Michael A. D’Andrea, terreur et contre-terreur (II)

Partie I

. Le « feu du Ciel » (2008-2010)

Comme Cofer Black et Jose Rodriguez avant lui, Michael D’Andrea a toujours été convaincu que la CIA (et le CTC au premier chef), devait se montrer impitoyable si elle voulait remporter un jour la guerre contre le « terrorisme ». En ce qui le concerne, la seule réponse qui s’impose face à Al-Ka’ida est donc celle du talion, c’est-à-dire l’implacable logique du « tuons plutôt que d’être tués ». Comme l’avait fait le Mossad en octobre 1972, en lançant l’opération « Colère divine » et en mettant au point la fameuse « liste Golda », la CIA va donc réaliser elle aussi sa propre « kill list », sur laquelle vont se retrouver inscrits les noms de tous ceux qu’elle se va se donner pour mission d’éliminer physiquement, faute de pouvoir les faire arrêter et juger. Pour chaque cas, et au vu des renseignements que la CIA lui fournira, le président des Etats-Unis devra toutefois donner son accord écrit personnel. Dès lors, l’Agence pourra ensuite procéder à leur liquidation sans autre forme de procès.

En l’occurrence plusieurs solutions vont se présenter :

  1. Soit un raid héliporté de grande profondeur mené à travers un territoire hostile suivi de l’héliportage d’un commando des forces spéciales du JSOC dont le but est de capturer d’abattre la « cible » (option qui sera retenue pour Usama Ben Laden).
  2. Soit un tir aérien de précision mené depuis les environs immédiats par un hélicoptère ou un avion (option retenue pour Abu Musab Zarkawi).
  3. Soit un tir de missile de croisière réalisé depuis un cuirassé naviguant au large de la zone d’opération (comme ceux qu’avait ordonné Bill Clinton contre l’Afghanistan en 1998).
  4. Soit enfin, l’utilisation de « véhicules sans pilote » (UAV), de type Reaper et Predator, équipés de missiles et télécommandés par des équipes d’opérateurs installées soit dans des bases opérationnelles situées à proximité de la « cible », soit directement depuis le territoire américain.

Pour des raisons à la fois financières (un coût plus faible), logistiques (un moindre risque de problème technique), stratégiques (un risque moindre d’échec) et surtout politiques (pas de risque de pertes américaines), la CIA et le CTC choisiront de privilégier la dernière solution. Depuis leur première utilisation en ex-Yougoslavie en 1995, les drones militaires américains ont déjà su prouver leur redoutable efficacité en terme d’acquisition de renseignement. Ils vont désormais servir pour mener des opérations d’assassinat.

Cette tactique de l’élimination ciblée a déjà reçu une première illustration le 3 novembre 2002, lorsqu’un un missile téléguidé tiré depuis un hélicoptère de la CIA a touché un convoi de véhicules au centre du Yémen, tuant au passage cinq militants présumés d’Al-Ka’ida, dont Abu ‘Ali al-Harithi et Kamal Darwish, considérés comme deux chefs d’importance de l’organisation. Le 18 juin 2004 la CIA a opéré pour la première fois les zones tribales pakistanaises où, à l’aide d’un UAV, elle a éliminé un important chef tribal récemment rallié aux Talibans, Nek Muhammad Wazir. Enfin, le 8 janvier 2007, la CIA a monté pour la première fois une opération de liquidation en Somalie, abattant Abu Talha al-Sudani, un chef islamiste installé dans le sud du pays près de Kismayo. Jusqu’en 2006-2008 pourtant, cette méthode de l’élimination ciblée va conserver un caractère exceptionnel.

Tout va changer avec l’arrivée de Michael D’Andrea à la direction du CTC en février 2006. Dès sa prise de poste, le nouveau directeur se déclare convaincu que cette tactique de l’élimination ciblée pourra bel et bien aboutir à la destruction complète et définitive d’Al-Ka’ida à la seule condition toutefois qu’elle se transforme en une campagne suffisamment massive et permanente pour ne pas laisser à l’ennemi le temps nécessaire pour se réorganiser. En mai 2006, alors que l’amiral Mickael Hayden vient de prendre la direction de la CIA, Michael D’Andrea entame donc auprès de lui un véritable forcing afin le rallier à son projet. Preuve à l’appui, il lui démontre que depuis le 11 septembre 2001, et alors que près de 20 leaders d’envergure d’Al-Ka’ida ont été identifiés et repérés, seuls 3 d’entre eux ont pu être arrêtés jusque-là : Abd ar-Rahman an-Nashiri, Khalid Shaykh Muhammad et Abu Faradj al-Liby. A ce rythme précise-t-il, il faudra encore des décennies avant de parvenir à neutraliser tout l’état-major du mouvement. Il est donc temps, ajoute-t-il, d’adopter une stratégie nettement plus directe et plus agressive.

Au bout de plusieurs mois, Michael D’Andrea finit par remporter une première victoire lorsqu’il réussit à faire modifier les règles d’engagement des drones. Il ne sera plus question désormais de demander aux services de renseignement pakistanais une autorisation préalable avant de réaliser une frappe sur leur territoire. Jugés peu sûrs, les services d’Islamabad seront tout simplement mis devant le fait accompli. Ensuite, alors que la CIA ne frappait jusqu’à présent que des « cibles » formellement identifiées (personality strike) par des agents ou par des informateurs présents sur place1, dorénavant tout mouvement suspect, même sans certitude formelle, pourra déterminer le lancement d’une frappe, dans le cadre de ce que l’on appellera une « frappe signée » (signature strike). Mickael Hayden va réussir à obtenir l’accord personnel du président George Bush et celui de son secrétaire d’Etat à la Défense, Robert Gates, un ancien agent de la CIA, qui vont par ailleurs accepter de fournir au CTC tous les drones dont il aura besoin tout en mettant à son service les unités de l’USSOCOM (et notamment celles du JSOC)2.

Bénéficiant de ce blanc-seing et de ces nouveaux moyens, Michael D’Andrea met donc bientôt en marche sa machine de guerre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi, tandis que la CIA avait mené une seule frappe en 2004, et seulement deux en 2005, puis à nouveau deux en 2006 et quatre seulement en 2007, elle va faire passer leur nombre à trente-trois en 2008, à cinquante-trois en 2009, puis à cent dix huit en 2010 avant de redescendre à soixante-dix en 2011 et à douze en 2012. Interrogé par l’un de ses collaborateurs, Michael d’Andrea aurait déclaré abruptement en 2010 : « We are killing these sons of bitches faster than they can grow them now » (« A présent, nous tuons ces fils de salopes plus vite qu’ils ne grandissent », cf Greg Miller, Washington Post, 11 septembre 2011). D’après les statistiques établis par Bill Roggio, journaliste du site d’information Longwarjournal, entre juin 2004 et novembre 2012, la CIA aura ainsi mené près de 320 frappes militaires au Pakistan, occasionnant au passage la mort d’environ 2 560 personnes, dont au moins 139 civils. Par ailleurs, et durant le même laps de temps, près de 55 frappes ont été réalisées au Yémen. Parmi les militants tués à l’occasion de tous ces tirs ont figuré plusieurs des cadres dirigeants Al-Ka’ida. Au « tableau de chasse » de Michael D’Andrea et de ses hommes on retrouve ainsi :

  • Le chef du « Groupe Islamique Libyen » Abu Layth al-Libi (tué à Mir-Ali, au Nord-Waziristân, le 9 janvier 2008)
  • Le chef du service action du Hezbollah depuis 1983, le libanais Imad Mughnyah, assassiné le 12 février 2008 à Damas par l’explosion d’une voiture piégée. L’opération a certes été menée par des agents du MOSSAD infiltrés en Syrie, mais la CIA aurait apporté son aide en aidant à localiser la cible et surtout en mettant au point l’engin explosif utilisé.
  • Le principal chef des insurgés islamistes somaliens, Aden Hashi Farah (tué le 1er mai 2008 à Dhusamareb dans le sud de la Somalie)
  • Le chef du « Mouvement des Talibans du Pakistan », Baitullah Mehsud (tué près de Wana, au Sud-Waziristân, le 5 août 2009)
  • Le chef du « Mouvement Islamique d’Ouzbékistan », Tohor Yoldosh (tué au Sud-Waziristân le 27 août 2009)
  • Le représentant d’Al-Ka’ida en Afrique, Salih Ali Nabhan (tué à Baraawe, Somalie, le 14 septembre 2009)3
  • Le chef militaire d’Al-Ka’ida, Abu Yazid al-Masri (tué à Boya, au Nord-Waziristân, le 21 mai 2010)
  • Le chef militaire des Talibans pakistanais, Ilyas Kashmiri (tué à Ghwakhwa, au Sud Waziristân, le 3 juin 20114)
  • Le chef opérationnel d’Al-Ka’ida au Pakistan, Atiyah Abd ar-Rahman (tué le 22 août 2011 au Nord-Waziristân)
  • L’un des principaux idéologues d’Al-Ka’ida au Yémen, Anwar al-Awlaki (tué près de Ma’rib le 30 septembre 2011)
  • L’un des principaux chefs d’Al-Ka’ida au Pakistan, Abu Yahya al-Libi (tué près de Mir-Ali, Nord-Waziristân, le 4 juin 2012)
  • L’un des chefs militaires du « Réseau Hakkani », Badr al-Dîn Hakkani (tué au Nord-Waziristân le 21 août 2012)
  • L’un des principaux chefs militaires d’Al-Ka’ida au Pakistan, Abu Kasha al-Iraki (tué à Mir-Ali, au Nord-Waziristân, le ? septembre 2012)
  • L’un des principaux chefs d’Al-Ka’ida au Pakistan, Hassan Ghul (tué à Khadir-Khayl près de Mir-Ali, Nord-Waziristân, le 1er octobre 2012)
  • L’un des principaux chefs militaires d’Al-Ka’ida au Yémen, Adil al-Abbab (tué à Makbala dans la province de Shabwa le 4 octobre 2012)
  • Le principal idéologue d’Al-Ka’ida au Pakistan, le koweïtien Khalid al-Husaynan (tué près de Mir-Ali, au Nord-Waziristân, le 3 décembre 2012)
  • Le principal chef des Talibans pakistanais du Sud-Waziristân, Nazir Wazir (tué à Angoor Adda près de Wana, au Sud-Waziristân, le 2 janvier 2013)
  • Le n°2 du « Mouvement des talibans du Pakistan », Wali ar-Rahman (tué près de Miranshah au Nord-Waziristân, le 29 mai 2013)
  • Le  principal chef militaire du « Réseau Hakkani », Sangin Zadran (tué à Ghulam Khan, au Nord-Waziristân, le 5 septembre 2013).
  • Le chef du mouvement des « Talibans du Pakistan » (depuis juin 2009), Hakimullah Mehsud (tué le 1er novembre 2013 à Dande-Darpa-Khel près de Miranshah au Nord-Waziristân)
  • Le chef du mouvement du mouvement somalien des Shabab (depuis décembre 2007), Ahmed Abdi Godane (tué à Hawaay près de Baraawe, le 1er septembre 2014).
  • L’un des principaux porte-parole d’Al-Ka’ida, l’américain Adam Gadahn, dit Azzam al-Amiriki (tué dans les zones tribales pakistanaises en janvier 2015).

Le « programme drone » va cependant attirer sur lui l’attention de certaines organisations non-gouvernementales (en particulier l’American Civil Liberties Union, ACLU), qui vont non seulement chercher à contester sa légitimité sur le plan du droit international, mais aussi pointer du doigt l’existence des nombreux « dommages collatéraux » qu’il occasionne. Le 30 octobre 2006, une frappe américaine aura ainsi détruit entièrement une madrasa située à Chenagay au Pakistan, tuant près de 80 personnes.

Mais ces critiques n’auront quasiment aucun impact, car la CIA continuera d’être soutenue par une administration américaine tout à fait consciente que la mise hors d’état de nuire des militants et des dirigeants d’Al-Ka’ida représente un élément essentiel de la « guerre contre le terrorisme », mais aussi que cette politique est très largement approuvée et soutenue par l’opinion publique américaine.

. Le « Surge afghan » et le « drame de Khost » (2009-2011)

Arrivée au pouvoir en janvier 2009, le président Barack Obama va aller encore plus loin que son prédécesseur dans son soutien à la campagne d’élimination physique menée sous la conduite du CTC. Au cours de sa campagne électorale, B. Obama avait effectivement déclaré que si la guerre déclenchée en Irak en mars 2003 l’avait été pour de mauvaises raisons et qu’il était par conséquent important d’y mettre un terme rapidement, celle conduite en Afghanistan devait être considérée au contraire comme une priorité.

En juin 2009, les généraux David Petraeus et Stanley MacCrystal, qui avaient prouvé leur efficacité sur le terrain irakien, prennent donc en main le dossier afghan. Installés à Kabul, ils obtiennent de mettre en œuvre les solutions qui avaient semblé fonctionner en Irak. En quelques mois, les effectifs de l’OTAN présents dans le pays vont ainsi passer de 100 000 à 140 000 hommes, ce qui va permettre de lancer plusieurs opérations militaires de grande ampleur dans des provinces devenues en quelques années des bastions de l’insurrection : Helmand, Kandahar, Uruzgan, Kunar, Kapisa, etc. Cette fois-ci, plutôt que d’éliminer les simples « soldats du rang » au motif qu’ils se sont attaqués à l’OTAN, l’accent sera mis sur la liquidation des responsables de moyenne envergure (chefs de secteurs, chefs de groupe, logisticiens, etc.), dont plusieurs milliers seront abattus à travers tout le pays à l’occasion de raids nocturnes menés par les différentes forces spéciales US.

Dans les zones nouvellement « libérées » par la coalition, et à l’instar de ce qui a été fait en Irak, on mettra la priorité sur la bonne gouvernance ainsi que sur la formation des forces de sécurité locales et du personnel administratif. De son côté, après avoir été fortement mis sous pression par Washington, le gouvernement pakistanais va accepter de s’attaquer pour la première fois de manière frontale aux sanctuaires djihadistes installés le long de sa frontière occidentale. En contrepartie, Islamabad obtiendra que la CIA n’étende pas sa campagne de frappes au-delà des zones tribales, et notamment qu’elle n’agisse pas dans la région de Quetta au Baloutchistan, où les principaux chefs talibans sont pourtant réputés se trouver.

Déjà furieux d’avoir dû ainsi limiter ses ambitions belliqueuses, Michael D’Andrea est bientôt confronté à un événement dramatique qui aurait pu compromettre sa campagne de drone, et peut-être même lui valoir une mise à la retraite anticipée. Le 30 décembre 2009, alors que la guerre des drones fait rage, un certain Humam ibn Khalil al-Balawi, djihadiste jordanien, est accueilli dans le plus grand secret sur la base militaire de Chapman, située près de Khost, dans l’est de l’Afghanistan. Ayant prétendument été infiltré par les services de son pays au sein d’Al-Ka’ida, et alors qu’il a déjà transmis au cours des mois précédents des données de haute valeur à ses officiers traitants, il affirme à présent détenir des informations de première main sur la location précise d’Ayman az-Zawahiri, le n°2 d’Al-K’aida. Réceptionné par des agents de la CIA chargés de son cas, il est accompagné dans le gymnase de la base pour pouvoir y être interrogé lorsqu’il fait soudainement exploser la veste piégée qu’il portait sur lui. La détonation, formidablement puissante, tuera neuf personnes, dont sept agents de la CIA, y compris Jennifer Lynne-Matthews, la chef de la base de Khost et aussi l’une des principales collaboratrices de Michael D’Andrea. Parmi les blessés, on trouvera aussi le chef adjoint de l’antenne de la CIA en Afghanistan. L’évènement est trop important pour pouvoir être passé sous silence. Or, dès qu’il est connu, il provoque un scandale retentissant et l’on parle même d’une possible démission du directeur du CTC.

Mais Michael D’Andrea sera finalement blanchi à la suite de l’enquête réalisée à la demande du nouveau directeur, Leon Panetta. En fait, loin d’être stoppée par cette attaque, la campagne d’éliminations ciblées prendra encore de l’ampleur tout au long de l’année 2010. Le 2 mai 2011, l’assassinat d’Usama ibn Ladîn à Abbottābād, apparaîtra même comme son point d’orgue. Directement impliqué dans la mise en œuvre de cette opération ultra secrète5, Michael D’Andrea en retirera sans nul doute une légitime satisfaction personnelle puisqu’elle aura signifié pour lui la réalisation d’un objectif poursuivi depuis près de quinze ans6. D’après la presse, plus de 6 000 documents auraient aussi été retrouvés sur place et immédiatement transférés à Langley afin d’y être soigneusement épluchés par les services du CTC.

. Extension du domaine de la lutte (2010-2012)

Mais malgré la mort d’Usama ibn Ladîn, et bien que la campagne d’élimination des dirigeants d’Al-Ka’ida menée par le CTC se poursuive à un rythme soutenu (et le plus souvent avec succès), la menace terroriste semble pourtant loin d’être écartée. Certes, les Etats-Unis ont été capables de prévenir toute attaque terroriste d’envergure contre leur territoire, ce qui constitue une incontestable victoire, non seulement pour la CIA mais aussi et surtout pour le FBI7. Certes, le groupe fondateur d’Al-Ka’ida, celui qui avait constitué cette organisation au début des années 1990, a été méthodiquement et consciencieusement éliminé, au terme d’une longue et patiente traque qui a trouvé son point d’orgue à Abbotabad8.

Mais sur plusieurs autres plans, le bilan des Américains semble hélas beaucoup moins brillant. Ainsi, bien que sèchement battu en Arabie Saoudite (2003-2006), le djihadisme salafiste a pu s’enraciner de façon plus ou moins profonde dans le sud des Philippines (Abu Sayyaf), au Yémen (« Al-Ka’ida dans la Péninsule arabique », AKAP), dans les zones tribales pakistanaises (« Milice des Talibans du Pakistan », Tehrik e-taleban e-pakistan, TTP), dans la Corne de l’Afrique (« Milice de la Jeunesse combattante », Harakat as-shabab al-mudjahidin) ainsi que dans la zone sahélienne (« Al-Ka’ida au Maghreb islamique », AKMI). Dans ces différentes régions, l’armée américaine et la CIA doivent dépenser chaque année des milliards de dollars afin d’appuyer des forces de sécurité locales dont l’efficacité et la probité sont pourtant loin d’être les points forts. Fourniture de matériel, formation militaire, appui opérationnel, les Etats-Unis ne lésinent pas à la dépense mais les succès se font attendre. Même en Afghanistan, malgré les très importantes sommes dépensées et les succès rencontrés ici où là, les soldats de l’OTAN ne sont d’ailleurs jamais parvenus à mettre véritablement fin à l’insurrection qui démontre une étonnante capacité de résilience. En juin 2011, le président B. Obama annonce donc le début d’un retrait qui devra s’achever à l’horizon 2015 – échéance qui sera finalement repoussée compte tenu de l’aggravation de la situation militaire.

En dehors de l’Afpak, c’est au Yémen que l’implication des USA a longtemps été la plus directe et la plus importante. De seulement deux en 2009, le nombre de frappes menées dans ce pays va ainsi passer à quatre en 2010, dix en 2011, puis à vingt-cinq au cours des seuls six premiers mois de l’année 2012. Toutefois et contrairement à la zone afghano-pakistanaise, où la CIA contrôle la quasi-totalité du processus d’élimination ciblé, au Yémen (comme jadis en Irak), c’est ici le JOSC qui tient le premier rôle, le CTC se contentant de fournir les informations nécessaires à la localisation des cibles. Après le drame survenu à Al-Ma’adjala le 17 décembre 2009, au cours duquel plusieurs dizaines de civils yéménites seront tués par un missile Tomahawk, il sera toutefois décidé de se limiter à des frappes de drones menées contre des véhicules, afin de limiter au maximum le risque de « victimes collatérales ». Installés dans leurs bases aériennes de Creech et de Nellis au Nevada, les opérateurs du JOSC font décoller leurs drones depuis le camp Lemonnier situé à Djibouti (récupéré par les Américains aux Français en juin 2002), mais aussi depuis plusieurs bases clandestines situées au Yémen, à Oman et en Arabie Saoudite.

Autre motif d’inquiétude pour la CIA, les conséquences des révoltes populaires menées dans le monde arabe à partir de janvier 2011 et qui, en faisant tomber des régimes politiques connus pour leur ferme soutien à la politique anti-terroriste de Washington (Tunisie, Egypte, Libye, Yémen), ou en en déstabilisant d’autres (Syrie), vont du même coup contribuer à libérer des espaces au sein desquels les adversaires de l’Amérique vont pouvoir s’immiscer à leur guise. L’attaque menée le 11 septembre 2012 contre le consulat américain à Benghazi en Libye, qui coûtera la vie à l’ambassadeur américain Christopher Stevens, va provoquer un choc brutal dans la classe politique américaine qui va prendre conscience que la guerre contre le terrorisme, loin d’être terminée, n’en n’est sans doute qu’à ses débuts.

Dès le 15 mars 2013, un article de Ken Dilanian et Brian Bennett du Los Angeles Times révèle d’ailleurs que des agents du CTC travaillent déjà au repérage des membres d’Al-Ka’ida qui combattent en Syrie, avec pour objectif de préparer leur élimination ciblée dès que les conditions se présenteront. Les agents du CTC se livrent ainsi chaque jour à un travail patient de dépouillage des vidéos de propagande et de toute la littérature postée sur internet, mais aussi d’interception des communications radios et téléphoniques, d’analyse d’images satellitaires, de récupération des « tuyaux » fournis par les services alliés – notamment jordaniens, saoudiens et turcs, mais également par des rebelles non-djihadistes installés en Turquie et en Jordanie.

. Une discrète renommée

Alors que la plupart des responsables de la CIA ont fini par dévoiler leur véritable identité dès lors qu’ils avaient atteint un certain niveau de responsabilité, les missions de Michael D’Andrea ont été considérées comme si sensibles qu’on lui a demandé de bien vouloir demeurer dans l’anonymat. Pendant longtemps, seules quelques informations éparses parues dans la presse spécialisée dans les affaires de renseignement mentionneront discrètement son existence, et sans jamais révéler son véritable nom.

En fin de compte, il faudra atteindre le 24 mars 2012 pour qu’un article de Greg Miller paru dans le Washington Post ne dévoile aux yeux du grand public l’existence et le rôle exact joué par Michael D’Andrea (alias « Roger » dans l’article). Comme l’on pouvait s’y attendre, c’est surtout son « islamité » réelle ou supposée qui suscitera le débat et alimentera les commentaires acerbes de certains éditorialistes conservateurs. Au point que le directeur de la CIA, le général David Petraeus, se sentira obligé d’apporter son soutien à Michael D’Andrea en déclarant à son endroit dans les colonnes du Washington Post : « No officer in the Agency has been more relentless, focused, or committed to the fight against al-Qaeda than has the chief of the Counterterrorism Center » (« Aucun officier de l’Agence n’a été plus acharné, plus concentré et plus dévoué dans le combat contre Al-Ka’ida que le chef du Centre anti-terroriste »).

En décembre 2012, le personnage de D’Andrea est interprété par l’acteur Fredric Lehne dans le célèbre film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty, qui retrace de façon romancée la traque puis l’élimination d’Usama ibn Ladîn.

Enfin, le 17 avril 2014, l’identité exacte de Michael D’Andrea est dévoilée pour la première fois par le site spécialisé dans les questions de renseignement Cryptocomb, qui annonce que celui que l’on connaissait  jusque-là sous les surnoms de « Mike », « The Wolf » ou encore « Roger », est en réalité l’officier de la CIA Michael A. D’Andrea. Le site diffuse aussi une photo de D’Andrea datant de l’époque où il était encore sur les bancs de l’Université. On y voit un jeune homme au visage rond, bien en chair, aux cheveux noirs et portant des lunettes à grosses montures.

Fumeur invétéré, D’Andrea est présenté par tous ceux qu’ils le connaissent comme un véritable bourreau de travail. Arrivé aux aurores, il ne quitte son bureau que très tard et dort même parfois sur place dans une pièce spécialement aménagée. Particulièrement craint de ses collaborateurs, du fait de son humeur détestable et de ses colères homériques, parfois à la limite de la brutalité, c’est aussi un leader charismatique dont l’efficacité est incontestée et dont les talents sont reconnus par tous. Le fait qu’il ait survécu à six directeurs successifs de la CIA et qu’il soit demeuré à la tête du CTC bien plus longtemps que tous de ses prédécesseurs – qui n’avaient généralement réussi à conserver ce poste si difficile que deux ou trois ans, suffit d’ailleurs à confirmer que son travail a été particulièrement apprécié en haut lieu9.

. Une nouvelle ère ? (2013-2014)

En mai 2013, face aux critiques de plus en plus insistances d’une partie de la société civile et de la presse, Barack Obama se retrouve contraint de définir pour la première fois publiquement ce qu’est sa « politique » en matière d’élimination ciblée. Désormais annonce-t-il durant un discours tenu dans une université de Washington, les frappes de drones ne toucheront plus que les individus considérés comme représentants une « menace grave et pérenne contre les intérêts américains », et tout sera fait pour que des civils soient épargnés. En août 2013, le secrétaire d’Etat John Kerry annonce lors d’une interview à une chaîne de télévision pakistanaise la fin prochaine du programme drone, arguant que celui-ci a « accompli sa mission en permettant d’éliminer toutes les menaces potentielles ». Ces déclarations n’empêcheront pas de nouvelles actions de se produire, comme le tir de drone du 5 septembre 2013 qui coûtera la vie au N°2 du « Réseau Hakkani », le mollah Sangîn Zadran. De plus en plus espacées, les frappes de la CIA vont pratiquement cesser dans les zones tribales entre janvier et juin 2014, au moment où le nouveau gouvernement d’Islamabad emmené par Nawaz Sharif tente pour la première fois d’entamer des négociations directes avec les Talibans. A partir de juin 2014 cependant, étant donné la recrudescence d’activité des Talibans, les frappes vont reprendre de façon ponctuelle.

En février 2014, la facile conquête de la Crimée par la Russie de Vladimir Putin choque une partie de l’élite politique américaine et place la CIA dans une position inconfortable. En consacrant autant d’énergie et d’argent à poursuivre des « terroristes » arabo-musulmans à travers le monde, ne s’est-elle pas quelque peu aveuglée sur la véritable nature des menaces qui vont peser sur l’Amérique au cours des prochaines décennies ?

Mais cette interrogation est vite balayée devant les succès militaires et politiques remportés au cours de l’été 2014 par l’État Islamique en Irak, l’héritier direct de l’organisation jadis fondée par Abu Musab az-Zarkawi. Profitant du départ des soldats américains, du mécontentement des Sunnites face à la montée en puissance des Shi’ites dans l’appareil d’État, et surtout de la déstabilisation provoquée par la guerre civile syrienne, les djihadistes locaux sont partis à l’assaut d’une armée irakienne qui va reculer rapidement sous leurs coups de boutoir. Après Falludjah en janvier 2014, ils s’emparent de près d’un tiers du pays en juin 2014 et proclament l’avènement d’un califat. Devant l’échec total de leur stratégie de soutien indirect, les Américains se retrouvent donc contraints de se réengager à nouveau directement au Moyen-Orient. Le 8 août 2014, leur aviation débute une campagne de frappes contre l’Etat Islamique, bientôt rejointe par la France et le Royaume-Uni.

Malgré le chaos qui s’installe dans une bonne partie du monde arabe, en particulier en Syrie, au Yémen, en Irak et en Libye, la CIA se montre parfaitement capable de continuer à éliminer ses adversaires avec une grande efficacité. Parallèlement aux attaques de drones, des opérations commandos sont ainsi menées afin d’appréhender des suspects recherchés pour leur implication dans des actes terroristes. Le 5 octobre 2013, un raid audacieux permet ainsi l’arrestation en pleine ville de Tripoli puis l’exfiltration vers les Etats-Unis d’Anas al-Liby, l’un des fondateurs d’Al-Ka’ida. L’homme, bien qu’inactif de longue date, était toujours recherché par la justice américaine pour son rôle dans les attentats d’août 1998. Mais la tactique préférée de la CIA reste bien évidemment l’utilisation des engins sans pilotes. Le 23 septembre 2014, les drones américains vont éliminer près d’Idlib l’un des chefs militaires de la branche d’Al-Ka’ida en Syrie, le citoyen turc Umit Yasar Toprak, dit Abu Yusuf at-Turki. En mars 2015, peu de temps après la prise de la ville syrienne d’Al-Mukallah par des membres d’Al-Ka’ida dans la péninsule arabique, les drones américains vont réussir à abattre l’un de ses plus hauts dirigeants, le saoudien Ibrahim ar-Rubaysh.

. La retraite (2015)

Au fil des années, les frappes des drones américains sont devenues si routinières qu’elles ne donnent même plus lieu à des commentaires dans la presse, sauf lorsqu’un dirigeant particulièrement important est tué. Pas une semaine ou presque ne passe sans qu’une frappe ne soit décidée et accomplie. Malgré les promesses de l’administration, des dégâts « collatéraux » continuent de se produire. Ainsi, en janvier 2015, une nouvelle bavure place le directeur du CTC dans une situation particulièrement délicate. A l’issue d’une frappe de drone engagée avec succès dans la vallée de Shawal, au Nord-Waziristân, contre le militant pakistanais Radja Muhammad Salman dit « Ahmad al-Faruk », les Américains s’aperçoivent qu’ils ont également tué par erreur deux otages occidentaux, le citoyen des Etats-Unis Warren Weinstein et l’italien Giovanni Lo Porto.

Deux mois plus tard, en mars 2015, le directeur de la CIA John Brennan annonce une réorganisation en profondeur de l’agence de renseignement américaine avec pour objectif de décloisonner l’institution mais aussi de renforcer la lutte contre les cyber-technologies. Parmi les mesures annoncées figure notamment la création de plusieurs grands « centres de mission ». Constitués sur le modèle du CTC, ces nouveaux centres rassembleront à la fois des analystes et des personnels chargés des opérations clandestines, mettant ainsi fin à une division demeurée longtemps très stricte entre les deux principales directions historiques de l’agence, la direction du renseignement et la direction des opérations. Ces centres seront dirigés par un sous-directeur et pourront correspondre soit à une zone géographique précise (Moyen-Orient, Afrique…), soit à des thématiques particulière comme la lutte contre le trafic d’armes. Leur nombre et leur rôle exact n’est toutefois pas rendu public.

Mais le fait est que Michael d’Andrea n’a pas été choisi pour faire partie de ce nouvel organigramme. Le 25 mars 2015, le Washington Post révèle ainsi qu’il a récemment été remercié après avoir passé neuf années à la tête du CTC. John Brennan lui aurait proposé de devenir l’adjoint de son successeur, Chris Wood, mais le vieux chef a préféré refuser cette offre. Chris Wood était l’ancien chef de station de la CIA en Afghanistan. Devenu le bras droit de D’Andrea, il avait été le principal responsable du programme des éliminations ciblées mené au Pakistan et en Afghanistan. Sa nomination a donc été interprétée comme le symbole de la volonté du président Obama de poursuivre la politique menée jusque-là10.

Désormais à la retraite, Michael A. D’Andrea continue sans doute d’appuyer le travail de ses anciens camarades. Nul doute que l’homme a amassé beaucoup de secrets et tous les spécialistes des questions de renseignement espèrent qu’il en livrera un jour quelques-uns.

. Mise à jour :

En juin 2017, la presse a annoncé que le président Donald Trump avait choisi de placer d’Andrea a la tête d’une cellule spéciale chargée de contrer le régime iranien (article du NYT).

Sources :

Le site américain Longwarjournal.com tient un décompte précis des frappes de drones organisés par la CIA au Pakistan (http://www.longwarjournal.org/pakistan-strikes).

  1. Articles (par ordre de parution) :

. Miller, Greg : « At CIA, a convert to Islam leads the terrorism hunt », Washington Post, 25 mars 2012.

. Anonyme : « Head of CIA’s CTC Michael A. D’Andrea », Cryptocomb.org, 17 avril 2014.

. Miller, Greg : « CIA Official who directed hunt for Ben Laden is being removed from post », Washington Post, 25 mars 2015.

. Mazetti, Mark & Apuzzo, Matt : « Deep support in Washington for CIA’s Drones Missions », New York Times, 25 avril 2015.

2. Ouvrages :

. Mazetti, Mark : The Way of the Knife, The CIA, a Secret Army, and a war at the Ends of the Earth, Penguin Books, 2014.

Notes :

1 En principe, les informateurs qui travaillent pour la CIA le font soit pour de l’argent (dons financiers, promesse de visa pour les USA, etc.), soit par conviction idéologique (rejet du djihadisme, des méthodes employées par leur régime, etc.), soit par contrainte (par exemple s’ils ont été compromis dans un scandale que l’on menace de ldévoiler), soit enfin pour des raisons psychologiques de diverses natures (vengeance, besoin de reconnaissance, etc.). Afin de limiter tout contact direct, les agents de la CIA donnent souvent à leurs informateurs des téléphones portables sécurisés grâce auxquels ces derniers leur transmettent des informations. Dans le cas des attaques de drones, les informateurs locaux, souvent déguisés en vendeurs de fruits et légumes, en mendiants ou en simples passants, s’arrangent pour placer des boîtiers électroniques, intégrés par exemple dans des paquets de cigarettes, à l’intérieur des voitures ou devant les maisons des suspects. Ils seront rémunérés quelques centaines ou milliers de dollars à chaque « coup au but ».

2 En dix ans, les effectifs de l’USSOCOM vont quasiment doubler, passant de 32 000 à près de 60 000 soldats. Au sein de l’USSOCOM le Joint Special Operation Command (JSOC) rassemble sous un seul commandement les unités destinées à l’accomplissement des missions les plus stratégiques dont la fameuse 6-Team (DEVGRU) des Navy Seals de l’US-NAVY et la 1st Special Forces Operational Detachement (Delta Force) de l’US-ARMY.

3 Contrairement aux autres suspects, qui ont généralement été abattus par des tirs de drones, Nabhan a été tué lors d’un raid mené par les Navy Seals sous la supervision de la CIA. Son corps sera rapatrié sur un navire américain puis largué en haute mer après avoir été identifié.

4 La réalité de la mort du très mystérieux et très redouté I. Kashmiri a parfois été mise en doute.

5 Les journalistes qui ont traité de l’assassinat d’Usama ibn Ladin (par exemple Nicholas Schmidle dans le New Yorker du 8 août 2011), se sont surtout concentrés sur la préparation et la mise en œuvre du raid d’Abbottābād, qui furent essentiellement conduites par le vice-amiral William McRaven (le commandant du JOSC, en charge de la supervision générale de l’opération), par le capitaine « Brian » (l’officier de la 6-Team qui planifia le raid), ainsi que par « James » et « Mark » (les deux officiers de la 6-Team qui furent chargés d’exécuter le raid à la tête d’une équipe de 21 hommes). Par contre, ces mêmes journalistes ont donné peu de détail sur l’équipe de la CIA qui a fait le plus gros du travail en parvenant à localiser la « cible », sans doute au cours de l’été 2010. On peut raisonnablement penser qu’il s’agissait des membres du CTC placés sous la direction de M. D’Andrea.

6 Dès le mois de janvier 1996, le directorat des opérations de la CIA avait ainsi ouvert une section consacrée à la surveillance du réseau d’Usama ibn Ladîn. Mickael Scheuer était alors à sa tête.

7 Après 2001, Al-Ka’ida tentera à plusieurs reprises de commettre un attentat sur le sol américain. Une seule de ces attaques parviendra à son terme, le 13 avril 2013, lorsque deux Russo-Américains, les frères Tamerlan et Dzokhar Tsarnayev, feront exploser deux engins piégés lors du marathon de Boston, tuant 3 personnes et faisant plus de 260 blessés. Un policier sera par ailleurs tué lors de la traque des deux suspects. A l’issu de l’enquête, le FBI sera accusé de n’avoir pas suivi les recommandations de la CIA qui, quelques mois plus tôt, lui avait demandé de placer l’aîné des deux frères sous une surveillance étroite.

8 Au 1er mai 2016, sur les vingt personnes qui sont réputés avoir fondé Al-Ka’ida en 1996, seuls les égyptiens Ayman al-Zawahiri et peut-être Sayf al-Adîl semblent être parvenus à réchapper à la traque menée par la CIA.

9 Son ambition de devenir directeur du NCS pourrait avoir été contrecarrée par son caractère irascible, mais aussi peut-être par son implication dans certaines des actions les plus controversées de l’histoire contemporaine de la CIA.

10 Et de fait, sous l’égide de Chris Wood, les éliminations vont continuer à un rythme soutenu, touchant à chaque fois de très hauts responsables du djihadisme international : Abu Humam as-Shami (chef militaire d’Al-Ka’ida en Syrie, tué le 5 mars 2015), Nasir al-Ansi (idéologue d’Al-Ka’ida au Yémen, tué le 7 mai 2015), Nasir al-Wuhayshi (chef d’Al-Ka’ida au Yémen, tué le 12 juin 2015), Muhsin al-Fadili (chef des opérations extérieures d’Al-Ka’ida en Syrie, tué le 8 juillet 2015), Abu Muslim at-Turkmani (N°2 de l’Etat islamique en Irak, tué le 18 août 2015), Abu Nabil al-Anbari (chef de l’Etat islamique en Libye, tué le 13 novembre 2015), Abu Ali al-Anbari (n°2 de l’Etat islamique en Irak, tué le 25 mars 2016), Abu Firas as-Siri (n°2 d’Al-Ka’ida en Syrie, tué le 3 avril 2016), Ahmad Salama Mabruk (idéologue d’Al-Ka’ida en Syrie, tué le 3 octobre 2016), etc.

Crédit image : By United States Air Force photo by Senior Airman Larry E. Reid Jr. [Public domain], via Wikimedia Commons]

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