Le cardinal Pie, Defensor fidei

    Si le nom du cardinal Pie n’est plus connu aujourd’hui que de quelques érudits, il fut pourtant de son vivant l’un des personnalités les plus influentes, non seulement de l’épiscopat, mais aussi de la scène intellectuelle et politique française. Issu d’un milieu très humble, il parvint à se hisser jusqu’aux plus hautes fonctions à force de volonté, de patience et de travail. Ce véritable Bossuet du 19e siècle participa à tous les combats de son époque et devint la figure la plus charismatique du parti catholique ultramontain. Raconter sa vie, comme nous allons le faire ici succinctement, c’est aussi revenir sur ce grand, sur ce terrible affrontement qui opposa entre eux cléricaux et anti-cléricaux français tout au long du siècle. Cette lutte, qui  avait pour enjeux la direction morale du pays, devait se terminer comme chacun le sait sur la victoire sans appel des seconds, à la grande déception bien évidemment du cardinal qui, hélas pour lui, vécut assez tardivement pour pouvoir prendre la mesure de son échec. 

1. Un parcours exemplaire

Louis-François-Désiré-Edouard Pie voit le jour à Pontgouin, dans la vallée de l’Eure, le 26 septembre 1815, au moment même où Louis XVIII reprend sa place sur le trône de ses ancêtres tandis que Napoléon Ier est embarqué manu militari sur un navire britannique à destination de Sainte-Hélène. L’enfant est baptisé le premier dimanche d’octobre 1815, jour de la Saint-Rosaire. La famille Pie est de condition modeste : l’arrière-grand-père paternel, Nicolas Pie (1730-1772) était journalier au lieu-dit Les Ressuintes, comme l’avaient été semble-t-il avant lui tous ses ancêtres. Son fils, Nicolas Pie (1756-1830), exerça quant à lui l’activité de cercleur tandis que le père de Louis-Edouard, Louis-Joseph Pie (1789-1838), travailla comme cordonnier. Mais Louis-Joseph Pie mourut prématurément, laissant son épouse avec deux jeunes fils, Louis-Edouard et son frère cadet, Louis-Charles-Arsène (1819-1882) et bien peu de ressources.

En accord avec le vœu de sa mère, la très pieuse Anne-Elisabeth-Aimée-Désirée Gaubert (1796-1877)1, Louis-Edouard sert comme enfant de cœur au presbytère de Pontgouin, où il va officier aux côtés du curé de la paroisse, l’abbé Lepoivre. Il célèbre sa première communion à l’âge de dix ans, l’année du sacre de Charles X. Deux ans plus tard, en 1827, il est confié aux soins du petit séminaire de Saint-Chéron, près de Chartres. Il y perfectionne un latin déjà excellent et, sa vocation s’affirmant, il reçoit la tonsure le 21 décembre 1833. A Chartres, il est remarqué par le curé de la cathédrale, l’abbé Lecomte (m. 1850), qui va devenir son directeur spirituel et son premier protecteur. L’adolescent par ensuite intégrer le Grand séminaire de Saint-Sulpice à Paris où, pendant quatre années, il va étudier l’Ecriture sainte, la patristique, la théologie scholastique et l’histoire de l’Eglise chrétienne (1835-1839)2. Tous ses camarades séminaristes, mais aussi ses professeurs et même le supérieur de l’établissement, l’abbé A. Garnier, s’étonnent de la précocité de son érudition et de la sûreté de son jugement. Avec ses cheveux roux et son regard dominateur, le jeune homme en impose déjà beaucoup à ses condisciples. Après avoir reçu les ordres mineurs (1837) puis le diaconat (1838), Louis-Edouard Pie est finalement ordonné prêtre le 25 mai 1839, à l’âge de 23 ans.

Nommé vicaire-général de la cathédrale de Chartres puis vicaire-général du diocèse de Chartres (4 janvier 1843), il travaillera pendant plusieurs années sous la supervision directe de Monseigneur Claude-Hippolyte Clausel de Montals (1769-1856), évêque de Chartres depuis 1824 et ancien aumônier de la duchesse d’Angoulême, belle-fille du roi Charles X. Ses dons d’organisateur et de meneur d’hommes le font apprécier de son supérieur tandis que son éloquence3, la fermeté de ses principes moraux, son affabilité mais aussi son total dévouement lui gagnent le cœur des paroissiens. Le 28 septembre 1849, Edouard Pie est nommé évêque de Poitiers sur la proposition et avec l’appui de Mgr de Clausel.

2. Le pasteur des âmes

A l’âge de seulement 34 ans, le voilà donc devenu le plus jeune de tous les évêques de France. Le diocèse de Poitiers, illustre par son ancienneté, recouvre alors les deux départements des Deux-Sèvres et de la Vienne. Centré autour de la cathédrale Notre-Dame de Poitiers, il regroupe environ 635 paroisses desservies par plus d’un millier de prêtres chargés de veiller sur environ 600 000 âmes.

Pour mener sa tâche à bien, il commence par s’entourer d’une équipe de collaborateurs dévoués d’où va rapidement émerger la figure de l’abbé Charles-Louis Gay (1815-1892), qui sera son principal appui durant toutes ces années.

Bien décidé à relever la France chrétienne de la ruine profonde où elle a été plongée par le désordre révolutionnaire, Mgr Pie se comporte en prélat attentif. Les Robespierre et autres émules de Rousseau ont-ils voulu ôter à l’Eglise catholique tous les privilèges et toutes les richesses qu’elle détenait sous l’Ancien Régime, qu’à cela ne tienne estime Mgr Pie, ils n’ont fait qu’enlever à l’institution ce qui l’encombrait afin de pouvoir exercer plus librement et plus pleinement son magistère. Ont-ils ont voulu affaiblir le sentiment religieux par leurs écrits pervertis et déshonnêtes ? Qu’importe, il ne tiendra qu’à une nouvelle génération de clercs d’aller réparer les torts qu’ils ont causés dans les consciences.

Armé de ces solides principes, Mgr Pie part donc à la rencontre de tous les religieux que l’Eglise a placés sous son autorité. Pas une semaine ne s’écoulera sans qu’il n’aille célébrer une messe, délivrer des sermons, prononcer des oraisons funèbres ou inaugurer un nouvel établissement religieux. Tout au long de son mandat, Monseigneur Pie va ainsi faire preuve d’un zèle infatigable de pasteur des âmes. Les unes après les autres, il visite toutes les cures de son diocèse et multiplie les nouvelles fondations afin de renforcer encore le maillage paroissial. Il fera ainsi bâtir plus de 135 églises nouvelles – accordant un soin particulier aux régions encore fortement marquées par l’influence calviniste, notamment les paroisses de La Crèche et du Breloux. En 1851, alors qu’il organise la célébration de l’année jubilaire il assure personnellement la confession de plusieurs milliers de ses paroissiens. Pour chacun d’entre eux, des plus humbles aux plus importants, il tient toujours à avoir une parole amène ou un geste d’affection.

Particulièrement soucieux de pouvoir assurer l’avenir de la foi, il accorde tous ses soins aux petits séminaires de Montmorillon et de Bressuire et crée même une faculté de théologie au sein du Grand séminaire de Poitiers (1874). Il fonde également plusieurs missions de prêtres destinées à l’évangélisation des campagnes, à l’exemple des Oblats de Saint-Hilaire qui sont instaurés en 1855. Constatant un peu partout la présence de nombreux fidèles de la « Petite-Eglise », il ne ménage pas ses efforts pour tenter de les faire revenir dans le giron de l’Eglise romaine et y réussira d’ailleurs en grande partie.

Il tient également à revivifier les anciens ordres religieux injustement tombés dans l’oubli ou l’opprobre. Il invite donc les jésuites à revenir s’installer à Poitiers pour y refonder le prestigieux lycée Saint-Joseph (1854), qui deviendra au fil des décennies la pépinière de l’élite poitevine catholique. Il accueille aussi les chanoines réguliers de Saint-Augustin de Latran, récemment proscrits d’Italie, et leur confie la collégiale de Beauchêne (1872). Il patronne la venue à Niort des Sœurs de l’Immaculée-Conception (1854), ainsi que l’arrivée des carmélites dans cette même ville (1858). Il ouvre Poitiers (1857), puis Niort (1836), aux Petites-sœurs des Pauvres et encourage encore bien d’autres congrégations enseignantes et charitables à venir œuvrer dans son diocèse (Sœurs de la Visitation, Dames de la Sainte-Croix, etc.).

Il offre encore son indéfectible appui aux bénédictins de son ami, dom Prosper Guéranger (1805-1875), qui se sont installés à Saint-Pierre de Solesmes en 1832. Il soutient ardemment leur ambitieux projet de rétablir dans toute sa splendeur la vie monastique médiévale. Pour les aider dans cette tâche, il fait racheter en 1852 la très vénérable abbaye Saint-Martin de Ligugé, la plus ancienne abbaye de France, afin de pouvoir l’offrir aux moines bénédictins (1853). Il accorde les mêmes faveurs aux dominicains en leur permettant de reprendre place à Poitiers en 1868. Grâce aux excellentes relations qu’il entretient avec Rome, il réussit à faire aboutir la reconnaissance de son illustre prédécesseur, saint Hilaire de Poitiers, en tant que docteur de l’Eglise latine (1851). En 1868, comme un symbole de ce retour à l’ordre ancien qu’il appelle de ses vœux, il obtient de pouvoir quitter la petite dépendance de l’abbaye Sainte-Croix, qui servait jusque-là de résidence à l’évêché, pour prendre place dans l’ancien palais épiscopal qui avait pourtant été transformé en préfecture pendant la Révolution.

Mais l’œuvre de l’évêque de Poitiers ne peut véritablement se comprendre réellement que si on l’inscrit dans un cadre plus général. Car c’est l’époque toute entière qui est marquée par un intense renouveau religieux, renouveau dont le premier signal aura été donné par Alphonse de Chateaubriand, dont le célèbre ouvrage, le Génie du Christianisme, avait reçu dès sa parution en 1802 un accueil extraordinaire parmi les élites cultivées. Entre 1815 et 1830, on verra ainsi le nombre annuel des ordinations passer de 918 à 2 357, alors qu’il était tombé à seulement 350 en 1802. Si ce chiffre demeure certes encore bien inférieur à ceux enregistrés sous l’Ancien Régime, au moins s’agira-t-il là désormais de vocations véritables et sincères, et non plus d’enfants placés par leurs parents pour faire carrière ou récupérer de juteux bénéfices.

Partout à travers la France on répare donc les bâtiments religieux saccagés pendant la tourmente jacobine tandis que les images pieuses et les médailles saintes deviennent le symbole d’un nouveau type de dévotion à la fois plus intimiste et plus fervent. Le culte marial notamment connaît un essor prodigieux tandis que celui de la médaille miraculeuse se développe depuis Paris à partir de 1830. La première apparition de la Vierge dans la montagne de La Salette est enregistrée en 1846, douze ans avant celle que reçoit Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle à Lourdes4. En 1856, grâce à la fonte tirée des canons pris aux Russes à Sébastopol, on érige sur l’une des collines du Puy-en-Velay une statue de la Vierge à l’Enfant d’un poids de 835 tonnes et de 22 mètres de hauteur ! Le monument, qui passe alors pour être la plus grande statue au monde, reçoit le nom de Notre-Dame de France. Les pèlerinages mariaux de Chartres et de Paray-le-Monial attirent pour leur part des foules de plus en plus nombreuses de pèlerins. A la même époque, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, travaille activement à la réhabilitation de la figure alors presque complètement oubliée de la pieuse et infortunée Jeanne d’Arc.

Bien que le catholicisme ne soit plus religion d’Etat depuis 1830, le pouvoir politique apporte généralement son entier soutien à ce vaste mouvement de restauration de la foi. Certes Louis-Philippe puis Napoléon III ne se singulariseront pas par une dévotion outrancière, mais ils aiment l’ordre et favorisent donc le catholicisme en qui ils voient un facteur d’unité et de paix face aux menées subversives du républicanisme. Ainsi, alors que le baron Hausmann mène la reconstruction de Paris, il prend bien soin de réserver une place de choix à de grands édifices religieux : à l’église de la Madeleine, achevée en 1842, s’ajouteront donc bientôt celles de Saint-Eugène (1854-1856), de Saint-Augustin (1860-1871), de La Sainte-Trinité (1861-1867) et de Saint-Ambroise (1863-1868).

Les épouses respectives des deux chefs d’Etat, qu’il s’agisse de la reine (d’origine sicilienne) Marie-Amélie ou de l’impératrice (d’origine espagnole) Eugénie de Montijo, sont considérées à juste titre comme des modèles de vertu chrétienne et toutes les deux font de leur mieux pour soutenir le clergé catholique dans son œuvre de restauration de l’Eglise. L’avènement de la Deuxième République ne va remettre que en cause en cause cette marche en avant que de façon très temporaire. Rapidement dominée par le « partie de l’ordre », la nouvelle assemblée va au contraire multiplier les initiatives destinées à lui concilier l’opinion cléricale. Le vote, le 15 mars 1850, de la fameuse « loi Falloux » mettra notamment fin au monopole de l’Université sur l’enseignement secondaire et supérieur et permettra ainsi aux congrégations religieuses enseignantes (en particulier les jésuites et les frères des écoles chrétiennes) de multiplier le nombre de leurs établissements.

Mais ce renouveau catholique n’est pas que purement formel. Il concerne également l’esprit. Rarement l’Église de France n’aura en effet produit autant de si hautes figures intellectuelles qu’en cette première moitié du 19ème siècle. De Jean-Marie Vianney (1786-1859), le célèbre curé d’Ars, à Frédéric Ozanam (1813-1853), fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul (1833), en passant par Henri Lacordaire (1802-1861), qui ressuscite l’ordre dominicain en 1843, et Emmanuel d’Alzon (1810-1880), créateur des Assomptionnistes (1845), la période est féconde en initiatives spirituelles de haute tenue. La France commence même à redevenir une terre d’évangélisation avec la fondation à Lyon en 1822 de la Société pour la Propagation de la Foi », suivie par celle des Oblats de Sainte-Marie Immaculée (1826) d’Eugène de Mazenod (1782-1861), sans oublier le travail des lazaristes et des maristes. En 1853, le Suisse Louis Niedermeyer fonde à Paris une école destinée à faire revivre les trésors alors totalement oubliés de la musique sacrée (Palestrina, Bach, etc.). Entamée par David-Paul Drach et ses amis, la conversion des juifs au catholicisme fait également d’étonnants progrès, notamment dans la capitale. Quant aux missions étrangères françaises, mises en sommeil depuis la Révolution, elles connaissent elles aussi un élan sans précédent, notamment en Océanie, en Chine, en Inde, à Madagascar, en Indochine, etc. En 1868, l’évêque d’Alger, Charles Lavigerie (1825-1892), fonde les fameux Pères Blancs, avec pour ambition de mener à bien l’évangélisation des populations musulmanes d’Afrique du Nord, à commencer par celle des tribus kabyles, jugées plus réceptives à la parole chrétienne.

Mais tous ces progrès, certes bien réels, ne doivent pas pour autant cacher une autre réalité. Car on assiste aussi durant toute cette période à la survivance, et même parfois à un retour en force, de l’anticléricalisme et de l’irréligion. Ce phénomène est particulièrement sensible dans les zones urbaines et surtout parmi certaines professions comme les médecins et les avocats. Une bonne partie de la presse libérale, aussi bien sous la Restauration que sous la Monarchie de Juillet et plus tard sous le Second Empire, vitupère ainsi très régulièrement contre l’influence jugée néfaste qu’exerce le clergé sur la société et sur l’Etat. Ses principaux pamphlétaires (Eugène Pelletant, Victor Schœlcher, Edgar Monteil), font preuve à cet égard d’une verve chaque jour accrue. Car, dans l’ombre, la franc-maçonnerie s’est lentement mais sûrement organisée en une sorte d’église parallèle, ou plutôt de contre-église, avec pour objectif de bâtir une nouvelle société qui serait fondée non plus sur la foi mais sur la raison. Les dogmes chrétiens et la sainteté des Écritures sont aussi régulièrement moqués par tous ceux qui se revendiquent de la tradition voltairienne. Plus grave encore, une partie des classes populaires échappe de plus en plus à l’emprise de l’Eglise. Chez les ouvriers et certains artisans, le nombre des unions libres s’accroît nettement et certains enfants échappent même au baptême, chose totalement impensable avant la Révolution. Un peu partout la désaffection du culte affecte en particulier la population masculine.

Le combat anti-clérical est d’ailleurs devenu le principal cheval de bataille d’une frange du milieu étudiant, acquise aux idées libérales et qui assimile l’église catholique aux classes possédantes et à un ordre établi qu’elle exècre littéralement. Ces étudiants radicaux vouent une admiration sans bornes aux tribuns socialistes, et en particulier aux plus virulents d’entre eux comme Auguste Blanqui, Armand Barbès et Joseph Proudhon. Figures de proue de cette gauche extrémiste et fidèles héritiers de la grande tradition révolutionnaire, ils n’hésitent pas à pousser leurs partisans à l’assaut des églises et des curés, comme viendra encore le démontrer l’affaire du sac de l’archevêché de Paris en février 1832. Les artistes eux-aussi se font chaque jour plus audacieux dans leur combat contre la « morale bourgeoise » – c’est-à-dire en fait la « morale chrétienne ». Baudelaire, Flaubert ou encore Courbet,  provoquent ainsi régulièrement de retentissants scandales qui sapent les fondements de l’ordre établi5. Irrémédiablement, le catholicisme perd ainsi peu à peu de sa suprématie sur le paysage politique et intellectuel français. Dès le milieu du siècle, les protestants (Guizot, Hausmann, etc.) et les Juifs (Fould, Rothschild, l’actrice Rachel, etc.) deviennent d’ailleurs de plus en plus nombreux et visibles dans les hautes sphères de la société française.

Louis-Edouard Pie, par nature et par obligation, ne peut pas demeurer insensible en face de ces attaques permanentes qui sèment le doute dans les âmes et menacent donc directement le salut de son troupeau. Ignorant ce que nous savons de la suite des évènements, il croit encore possible de renverser le processus de libération des mœurs et de laïcisation des institutions. Et c’est parce qu’il estime que cette bataille peut et doit être remportée qu’il se fera le théoricien du conservatisme catholique.

3. L’idéologue

Dans la voie du premier Félicité de Lamennais et de son Essai sur l’indifférence en matière religieuse (1818), Monseigneur Pie va donc se faire à son tour l’inlassable pourfendeur des « erreurs du temps présent ». Dans les années 1850, il est l’âme de plusieurs conciles provinciaux qui vont se réunir sous la présidence du cardinal Donnet (1795-1882), archevêque de Bordeaux. Destinées à réaffirmer avec force les positions du clergé catholique en matière politique, culturelle et sociale, ces assemblées vont être à l’origine de trois grandes instructions synodales (1855, 1858 et 1863), dont la force d’expression et la précision de vue font qu’elles seront reprises en partie par l’encyclique papale Quanta Cura (1864), notamment dans sa célèbre annexe, le Syllabus.

Parmi les victimes des sermons de Monseigneur Pie, on retrouve bien sûr au premier rang le catholicisme libéral du second Lamennais, de Lacordaire et de Montalembert, en qui il ne voit rien d’autre que les héritiers patentés de l’esprit révolutionnaire. L’intransigeant évêque s’en prend également de façon régulière aux ténors de la « philosophie moderne », qui dominent alors l’Université française ainsi qu’une grande partie de la presse intellectuelle (Revue des Deux mondes, Journal des Débats, Le Correspondant). Qu’il s’agisse du positivisme d’Auguste Comte et des Saint-simoniens, du déisme naturaliste de Jules Simon, du matérialisme rationaliste d’Emile Littré, de Marcellin Berthelot ou de Pierre Larousse, ou encore du scepticisme radical d’Ernest Renan, Monseigneur Pie n’a pas de mots assez durs pour les condamner tous. Mais ceux qui l’inquiètent le plus, ce sont bien sûr les « enragés », comme Henri Rochefort, qui se rient de Dieu et de l’Église, et qui proclament partout qu’ils n’ont qu’une hâte, refaire un nouveau 1793.

Contre tous ceux-là, l’inflexible évêque défend point par point sa vision d’une société traditionnelle, guidée par l’Église, obéissante à son roi et fidèle à la foi de ses ancêtres. Développant ses idées dans de multiples ouvrages souvent pleine de verve, Monseigneur Pie accorde une attention toute particulière au concept de la « royauté sociale de Jésus »6 dont il sera d’ailleurs l’un des premiers théoriciens, car elle permet selon-lui de contrer tous ceux qui prétendent que la foi doit rester une affaire strictement privée. Monseigneur Pie estime au contraire que Jésus n’est pas qu’un roi au sens figuratif, mais qu’il est bien le vrai et seul roi du monde, et que par conséquent l’institution ecclésiastique doit nécessairement régir toute la vie humaine, de la naissance à la mort et cela dans tous ses aspects qu’ils soient éducatifs, matrimoniaux, culturels, etc. Son idéal social est en quelque sorte cette fameuse « Terre des prêtres » que décrira plus tard Yves Lefebvre à propos du Léon (1924)7.

Mais si le clergé français veut pouvoir mener, et surtout remporter, son combat pour sauver les âmes du matérialisme et de l’athéisme, il doit d’abord apprendre et avant tout être aussi bien organisé et aussi uni qu’une armée qui s’apprêterait à plonger dans la bataille. Fortement inspiré par les écrits de Joseph de Maistre (Du Pape, 1819) et de Louis de Bonald (Théorie du pouvoir politique et religieux, 1796), que l’abbé Lecomte lui avait fait connaître dans sa jeunesse, Monseigneur Pie est devenu très tôt un partisan convaincu de l’ultramontanisme. Aux côtés notamment de quelques grand prélats, comme l’archevêque de Reims Thomas Gousset (1792-1866), de l’évêque d’Angers Mgr Freppel (1827-1891), du chanoine Louis de Ségur (1820-1881), ou encore de journalistes tels que Louis Veuillot, le patron du journal l’Univers et Ernst Hello, l’animateur du Croisé, Monseigneur Pie va ainsi devenir l’une des grandes figures de cette doctrine ultramontaine qui présente le pape comme le vicaire du Christ et le guide naturel et absolu de l’Eglise universelle. Il combattra donc avec fermeté la tradition gallicane et conclaviste, encore très présente dans une bonne partie de l’épiscopat français et qui prétend limiter les pouvoirs de l’évêque Rome. Au sein de son évêché, il fera d’ailleurs personnellement bannir les derniers usages gallicans et s’efforcera de restaurer la liturgie romaine tridentine dans toute sa pureté.

A l’inverse, Monseigneur Pie soutient ardemment la politique papale, tant sur le plan des dogmes que sur celui de la piété ou de la morale. En décembre 1854, il applaudit des deux mains lorsque le pape promulgue la constitution apostolique Ineffabilis deus qui fait de l’Immaculée conception de Marie, dont il était lui-même un ardent partisan, un dogme officiel de l’Eglise catholique. En 1858, il soutient le pape Pie IX lors de l’affaire Edgardo Mortara, du nom de ce juif bolonais retiré à ses parents à l’âge de six ans après que l’Église eut appris qu’il avait été ondoyé par une servante alors qu’il était encore nourrisson. En 1853, les ultramontains français fondent le Séminaire français de Rome qui va devenir leur principal centre de rayonnement. Le couronnement de cette politique se produit lorsque Monseigneur Pie est invité à Rome pour conduire les débats préparatoires à la convocation du concile œcuménique de Vatican I. Membre de la commission de la Doctrine et de la Foi, la plus importante de cette  assemblée, il est l’un de ceux qui vont permettre la proclamation au rang de dogme universel du principe de l’infaillibilité pontificale (constitution Pastor Aeternus, 18 juillet 1870).

4. Le politique

Bien qu’il a toujours tenu à se montrer plus prudent en cette matière que dans d’autres, Mgr Pie n’abandonnera jamais complètement la question politique. Ses convictions, héritées en grande partie de Bossuet, le portent naturellement à soutenir le principe monarchique. A titre personnel, il se montrera d’ailleurs toujours un fervent partisan du comte de Chambord, le prétendant légitimiste, qu’il ira même rencontrer personnellement à l’occasion d’un voyage à Rome en 1856 et dont il deviendra dès lors l’un des directeurs spirituels8. Il ne fera donc jamais mystère de ses fortes réticences à l’égard du régime impérial de Napoléon III, qu’il juge trop libéral, et plus encore à l’égard de la République, qu’elle soit conservatrice ou progressiste, dont il abhorre le principe même puisque le peuple ne saurait aucunement décider à lui seul et sans l’aide de l’Eglise, ce qu’il convient ou non de faire et de croire. Malgré tout, il s’accommodera à chaque fois du régime en place et n’appellera jamais ouvertement à son renversement, aussi critique qu’il ait pu être à son égard.

L’influence politique de l’évêque est particulièrement sensible dans son propre diocèse, où elle se fait notamment sentir par l’intermédiaire de son journal, Le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, qui dispose d’un large électorat. Elle s’impose aussi par tout un réseau d’œuvres caritatives qu’il préside et anime. Le prélat veille en particulier aux destinées des Conférences de saint Vincent de Paul, qui regroupent en leur sein une bonne partie de la noblesse poitevine, et où chacun sait qu’il est important de s’inscrire si l’on veut ensuite s’assurer une belle carrière. Mgr Pie a également la haute main sur la Société pour la sanctification du dimanche, qui rassemble de nombreux artisans et commerçants du diocèse bien décidés à faire respecter le sabbat dominical. Il contrôle aussi la Société philanthropique qui mène de nombreuses actions de charité à l’égard des pauvres inscrits sur les rôles des paroisses. Enfin, il supervise le travail de la Société des Blandines, qui place les domestiques dans les bonnes familles de la région.

A vrai dire, le seul domaine où les vues de l’ardent prélat rejoignent en tout point celles du gouvernement français, c’est celui de la politique coloniale, dans laquelle il entrevoit effectivement une mission sacrée et impérieuse. Dans les années 1850, l’évêque apporte par exemple un appui remarqué aux « martyrs du Tonkin » – dont fait partie le père Théophane Vénard9, originaire du diocèse de Poitiers.

La politique internationale ne cesse pas non plus de le préoccuper et plus particulièrement la situation du pape Pie IX, qui lui semble de plus en plus précaire à mesure que progresse l’unité italienne. En novembre 1848 déjà, le pape avait été chassé de Rome à la suite d’une émeute organisée par le militant républicain Giuseppe Mazzini et n’avait pu reprendre la ville que grâce aux armées françaises envoyées pour l’appuyer (juillet 1849). Dix ans plus tard, ce sont cette fois-ci les troupes piémontaises de Garibaldi qui menacent l’indépendance des territoires pontificaux. Après avoir conquis le royaume de Naples, Garibaldi et ses « Chemises rouges » voient en effet dans l’Etat du pape le dernier obstacle à l’unification politique de l’Italie. Le souverain pontife, dont le sort paraît critique, en appelle alors solennellement aux évêques de France pour qu’ils agissent en sa faveur. Monseigneur Pie sera l’un des premiers à réagir positivement à cette demande, ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être déféré devant le Conseil d’État pour avoir oser critiquer publiquement la politique italienne de Napoléon III et comparer ce dernier à un Ponce Pilate se lavant les mains du sort du Christ. L’empereur va donc se retrouver  placé dans une situation cornélienne. Certes, il souhaite ardemment parachever l’unité italienne et partage globalement les vues de Garibaldi, mais il ne veut pas pour autant perdre le soutien des catholiques français. Finalement, le souverain va opter pour une solution de compromis qui, pense-t-il, lui permettra de ne pas avoir à trancher. Il accepte donc de venir en aide en pape mais sans pour autant agir directement. Il laissera ainsi se dérouler une campagne de recrutement qui va aboutir à l’envoi d’un bataillon de volontaires français qui se surnommeront eux-mêmes les « Zouaves pontificaux » (1861)10. Ceux-ci se montrant incapables de résister à une nouvelle attaque de Garibaldi en 1867, et devant la pression du camp catholique, Napoléon III consentira finalement à autoriser le départ de troupes françaises, ce qui permettra de repousser les Garibaldiens à l’issue de la bataille de Mentana (3 novembre 1867). Les Piémontais devront donc attendre le mois de septembre 1870, et les conséquences de la déroute française face aux Prussiens, pour pouvoir enfin pénétrer dans la Ville éternelle.

5. Derniers combats

Revenu de Rome après la déclaration de guerre d’août 1870, Monseigneur Pie fait immédiatement transformer le Grand Séminaire de Poitiers en hôpital de campagne et enjoint ses ouailles à supporter les malheurs du temps avec patience et dévouement. Après le drame de la défaite de Sedan contre les Prussiens et surtout celui de la Commune de Paris, Mgr Pie soutient l’initiative d’Alexandre Legentil, membre éminent de la Société de St-Vincent-de-Paul, qui souhaite faire ériger sur la colline de Montmartre une grande basilique expiatoire dédiée au Sacré-Cœur de Jésus. Mgr Pie va lancer lui-même la « campagne du Vœu National » qui permettra de réunir les fonds nécessaires à cet ambitieux projet11. Particulièrement sensible à l’œuvre du jeune Albert de Mun, député du Morbihan et initiateur du corporatisme chrétien, il lui prodigue assistance et conseil lorsque ce dernier fonde les premiers Cercles catholiques ouvrier. En cette époque d’industrialisation à outrance, il entrevoit déjà que la question du salut du prolétariat sera l’un des grands défis de l’avenir.

Au début des années 1870, sous la conduite du président de la République Patrice de Mac Mahon et de son président du Conseil Albert de Broglie, on assiste au triomphe de la politique dite de « l’Ordre moral » – d’après le titre du discours programmatique de Mac Mahon prononcé le 24 mai 1873. D’innombrables croix sont élevées, des églises restaurées ou construites et des processions sont célébrées un peu partout à travers le pays. Les monarchistes français disposant d’une confortable majorité parlementaire depuis les élections de février 1871, on évoque même à plusieurs reprises la possibilité d’une restauration – l’intransigeance du comte de Chambord fera finalement échouer le projet à deux reprises, le 6 juillet 1871 puis le 23 octobre 1873. Le climat intellectuel se montre par ailleurs très favorable à un retour en force du conservatisme social et politique. La terrible défaite subie en 1871 face à l’armée allemande, et surtout le choc de la Commune, ont on effet laissé de nombreux intellectuels déboussolés. Même Ernest Renan, l’ancien héros du combat antireligieux et de la science positive, exprime à présent ses doutes. Dans un ouvrage de 1871, La Reforme intellectuelle et morale, il s’interroge même quant à l’efficacité du système démocratique et prône un retour aux valeurs traditionnelles.

Monseigneur Pie connaît alors son heure de gloire. Célébré par tout le parti catholique comme son principal mentor et son meilleur défenseur, l’évêque de Poitiers refuse pourtant d’entrer en politique et de siéger au Sénat comme on l’y enjoint pourtant avec empressement. Il refuse également le siège archiépiscopal de Paris puis celui de Tours (1871), pas plus qu’il n’accepte celui de Lyon, qu’on lui propose pourtant très officiellement en 1875. Le 12 mai 1879, il cède malgré tout à l’injonction du nouveau pape Léon XIII, qui lui a demandé de revêtir la pourpre cardinalice avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Marie des Victoires. Mais, comme pour contrebalancer cette majestueuse entrée au Sacré Collège, et alors qu’il sent ses forces décliner en raison de problèmes circulatoires de plus en plus sévères, il demande et obtient de pouvoir intégrer le Tiers-Ordre franciscain. Il meurt à peine un an plus tard, le 18 mai 1880, à Angoulême, dans sa soixante-cinquième année. Plus de 500 prêtres et près de 6 000 fidèles se presseront pour venir l’inhumer en grande pompe dans la crypte de l’église de Notre-Dame la Grande de Poitiers, où il repose toujours.

Ses derniers jours auront été gravement assombris – et sa fin elle-même peut-être hâtée par l’évolution politique majeure que va connaître la France à partir de 1876 et dont il fut d’ailleurs lui-même, certes bien involontairement, l’un des principaux responsables. En effet, c’est Mgr Pie qui, le 4 mai 1876, choisit de publier un mandement épiscopal appelant le gouvernement français à manifester ouvertement sa sympathie à l’égard du « pape prisonnier » Pie IX. Or, c’est justement cette initiative qui servit de prétexte à une partie de la faction républicaine de l’assemblée, réunie derrière Léon Gambetta, pour appeler le gouvernement à « réprimer immédiatement les manifestations ultramontaines ». Le 16 mai 1877, la crise s’amplifia et Mac Mahon décida de dissoudre la Chambre des députés. Contre toute attente, les élections qui suivirent donnèrent une confortable majorité aux Républicains et Mac Mahon dut alors demander au républicain modéré Jules Dufaure de former un nouveau gouvernement. Mais lorsqu’en janvier 1879, les élections sénatoriales accordèrent cette fois-ci la majorité aux Républicains à la Haute assemblée, le chef de l’État n’eut plus d’autre choix que de démissionner et c’est alors son adversaire, Jules Grévy, qui prit alors sa place à l’Élysée. Le parti républicain détenait à présent tous les leviers de l’exécutif. Férocement anticlérical, il allait bientôt jeter à bas les dernières illusions du parti catholique français12.

Les « Œuvres » du cardinal Pie (lettres pastorales, sermons, homélies, allocutions, etc.) remplissent près de 6 000 pages et douze volumes in-8°. Elles ont paru chez H. Oudin et ont notoirement inspiré la pensée du cardinal italien Giuseppe Sarto, qui deviendra pape en 1903 sous le nom de Pie X.

Sources :

. BAUNARD, Louis : Histoire du cardinal Pie, évêque de Poitiers, 2 vols, H. Oudin, 1886.

. CATTA, Etienne : La doctrine politique et sociale du cardinal Pie 1815-1882, Nouvelles éditions latines, 1959.

. JAMMET, Jacques : Le cardinal Pie de A à Z, Editions de Paris, 2005.

Notes :

1 Louis-Edouard Pie gardera toujours un profond attachement envers sa mère. Il lui permettra de s’installer à ses côtés au palais épiscopal de Poitiers et, après son décès survenu le 5 février 1877, l’a fera inhumer solennellement au monastère des Filles de la Croix de La Puye (Vienne).

2 Le cursus sulpicien consistait alors en deux années de philosophie accomplies dans la maison de campagne d’Issy et en deux années de théologie faites à Saint-Sulpice proprement dit.

3 Talents qu’il dévoila en assurant les sermons de la station du Carême à Notre-Dame de Chartres de 1840 à 1843.

4 On notera également d’autres apparitions miraculeuses à travers toute la France, les plus célèbres étant celles de la Vierge à Pontmain (Mayenne, 1871) et Pellevoisin (Indre, 1876).

5 Condamnation de Madame Bovary de G. Flaubert en février 1857 et des Fleurs du Mal de C. Baudelaire en juillet 1857, suspension des cours d’Ernest Renan au Collège de France en 1862, polémique suscitée par le Déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet en 1863, etc.

6 Reprise par le magistère, cette doctrine fera l’objet d’une encyclique en 1925 (Quas Primas) qui instaurera la fête du Christ-Roi.

7 Mais l’idée d’un Monseigneur Pie défendant une vision austère et terrible de la foi n’est pas juste pour autant. A la suite du cardinal-archevêque de Reims, Thomas Gousset (m. 1866), il contribua ainsi à importer d’Italie le liguorisme, cette doctrine morale théorisée par Alphonse de Ligori (m. 1787) qui, au lieu d’un Dieu terrible promeut au contraire un Dieu d’amour et de confiance, cherchant ainsi à faire du catholicisme une doctrine optimiste.

8 Durant toutes ses longues années d’exil (1830-1883), le comte de Chambord continuera de demeurer la référence et le guide des monarchistes français. Se tenant très informé de la situation en France, il élaborera avec ses nombreux conseillers un vaste plan de réforme politique et social, très abouti, qu’hélas pour lui il n’aura jamais l’occasion de mettre en application.

9 Prêtre des Missions étrangères, Théophane Vénard fut décapité par les Vietnamiens en 1861. Béatifié en 1909, il sera canonisé en 1988.

10 Entre 1861 et 1870, il y aura plus de 10 000 engagés issus de vingt-cinq nationalités différentes. Les plus nombreux seront les Néerlandais, les Français et les Belges mais on trouvera aussi des Suisses, des Allemands, des Italiens, des Canadiens et même des Américains. Sur 170 officiers, on comptera 111 Français et 25 Belges. Leur aumônier était Mgr Jules Daniel, un Nantais, assisté par deux Belges, Mgr Sacré et Mgr de Wœlmont.

11 La première pierre sera posée le 16 juin 1875.

12 On ne pourra vraiment prendre la mesure de l’orage qui s’abattit en quelques années sur les catholiques français (jusque-là si choyés par les pouvoirs publics) que si l’on énumère quelques-unes des nombreuses lois promulguées par les gouvernements républicains successifs à compter de la démission de Mac Mahon le 30 janvier 1879 : promulgation de la Marseillaise en tant qu’hymne national (14 février 1879), vote de la loi de laïcisation des hôpitaux (5 août 1879), fermeture de toutes les écoles tenues par les jésuites et les augustins (29 mars 1880), promulgation du 14 juillet comme fête nationale (6 juillet 1880), amnistie des Communards (10 juillet 1880), suppression du repos dominical obligatoire (12 juillet 1880), extension de la liberté de la presse (29 juillet 1881), laïcisation des cimetières et des funérailles (1881), mise en place d’un enseignement public laïc, gratuit et obligatoire (29 mars 1882), arasement des ruines du palais des Tuileries (1883), légalisation du divorce (27 juillet 1884), suppression de la prière publique à l’ouverture de la session parlementaire (14 août 1884), exil des différents prétendants au trône de France (26 juin 1886), vente publique des bijoux de la Couronne (1887), interdiction pour les clercs d’enseigner dans les écoles publiques (20 octobre 1886), imposition du service militaire aux séminaristes (1889), etc. Tout cette œuvre législative fut par ailleurs accompagnée d’une intense campagne de presse anticléricale (parfois ordurière) et d’une diminution drastique du budget alloué au ministère des Cultes. Par une sorte de surenchère, de nombreuses municipalités de gauche interdiront de surcroît les processions religieuses, les sonneries de cloches et même le port des vêtements sacerdotaux ! Après un certain répit dans les années 1890, l’offensive républicaine contre l’Eglise catholique reprendra avec une vigueur accrue après l’arrivée des Radicaux au pouvoir (1899). Elle aboutira cette fois-ci à la rupture des relations avec le Vatican (30 juillet 1904) et à la promulgation de la loi de Séparation de l’Église et de l’État (11 décembre 1905). Au même moment, l’application rigide de la loi sur les associations (1er juillet 1901) entraîna l’exil de dizaines de milliers de religieux français.

Crédit photographique : Montmartre, Paris. Cathedral of Sacred Heart, This image is available from the United States Library of Congress‘s Prints and Photographs division under the digital ID npcc.19328 (via Wiki Commons)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s