Théodebert Ier (I) : l’Epopée des Francs

Théodebert Ier le Grand

Petit-fils de Clovis, le roi Théodebert Ier gouverna la plus large partie du royaume franc entre 534 et 548 de l’ère chrétienne. Bien que d’une durée relativement courte, son règne est considéré comme l’un des plus brillants et des plus glorieux de la dynastie mérovingienne. C’est à l’étude de ce roi méconnu qu’est consacré ce dossier qui sera divisé plusieurs parties :

  1. L’épopée des Francs
  2. L’apogée d’une dynastie
  3. Les deux héritages
  4. L’Eglise franque
  5. La cour et l’Etat mérovingiens
  6. La société gallo-franque

I. L’épopée des Francs

. Une lente ethnogenèse

La dynastie mérovingienne n’a émergé qu’assez tard des limbes de l’histoire. A vrai dire, on n’entend guère parler d’elle avant la première moitié du 5ème après J.-C., lorsque l’un de ses membres, un certain Chlodio, dit « Le Chevelu », parvint à déborder la frontière septentrionale de l’Etat romain et à s’emparer de toute la région située entre les bouches de l’Escaut et celles de la Somme1. Ce chef de guerre, qui pourrait avoir été l’aïeul de Clovis, appartenait à la tribu germanique des Saliens, un groupe à propos duquel il nous faut donc d’abord dire ici quelques mots avant d’en venir à l’épopée des Mérovingiens proprement dits.

A l’origine, les Saliens semblent avoir constitué l’un des rameaux de la grande tribu germanique des Chamaves. Originaires de Basse-Saxe, les Chamaves s’étaient installés au début de l’ère chrétienne dans les zones humides qui s’étendent au sud et à l’est du lac Flevo, aux confluents du Rhin et de l’Ijssel où elle avait peu à peu absorbé l’ancien peuple des Bataves. Parlant un dialecte germanique, les Chamaves étaient divisés en différentes tribus (stammen, sing. stamm), elles-mêmes composées de différents clans (sippen, sing. sippe). Pendant des siècles, ces populations ont mené une vie simple et austère, pratiquant l’agriculture et l’élevage. Regroupés au sein de villages constitués de longues maisons faites de bois et de torchis, ils adoraient différentes divinités comme Wotan (souvent appelé Allfadir), qu’ils considéraient comme leur dieu suprême, Donar, le dieu du tonnerre et du feu, Ziu, dieu de la guerre, ou encore Yngvi, dieu de la fertilité. En l’honneur de ces divinités, ils se réunissaient dans des clairières ou au bord de lacs pour célébrer des cérémonies et des sacrifices dont on connaît en réalité très peu de chose. On sait cependant qu’ils utilisaient fréquemment l’alphabet runique, non seulement dans le cadre de rites divinatoires, mais aussi pour de courtes inscriptions dédicatoires2. Leur société était marquée par un fort égalitarisme ; les chefs de famille se réunissaient au sein d’une assemblée (mall) afin de prendre en commun les décisions concernant l’avenir de la tribu. Les lopins de terres cultivables étaient également attribués de façon équitable entre toutes les familles. Comme ils étaient proches du limes, cette longue palissade de bois et de tourbe qui marquait la frontière de l’Empire romain, les Chamaves pratiquaient un commerce actif avec les garnisons romaines situées dans nord de la Gaule – et notamment celle de Carvo – ainsi qu’avec les villes et les villages situés dans provinces voisines de Germanie et de Belgique. Sans doute la progressive montée des eaux côtières les obligea-t-elle à évacuer peu à peu leurs terres ancestrales et à se rapprocher des régions plus accueillantes situées au plus près de la frontière romaine.

Mais cette vie bucolique n’empêchait pas les Germains d’être aussi de très bons guerriers, qui savaient aussi bien manier la charrue que l’épée. Dès l’âge de quatorze ans, tout jeune garçon recevait d’ailleurs des mains de son père ou d’un aîné le bouclier et la lance qui symbolisaient son entrée dans le monde des adultes. Il aurait désormais la possibilité de pouvoir manger à la table des hommes et pourrait participer à l’assemblée des guerriers. Pour les Germains, la noblesse s’acquérait ou se perdait à la guerre et c’est dans un combat frontal avec l’ennemi que l’on se procurait la gloire et le butin qui pourraient faire de vous un homme riche et honoré. A l’inverse, revenir vaincu de la bataille, et en particulier sans son bouclier, représentait un déshonneur irréparable.

Animés de tels principes, et favorisés qui plus est par la nature hostile de leur milieu de vie, faits de bois profonds et de vastes marais, on comprend que les Germains soient parvenus, trois siècles durant, à contenir les assauts de légions romaines pourtant redoutables. A partir des années 230, ils profitèrent même de la grave crise politique et économique que traversaient leurs voisins méridionaux pour passer à la contre-offensive. Franchissant le Rhin en force, ils commencèrent ainsi à mener des raids de pillage en territoire gallo-romain. Il s’agissait tantôt d’attaques terrestres et tantôt d’opérations maritimes. Ces offensives visèrent tout d’abord les cités frontalières de Tongres, Nimègue, Trêves, Cologne et Mayence, ainsi que les villas de l’aristocratie curiale. En l’an 235, les Germains investirent et détruisirent totalement le camp de la légion à Strasbourg, infligeant ainsi aux Romains leur plus grave défaite depuis celle subie par Varus deux siècles plus tôt !

A cause des guerres civiles qui agitaient l’Empire, les Romains ne purent pas vraiment riposter et furent même contraints de dégarnir le limes, ce qui permit à leurs ennemis de s’avancer encore plus profondément dans les terres. En 260, l’un de leurs raids les emmena ainsi jusqu’à Tarragone, sur les bords de la Méditerranée ! En tout, entre 256 à 275, ce sont près d’une soixantaine de villes gallo-romaines qui furent ainsi attaquées et pillées, engendrant à chaque fois les mêmes scènes de récoltes détruites, d’hommes tués, de femmes violées et d’enfants emmenés en esclavage jusqu’en Germanie. De nombreuses cités entreprirent alors de faire construire à la hâte des murailles dans l’espoir de repousser leurs agresseurs. Certaines d’entre elles furent construites avec tant de précipitation que l’on n’hésita pas à démonter des thermes, des arènes et même des mausolées pour pouvoir obtenir les matériaux nécessaires. Comme l’atteste le grand nombre de trésors monétaires datés de cette période et qui ont été retrouvés par les archéologues, beaucoup des riches romains, qui avaient cru mettre leur fortune à l’abri, ne vécurent pas assez longtemps pour pouvoir la récupérer. En 260, considérant qu’elle n’avait plus rien à attendre de Rome, l’armée romaine des Gaules se révolta sous la conduite de son général, Postumus. Celui-ci fonda ainsi un « Empire des Gaules » qui devait durer jusqu’à sa reconquête par Aurélien en 274. Il fallut finalement attendre les campagnes de l’empereur Probus, en 276-278, pour que la situation en Gaule puisse être vraiment rétablie.

Pour pouvoir résister à ces contre-offensives romaines, les Chamaves décidèrent alors de s’unirent avec d’autres tribus germaniques de la région3 afin de constituer une sorte de confédération guerrière qui reçut le nom de « ligue des Francs », un mot sans doute issu du germanique frekkr qui signifie « les fiers », « les braves », « les hardis » ou encore « les vaillants ». Afin de mieux coordonner sa riposte, cette ligue ne tarda pas à se donner des chefs uniques mais temporaires dont l’histoire a parfois conservé le nom4.

A l’instar du vaillant Probus, plusieurs autres empereurs romains passèrent une bonne partie de leur règne à guerroyer sur la frontière germanique pour tenter de repousser les assauts des Francs. S’ils subirent parfois des défaites, ils remportèrent aussi de brillantes victoires qui leur permirent de faire de nombreux prisonniers. En l’an 287, l’empereur Maximien prit la décision d’installer certains de ces Francs vaincus dans la région de Bavay (Bagacum Nerviorum) en leur accordant le statut de « colons » (lètes, déditices, gentiles). Outre l’obligation de défricher et de cultiver les terrains laissés à l’abandon par les combats, ces Lètes Francs devaient également accepter de servir dans l’armée romaine en tant que troupes auxiliaires (auxillia). Et c’est ainsi que plusieurs guerriers francs commencèrent à faire de brillantes carrières dans les troupes impériales5. Dans les années 330, ces Barbares intégrés à l’armée romaine reçurent le droit de porter leurs propres emblèmes et de chanter leurs propres hymnes. Les troupes franques (exercitus francorum) devinrent ainsi peu à peu une véritable armée dans l’armée.

Mais malgré des tentatives de conciliation parfois heureuses, les empereurs continuèrent d’avoir fort à faire face aux guerriers francs. Afin d’obtenir une paix durable, ils acceptèrent finalement de signer des traités (foedus) par lesquels ils s’engageaient à reconnaître à certains chefs francs la possession de régions situées pour la première fois au sud du limes. En 357, un pacte de cette nature accorda ainsi aux Francs le contrôle de la Toxandrie, une vaste zone située entre la Meuse et l’Escaut, aux alentours de l’actuelle ville d’Anvers. On ne sait pas exactement comment les paysans gallo-romains cohabitèrent avec les nouveaux venus. Sans doute durent-ils leur abandonner une partie de leurs champs, mais aussi de leurs bêtes, en vertu du devoir d’hospitalitas, qui obligeait les habitants de l’empire à subvenir aux besoins des soldats titulaires d’un billet de logement. On sait par ailleurs que, dans certains cas, les Barbares n’hésitèrent pas à expulser de force voir même à réduire en esclavage les populations autochtones.

Toujours est-il que c’est à l’occasion de la signature d’un accord de ce type, celui conclu en l’occurrence à l’initiative du prince Julianus (le futur empereur Julien l’Apostat), que l’on entendit pour la première fois parler des Saliens comme d’une tribu franque particulière. Placés sous l’autorité directe des Romains, ces Francs saliens désormais installés dans l’Empire adoptèrent de nombreuses coutumes latines, notamment dans les domaines juridiques, militaires et sociaux. Au début du 5ème siècle, alors qu’ils assistaient à l’effondrement rapide de la puissance romaine en Gaule, plusieurs de leurs chefs n’hésitèrent pas d’ailleurs à affronter leurs propres « compatriotes » germains au nom de la fidélité à l’alliance romaine. C’est d’ailleurs en partie grâce à leur courage que le nord de la Gaule fut largement préservé des terribles conséquences de la grande invasion de 407 conduite par les Vandales, les Suèves et les Alains.

L’Empire romain, qui avait du déplacer vers le sud la plupart de ses garnisons, dut alors accepter de voir d’autres chefs germaniques s’implanter, non plus à la frontière, mais cette fois-ci au cœur même du territoire gallo-romain. Les premiers à bénéficier de ces privilèges furent les Burgondes qui, fuyant les Huns, furent autorisés à venir s’installer sur la rive occidentale du Rhin en 413 (et finalement en Sapaudia/Savoie en 443). Puis vinrent le tour des Wisigoths, qui s’établirent dans la région de Toulouse en 418, des Vandales, qui obtinrent la reconnaissance de leur domination sur l’Afrique en 435, et enfin celui des Suèves, qui reçurent la Galice en 437. Fait inédit, les nouveaux venus étaient autorisés non seulement à conserver leurs chefs, leurs lois et leurs armes, mais aussi à gouverner leur territoire de façon héréditaire et sans avoir à payer de tribut.

. La geste de Clovis

C’est précisément à cette époque et dans ce contexte que l’on voit émerger les premiers rois mérovingiens. En effet, c’est aux environs de l’an 428 que le chef salien Chlodio, dit « Le Chevelu », originaire de la région de Dispargum (ville non localisée), parvint à s’emparer de la cité romaine de Tournai, dont il fit sa capitale6. Un pacte conclu entre lui et le général romain Flavius Aetius sanctionna bientôt cette prise de contrôle. Officiellement pourvus par l’autorité romaine du commandement militaire de la province de Belgique seconde (Ducatus Belgica Secunda), les Saliens entreprirent bientôt de réorganiser leur armée sur le modèle impérial. A ce Chlodio, qui mourut aux alentours de 450, succéda peut-être son fils Mérovée, qui combattit les Huns aux côtés d’Aetius en 451. Puis vint le tour du fils de Mérovée, Childéric, qui accéda au trône de Tournai vers l’an 457. Ce Childéric Ier eut un règne assez mouvementé et passa une grande partie de son temps, soit à combattre les Romains (auquel il disputait âprement le contrôle des villes de Cambrai, d’Arras, d’Amiens, de Thérouanne et de Boulogne), soit à s’allier avec eux contre les autres princes barbares. Il fut le père de Clovis7, qui devint le nouveau roi des Francs Saliens en 481, à l’âge de seize ans à peine.

A tous égards, Clovis peut être considéré comme le véritable fondateur de la monarchie franque en Gaule. Homme de guerre audacieux et fin stratège politique, il réussit, à partir d’un territoire initial somme toute modeste, à édifier en quelques années un puissant et glorieux royaume. Après avoir mis quelques années à assurer la stabilité de son trône, Clovis se lança dans une très ambitieuse politique expansionniste. Il commença tout d’abord par s’attaquer à la principauté gallo-romaine de Syagrius, allié des Wisigoths. Ayant organisé le blocus de la Seine, il réussit à battre l’armée de son adversaire près de Soissons et transféra alors sa capitale dans cette ville. Afin de pouvoir se concilier l’aristocratie gallo-romaine, il sut très intelligemment contenir ses troupes et refréner leur volonté de pillage. L’épisode fameux du « Vase de Soissons » est d’ailleurs un écho direct de cette politique. Dans les années qui suivirent, Clovis annexa successivement les petits royaumes francs de Cambrai (489) puis de Tongres (491), sans doute gouvernés par de lointains cousins, descendants comme lui de Chlodio. Après quoi, il s’imposa aux Thuringiens et scella un pacte de non-agression avec le roi des Burgondes, Gondebaud, dont il épousa l’une des filles, Clothilde (vers 492). En 496 (ou 506 ?), appelé à l’aide par les Francs rhénans, il déjoua une tentative d’invasion des Alamans au combat de Zülpich (Tolbiac), ce qui lui permit de repousser sa frontière orientale pratiquement jusque sur le Rhin. Vers 497 (ou 508 ?), il accepta de recevoir le baptême à Reims des mains de l’évêque catholique Rémi (Remagus). Cette conversion, quelque peu tardive au regard de celles de la plupart des autres rois germaniques, représenta une victoire politique importante pour Clovis. Elle lui permit en effet de se concilier l’appui du puissant clergé catholique. Vers l’an 500, le roi des Francs signa également un traité d’amitié avec les princes bretons d’Armorique, ce qui lui permit d’étendre sa domination jusqu’à l’embouchure de la Loire. Il tourna alors toute son attention vers les Wisigoths, qui dominaient les territoires situés au sud de ce fleuve.

Les Wisigoths, contrairement aux Francs, professaient l’arianisme, une variante du christianisme considérée comme hérétique par l’église romaine. Ils avaient longtemps été vus comme les plus puissants et les plus redoutables des peuples germaniques, mais, depuis le décès de leur précédent roi, le très redouté Euric (m. 484), ils avaient perdu beaucoup de leur cohésion. Clovis ne l’ignorait pas et choisit donc d’en profiter pour les attaquer de front. Au printemps 507, il franchit la Vienne et lança le gros de ses troupes à l’assaut de l’Aquitaine. Le choc final entre les deux armées se produisit à Vouillé, près de Poitiers. Il fut terrible. Aux charges de cavalerie de leurs adversaires, les Francs opposèrent le mur serré de leurs boucliers de bois. Décidé à risquer le tout pour le tout, Clovis rassembla finalement ses meilleurs hommes et fonça avec eux au cœur de la mêlée. A coup de francisque, il se fraya un chemin jusqu’au roi Alaric II, qu’il fit tomber de cheval avant de le tuer de ses propres mains. Constatant la mort de leur chef, les Wisigoths se débandèrent rapidement.

L’année suivante, Clovis pénétra dans Toulouse et réussit ainsi à étendre son pouvoir jusqu’aux premiers contreforts des Pyrénées. Pour le féliciter de cette brillante victoire, le souverain de Constantinople, Anastase Ier, lui décerna alors la dignité de consul et de « roi très glorieux » (rex gloriosiumus). Clovis fut même gratifié du titre de représentant personnel de l’empereur en Gaule8. Revenu à Tours au lendemain de sa victoire, il y revêtit la chlamyde, le diadème et organisa un défilé à l’antique, au cours duquel il distribua des objets et des pièces d’or et d’argent à la foule. Après quoi, le souverain ordonna le transfert de sa capitale à Paris, qui devint ainsi le nouveau sedes regia (« siège de la royauté »). Il s’établit pour sa part à l’ouest de l’île de la Cité, dans l’ancien palais des gouverneurs romains (508).

Pour la première fois depuis la grande invasion barbare survenue lors de l’hiver 406-407, la Gaule abritait donc de nouveau un pouvoir central fort, capable de garantir à la fois la sécurité intérieure et la défense des frontières. Après plusieurs décennies de tourmentes politiques, et grâce à la tutelle franque, le pays retrouvait ainsi une paix durable. Les Bagaudes, ces bandes de brigands formées de paysans armés révoltés contre le fisc, de soldats déserteurs et d’esclaves en fuite, disparurent peu à peu. Mais si les choses semblaient ainsi rependre peu à peu leur cours normal, ce siècle de guerres avait aussi eu un impact profond sur le pays. Les Alains, Suèves et Vandales en 407, puis les Huns en 451 et enfin les Francs en 486, avaient méthodiquement ravagé toute ces régions. Beaucoup de techniques artisanales ou administratives avaient été perdues qui ne devaient pas être retrouvées avant très longtemps.

Mais le roi Clovis, à présent vieillissant, sentait bien que son œuvre politique n’était pas encore complète. En 508, suite aux décès consécutifs de Sigebert le Boiteux et de son fils Clodéric, il lança une offensive éclair qui lui permit de s’emparer du territoire de ses lointains cousins du royaume de Cologne9. Vers la même époque, il imita le geste qu’avaient accompli les Wisigoths en 466 en faisant mettre par écrit une partie de la loi orale franque, une décision qui devait aboutir à la constitution du fameux Pactus legis salicae. Enfin, en juillet 511, il convoqua un grand concile à Orléans (lat. Aurelianum), qui réunit trente-deux évêques. Ces derniers le reconnurent alors comme « Fils de la Sainte Église catholique » et promirent de lui témoigner, ainsi qu’à sa descendance, une fidélité absolue. A peine quelques semaines après ce triomphe, le roi Clovis mourut dans son palais parisien, le 27 novembre 511. Conformément à ses dernières volontés, il fut enterré auprès de la tombe de sainte Geneviève, une pieuse et influente aristocrate gallo-romaine dont il avait su se faire une alliée indéfectible.

C’est à l’ombre de ce souverain prestigieux – mais parfois terrible – que Théodebert passa les premières années de sa vie et, à bien des égards, sa politique devait être en pleine continuité avec celle de son ancêtre.

Partie II (voir ici)

Notes :

1 L’unique mention du personnage de Chlodio se trouve dans le Panégyrique de Majorien, écrit par Sidoine Apollinaire en l’an 458.

2 En 1996, on a mis au jour à Bergakker aux Pays-Bas une épée franque datant du début du 5ème siècle et sur le fourreau de laquelle on a pu identifier une inscription runique. Plusieurs spécialistes ont tenté de déchiffrer cette dernière. Bernard Mess l’a traduite ainsi : Hapupiwas ann kusjam loguns, ce qui pourrait signifier « Que cette épée qui m’appartient à moi, Hathutuw, transperce celui-ci dont ce sera le destin ».

3 Principalement celles des Chattuaires, des Bructères, des Usipètes, des Tenctères, des Tubantes et des Ampsivariens.

4 Les chroniqueurs de l’époque évoquent ainsi les figures de Gennobaud (cité en 287-288), Askarik et Merogaise (cités en 306-307), Nebigast (cité en 358), Charietto (chef salien rallié aux Romains en 358), Gennobaud, Markomir et Sunno (cités en 388-400).

5 Les sources ont retenu le nom de plusieurs d’entre eux, tels que Bonitus (cité en 324 comme maître des milices dans l’armée de Constantin), Claudius Silvanus (cité comme général dans l’armée de Constance II, ex. 355), Merobaude (général de Julien, Valentinien Ier et Valentinien II, consul en 377 et 383, m. à Trêves vers 383), Mallobaud (comte des domestiques, général de Valentinien Ier puis de Gratien), Bauto (maître des milices et consul en 385, m. 388), Richomer (comte des domestiques et maître de la milice, m. 393), Arbogast (maître de la milice, m. 394), Edobich (général de Constantin III en 407), etc. Il est d’ailleurs tout à fait probable que la lignée royale mérovingienne ait été liée soit directement (par filiation) soit indirectement (par mariage) à ces grandes familles d’officiers romano-francs. C’est plutôt l’hypothèse inverse (celle d’hommes absolument nouveaux) qui paraîtrait surprenante.

6 Dans le même temps que les Saliens avançaient vers le sud, d’autres Francs, dits Rhénans, progressèrent quant à eux vers l’ouest. Après avoir d’abord pillé Trêves (en 413, 424 et 432 et 455), puis Cologne et Mayence dans les années 420, ces Francs rhénans s’allièrent aux Burgondes et purent ainsi s’installer à demeure à Cologne en 448, avant de s’emparer de Trêves vers 470, puis de Metz vers 490. A cette époque, ils étaient gouvernés depuis Cologne par leur roi Sigebert, dit « Le Boiteux », qui fut l’un des principaux alliés de Clovis.

7 Clovis vient du francique Hlod-Wig, de hlod, « gloire » et wig, « combat » (c’est-à-dire « glorieux au combat »). Il est à l’origine du prénom de Louis.

8 Comme Théodoric le Grand l’avait été pour l’Italie en 497.

9 Sigebert avait toujours maintenu de bonnes relations avec Clovis, n’hésitant pas à envoyer son fils Chlodéric pour l’aider à conquérir l’Aquitaine. Or, peu de temps après la victoire de Vouillé, Sigebert fut assassiné dans une embuscade en forêt de Buconia. Chlodéric rentra alors en toute hâte pour se faire reconnaître roi, mais il mourut lui-même peu après, peut-être tué durant les troubles qui avaient suivi la mort de son père. Comme il n’avait pas d’enfant adulte pour lui succéder, l’anarchie s’installa à Cologne et Clovis s’y rendit pour y mettre fin. Ce faisant, il se fit élire roi de Cologne par les Francs rhénans.

Crédit photographique : paysage forestier néerlandais, typique de l’environnement des premiers Francs  (By Agnes Monkelbaan (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, via Wikimedia Commons).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s