 7ème siècle que l’éducation ne se fera plus que les monastères et qu’elle deviendra alors pour ainsi dire entièrement « judéo-chrétienne ».

2 Le geste était tellement audacieux qu’il ne sera pas repris par ses successeurs, si bien que ce n’est que lorsque le roi wisigoth d’Espagne Leovigild (m. 586) commencera à frapper des monnaies d’or à son nom (575) que tous les autres souverains de l’Europe barbare s’autoriseront à l’imiter.

3 On compta même quelques Grecs à la cour d’Austrasie au 6ème siècle, à l’instar de ce médecin de Ravenne, Anthime, venu vivre à la cour du roi Thierry Ier et qui a laissé des traités de diététique.

4 Les rois francs ne feront appel qu’à des laïcs pour diriger leur administration jusqu’au début du 7ème siècle. Les derniers, mais aussi les plus célèbres de ces héritiers de la tradition antique, seront les fameux Awduin (dit Saint-Ouen, m. 686), Desiderius (dit Didier, m. 654) et Eligius (dit Saint-Eloi, m. 659), qui ont travaillé à la cour de Dagobert Ier (m. 639). Au-delà de cette ultime génération, le personnel de la haute administration franque sera exclusivement d’origine cléricale.

5 Ces différents parlers franciques, alors sans doute encore assez peu différenciés, ont donner de nombreux termes à la langue française, en particulier dans les domaines de la nature (hêtre/haistr, jardin/gatr, marais/marisk, landes/land, héron/heigero, hareng/haring, hanneton/hano, houblon/hop, houx/hulis, gerbe/garba, etc.), de la guerre (heaume/helm, troupe/throp, haubert/halsberg, épieu/speot, éperon/sporo, hache/happja, galoper/walah-hlaupan, trot/trotton, trêve/treuwa, guerre/werra, etc.) et de la chevalerie (blason/blasjan, fief/fehu), mais aussi certains termes courants tels que : blanc/blank, bleu/blawu, gris/griis, bourg/burg, bâtir/bastian, écume/skum, gant/gant, bord/bord, etc. Les toponymes francs sont innombrables à travers le paysage français. Parmi les plus connus : Mulhouse (Mülh-Housen « les Maisons du Moulin »), Roubaix (Raus-Bakiz, « Ruisseau des roseaux »), Garches (Werki, « ouvrage défensif »), Gérardmer (Gerhart-Meer, « l’Etang de Gérard »), etc.

6 Alors que l’armée austrasienne était occupée en Provence, un certain Munderik, sans doute le fils de Chlodéric et donc petit-fils de Sigebert le Boiteux, s’estimant lésé par l’accaparement de son héritage effectué par Clovis en 508, puis par Thierry en 511, se révolta avec l’appui de nombreux partisans. Mais il fut défait en Champagne et promptement éliminé. Le chercheur Christian Settipani a émis l’hypothèse que ce Munderik aurait pu être l’arrière-grand-père d’Arnulf de Metz et donc l’ancêtre des Carolingiens.

7 Les Gallo-Romains servaient également aux armées, mais au sein d’unités spécifiques. Procope a décrit l’arrivée de ces soldats qui défilaient à pied derrière leurs étendards à tête d’aigle, comme le faisaient jadis les légions.

8 Il n’y avait pas encore, à l’époque, de coutume du sacre, avec onction d’une huile sainte des mains d’un prince de l’Eglise. Le premier roi barbare à faire usage de ce procédé, calqué a-t-on parfois dit sur l’investiture des anciens rois d’Israël, fut Wamba, roi des Wisigoths, qui monta sur le trône en 672. Pépin le Bref le reprit à son compte en 751 et tous les souverains francs firent de même après lui. Ce n’est qu’alors que la royauté franque acquit cette dimension christiano-centrée qu’elle ne possédait pas auparavant.

9 Ce qui était le cas du clergé.

. Crédit photographique : la Porta Nigra (« Porte Noire »), fragment exceptionnellement bien conservé des remparts romains qui entourait la ville de Trêves (all. Treyer). L’un des rares sites dont on puisse dire que Théodebert l’a contemplé tel qu’il s’offre encore à nos yeux  à l’heure actuelle. Par William Henry Goodyear (Brooklyn Museum) [No restrictions], via Wikimedia Commons

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s