Baybars (III) : l’Etat mamluk

Partie II

III. Le souverain et l’homme

Les dix-sept années, deux mois et onze jours de règne de Baybars se soldèrent au final par un total de trente-huit campagnes militaires, toutes victorieuses. Neuf furent remportées contre les Mongols (« l’ennemi exécré », al-‘adu al-makhdul), les Arméniens subirent cinq assauts et les Ismaéliens trois. Mais les plus malmenés furent sans conteste les Francs, auxquels les troupes turques infligèrent vingt et une défaites consécutives. De sa personne, Baybars assuma le commandement dans quinze batailles et sièges, ne craignant pas, lorsque cela fut nécessaire, d’exposer sa propre vie. Il sortit vingt-six fois à la tête de ses troupes et parcourut certainement plus de quarante mille kilomètres sur les routes poussiéreuses du Moyen-Orient médiéval, épuisant sous lui d’innombrables montures.

En tant que sultan, Baybars régna en maître absolu sur tout son domaine. Son pouvoir sur ses sujets équivalait en vérité à celui que possède un commandant en chef sur le champ de bataille vis-à-vis de ses propres soldats. Le sultan avait donc le droit de vie et de mort sur chacun de ses sujets et tout refus d’obéissance, même minime, constituait une forme de trahison passible de la peine capitale. Sur le plan juridique, son pouvoir ne connaissait aucune borne si ce n’est qu’il devait respecter les grands principes de la religion musulmane. Pour tout le reste, il n’avait de compte à rendre à personne, même s’il était suffisamment habile pour éviter de susciter sans raison le courroux de l’élite militaire, gouvernementale ou religieuse, ou bien encore de provoquer des réactions hostiles de la part de pouvoirs étrangers dont il recherchait l’alliance. En théorie, le sultan était aussi le détenteur officiel de toutes les terres, dont les exploitants n’étaient jamais que des usufruitiers. Maître unique de l’Etat (dawla), il nommait et révoquait à tous les emplois officiels. Sa volonté, qu’il la fasse connaître par écrit ou par oral, était la source de toutes les lois positives (masdar al-kawanîn). C’est elle qui produisait les décrets (marsum) qui étaient rédigés par sa chancellerie. Chef des armées, en temps de guerre comme en temps de paix, il était le garant du maintien de l’ordre et de la justice (rabb al-‘azim) et possédait donc le droit de juger en appel mais aussi de casser tout décision prise en la matière par un autre que lui. On ne s’adressait au sultan qu’en l’appelant mawlana, ce qui signifie littéralement « mon seigneur ».

Si l’on veut imaginer l’impression que laissa Baybars sur ses contemporains, il faut se figurer un homme de haute taille et athlétique, à la peau mate et aux yeux d’un bleu très vif1. Perpétuellement juché sur son destrier, il donnait des ordres d’une voix forte et grave. Il était dur, parfois impitoyable, mais que l’on ne s’imagine pas pour autant un tyran qui aurait fait voler les têtes autour de lui et n’aurait pas supporté la moindre contradiction. Baybars fut loin d’être despotique, capricieux et sanguinaire, comme le monde des hommes en a tant produit. Un tel homme, en effet, n’aurait pas pu conserver son trône très longtemps, et surtout, il n’aurait jamais pu accomplir une œuvre politique aussi admirable que celle de Baybars. En fait, durant tout son règne, le sultan n’employa que deux grand vizirs, dont l’un resta en poste durant plus de dix-sept ans2 ! Plusieurs de ses généraux, de ses secrétaires et de ses gouverneurs se maintinrent également à leur poste durant une durée exceptionnellement longue pour l’époque. Peu d’entre eux payèrent de leur vie leurs échecs et leurs erreurs, et tous ceux qui finirent par être exécutés ne le furent qu’après avoir manifestement trahi leur serment d’allégeance. Preuve manifeste s’il en est que Baybars n’était pas l’être paranoïaque et versatile que bien des chroniqueurs chrétiens ont tenté de dépeindre.

S’il sut bel et bien s’entourer d’hommes de confiance, le sultan conserva pourtant toujours la haute main sur les affaires de l’Etat. Car il exista un autre Baybars que cet éternel soldat que l’on découvre en parcourant la liste de ses exploits guerriers. Il y eut aussi un stratège politique, doté d’un admirable sens de la gestion des affaires publiques, un individu maître de ses émotions, qui savait manier l’art de l’intrigue à un degré de perfection rarement égalé. Il exista aussi un homme d’État qui sut poursuivre sa vision avec la souplesse et la patience requise, n’hésitant pas à rechercher la paix avec ses anciens ennemis lorsqu’il le fallait. Un homme qui savait pardonner, et même s’excuser. Bien que parfaitement conscient de sa valeur et de l’importance du cérémonial aulique, Baybars resta toujours un homme simple, surtout lorsqu’il était au combat. Pour comprendre l’attachement de ses soldats à son égard, il faut rappeler qu’ils se savaient commandés par un chef qui leur avait déjà maintes fois donné des preuves de sa bravoure et de son sens du dévouement. Combien de fois ne l’avaient-ils pas vu, comme au siège d’Arsuf par exemple, se battre à leurs côtés et escalader les remparts des villes adverses sur une échelle de bois sous les carreaux de leurs ennemis ? Qui ignorait qu’on l’avait vu participer torse nu au creusement des tranchées, ou en train d’apprendre aux jeunes recrues la meilleure manière de tailler des flèches ? Qui ne savait que le sultan offrait parfois aux blessés les soins de ses médecins personnels ? Qui n’avait pas entendu raconter comment un jour, par défi, il avait traversé le Nil à la nage, son armure sur le dos afin d’encourager les plus timorés ? Mais surtout, chacun connaissait son habitude de ne jamais prélever sa propre part du butin, se contentant, suprême raffinement, de racheter de temps à autre les objets qui lui plaisaient.

Grand amateur du jeu d’échec, le sultan savait à merveille dissimuler ses plans, tandis qu’à l’inverse, son système d’espionnage (tadjassus), qui passait pour l’un des plus efficaces de l’époque, lui permettait de tout connaître à l’avance des objectifs poursuivis par ses adversaires. Les Francs lui reprochèrent sa duplicité, son irrespect des trêves et des accords conclus. Ils n’eurent sans doute pas tout à fait tort sur ce point, mais Baybars les connaissait très bien, et il ne se faisait aucune illusion sur eux et n’ignorait rien de la haine farouche qu’il entretenait à l’égard des musulmans. Appuyé par les docteurs de la loi islamique, il considérait qu’en cas de grave péril, un serment violé valait mieux qu’une guerre perdue. Encore cherchait-il la plupart du temps un prétexte pour pouvoir se délier de ses engagements. Il était secret, méfiant, et n’accordait sa confiance qu’à un nombre très restreint de personnes. Les historiens de l’époque se sont plu à décrire comment il avait souvent pris l’habitude de changer d’itinéraire au dernier moment afin que les garnisons où il devait s’arrêter ne fussent pas au courant de son passage. Pour cela, il voyageait régulièrement avec une escorte réduite au maximum. Ces mêmes historiens ont aussi évoqué comment il se promenait parfois incognito dans les rues du Caire afin de mieux tâter les sentiments de la population, et même comment, un jour, il se serait déguiser en shaykh sufi afin d’accompagner l’une des ambassades qu’il avait envoyées à Tripoli pour jauger par lui-même l’état des forces en présence. Cette intelligence se révèle également dans sa manière de mener la guerre. Si très peu de grandes batailles restent attachées à son nom, cela n’est pas le fruit du hasard. Autant qu’il le put, Baybars prit en effet toujours grand soin de les éviter, sachant trop bien ce qu’elles comportent d’aléatoire. Lui et son armée se contentaient généralement de mener une « petite guerre », faite d’offensives limitées, de marches forcées, inopinées et rapides, peu spectaculaires mais toujours très méthodiques et particulièrement redoutables.

La chasse et la pratique de différents jeux hippiques étaient d’utiles moyens pour garder une forme physique adéquate entre deux campagnes militaires. Baybars, qui s’entraînait presque tous les jours au maniement des armes, entretenait également une véritable passion pour l’art cynégétique. Les grandes chasses royales lui permettaient en effet d’étaler les fastes de sa cour devant les yeux des ambassadeurs étrangers. Monté sur son pur-sang arabe, le sultan n’avait pas son pareil pour débusquer les proies. Tandis que le gibier d’eau des marais du Delta était chassé à l’aide de faucons apprivoisés, les gazelles, les fauves et les oryx du désert l’étaient grâce aux fameux chiens sloughis, dont chaque émir mamluk se devait de posséder un grand nombre. Lorsqu’il était au Levant, le sultan partait avec ses proches et ses rabatteurs courir le lièvre, l’outarde et la perdrix dans les bosquets verdoyants de la vallée du Jourdain et des montagnes libanaises. Baybars jouait également au polo au moins deux fois par semaine lorsqu’il était en Egypte, et une seule fois lorsqu’il était à Damas. De même, il s’entraînait régulièrement au tir à l’arc en participant à des concours (musabaka). Sur les terrains d’entraînement militaires (maydan), se déroulaient fréquemment des courses de chevaux, auxquels venait assister un public nombreux abrité derrière des palissades de bois (manazir). Baybars fit d’ailleurs construire plusieurs de ces terrains, et le plus grand d’entre eux, le maydan al-kabak, était situé tout près de la citadelle du Caire.

Pas un seul instant, le sultan n’oubliait cependant ses devoirs de souverain. Au Caire, il fit ainsi aménager une « maison de Justice » (dar al-adl) où, assis sur un simple banc de bois et accompagné de juristes réputés, il tenait séance chaque vendredi et chaque dimanche dès qu’il se trouvait dans sa capitale. Là, il écoutait avec patience les doléances et les plaintes (mazalim) de ses sujets et tranchait les litiges qui les opposaient, seul ou en prenant appui sur les avis de ses conseillers. Très pointilleux sur le respect des conventions morales, il édicta des mesures sévères afin de débarrasser du fléau de la prostitution. Les femmes franques qui se livraient à ce commerce furent expulsées d’Alexandrie et les Égyptiennes qui s’y adonnaient furent mariées de force. De même, il prohiba sévèrement l’usage de l’alcool et du hashish et restreignit l’usage de la musique lors des festivités. A n’en pas douter, l’ordre moral le plus strict régna dans l’Égypte des premiers Mamluks.

Ses fonctions à la tête de l’Etat l’obligeaient également à assister à certaines célébrations religieuses. Les deux fêtes canoniques du calendrier musulman étaient bien sûr les plus solennelles ; il s’agissait de l’aid al-adha (ou aid al-saghir), qui concluait le jeûne du mois de de ramadan, et l’aid al-kabir, qui achevait la saison du pèlerinage (hadj). En Syrie, beaucoup de villages fêtaient également le nouvel an iranien (nawruz). Propre à l’Égypte, en revanche, était la « fête du Nil », au cours de laquelle on ouvrait les digues pour inonder les champs. Pour les musulmans, le départ annuel des pèlerins vers La Mekke, ou bien celui de l’armée en campagne, donnaient également lieu à des réjouissances. Les soufis organisaient également des concerts spirituels à la date anniversaire de la mort de leurs grands maîtres. L’anniversaire du Prophète de l’Islam, ou mawlid3, était bien évidemment fêté de façon grandiose. Et il en allait de même pour les noces des grands personnages de la cour sultanienne, ou encore pour les cérémonies de circoncision des princes héritiers. Le sultan profita d’ailleurs de la circoncision de ses fils pour régler sur sa cassette personnelle celles de milliers d’enfants issus des familles défavorisées. Très généreux, il créa un certain nombre de fondations pieuses (wakf), dont la plus populaire fut sans doute le wakf al-turaha, qu’il institua afin de subvenir aux frais d’inhumation des plus pauvres de ses sujets.

A chacune de ces occasions, les palais de la citadelle du Caire se remplissaient de centaines de convives, à qui on offrait en quantité du pain et des viandes de toutes sortes (moutons, veaux, chevaux, oies, poulets), cuites dans de larges chaudrons et assaisonnées des aromates les plus goûteux (coriandre, sésame, cumin, anis, safran). On servait aussi du kumis (lait de jument fermenté), de la boza (millet fermenté) ou des boissons sucrées (jus de canne, orangeade, etc.), tandis que tambourins et luths faisaient raisonner leurs mélodies rythmées. La ville tout entière était alors décorée, tandis que les membres de l’élite, assis sous des kiosques installés spécialement pour eux, mettaient leurs beaux habits, et notamment les khila, ces fameuses robes de brocart ornées de fines broderies d’or (tiraz) que le sultan offrait en cadeaux à ses meilleurs subordonnés.

II. Les structures de l’Etat baybarside

Sur le plan intérieur, la réorganisation de l’Etat entreprise par Baybars introduisit une harmonie et un équilibre si parfaits que les institutions qui furent mises en place à cette époque demeurèrent quasiment inchangées pendant les trois siècles suivants.

Cette stabilité reposait notamment sur une division tripartite des fonctions de gouvernement, division très stricte et très sévèrement surveillée qui limitait de fait certaines formes d’ambitions. Les hommes qui présidaient aux destinées de l’Empire appartenaient ainsi à trois groupes bien distincts : les « hommes de l’épée » (appelés ahl as-sayf, ou arbab al-suyuf ou encore waza’if as-sayf), monopolisaient ainsi le pouvoir exécutif et les fonctions militaires, les « hommes de la plume » (ahl al-kalam ou arbab al-kalam ou encore waza’if ad-diwaniyya) occupaient les fonctions liées à l’administration civile, et enfin les « hommes au turban » géraient quant à eux les affaires religieuses. Ces trois catégories formaient l’élite (al-khassa) de la société et dominaient la masse (al-‘amma) du peuple.

. Les « hommes de l’épée »

Ils étaient tous des Mamluks et tous, sans exception, avaient donc été des esclaves avant de pouvoir être affranchis. Les propres enfants des Mamluks étaient en effet systématiquement écartés des postes à responsabilité. A la différence de leurs géniteurs, ils portaient d’ailleurs des noms arabes et formaient le groupe des awlad an-nass, les « fils des gens respectables », dont les membres devaient se trouver d’autres carrières que celle des armes (administratives, commerciales, religieuses etc.). La traite était ainsi devenue – phénomène unique dans l’histoire – la seule forme de reproduction sociale de l’élite égyptienne ! Grâce à ce principe surprenant, les Mamluks purent conserver toute leur ardeur au combat, leur force de cohésion et leur solidarité (‘asabiyya), et cela sur plusieurs générations, ce qui leur permit d’échapper à cette fameuse loi de la décadence qui, selon l’historien Ibn Khaldun, guettait toute dynastie s’étant habituée un peu trop longtemps à la tranquillité et à la sécurité qu’offre le pouvoir absolu.

Après avoir été acquis en Syrie ou à Alexandrie auprès de marchands d’esclaves spécialisés (arabes, iraniens, juifs, latins ou grecs), des centaines de jeunes turcophones païens (c’était là aussi une obligation4), étaient donc chaque année amenés en Egypte où ils étaient achetés pour le compte de riches officiers mamluks. Les meilleurs d’entre eux intégraient des écoles spéciales appelées tabakah, où on leur enseignait les préceptes de la religion musulmane et l’art de la guerre. Au sortir de cette formation, ils recevaient leur diplôme (itaka) d’affranchissement, l’équipement militaire adéquat, un cheval et un lot foncier (ikta’a, pl. ikta’at) plus ou moins étendu5. S’ils avaient désormais le droit de se laisser pousser la barbe, ils avaient interdiction de se marier avec des indigènes – cet interdit ne concernait toutefois que la première génération – et devaient donc faire venir leurs épouses de leur pays natal. Cette stricte endogamie devait surtout leur éviter de se lier avec les élites marchandes ou tribales de leur pays d’accueil, ce qui aurait pu entraîner de graves conflits d’intérêts. Ils ne sortaient guère de leurs casernements, si ce n’est pour partir en campagne. De même, ils gardaient leurs noms turcs et ne parlaient entre eux que cette langue, et si certains apprenaient l’arabe ou l’iranien, ce n’était jamais que par coquetterie. De facto, l’Égypte des Mamluks était donc devenue « l’Etat des Turcs » (dawla al-atrak).

Véritable caste militaro-politique, comptant à peine quelques milliers de membres6, ces mamluks étaient les seuls hommes de l’empire autorisés à monter à cheval ou encore à porter une épée en dehors des batailles. Afin de se distinguer, ils arboraient d’abondantes chevelures, tandis que les locaux allaient au contraire le crâne rasé de près. Les plus puissants d’entre eux possédaient leurs propres mamluks, qui formaient ce que l’on appelait une « maison » (bayt, pl. buyut), identifiable par un blason (rank) qui lui était propre. L’élite de l’élite était constituée par les « mamluks royaux », ceux qui appartenaient à la maison personnelle du sultan et recevaient par conséquent les meilleures pensions (nafaka), les soldes mensuelles (djamakiya) les plus élevées, les rations alimentaires (lam) les plus copieuses et le fourrage (‘alik) le plus abondant pour leurs chevaux. Tous les membres d’une même compagnie étaient considérés comme des « frères » (kushdash) et demeuraient liés par une solidarité (khushdashiyya) en principe indestructible. Ils étaient tous placés sous l’autorité d’un même « père » (walid) de substitution, leur maître (ustadh), dont ils étaient considérés comme les propres fils (awlad, sing. walad). Lorsque le maître d’une maison mourait, ses mamluks passaient dans d’autres maisons. S’ils devaient à leur nouveau maître le respect et l’obéissance dus naturellement à un chef, ils n’avaient plus à lui manifester cette piété filiale et cette chaleur qui était censée les liaient à leur premier ustadh, celui qui leur avait rendu la liberté.

A ceux des mamluks qu’il jugeait dignes de les recevoir, le sultan accordait des charges et des fonctions précises (uzifa). Pour le conseiller, il avait tout d’abord sélectionné un groupe de vingt-quatre émirs, les amir miya wa makaddam alf, qui formaient le « Grand Conseil ». Ces hommes étaient les véritables barons du régime. C’étaient tous de redoutables seigneurs de la guerre, qu’il faillait surveiller de près car chacun d’entre eux n’avait souvent qu’un seul désir, remplacer le sultan en place. Mais puisqu’ils formaient l’épine dorsale de l’armée, ils étaient néanmoins indispensables. Parmi les émirs du conseil, se trouvaient de grands personnages tels que :

  • Le na’ib al-sultana ou « régent du royaume », un homme de confiance que le sultan déléguait pour administrer l’Egypte lorsqu’il partait en campagne.
  • L’amir djandar, chef de la khassakiyya, il avait en outre la haute main sur l’administration pénitentiaire et se chargeait souvent des basses œuvres.
  • L’ustadar ou majordome du palais, il veillait à la bonne marche matérielle de la cour sultanale.
  • L’atabak al-asakir, qui faisait quant à lui office de général en chef des armées aux côtés du sultan.

En dessous de ces émirs du Conseil, il existait toute une série d’officiers de haut rang, issus eux aussi du mamlukat :

  • Quelques officiers supérieurs, choisis avec précaution, commandaient les mamluks royaux, tâche ô combien importante, il s’agissait du mukkadam al-mamlik al-sultaniyya, du rass an-nawba, de l’amir as-silah et de son assistant, le zardkash.
  • Le hadjib al-hudjab, chambellan et chef du protocole, il servait également d’arbitre dans les conflits pouvant survenir entre les émirs.
  • L’amir akhur, responsable des écuries.
  • Le dawadar, chargé de la correspondance secrète du sultan.
  • Le ras nawahat al-nuwwab, officier responsable de la citadelle du Caire et des patrouilles urbaines.
  • Le nakib al-djaysh, garde du corps personnel du souverain.
  • L’ustadar al-dahira l-amlak, intendant des biens personnels du sultan.
  • Le khazïndar, en charge de la garde du trésor royal.
  • Le zimamdar, l’eunuque gardien du harem du sultan.
  • Le mihmandar recevait les ambassades
  • L’ustadar as-suhba veillait à l’ordonnance des cuisines.
  • L’amir al-maghlis, chef du service médical du palais.
  • Le sadd as-sarabhana, ou échanson.
  • Ou encore l’amir ash-shikar, un homme très proche du souverain puisqu’il réglait l’ordonnance des grandes chasses.
  • Et enfin les innombrables khassakiya, ces jeunes mamluks tout juste arrivés en Egypte et qui, en attendant de remplir les offices auxquels on les destinait, faisaient leurs preuves en s’acquittant de tâches subalternes au sein de l’administration et de l’armée.
  • Choisi parmi les plus vieux des mamluks de la « maison », l’instructeur (agha, pl. aghawat), prenait quant à lui en main la formation militaire des nouveaux arrivants (iniyyat, sing. Ini).

L’armée (djaysh ou asker) était bien évidemment le pilier du système fondé par Baybars, aussi apporta-t-il toujours un soin particulier à son entretien. La troupe était commandée par le sultan en personne, assisté des émirs du conseil. En dessous d’eux, se plaçaient les « émirs des armes » (amir silah) ou « émirs des mille » qui constituaient l’état-major. Encore en dessous d’eux, se plaçaient les émirs tablakhana (qui dirigeaient chacun une centaine de mamluks) puis les innombrables « émirs des dix » (ainsi nommés car ils avaient autorité sur des compagnies d’une dizaine de soldats). Cette hiérarchie « 1000, 100, 10 », d’origine steppique, s’étendait au-delà du domaine strictement militaire et régentait toute une partie de la vie civile du royaume. Baybars créa ou rénova des corps spécialisés de sapeurs, miniers, artificiers, maçons et charpentiers grâce auxquels il fit édifier des engins de siège d’une taille gigantesque. Il mit également au point un service d’ambulances pour prendre soin des blessés.

Le gouvernement provincial et la police (shurta) étaient aux mains des trois wali (gouverneurs) d’Égypte (un pour la ville du Caire, l’autre appelé na’ib al-kala pour la citadelle de Fustat, le dernier en poste à Alexandrie) et des six na’ibs (intendants) de Syrie (deux à Damas, deux à Halab, un à Karak à partir de 1263 et le dernier à Safed à partir de 12657). Chaque na’ib possédait ses propres forces armées placées entre les mains de ses propres « hommes de l’épée ». Seules les places de moindre importance demeuraient aux mains des indigènes. Cependant, des contingents d’hommes libres étaient parfois levés dans les tribus et les clans arabes. Ils formaient des halaka ou « cercles », qui venaient assister les forces mamluks lorsque cela était nécessaire, c’est-à-dire en cas de grand péril. Sous le règne de Baybars, la halaka devait comprendre environ quatre mille soldats, essentiellement basés en Syrie, où ils constituaient les forces armées les plus importantes sous l’autorité d’un mamluk spécialement chargé de leur commandement, le mukaddamu l-halaka. Enfin, de nombreux Turco-Mongols, persécutés par les khans d’Iran, vinrent en Egypte se mettre sous la protection de Baybars, qui accepta de bien volontiers de les accueillir. Devenus musulmans, ils se retrouvèrent enrégimentés au sein d’unités spéciales appelées wafadiyyah, qui furent réparties au sein des troupes mamluks.

Au sommet de son pouvoir, Baybars pouvait donc mobiliser une force d’environ quarante mille soldats, dont 10% seulement de Mamluks proprement dits. Environ un tiers d’entre eux étaient stationnés en Egypte, un autre tiers se tenait face aux Francs en Palestine, tandis que le dernier tiers gardait la frontière de l’Euphrate et se tenait prête à riposter face aux attaques mongoles. Par un beau jour d’août 1276, le sultan n’hésita pas à passer en revue plusieurs milliers de ses soldats, les uns après les autres, par groupe de dix, afin de s’assurer qu’ils entretenaient avec soin leur équipement et leur armement.

En campagne, le sultan apparaissait ordinairement entouré d’une armée personnelle de quatre-mille soldats d’élite et ne faisait appel à d’autres forces qu’en cas de problème majeur. Monté sur son cheval, il avançait entouré de nombreuses bannières religieuses (allam), d’étendards militaires (band) et de cohortes de musiciens. Comme tous ses soldats, il arborait des vêtements de couleur claire durant l’été et sombre l’hiver, qu’il recouvrait le cas échéant d’une armure en cotte de mailles. Lorsqu’il passait dans les terrains accidentés ou des zones semi-désertiques, le souverain quittait son destrier pour monter une mule ou un dromadaire. Le fantassin, qui portait épée, lance et bouclier, devait pouvoir endurer de très longues marches. Quant aux cavaliers, ils devaient être à même, non seulement de se battre au corps à corps, mais aussi de manœuvrer au milieu de la masse lors des batailles, de fondre sur l’ennemi puis de se replier, de mener des raids éclairs, et cela de jour comme de nuit. Lors des affrontements, l’infanterie avançait entourée de deux ailes de cavalerie dans le but d’envelopper l’adversaire. L’engagement débutait par une terrible pluie de flèches qui suffisait parfois, comme à Gaza en 1244, pour faire la différence. Plus tard, au cours de l’engagement, des archers d’élite avaient pour mission d’abattre les coursiers et les estafettes de l’ennemi afin de paralyser ses communications.

L’une des clés de la réussite du pouvoir du sultan tint à sa capacité d’être toujours informé avec rapidité du moindre événement notable et de transmettre ses ordres avec la même promptitude. Baybars se fit donc un point d’honneur à rétablir un service postal (barid) régulier et, pour ce faire, il n’hésita à dépenser sans compter. Les grandes routes furent ainsi remises en état et les gîtes d’étape (khan) rénovés. Tandis que l’amir ahur al-barid s’occupait de l’entretien des chevaux de poste, le mukaddam al-barid gérait une noria de coursiers, tandis que le shadd marakiz al-barid veillait à l’entretien des auberges. Tous ces officiers étaient des Mamluks, preuve de l’importance de leur mission et de son caractère avant tout militaire. Deux fois par semaine, le sultan recevait par leur intermédiaire des renseignements venus de tout l’empire. En temps normal, une dépêche mettait seulement quatre jours pour aller du Caire à Damas, mais les plus urgentes, qui étaient transmisses sans délai par pigeon voyageur, pouvaient lui parvenir dans la journée. L’anecdote raconte qu’il arrivait souvent au sultan de prendre connaissance des messages les plus importants alors qu’il était encore dans son bain de vapeur. Des signaux de fumée pouvaient également être utilisés en cas de nécessité imminente, notamment lors des campagnes.

. Les « hommes de la plume »

Les « hommes de la plume » n’étaient jamais des Mamluks. Généralement syriens, ils pouvaient également être iraniens ou même égyptiens. Un certain nombre d’entre eux étaient chrétiens. Leur chef était le wazir (pl. wuzara), qui était le gardien du sceau princier (tawki) et chapeautait l’administration, aidé en cela par le nazir ad-dawla, son principal assistant. Il avait sous sa responsabilité toute une série de bureaux (diwan) plus ou moins spécialisés et dirigés chacun par un haut fonctionnaire particulier8 :

  • Le nazir al-khass s’occupait ainsi des revenus issus des fiscs royaux.
  • Le nazir al-djaysh était en charge des finances de l’armée.
  • Le sahib bayt al-mal était le premier trésorier du pays.
  • Le katib as-sirr (littéralement le « scribe du secret »), placé à la tête du diwan al-‘insa, se chargeait de la correspondance (mukatabat) officielle du sultan. Il pilotait à cet effet de véritables légions de scribes, qui officiaient au palais ou dans les provinces. C’est également lui qui recevait les plaintes (tawki ‘a ala al-kisas) des notables locaux.
  • Les collecteurs (‘umala, sg. ‘amil), se chargeaient quant à eux de récolter les impôts dus au sultan.

. Les « hommes du turban »

Enfin, les « hommes du turban » s’occupaient officiellement de toutes les affaires religieuses. Toutefois, étant donné l’imbrication étroite du religieux et du politique, leurs compétences s’étendaient à la plupart des aspects de la vie publique. De nombreux emplois religieux étaient ainsi occupés par des fonctionnaires civils. Les « hommes au turban » portaient généralement le titre de « savants » (‘ulama, sg. ‘alim), qui désignaient les détenteurs d’un savoir au sens général.

  • Au sommet de la hiérarchie des honneurs se plaçaient les quatre kadi al-kudat ou « grands juges » (un pour chaque rite sunnite ou madhhab9), dont le devoir principal consistait à dire le droit. Formant une sorte de juridiction suprême, ils assistaient le sultan dans ses fonctions légales. Ces grands-juges avaient autorité sur d’autres fonctionnaires de rang moyen.
  • Le mufti de la « Maison de Justice » de la capitale (mufti al-Dar al-adl) assistait le sultan lors des audiences judiciaires.
  • Le kadi de l’armée (kadi al-asker).
  • L’agent du Trésor public (wakil bayt al-mâl), chargé de collecter l’impôt canonique de la zakât.
  • Le nakib al-ashraf, fonctionnaire spécialement chargé de la recension des familles descendant du Prophète (shurfa), qui bénéficiaient effectivement de certains privilèges.
  • Le contrôleur de la monnaie (nazir dar ad-darb).
  • Le contrôleur des biens de mainmortes (nazir al-awkaf).
  • Il y avait aussi les simples kadi ou « juges », dont la juridiction s’étendait en général à une ville ou à un quartier bien précis. Pour les aider dans leurs tâches, ces responsables bénéficiaient du concours de nombreux nai’b kadi (juges assistants) et de shudud (au singulier shadid, sorte de notaire, expert légal dont l’indépendance en matière juridique était plus limitée). Tous ces gens étaient généralement désignés sous le terme de juristes (fukaha, sing. fakih).

Dans toutes les provinces (niyabat) du pays, on retrouvait le même système quadricéphale qui prévalait dans la capitale, avec un kadi pour chaque école juridique. A charge pour eux de surveiller l’orthodoxie de tous ceux qui occupaient des postes subalternes dans la hiérarchie religieuse :

  • Les muhtassib faisaient office d’inspecteurs des marchés, de responsables du contrôle des poids et mesures, de l’hygiène, de la morale et de l’ordre public10.
  • Des shuyukh, responsables des hospices, des écoles coraniques ou des « couvents » (khawanik) des ordres soufis.
  • Des imam-khatib, qui dirigeaient la prière dans les mosquées et prononçaient le sermon du vendredi, où les exploits du sultan étaient exposés en termes louangeurs.
  • Des muhallim, qui exerçaient comme enseignants dans les mosquées, les madrasas et les écoles kur’âniques (kuttab).
  • Des wa’iz ou prédicateurs publics, dont l’indépendance vis-à-vis des kadi al-kudat pouvaient varier considérablement selon leur renommée personnelle ou de leur situation géographique plus ou moins excentrée par rapport au pouvoir central.

Beaucoup des membres de ce « bas clergé » exerçaient par ailleurs un autre métier en plus de leurs attributions religieuses.

III. La fiscalité sultanienne

Comme celle de tous les autres souverains de l’époque, la politique économique de Baybars n’était préoccupée que par un seul souci : remplir les caisses de l’Etat. C’est ce que les spécialistes modernes nomment une Raubwirtschaft, une économie de prédation. En ces temps-là, en effet, la notion de création de richesse n’était pas encore conceptualisée. Il fallait surtout taxer ou s’accaparer celle qui existait déjà afin de pouvoir satisfaire les ambitions d’une élite plus conquérante et ambitieuse que jamais. Baybars y parvint sans pour autant endommager la croissance, car il avait su rétablir la sécurité des routes commerciales et celles des campagnes. De plus, les butins qu’il avait amassés lors de ses expéditions contre les croisés l’avaient mis dans une position confortable11.

C’est donc un Etat riche que gouvernait Baybars. Les principales sources de revenus du Trésor étaient issues des contributions de la paysannerie, qui devait payer l’impôt foncier (kharadj, ‘ushr). Ce dernier était prélevé en nature (mukasama) ou en argent (misaha) par les agents du diwan local en fonction d’un cadastre (kawanin) précis et bien tenu à jour. Cet impôt foncier alimentait les greniers et les caisses de l’Etat. Ruraux et citadins musulmans parvenus à un certain seuil de richesse devaient en outre s’acquitter de la dîme (zakât)12, un impôt religieux de solidarité prélevé sur les biens fonciers et mobiliers des contribuables et dont les revenus étaient destinés non pas au sultan mais à ceux qui étaient dans le besoin. L’Etat prélevait également sa part sur les successions collatérales. Les non-musulmans, chrétiens et juifs, ne s’acquittaient pas de la zakât mais payaient annuellement (au premier mois de l’année lunaire), et individuellement, la djizya ou capitation.

Parmi les autres sources de revenus, il fallait compter les diverses taxes levées sur le trafic commercial (péages routiers ou portuaires), les amendes perçues par l’Etat, les confiscations (musadara) ordonnées en cas de rébellion, les rétributions des wakf-s (de nombreux immeubles étant propriétés de l’Etat, les loyers payés par les locataires parvenaient dans ses caisses), ou encore les butins (ghanim) ramenés des expéditions (dont un cinquième, le khums, était attribué au sultan, le reste revenant aux soldats) ainsi que les tributs fixes réglés par les principautés vassales de l’Égypte (la Nubie, les principautés ayyûbides de Syrie, le territoire des Ismaéliens). Cette abondance relative de revenus permit à Baybars de supprimer tous les impôts non canoniques (mukus) instaurés par ses prédécesseurs, un geste politique qui contribua évidemment à le rendre populaire auprès du peuple13.

Membres d’une caste privilégiée, les Mamluks n’étaient pas considérés comme des sujets (reayya), mais comme des serviteurs du sultan et ils ne payaient donc pas d’impôts. Dès lors qu’ils avaient atteint un certain niveau de pouvoir et donc une certaine aisance financière, ils pouvaient ainsi se permettre d’investir des sommes considérables dans de lucratives entreprises financières, et même prendre une part active à la spéculation immobilière ou au commerce international.

Quant aux vieux Mamluks (tarkhan), incapables de continuer à servir dans l’armée, ou bien encore ceux qui avaient été démis de leurs fonctions pour une raison ou pour une autre (battal), ils étaient dépossédés de leur ikta’a mais se voyaient généralement offrir une pension et demeuraient en réserve, prêts à être rappelés si l’occasion se présentait.

Suite : Partie IV

Notes :

1 Depuis son enfance, l’un de ses yeux était recouvert par une cataracte, qui formait une petite tache blanche.

2 Zayn al-Dîn Ya’kûb ibn Abd ar-Rafi’ al-Asadi al-Kurashi, dit Ibn az-Zubayr  (1187-1269) fut le chef de l’administration sultanienne de 1259 à 1261. Son successeur, Baha al-Dîn ‘Ali ibn Muhammad ibn Sâlim, dit Ibn Hanna, fut nommé en 1261 et mourut en fonction en 1278.

3 Instaurée par les califes fatimides au 10e siècle, la fête du mawlid se répandit dans le peuple au début du 13e siècle.

4 Au fil des décennies, lorsque la plupart des tribus turques se furent converties à l’islam, il fallut importer des esclaves d’autres contrées. Le choix des Mamluks se porta sur le Caucase, et notamment sur la Circassie, un territoire où substituaient encore de nombreuses païennes. Le premier Circassien à accéder au pouvoir fut Barkuk en 1382. Parce qu’ils vivaient dans des casernes disposant de tours (burdj), les Circassiens furent appelés burdji. La dynastie burdjite fut la seconde dynastie mamluk d’Egypte après celle des bahrites. Elle conserva le pouvoir jusqu’à la conquête ottomane en 1517 – mais les Mamluks circassiens se maintinrent encore au pouvoir sous la suzeraineté d’Istanbul jusqu’au début du 19ème siècle.

5 Le mukta (propriétaire de l’ikta’a) ne possédait pas ce lot à proprement dit, mais seulement les revenus attenants, qui constituaient sa solde. A la différence du timariote ottoman ou du seigneur occidental, il ne résidait pas sur ces terres puisque tous les Mamluks sans exception étaient encasernés au Caire ou à proximité. Les domaines fonciers (ou les immeubles de rapport, car les ikta’a pouvaient aussi être situés en ville) étaient donc gérés par des intendants (wakil). L‘ikta’a n’était pas héréditaire et rarement viager, il pouvait également être réduit, augmenté, échangé ou supprimé sur simple décision du sultan. A lui seul, celui-ci possédait quasiment la moitié des lots fonciers disponibles.

6 Ils étaient environ quatre mille environ sous le règne de Baybars, mais devinrent beaucoup plus nombreux par la suite.

7 Les Mamluks avaient laissé en place un souverain ayyûbide à Hama, qui leur obéissait fidèlement, payait tribut chaque année et fournissait des contingents de soldats dont la valeur militaire était très estimée.

8 Parmi tous ces fonctionnaires, on distinguait les kutaba al-dast et les kutaba al-dardj, les premiers étant d’un rang hiérarchique supérieur aux seconds.

9 Mettant à son profit la devise « diviser pour régner », le sultan retira en 1264 le monopole de la charge de kadi al-kudat au rite shafi’i, en créant cette fonction pour les trois autres écoles juridiques musulmanes (hanafite, malékite et hanbalite). Cette mesure valut l’acrimonie de certains ‘ulama shaféites et explique le jugement défavorable que l‘imam Suyuti par exemple prononça à l’encontre de Baybars au 16ème siècle. Les quatre kadis se réunissaient au Caire, dans l’enceinte de la madrasa de Nadjm al-Dîn Ayyub as-Salihi. Baybars, comme la plupart des Turcs, suivait à titre personnel le madhhab hanafi.

10 Ils avaient également pour tâche de faire respecter le bon comportement des maîtres envers leurs animaux. L’amour du sultan pour les chats et les chevaux est longtemps resté dans les mémoires. Au Caire, Baybars ordonna la création d’un parc où tous les chats étaient nourris quotidiennement.

11Mais il viendra un temps, quelques décennies après sa mort, où les routes redeviendront dangereuses et où les sultans mamluks n’auront plus de riches adversaires à combattre, et donc à dépouiller. Ils tourneront leur attention sur la classe des marchands et sur les paysans, bâtiront monopoles et règlements, créeront de nouveaux impôts et ruineront en définitive le pays.

12 Les propriétés des paysans étaient, on la vue, tenues en ikta’a par des émirs mamluks totalement déconnectés des réalités du terrain et à qui ils devaient pourtant, outre les impôts légaux, des « cadeaux » ainsi que diverses corvées.

13 Plus tard au cours de son règne, Baybars fut cependant dans l’obligation de remettre en vigueur plusieurs de ces taxes afin de pallier aux besoins croissants de son armée.

Crédit photographique : dinar d’or (avers et revers) frappé en 1260 au Caire. Il porte la marque distinctive du sultan, la panthère. Dès le début de son règne, il avait ordonné la refondation du système monétaire sur de nouvelles bases : dinar d’or de 4,25 g., dirham d’argent de 2,9 g. et petites coupures (fulus) de bronze ou de cuivre pour les transactions quotidienne. Image d’origine

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