Dr. Franz-Walter Stahlecker, la logique du meurtre

    Franz-Walter Stahlecker (1900-1942) est une figure méconnue mais importante de l’histoire du IIIe Reich. Brillant étudiant en droit, il rejoignit la police politique en 1934 et en devint rapidement l’un principaux responsables. Sous la tutelle de Reinhard Heydrich, il  joua un rôle important dans l’imposition de l’ordre hitlérien, d’abord en Allemagne, puis en Autriche, en Tchéquie, en Norvège et finalement en Russie. En 1941, il fut dépêché dans les Pays baltes afin d’y annihiler toute trace de la populations juive, une tâche dont il s’acquitta avec une redoutable efficacité. Au moment de sa mort, l’homme était pressenti pour occuper le poste de chef de la police en France.

     Franz-Walter Stahlecker voit le jour le 10 octobre 1900, à Sternenfels, un petit village situé dans ce qui était alors le royaume de Wurtemberg, l’un des nombreux Etats qui constituaient l’empire allemand. Il est le second enfant du couple formé par Paul-Eugen Stahlecker et Anna Zeiser. Fils d’un pasteur protestant, il grandit dans un milieu bourgeois très nationaliste. En 1905, la famille Stahlecker déménage à Tübingen, où le père vient d’être nommé pour prendre la direction d’une école de jeunes filles. Très doué intellectuellement, l’adolescent effectue une excellente scolarité, ce qui lui permet d’intégrer le prestigieux Gymnasium de Tübingen en 1914. Ses années de lycée vont se dérouler à l’ombre de la Grande Guerre et il atteint sa majorité au moment même où l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie signent la capitulation de leurs forces armées. Incorporé le 21 septembre 1918, il est finalement rendu à la vie civile dès le 7 décembre sans avoir jamais combattu sur le front. Il en conçoit une grande frustration, qu’il va tenter de compenser en s’engageant politiquement.

     Au printemps de l’année 1919, à un moment où une partie du pays sombre dans la guerre civile, le jeune Stahlecker, comme un grand nombre de ses camarades, rejoint les rangs d’organisations d’étudiants ultra-nationalistes. Ces associations constituées d’étudiants zélés apportent un soutien direct aux fameux Corps-Francs (Freikorps), ces groupes de soldats démobilisés qui se battent alors dans les rues du pays contre les forces de la gauche révolutionnaire. Le jeune militant fréquentera ainsi les rangs de la « Fraternité du Liechtenstein », ceux de la Deutschvölkischen Schutz und Trutzbundes et ceux de  l’Organisation Consul, une milice clandestine qui va notamment revendiquer l’assassinat de l’ancien ministre des Finances, Walter Rathenau, abattu à Berlin le 24 juin 1922. Avec ses camarades, Stahlecker se déplace à travers le Wurtemberg afin de faire le coup de main contre les communistes. Il participe à la répression des grèves organisées dans la Ruhr et écrit dans divers organes de presse d’extrême droite. En 1921, il s’inscrit brièvement au NSDAP d’Adolf Hitler alors que ce parti n’est encore qu’un groupuscule essentiellement munichois.

     Mais tandis que la situation de l’Allemagne se normalise peu à peu, Stahlecker finit par se détourner de la politique pour se concentrer à nouveau sur ses études. Titulaire de l’Abitur (baccalauréat) en 1920, le jeune homme poursuit des études de droit à l’université de Tübingen entre 1920 et 19241. Il travaille ensuite au tribunal de Reutlingen, tout en étant membre d’un cabinet d’avocat. En parallèle, il prépare un doctorat de droit, qu’il obtient brillamment en 1927. Entre 1928 et 1930, il travaille comme huissier au sein de l’administration du Land de Wurtemberg à Ehingen. En 1930, il devient directeur-adjoint puis directeur de l’Agence pour l’emploi de Nagold.

     Le 10 octobre 1933, il épouse à Tübingen Luise-Gabriele von Gültlingen. De dix ans sa cadette, la jeune femme est issue d’une noble et ancienne lignée aristocratique apparentée à l’illustre maison ducale de Wettin. Ce mariage permet à Stahlecker d’accroître ses relations au sein de l’élite locale2.

    La nouvelle situation politique du pays consécutive à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en janvier 1933 favorise considérablement la carrière du jeune fonctionnaire. Stahlecker en effet, qui a de nouveau adhéré au NSDAP3, est toujours demeuré fidèle aux convictions politiques de sa jeunesse. Or, tandis que tous les fonctionnaires considérés comme trop liés à l’ancienne République de Weimar sont révoqués en masse, c’est toute une nouvelle élite acquise à l’idéologie nationale-socialiste qui les remplace au pied levé. Le responsable du parti nazi dans la région du Wurtemberg, le puissant Gauleiter Wilhelm Murr (1888-1945), y veille d’ailleurs avec soin.

     Le 29 mai 1933, c’est sur la proposition de Murr que Stahlecker est nommé au poste de directeur-adjoint de la police politique du Land de Wurtemberg. Il prend rapidement contact avec Himmler, alors chef de la SS et président de la police de Bavière, afin de pouvoir faire passer les forces de sécurité du Wurtemberg sous le contrôle direct de la SS. Il entre alors en conflit avec Hermann Mattheis, le chef de la police politique du Land de Wurtemberg, qui souhaite défendre les intérêts de la SA de Röhm, l’autre milice du parti. En novembre 1933, Mattheis réussit provisoirement à se débarrasser de Stahlecker en le faisant envoyer à Berlin afin qu’il le représente auprès des instances fédérales. C’est dans la capitale allemande que Stahlecker va  bientôt faire la connaissance du nouveau chef de la police politique (Gestapo) du Reich, le très puissant et très redouté Reinhard Heydrich, un ancien élève-officier de Marine devenu le chef des services de renseignement de la SS en 1931. Celui-ci se montre très intéressé par son profil et parvient rapidement à l’embaucher à son service.

    Stahlecker intègre ainsi la SS avec le grade d’Untersturmführer (décembre 1933, n° 73.041). Avec l’appui d’Himmler, d’Heydrich et de Werner Best (le patron régional du SD dans le Sud-Ouest de l’Allemagne), Stahlecker réussit finalement à obtenir son retour à Stuttgart. En mai 1934, il se retrouve ainsi promu au poste de chef de la police politique du Land de Wurtemberg (Leiter des Württembergischen Politischen Landespolizeiamtes) en remplacement de son ancien patron, Hermann Mattheis4. Il emménage alors avec son épouse dans une grande maison bourgeoise située sur les hauteurs de la ville5. En juillet 1934, Luise donne naissance à des jumeaux, Kristen et Konrad, qui seront rejoints quelques années plus tard par Gisela et Boto.

     Le jeune homme se montre très zélé à son nouveau poste. Sur son ordre, de nombreux journaux et publications sont interdits. A l’automne 1934, il parvient à obtenir la destitution de l’évêque luthérien de Stuttgart, le vieux Theophil Wurm (1868-1953), qui finira même par être placé en résidence surveillée pendant quelque temps, jusqu’à ce qu’A. Hitler en personne, cédant aux pressions de l’opinion publique, n’ordonne finalement sa libération. En décembre 1935, Stahlecker réussit à démanteler un groupe communiste clandestin qui était parvenu à faire convoyer jusqu’en Suisse des informations secrètes sur le réarmement allemand6.

     A son poste, Stahlecker s’illustre comme un grand professionnel, un homme discipliné et extrêmement méthodique. Ses supérieurs apprécient sa rationalité (vernunft) et son efficacité (sachlichkeït). Mais, bien que ses convictions nationales-socialistes soient très fermes, ce n’est pourtant pas un fanatique obtus. Son analyse des problèmes économiques, sociaux et culturels demeure toujours rationnelle et d’une grande objectivité. Il a un grand sens de l’organisation et ne se contente jamais d’appliquer les ordres. Au contraire, il fait toujours preuve de créativité. Tous ceux qui ont travaillé à son service ont d’ailleurs conservé de lui une image extrêmement positive. Bref, il a exactement les qualités que Heydrich recherche. Il monte donc rapidement en grade dans la SS, devenant successivement : Obersturmführer (janvier 1935), Haupsturmführer (janvier 1936), Sturmbannführer (janvier 1937), Obersturmbannführer (avril 1938), Standartenführer (mai 1938) puis Oberführer (mai 1939).

      En mai 1937, il quitte le Wurtemberg où il a fait jusque-là toute sa carrière, pour se rendre à Breslau en Silésie, où il va diriger pendant une année l’antenne locale de la Gestapo (Leiter der Staatspolizeileitstelle Breslau). Là encore son efficacité est appréciée par Heydrich. Dès lors, les promotions vont pleuvoir et Stahlecker sera envoyé partout où avancent les armées du Reich afin d’y coordonner l’implantation des services de sécurité allemands.

     Le 20 mai 1938, soit peu de temps après l’annexion de l’Autriche (Anschluss), Stahlecker s’installe ainsi à Vienne où il succède à Heinrich Müller en tant que nouvel « Inspecteur de la Police de Sécurité » (IdS) pour le « District Danube » (mai 1938), une zone qui correspond approximativement à la Basse Autriche. A ce titre, c’est lui qui va mettre en place le premier « Office d’Emigration des Juifs », dont il attribuera la direction à un jeune SS alors employé au service des Affaires Juives du SD, un certain Adolf Eichmann. En septembre suivant, en application des Accords de Munich, Stahlecker dirige les forces de la police allemande qui prennent pied dans la région des Sudètes, dans l’ancienne Tchécoslovaquie.

     En avril 1939, il est dépêché à Prague pour prendre la succession d’Otto Rasch en tant que nouveau « commandant de la Police et de la Sécurité » (BdS) de Bohême-Moravie sous le contrôle direct de Karl-Hermann Frank. Comme son prédécesseur, il va contribuer à imposer l’ordre allemand à la population tchèque avec une grande brutalité, multipliant les arrestations et les condamnations.

     En mai-juin 1940, au début de la campagne militaire qui voit la conquête allemande du Danemark et de la Norvège, Stahlecker est muté à Oslo, toujours comme « chef de la Police et de la Sécurité » (KdS). C’est semble-t-il une mésentente croissante avec Heydrich qui l’amène brutalement à démissionner de son poste en novembre 1940.

     Remplacé au pied levé par son adjoint, Heinrich Fehlis, il se retrouve alors muté à Berlin en tant que conseiller du SD auprès du ministère des Affaires étrangères (Ministerialrat im Auswärtigen Amt). En février 1941, Stahlecker est promu par Heydrich au rang de SS-Brigadeführer und Generalmajor der Polizeï, preuve que la brouille entre les deux hommes n’était que toute relative.

     Elle sera aussi de courte durée car en mai 1941, en prévision des futures hostilités avec l’URSS, Heydrich choisit à nouveau de faire appel à celui qu’il considère effectivement comme l’un de ses meilleurs éléments. Il l’informe donc qu’une campagne militaire contre la Russie se prépare dans le plus grand secret et que des bataillons de la police de sécurité seront utilisés afin de « sécuriser » les arrières de l’armée allemande. Au début du mois de juin 1941, Stahlecker est envoyé à Pretzsch, au sud de Berlin, pour commencer à constituer l’un de ces bataillons. En quelques semaines, il recrute ses collaborateurs7, dirige les entraînements et élabore un plan de bataille en lien avec l’armée.

    Le 22 juin 1941, la Werhmacht pénètre massivement en Russie. A la tête de l’Einsatzgruppe A, Stahlecker et les sept Einsatzkommandos qui ont été placés sous son autorité, passent à leur tour la frontière. Lui et ses hommes font rapidement preuve d’un zèle terrifiant, en particulier à l’égard de la population juive. Dès les premiers jours de l’invasion, une tactique est mise en place sous la conduite de Stahlecker. Dans les villages et les villes « libérées » par leurs forces armées, les Allemands commencent tout d’abord par fraterniser avec la population balte avant de l’encourager à se retourner « spontanément » contre les Juifs systématiquement accusés d’avoir eu des sympathies pro-soviétiques. Un peu partout, de jeunes Lituaniens, souvent des étudiants, se portent volontaires pour mener ces opérations de « représailles ». Ces recrues attachent un brassard blanc à leur bras et, constitués en « équipes spéciales » (appelées Ypatingi Buriai en Lituanie), ils se mettent à détruire tous les symboles de la présence juive : synagogues, écoles, lieux de réunion communautaire, cimetières, etc. Le 4 juillet, la grande synagogue de Riga est ainsi réduite en cendres. Rassemblés sous les huées de la foule, les Juifs raflés sont lynchés et parfois assassinés à coup de bâtons ou d’outils de jardin. A Kaunas, des centaines de Juifs seront par ailleurs contraints de nettoyer les écuries des chevaux de l’armée soviétique puis achevés à coup de gourdin sous le regard de soldats allemands impassibles ou complaisants.

      Les Juifs qui réchappent à ces sanglantes tueries sont bientôt fichés et regroupés par les Allemands dans des ghettos urbains, totalement fermés et placés sous administration militaire. Là, ils vont être étroitement surveillés et soumis au travail forcé ainsi qu’à de multiples vexations. Le 8 juillet 1941, l’étoile jaune est ainsi imposée aux Juifs du ghetto de Vilnius. Mais la terreur va bientôt entrer dans une nouvelle phase. Dès la mi-juillet 1941, les Allemands ont reçu l’ordre d’en finir au plus vite avec ce qu’ils appellent la « question juive » (Jüdenfrage). Leurs commandos commencent dès lors à procéder à des rafles dans les ghettos qu’ils vident peu à peu de leurs habitants. Les personnes arrêtées seront acheminées sur des terrains vagues et des forêts des environs et fusillées par milliers. Le 19 août, puis le 12 septembre 1941, Stahlecker en personne coordonne ainsi les premiers grands massacres de civils de la guerre à l’Est. En quelques jours, il fait fusiller 19 000 Juifs (dont 2 019 femmes) dans la forêt de Ponary, près de Vilnius, en utilisant des silos de stockage comme sites d’enfouissement des cadavres. Mais ces tueries ne sont pas sans effet sur le psychisme de leurs auteurs. Dès la mi-juillet 1941, F.-W. Stahlecker a alerté ses supérieurs sur les conséquences à court et moyen terme de ces actions sur ses soldats. L’une des solutions consistera donc à faire appel à ses miliciens baltes pour accomplir les basses besognes, les Allemands se contentant de surveiller la procédure.

      Au fur et à mesure de l’avancée des armées allemandes dans les pays baltes, le schéma tripartite pogrom/ghettoïsation/liquidation qui a été inauguré par la SS en Lituanie, va se reproduire, d’abord en Lettonie puis (à une moindre échelle), en Estonie. Si l’on compte beaucoup d’anonymes parmi les victimes, on va aussi retrouver quelques grands noms des études juives, à l’instar des directeurs de yeshiva Elchonon Wasserman assassiné le 6 juillet, ou Avraham Bloch, assassiné le 15 juillet.

      A la fin de l’année 1941, tandis que les territoires conquis par le Reich le long de la Baltique sont regroupés pour constituer le « Commissariat du Reich pour l’Ostland » (Reichskommisariat fur Ostland), Stahlecker est officiellement intronisé comme chef de la police et de la sécurité de la nouvelle entité, soit BdS-Ostland (8 novembre 1941). Il installe alors ses quartiers généraux à Riga, en Lettonie.

      Le 31 janvier 1942, il adresse à sa hiérarchie à Berlin un rapport qui fait le point sur l’action accomplie par ses hommes dans la région au cours des neuf derniers mois. Selon ce document, devenu célèbre sous le nom de « rapport Stahlecker », les forces placées sous son commandement auraient fait fusiller pas moins de 240 000 individus considérés comme de « dangereux ennemis du Reich » entre les mois de juin et de décembre 1941 (dont 218 000 civils juifs).

      Himmler et Heydrich se montrent pleinement satisfaits de ce résultat, qui permet à Stahlecker de s’imposer comme le plus efficace de tous leurs représentants à l’Est. Mécontents des attentats récemment commis en France contre l’armée d’occupation allemande, ils songent à lui pour se rendre à Paris et devenir le nouveau chef de la police allemande. Un homme aussi ferme et déterminé que lui devrait rapidement pouvoir venir à bout de la résistance des Français pensent-ils. Mais en attendant, une tâche plus urgente l’attend. Car en décembre 1941, la situation militaire s’est dangereusement dégradé sur le front de l’Est. Les Soviétiques ont déclenché une vaste contre-offensive qui a obligé les Allemands à reculer. Confrontés aux rigueurs de l’hiver et aux attaques d’une guérilla qui intensifie ses actions sur leurs arrières, les hommes de la Wehrmacht traversent alors une situation extrêmement mauvaise. Toutes les forces de police présentes dans les Etats baltes sont alors mobilisées et envoyées en renfort pour « nettoyer » les bandes de partisans qui attaquent les lignes de communications allemandes, notamment près de Leningrad. Stahlecker organise à la hâte un groupe de combat et monte au front à la hâte. Lui qui a toujours rêvé d’être un soldat et non un vulgaire policier est ravi de pouvoir enfin faire ses preuves. Il prend donc des risques, beaucoup de risques. Le 22 décembre 1941,  il est blessé une première fois et le 23 mars 1942, il est de nouveau atteint par des tirs ennemis à l’occasion de l’attaque de son quartier-général situé près de Krasnogvardeysk (l’actuelle Gatchina), au sud-ouest de Leningrad. Touché à la cuisse, il se met à saigner abondamment et perd rapidement conscience. D’abord ramené en urgence vers Riga, il est ensuite transporté en avion vers Prague par un vol spécial mais décède finalement au cours du trajet. Il n’avait pas quarante-deux ans. Le 26 mars 1942 Reinhard Heydrich lui organisera des funérailles d’Etat dans le château du Hradcany à Prague.

Analyse :

    Loin d’être une boucherie résultant d’une quelconque ivresse meurtrière, la Shoah fut donc en réalité une tuerie administrative, un assassinat réglementaire.

    Certes, il y avait bien parmi les bourreaux des tueurs sadiques, mais les concepteurs de ce projet d’extermination n’appartenaient certainement pas à cette catégorie. Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et Heinrich Müller, les trois hommes qui ont été au cœur de ce processus, étaient tous les trois parfaitement sains d’esprit. Mais, bien qu’ayant tous reçu une éducation chrétienne, ils défendaient une conception strictement matérialiste de l’histoire. Or, leur vision du monde était fondée sur la croyance en une stricte hiérarchie des races, sur l’acceptation de la loi du plus fort en tant que loi intangible de l’existence humaine et sur le refus de toute pitié à l’égard des personnes jugées inférieures sur les plans culturels et biologiques.

   Comme ils estimaient que les Juifs représentaient un « problème », et que l’existence du judaïsme était un obstacle, en tant que tel, sur le chemin qui conduisait vers l’Europe allemande, il était parfaitement logique qu’ils cherchent à régler le « problème juif » par la suppression pure et simple du peuple en question. Et à partir du moment où cette décision avait été prise par Adolf Hitler, ils ont considéré comme un devoir le fait de procéder à une « liquidation définitive de la question juive » (Endlösung der Judenfrage).

    En bons fonctionnaires allemands, marqués par le culte prussien de la rigueur et de l’obéissance, ils ont poursuivi cette mission avec zèle et application. Et puisque cette campagne d’assassinats était selon eux à la fois parfaitement justifiée sur le plan moral, parfaitement rationnelle sur le plan politique et parfaitement légale sur le plan juridique, pourquoi donc auraient-ils eu des états d’âme ? D’où cette bonne conscience dans le crime et cette rationalisation du meurtre de masse qui le rend sans doute encore plus terrifiants.

Bibliographie :

  • Christian Ingrao : Croire et détruire, les intellectuels dans la machine de guerre SS, Pluriel, Fayard, 2011.
  • Hans-Joachim Lang : Die mörderische Karriere des Walter Stahleckers. In: Erinnern gegen den Schlußstrich. Zum Umgang mit dem Nationalsozialismus. Freiburg i. Br. 1997 (Geschichtswerkstatt, Bd. 29). S. 147–156.

Notes :

1 De nombreux autres criminels de guerre allemands ont fréquenté cette prestigieuse université. Qu’il suffise de citer les noms de Martin Sandberger (1911-2010, étudiant en droit), Eugen Steimle (1909-1987, étudiant en histoire) et Erich Ehrlinger (1910-2004, étudiant en droit) qui ont tous occupé de hautes fonctions au sein du RSHA avant d’être envoyés à la tête d’Einsatzkommando sur le front de l’Est. L’université de Tübingen était réputée comme l’un des bastions du nationalisme allemand et les organisations étudiantes locales y étaient extrêmement virulentes. Il ne s’y trouvait déjà plus aucun professeur juif dès 1931.

2 Devenue veuve, Luise-Gabriele se remariera le 8 juin 1946 avec un chef d’entreprise de Tübingen, Otto Bittelmann (1911-2000), qui deviendra l’une des figures locales de la CDU.

3 Stahlecker n’a rejoint le NSDAP qu’assez tard puisqu’il ne s’est inscrit définitivement au Parti qu’en avril 1933 (N° 3.219.015), malgré tout il était déjà en contact avec les milieux nationaux-socialistes tout au long de la période 1921-1933.

4 Hermann Mattheis sera d’ailleurs liquidé quelques semaines plus tard à l’occasion de la fameuse « Nuit des Longs couteaux ».

5 La Gustav Siegle Haus avait été bâtie au début du siècle par l’industriel du même nom. Elle sera détruite dans un bombardement en 1944 et reconstruite à l’identique neuf ans plus tard.

6 Le chef du groupe (Stefan Lovasz) et trois de ses complices (Josef Steidl, Arthur Göritz et Liselotte Hermann) seront jugés à Stuttgart en 1937 et guillotinés dans une prison berlinoise le 20 juin 1938.

7 En Russie les principaux adjoints de Stahlecker au sein de son état-major seront Karl Tschierschky (Amt III), Heinz Trühe (Amt I et II) et Rudolf Lange (Amt IV et V). Les premiers responsables des einsatzkommando seront Martin Sandberger, Erich Ehrlinger, Rudolf Baatz et Karl Jäger.

Crédit photographique : Soldats allemands et civils lituaniens incendiant une synagogue en juin 1941. Bundesarchiv, Bild 183-L19427 / Zoll / CC-BY-SA 3.0 [CC BY-SA 3.0 de (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/de/deed.en)%5D, via Wikimedia Commons

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