Raphaël Alibert l’éminence grise du maréchalisme

     Avec la figure sulfureuse de Raphaël Alibert, nous allons pénétrer au cœur de ce que l’on a parfois appelé le « Premier Vichy ». Ce terme désigne le gouvernement qui présida aux destinées de la France à partir de la débâcle de juin 1940 et qui sera finalement dispersé sous la pression des occupants à peine dix mois plus tard. Catholiques, anticommunistes et antisémites, les hommes qui en ont fait partie étaient bel et bien les fidèles héritiers de l’Action Française. Convaincus qu’il était encore possible de préserver la souveraineté d’un Etat français et l’intégrité de son empire colonial dans le cadre de la nouvelle Europe allemande, ils ont engagé le pays meurtri dans une vague de réformes politiques, administratives, sociales et culturelles d’une ampleur et d’une violence inédite.

      Juriste de formation et idéologue du néo-conservatisme français, Raphaël Alibert fut l’une des chevilles ouvrières de ce système. En tant que ministre de la Justice et conseiller du Maréchal, il a porté certaines des mesures les plus controversées de l’occupation, au premier rang desquels la création d’un premier statut des Juifs en octobre 1940. Grâce à son éviction précoce du pouvoir et à de puissants réseaux de soutien, il put néanmoins réchapper à l’épuration et finir sa vie dans la plus absolue tranquillité.

Henri-Albert-François-Joseph-Raphaël Alibert est né le 17 février 1887 à Saint-Laurent-Lolmie dans le Lot. Fils d’Auguste Alibert, propriétaire terrien, et d’Isabelle Picart, il descend d’une vielle famille de notables du Rouergue anoblie par le roi Charles X au début du 19ème siècle. Après de brillantes études effectuées dans un lycée toulousain, il intègre la Faculté de droit de Paris. En 1909, il obtient son doctorat grâce à une thèse consacrée à l’histoire de la question syndicale dans la fonction publique. Le 12 juin 1913, dans la mairie du 7ème arrondissement de Paris, il épouse Marie-Camille-Marguerite Chaude. Nommé professeur à l’Ecole libre des sciences politiques, il se fait connaître comme un spécialiste du droit administratif et décroche bientôt un poste de maître des requêtes au Conseil d’Etat. En novembre 1917, il fait son entrée dans la haute fonction publique en devenant le chef de cabinet d’Henry Lémery (1874-1972), alors sous-secrétaire d’Etat à l’Industrie, au Commerce et aux Transports dans le cabinet de Georges Clemenceau. Raphaël Alibert fréquentera ainsi pendant plusieurs années les allées du pouvoir.

En 1924, il choisit de démissionner de son poste de maître des requêtes pour se lancer à son tour dans l’arène politique. Devenu le secrétaire-général du Redressement français, le mouvement fondé par l’industriel Ernest Mercier (1878-1955), il milite alors pour une réforme profonde de l’Etat et de l’économie française. Proche du ministre Anatole de Monzie (1876-1947), il travaille également au sein du Comité technique de la Réforme de l’Etat créé par Jacques Bardoux (1874-1959). Catholique bon teint et monarchiste convaincu, Alibert est aussi un fidèle lecteur de l’Action française de Charles Maurras.

A la suite de son échec aux législatives de 1928, il quitte la France pour la Belgique, où il devient le précepteur du jeune Henri d’Orléans (1908-1999), fils du duc de Guise et futur comte de Paris, à qui il va enseigner les sciences politiques. Il écrit également dans la revue monarchiste Questions du jour. Après le succès du Front populaire aux élections de juin 1936, il participe à plusieurs reprises à des négociations entre patrons et ouvriers grévistes. Il fréquente aussi plusieurs des membres de l’OSARN, mouvement clandestin et anti-communiste fondé et dirigé par Eugène Deloncle (1890-1944). Par l’intermédiaire d’Henry Lémery, Alibert fait bientôt la connaissance du maréchal Philippe Pétain dont il va devenir dès lors l’un des proches conseillers. En décembre 1937, son appartement est perquisitionné par la police dans le cadre de l’enquête menée sur l’OSARN.

Le 19 mai 1940, en pleine débâcle, et alors que Philippe Pétain (1856-1951) vient d’être rappelé d’urgence à Paris, Raphaël Alibert est choisi par ce dernier pour prendre la tête de son cabinet civil. Le 16 juin 1940, lorsque Pétain est nommé président du Conseil, Alibert devient officiellement sous-secrétaire d’Etat à la présidence du conseil. Dès le lendemain, il ordonne l’arrestation de l’ancien ministre de l’Intérieur Georges Mandel (1885-1944) et celle de son chef d’état-major personnel, le général Jules-Antoine Buhrer (1879-1955). Mais cette décision brutale est immédiatement désavouée par Pétain, qui fait libérer les deux hommes dans la soirée. Le 20 juin, le discours rassurant qu’Alibert adresse aux députés parvient à retenir en France ceux qui envisageaient de quitter Bordeaux pour passer en Afrique du Nord.

Le 30 juin, après un court passage par Clermont-Ferrand, le nouveau pouvoir s’installe finalement à Vichy, qui a le bénéfice d’être située au centre du pays et de disposer de suffisamment de lignes téléphoniques et d’immeubles vacants pour pouvoir abriter les services gouvernementaux. Tandis que Pétain prend possession de l’hôtel du Parc, Alibert s’installe au Carlton, qui a été réquisitionné pour abriter le ministère de la Justice. C’est à Vichy qu’Alibert se rapproche véritablement de Pierre Laval (1883-1945) et d’Adrien Marquet (1884-1955), aux côtés desquels il peut être considéré comme le véritable fondateur de l’Etat français. Le 11 juillet, c’est d’ailleurs lui rédige les trois actes constitutionnels qui vont abroger le système politique en vigueur depuis 1875 et transférer au maréchal Pétain la plénitude des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires.

Le 12 juillet 1940, Alibert est officiellement nommé comme secrétaire d’Etat à la Justice et garde des Sceaux. Nanti d’une large autorité et protégé par la confiance absolue que lui témoigne le maréchal, il sera le seul ministre à être reçu chaque jour dans son bureau par le chef de l’Etat français. Avec quelques autres personnalités, comme les intellectuels René Gillouin et Henri Massis, Raphaël Alibert va devenir l’architecte de la « Révolution nationale ». Il est convaincu en effet que la France doit rompre radicalement et définitivement avec toutes les valeurs et tous les principes dont il estime qu’ils l’ont entraîné dans la faillite. Pour lui, la défaite militaire a été précédée d’une défaite morale dont elle n’a été que la conséquence logique. Cette « Révolution nationale », Alibert va la placer sous l’égide d’une nouvelle devise, qu’il a repris des « Croix de feu » : « Travail, famille, patrie ».

En tant que Garde des Sceaux, Alibert va non seulement signer toutes les lois promulguées par le maréchal Pétain, mais il sera encore personnellement à l’origine de plusieurs décisions juridiques de grande importance :

  • Le 14 juillet, sur l’ordre personnel d’Alibert, Herschel Grynzspan (1921- 1945), l’assassin du conseiller d’ambassade Von Rath, est sorti de sa prison toulousaine pour être livré aux Allemands (18 juillet). Il sera le premier d’une longue série de citoyens étrangers, et notamment allemands, à être ainsi donné en pâture aux occupants par le régime de Vichy en violation flagrante des règles du droit d’asile.
  • Le 17 juillet, une loi promulguée par Alibert permet de révoquer désormais tout agent de l’Etat, militaire ou civil, tout fonctionnaire et tout magistrat par le biais d’un simple décret ministériel. En quelques mois, 49 préfets et 58 des sous-préfets mis en place par le Front Populaire seront ainsi démis de leurs fonctions par le nouveau pouvoir.
  • Le 21 juillet, Alibert ordonne à l’administration pénitentiaire de faire libérer les derniers prisonniers encore détenus en liaison avec l’affaire de la Cagoule.
  • Le 22 juillet, Alibert met en place une commission de révision des naturalisations. Placée sous la présidence du conseiller d’Etat Jean-Marie Roussel, elle sera chargée de réexaminer l’ensemble des 539 000 naturalisations accordées entre le 10 août 1927 et le 10 mai 1940. Sur les 195 000 dossiers étudiés entre 1940 et 1943 (soit près de 500 000 personnes) 15 154 personnes (dont 6 307 de confession juive) se verront effectivement retirer leur nationalité française, devenant ainsi des apatrides.
  • Le 30 juillet, à travers l’Acte constitutionnel n° 5, Alibert fait entériner la mise en place d’une Cour suprême de justice qui sera chargée de juger les hommes politiques français considérés comme responsables de la défaite militaire subie face à l’Allemagne. Le 8 août 1940, la décision sera prise d’installer cette cour à Riom. Léon Blum, Edouard Daladier, Pierre Cot et le général Maurice Gamelin en seront les principaux accusés.
  • Le 30 juillet toujours, l’organisation des Chantiers de la Jeunesse française est mise en place sous la conduite du général Joseph de la Porte du Theil. Le but est d’instaurer un service civique de six mois pour tous les jeunes français entrés dans leur vingtième année.
  • Le 30 juillet encore, un décret ordonne la « francisation » des administrations, limitant ainsi l’accès aux emplois publics aux seuls citoyens nés d’un père français.
  • Le 13 août, Alibert est à l’origine de la loi sur la dissolution des sociétés secrètes. En vertu de cette loi, le Grand Orient de France et la Grande Loge de France seront interdits dès le 19 août. Les individus convaincus d’appartenance à ces deux organisations risqueront désormais 6 mois à 2 ans d’emprisonnement et jusqu’à 16 000 francs d’amende. Les biens mobiliers et immobiliers détenus par les loges sont mis sous séquestre et confisqués. Les fonctionnaires devront également s’engager par écrit à ne pas appartenir à une loge maçonnique.
  • Le 16 août, une loi limite l’accès aux professions libérales aux seuls citoyens nés de père français.
  • Le 23 août, une loi vient interdire la production de tous les apéritifs tirant 16° d’alcool ou plus. La vente d’alcool aux moins de vingt ans est interdite et elle est limitée à trois jours par semaine pour les plus de vingt ans. La fiscalité des boissons alcoolisées est fortement relevée. L’idée est de lutter contre un fléau qui affaiblit la nation française et en particulier son armée.
  • Le 27 août, Alibert fait abroger le décret-loi dit « Marchandeau », promulgué par Edouard Daladier le 21 avril 1939 pour réprimer l’incitation à la haine raciale ou religieuse.
  • Le 29 août, à l’initiative et sous la direction de Xavier Vallat, le gouvernement crée la Légion Française des Combattants. Le but est de regrouper toutes les associations d’anciens combattants. La LFC,  qui comptera près d’un million et demi de membres, a été pensée pour être une courroie de transmission du maréchalisme auprès de la population.
  • Le 3 septembre, Alibert fait abroger la loi du 1er juillet 1901, qui interdisait à certaines congrégations catholiques d’enseigner.
  • Le 6 septembre, Alibert retire leur nationalité française à toute une série de personnalités publiques, dont Pierre Cot, David David-Weill, Henri de Kerilis ainsi qu’aux membres de la branche française des Rothschild.
  • Le 15 septembre Léon Blum est arrêté à Colomiers chez son ami Eugène Montel.
  • Un jour seulement après l’assaut mené par les Français Libres contre Dakar, la loi du 24 septembre instaure une cour martiale chargée de juger les « crimes et les manœuvres commis contre l’unité de la Patrie » (en fait les dissidents gaullistes). Elle est installée à Gannat (Allier).
  • Le 27 septembre, la préfecture de police de Paris débute le recensement des « entreprises juives » destinées à être « aryanisées ».
  • Le 27 septembre, une loi supprime les Compagnies de Travailleurs Etrangers(CTE) pour les remplacer par les Groupements de Travailleurs Etrangers (GTE).
  • Le 28 septembre, une convention franco-allemande établit le nombre de livres interdits de publication, de vente, de prêt et de détention, c’est  la « Liste Bernard », qui sera suivie de la « Liste Otto », plus étendue.
  • Le 3 octobre, Alibert fait adopter par le maréchal P. Pétain la promulgation d’un statut des Juifs français (qui sera inscrit au JO le 18 octobre) excluant ces derniers de la fonction publique d’Etat, de la presse, de l’enseignement et de l’armée. Le texte se fonde sur une définition ouvertement raciste (le fait d’avoir quatre grands parents juifs) et non pas confessionnelle (le fait de pratiquer le judaïsme) de l’identité juive. Le texte n’a aucun précédent dans le droit français depuis 1789.
  • Le 4 octobre, une loi permet l’internement administratif des Juifs étrangers présents sur le territoire français.
  • Le 4 octobre, un décret du commandement allemand, validé par Vichy, ordonne l’internement de tous les « nomades » présents en zone occupée.
  • Le 4 octobre, un décret-loi renforce les dispositions de la législation de novembre 1938 concernant l’internement des « étrangers indésirables » en France. Désormais celui-ci pourra être prononcé sur simple décision préfectorale.
  • Le 7 octobre, un décret-loi pris par le maréchal Pétain à l’initiative d’Alibert abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui accordait la nationalité française aux Juifs d’Algérie.
  • Dans son discours radio-diffusé du 11 octobre Philippe Pétain définit pour la première fois sa politique économique et sociale : il entend promouvoir un « ordre nouveau » qui sera « spécifiquement français » tout en appelant l’Allemagne à « dominer sa victoire » pour que la France soit à son tour à même de « dominer sa défaite ».
  • Le 24 octobre, le maréchal Philippe Pétain rencontre le chancelier Adolf Hitler en gare de Montoire.
  • Dans son discours radio-diffusé du 30 octobre, Philippe Pétain annonce officiellement l’entrée de la France dans la « voie de la collaboration » avec l’Allemagne.
  • Le 9 novembre, les centrales syndicales sont dissoutes par le gouvernement. Onze mois plus tard, elles seront toutes remplacées par des organisations étatiques, les corporations, instaurées par la Charte du Travail.
  • Le 19 novembre 1940, dans l’enceinte de la Primatiale Saint-Jean de Lyon, l’archevêque de Lyon et Primat des Gaules Pierre Gerlier prononce en présence du Maréchal un discours particulièrement laudatif à l’égard du nouveau régime, n’hésitant pas à affirmer : « Car Pétain c’est la France et la France c’est Pétain ! ».
  • Le 20 novembre 1940, une loi rend la carte d’identité nationale obligatoire.
  • Le 10 décembre 1940, est créé l’Office Français d’Information (OFI), qui sera chargé de centraliser la politique de propagande du régime de Vichy.
  • Le 22 janvier 1941, une loi fonde le Conseil National. Ayant mis un terme au parlementarisme, le régime de Vichy cherche en effet à créer une forme d’organe représentatif de la nation. La nouvelle institution, qui regroupe 213 membres, fera la part belle aux « experts » au détriment des « politiques ».

A la fin du mois de novembre 1940, le clan des Vichyssois entre en conflit avec le président du Conseil, Pierre Laval, dont la politique s’éloigne de plus en plus de celle du Maréchal. Laval utilise alors son allié, Marcel Déat, pour mieux régler ces comptes. Dans son journal, L’Œuvre, Déat s’en prend avec de plus en plus virulence à l’entourage du chef de l’Etat, qu’il accuse même de retenir en otage le vieux chef. Laval se rapproche aussi des Allemands, il a des discussions avec Abetz et le général Warlimont, devant lesquels il envisage de négocier un éventuel droit des passages pour les troupes allemandes en Afrique du Nord. S’en est trop pour d’Alibert, Dumoulin de Labarthète, Ménétrel et Peyrouton, qui sont tous partisans d’une stricte neutralité et estiment que Laval a dépassé ses prérogatives. Le 13 décembre 1940,  le président Laval est placé en état d’arrestation par le colonel Georges Groussard avant d’être démis de toutes ses fonctions, y compris de la présidence du Conseil, où il est remplacé par Pierre-Etienne Flandin. Déat lui aussi est arrêté.

Mais l’occupant n’apprécie guère cette manœuvre et le fait bientôt savoir, non seulement en coupant tout contact avec Vichy, mais aussi en ordonnant la suspension totale des passages de personnes et de biens à travers la ligne de démarcation. Après plusieurs semaines de tensions, un compromis est finalement trouvé. Les Allemands acceptent le renvoi de Laval mais obtiennent en échange du maréchal Pétain qu’il se sépare de certains de ses collaborateurs connus pour leurs opinions germanophobes1. Le 28 janvier 1941, Alibert doit donc donner sa démission, officiellement pour raisons de santé2. Le 9 février suivant, l’amiral François Darlan sera finalement nommé à la présidence du Conseil en remplacement de Flandin.

Bientôt contraint de quitter Vichy, Alibert regagne alors Paris où il va retrouver sa place au Conseil d’Etat. Échaudé par sa mésaventure, il ne s’occupera plus de politique jusqu’à la fin de la guerre. Au cours de cette période il aura aussi le déplaisir de constater que la plupart des mesures prises à son initiative en 1940, finiront par être abrogées, ou tout au moins vidées de leur substance. Son successeur à la Justice, Joseph Barthelémy, fera ainsi de son mieux pour saboter la tenue du procès de Riom. Jean-Marie Roussel de son côté s’échinera à réduire le nombre des naturalisations effectivement abrogées. A l’Instruction publique, Jérôme Carcopino fera réintégrer un grand nombre des instituteurs « laïcs » licenciés par Alibert. Le Maréchal n’abrogera pas non plus la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat à laquelle Alibert était opposé. Enfin, Pierre Laval, dès son retour aux affaires en avril 1942, mettra en sourdine la propagande antimaçonnique. Dans les faits, il n’y aura donc que les mesures anti-juives qui, pression allemande oblige, continueront d’être amplifiées et renforcées jusqu’en août 1944.

A la Libération, Raphaël Alibert, qui sait sa tête mise à prix, cherche par tous les moyens à échapper à l’épuration. A l’initiative de son fils Jacques, alors sous-préfet de Figeac, et grâce à l’appui du religieux dom Gabriel Sortais (1902-1963), il parvient à se réfugier secrètement à l’abbaye trappiste de Bellefontaine dans le Maine-et-Loire.

Lors des procès de Pétain et de Laval en juin 1945, les accusés chargent très lourdement l’ancien Garde des Sceaux et n’hésitent pas à lui imputer la responsabilité de la plupart des mesures décidées par le gouvernement de Vichy au cours du second semestre 1940. Philippe Pétain en particulier n’hésitera pas à déclarer qu’il  » considère cet homme [Alibert] comme un être incapable de se contrôler lui même [et qui], après son départ du gouvernement, s’est répandu en faux bruit contre moi. Il ne faisait l’effet d’un excité qu’il ne pas exciter davantage ».

Deux ans plus tard va s’ouvrir devant la Haute Cour de Justice le procès de Raphaël Alibert. N’étant pas présent, ce dernier sera donc jugé par contumace. Le 7 mars 1947, au terme des débats, il est condamné à la peine capitale pour faits de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi.

Peu de temps après, toujours grâce à son fils, Raphaël Alibert quitte l’abbaye de Bellefontaine pour rejoindre clandestinement Bruxelles, où il va vivre jusqu’en 1953 sous la fausse identité de Raoul Aubry. Le 29 avril 1948, son épouse obtient un jugement de divorce du tribunal de la Seine. En 1953, profitant des mesures d’amnistie promulguées en France, il sort de la clandestinité et entreprend de faire régulariser sa situation auprès des autorités belges, ce qui va lui permettre au passage de reprendre son véritable nom et de faire venir son ex-épouse à ses côtés. Mais ce n’est qu’après avoir été personnellement amnistié par le général de Gaulle en février 1959, à l’initiative du ministre de la Justice Edmond Michelet et du Premier ministre Michel Debré, qu’il pourra finalement revenir en France, après quinze années d’exil (mars 1959).

Raphaël Alibert est mort dans le 7e arrondissement de Paris le 5 juin 1963, à l’âge de soixante seize ans. Marié, il était père de cinq enfants : Isabelle, Michel, François, Philippe et Jacques.

Bibliographie :

  • Jérôme Cotillon (dir.) : Raphaël Alibert, juriste engagé et homme d’influence, Paris, Economica, 2009, 276 p.

Notes :

1 Raphaël Alibert avait lancé un véritable pavé dans la mare des relations franco-allemandes le 14 novembre 1940, en condamnant dans les termes les plus sévères les expulsions de citoyens français organisées par le Reich dans le département annexé de Moselle. Prenant le contre-pied de la propagande officielle allemande, il avait ainsi rappelé qu’en aucune façon ces expulsions ne pouvaient s’inscrire dans le cadre des conventions signées lors de l’armistice. Le 20 novembre 1940 Fernand de Brinon fera savoir que, d’un commun accord avec les Allemands, ceux-ci allaient stopper les évacuations à compter du 21 novembre. Le 30 novembre de Brinon se verra apporté un démenti cinglant par le gauleiter de Sarre Josef Bürckel ,qui annoncera que si les évacuations ont effectivement été stoppées, c’est tout simplement parce qu’il ne restait plus personne à évacuer.

2 Cette vaste purge frappera donc non seulement Alibert, mais aussi Peyrouton, Baudouin, Jacques Chevalier, le colonel Groussard, etc. Le « Premier Vichy » sera ainsi littéralement décapité pour être remplacé par le « Second Vichy », celui de l’amiral Darlan, plus moderne, plus technocratique, et surtout beaucoup plus pro-allemand (Paul Marion, François Lehideux, Jacques Benoist-Méchin, Pierre Pucheu, Jacques Barnaud, etc.). En avril 1942, arrivera aux affaires un troisième Vichy, celui de Laval, un Vichy attentiste et manœuvrier, parfaitement incarné par les figures de René Bousquet et Jacques Gérard. En janvier 1944 enfin, on retrouvera un « quatrième Vichy », le Vichy fascisant réuni derrière les « 3 D » (Darnand, Déat et Doriot), qui poussera la collaboration à son paroxysme.

Crédit photographique : By Limoges 1941 [Public domain], via Wikimedia Commons

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