André Tardieu (I) : l’ascension

   Peu de gens se souviennent aujourd’hui de qui était André Tardieu et encore moins de ce qu’il a fait pour son pays. Contrairement à celle de ses principaux mentors, Clémenceau et Poincaré, sa mémoire a presque été entièrement effacée de l’histoire officielle. Il est vrai que la République française n’a rien fait pour la perpétuer. Peu de places, de rues ou d’avenues portent son nom, on ne lui a consacré que bien peu d’ouvrages et aucun film n’est jamais venu retracer son destin.

Alors certes, ce désamour a des raisons objectives.  Ses deux brefs passages à la tête du gouvernement peuvent être considérés comme des échecs patents. Le traité de Versailles de 1919, dont il avait été l’un principaux des concepteurs, a également a eu des conséquences désastreuses dans l’histoire européenne. Il n’a pas non plus réussi à attacher son nom à de grandes réformes, bien qu’il en ait pourtant piloté certaines d’assez importantes, comme la création des allocations familiales. S’il fut de plus en plus conscient des défauts structurels de la 3ème République, Tardieu ne parvint pas non plus à réformer les institutions dans le sens qu’il aurait souhaité.

Et pourtant, malgré toutes ces réserves, force est de constater que l’histoire lui a souvent donné raison et qu’un grand nombre de ses idées ont fini par être mises en pratique, même si ce fut par d’autres gouvernements que le sien ; à commencer par l’instauration d’un régime présidentiel, l’obtention du droit de vote pour les femmes, l’installation d’une forme de bipartisme parlementaire, l’inscription des droits humains fondamentaux dans la constitution, la vision de l’Etat  en tant que moteur de l’économie, ou bien encore la création d’une armée internationale capable d’imposer la paix là où elle est menacée.

Brillant intellectuel, grand orateur, travailleur acharné et administrateur remarquable, doté qui plus est d’un courage politique, mais aussi physique tout à fait étonnant, il est manifeste que, si sa santé ne lui avait pas fait défaut au moment décisif, il aurait aussi pu jouer un rôle historique à l’occasion du second conflit mondial, puisqu’il était le leader naturel de la droite parlementaire française. Et l’on pourrait même se prendre à rêver que lui qui avait été le grand architecte de l’alliance franco-américaine de 1917, aurait été le mieux placé pour rééditer cet exploit en 1940.

. Un fils de bonne famille

André-Pierre-Gabriel-Amédée Tardieu naît à Paris le 22 septembre 1876. Il est le premier des deux enfants d’André-Léon-Amédée Tardieu (1854-1916), juriste de profession devenu haut fonctionnaire à la compagnie des wagons-lits, et de Marguerite Blot (1855-1917), fille d’un médecin. La famille Tardieu est issue d’une vielle lignée d’artisans chaudronniers installée dans la capitale depuis 16701. André passe son enfance dans l’appartement cossu où il a vu le jour, au n°26 de l’avenue de Messine, dans le VIIIe arrondissement2. Sa grand-mère paternelle, Charlotte Tardieu, née d’Arpentigny de Malleville (1829-1890), était une brillante musicienne habituées à fréquenter la meilleure société.

André est principalement élevé par son père, un homme intelligent mais timide et sensible, qui voue à son fils un amour et une affection sans borne. Élève au lycée Condorcet de 1888 à 1894, il se révèle particulièrement brillant et étonne ses camarades comme ses professeurs par sa surprenante précocité. Il obtient son baccalauréat en 1894 avec une facilité déconcertante3 et sera également lauréat du concours général en latin, grec et histoire. Il obéit alors au vœu de son père en acceptant de préparer le très sélectif concours de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Comme à son habitude, il est reçu major de la promotion d’entrée. Ne s’estimant pas apte à devenir enseignant, il décide pourtant de ne pas intégrer la prestigieuse institution !

A l’issue de son service militaire, l’intervention d’un ami de la famille lui permet de se faire engager comme contractuel par le marquis Emmanuel de Noailles, l’ambassadeur de France en Allemagne (1897). Observant avec inquiétude la montée du militarisme et des thèses militaristes au sein des classes dirigeantes allemandes, Tardieu se découvre une véritable passion pour les questions internationales. Dès son retour en France, il passe donc le grand concours du ministère des Affaires étrangères où, là encore, il sera reçu premier (1898) !

Il intègre alors le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Théophile Delcassé (1852-1953), pour le compte duquel il va rédiger des synthèses remarquées. C’est alors qu’on lui demande d’assurer l’intermédiaire entre le Quai d’Orsay et le cabinet du président du Conseil, Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904)4. A seulement vingt trois ans, Tardieu se retrouve ainsi installé au cœur du pouvoir. Mais l’ultra-conservatisme du personnel politique lui déplait tant qu’il finit par donner sa démission en avril 1900. Se refusant toutefois à quitter la haute fonction publique, il devient inspecteur général adjoint des services administratifs pour le compte du ministère de l’Intérieur. Il rédigera de nombreux rapports, dont l’un sur l’avenir des prisons en 1913.

. Le journaliste (1900 – 1914)

Ses activités de haut fonctionnaire lui laissant beaucoup de temps libre, il décide le  consacrer à des activités de journaliste, d’abord au Petit-Parisien dès 1899, puis au Figaro à partir de 1901 (où il va travailler sous la direction de Gaston Calmette), et finalement au Temps où il fait son entrée en 1903.

En ce début du 20ème siècle, Le Temps, dirigé par Adrien Hébrard (1833-1914), est considéré comme le plus prestigieux des quotidiens français ; c’est le journal de l’élite, celui des hommes d’affaires, des politiciens et des diplomates. En 1905, Tardieu succède à son collègue Françis de Pressensé (1853-1914) comme rédacteur du « bulletin étranger » du journal. Au fil des années, Tardieu va peu à peu s’affirmer comme le spécialiste incontesté des questions de politique internationale. Documentation sûre, plume alerte, forme claire et incisive, il devient l’un des journalistes les plus lus d’Europe. Le chancelier allemand Bernhard von Bülow (1849-1929) ira même jusqu’à dire : « il y a six puissances mondiales, et une septième, Tardieu ». Le brillant journaliste inaugure en particulier la série des « discussions diplomatiques » pour le compte desquelles il voyage à travers l’Europe afin d’interviewer les diplomates et les grands responsables politiques. Il profitera d’ailleurs de ces différents séjours pour mettre en place un vaste réseau de renseignement au profit du Quai d’Orsay, où son interlocuteur n’est autre que le très puissant Philippe Berthelot, l’homme qui tire alors les ficelles de la diplomatie française. En 1906, il suit de près la Conférence d’Algésiras dont il va d’ailleurs tirer la matière de son premier ouvrage.

En 1908, Tardieu est invité à l’Université de Harvard pour donner sept semaines de cours sur l’histoire de la littérature française. Il est reçu par le président Théodore Roosevelt, dont le charisme l’impressionne fortement. Dès cette époque, il commence à estimer qu’un régime présidentiel conviendrait mieux à la France qu’un système purement parlementaire comme celui de la IIIe République. En 1909, il est embauché comme professeur honoraire d’histoire diplomatique contemporaine à l’Ecole des Sciences politiques. Il assurera également des cours à l’Ecole supérieure de guerre, ainsi qu’à l’Ecole des langues orientales. Dès 1909, le ministère des Affaires étrangères Stephen Pichon (1857-1933) fait appel à ses services et l’emploie à titre de conseiller.  A l’occasion de la crise marocaine de 1911, il sera l’un de ceux qui permettront d’éviter l’embrasement fatal5. En 1913, il est promu au grade d’officier de la Légion d’Honneur.

. Tardieu sur tous les fronts (1914 – 1917)

Décidé à rentrer de plain-pied dans l’arène politique, André Tardieu décide de se présenter aux législatives du printemps 1914 sous l’étiquette de l’Union Républicaine classée au centre-droit. Grâce à une bonne campagne, il se retrouve élu député de la 4ème circonscription de la Seine-et-Oise (Versailles) au soir du 26 avril 1914, au premier tour de scrutin, avec 7 218 voix contre 5 506 pour le radical-socialiste Emile Laurent. A seulement trente-huit ans, le jeune député impressionne déjà l’Assemblée par sa verve rhétorique et l’ampleur de sa culture.

Quelques mois plus tard, lorsque la guerre éclate, il est mobilisé comme lieutenant (2 août 1914).  Envoyé servir auprès de l’état-major du général Ferdinand Foch, il va l’accompagner quatre mois durant, d’août à novembre 1914. Il entre ensuite au service du chef d’état-major, le général Joseph Joffre, pour qui le compte duquel il va réussir à constituer en très peu de temps une « section d’information » d’une redoutable efficacité. Durant plusieurs mois, Tardieu assume ainsi quasiment à lui tout seul la tâche gigantesque de rédiger les communiqués quotidiens et les récits officiels de l’armée française. Il invite régulièrement les correspondants étrangers pour analyser devant eux les nouvelles du front, devenant au passage un véritable spécialiste des questions militaires et la coqueluche de l’état-major, qu’il réjouit par son optimisme et sa décontraction à toute épreuve.

Désireux de monter au front pour se battre et risquer sa vie aux côté des Poilus qu’il admire, André Tardieu obtient de Joffre sa nomination comme capitaine d’une compagnie de Chasseurs à pied, les fameux « Diables bleus » comme les appellent les Allemands. Son comportement au feu, en tout point admirable, lui vaudra deux citations à l’ordre de l’armée. En décembre 1915, alors qu’il combat sur le front de l’Artois, il est victime d’une grave congestion due au froid mordant qui règne durant cet hiver. Resté inconscient pendant plus de trente heures, il passera ensuite plusieurs semaines sur un lit d’hôpital. Mais il insiste pour repartir au front et, à partir de février 1916, il est directement engagé dans la bataille de Verdun. Dans la nuit du 8 au 9 février 1916, il fait preuve de la plus grande bravoure en conduisant son unité à l’attaque d’une tranchée momentanément perdue. Malgré un violent bombardement de l’artillerie lourde ennemie lui et ses hommes vont parvenir à réoccuper une tranchée après une lutte à la grenade et au corps à corps de plusieurs heures. En décembre 1916, il participe à la reprise du fort de Douaumont par les troupes françaises. C’est alors qu’une nouvelle blessure l’oblige à retourner sur les bancs de l’Assemblée où on lui permet d’intégrer la Commission des Affaires militaires.

. L’épisode américain (1917-1919)

Au printemps 1917, la situation française apparaît critique, non seulement sur le plans militaires et économiques, mais aussi et surtout sur le plan politique. Le déclenchement de la Révolution russe en février et la chute consécutive du tsar Nicolas II rendent crédible la possibilité d’une victoire allemande sur le front oriental, ce qui permettrait bien évidemment à Berlin de pouvoir reporter ensuite tout son effort sur le front occidental. Au même moment, le grave échec de l’offensive voulue et planifiée par le général Nivelle au Chemin des Dames, et qui a coûté 187 000 morts et blessés durant la seule semaine du 16 au 21 avril 1917, a entraîné une importante vague de protestation, la première de cette ampleur parmi les soldats français. Près de 40 000 se sont mutinés parce qu’ils refusent de continuer à se faire commander par des incapables qui leur demandent sciemment de se faire tuer pour rien. Dans le pays, l’inflation atteint les 100% et des grèves ouvrières éclatent un peu partout. Au palais Bourbon, « l’Union Sacrée » a vécu et plusieurs responsables politiques, dont Louis Malvy, réclament désormais presque ouvertement l’ouverture de négociations et la conclusion d’une « paix blanche » avec l’Allemagne. Mais une nouvelle de politique étrangère redonne aussi quelques espoirs. Car le 6 avril 1917, les États-Unis sont officiellement entré en guerre contre l’Allemagne aux côtés de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie.

Parfaitement bilingue et disposant déjà de nombreux contacts outre-Atlantique, André Tardieu est alors envoyé à Washington par le président du Conseil, Alexandre Ribot, qui crée pour lui le poste de Haut-commissaire aux relations franco-américaines (15 avril 1917). En quelques mois, Tardieu va planifier avec succès l’arrivée des troupes et du matériel américain sur le théâtre d’opération français6. Faisant preuve d’une puissance de travail phénoménale, il peut enchaîner jusqu’à dix réunions par jour, quitter son bureau chaque soir avec des pochettes pleines de dossiers et revenir le lendemain avec les mêmes dossiers lus, annotés et classés. Il va gérer de main de maître l’organisation de ses services qui vont employer rapidement plus de deux mille fonctionnaires répartis en onze directions.

A Paris, sa renommée et son poids politique s’accroissent peu à peu. Le 16 novembre 1917, tout juste arrivé au pouvoir, le successeur de Ribot, Georges Clemenceau, reconduit donc naturellement Tardieu dans ses fonctions. Le 19 juin 1918, le « Tigre » accroît encore les pouvoirs de son délégué en le nommant au poste de Commissaire général aux Affaires de guerre franco-américaines. A ce titre, Tardieu va désormais pouvoir collaborer directement avec le cabinet du président Woodrow Wilson. Il rencontrera aussi tout ce que les États-Unis comptent d’industriels et de financiers afin de les faire participer à l’effort de guerre américain contre l’Allemagne. Le 11 novembre 1918, lorsqu’il apprend la capitulation de l’armée allemande, il est bien sûr au comble de la joie et du soulagement.

. Dans l’équipe Clemenceau (1919-1924)

Revenu en France en avril 1919, Tardieu joue un rôle clé dans la préparation de conférence de paix qui doit se réunir à Versailles et mettre un terme officiel au conflit. Avec les deux autres adjoints de Clemenceau que sont Jules Cambon et Stephen Pichon, Tardieu est nommé comme plénipotentiaire du gouvernement français. Clémenceau lui a donné pour mission d’harmoniser la position des différents ministères en vue de présenter des propositions françaises cohérentes aux Alliés.

Après d’âpres négociations entre alliés américains, britannique et italiens, le document final est finalement signé dans la galerie des Glaces de Versailles le 28 juin 1919 et sera officiellement approuvé par la Chambre des députés le 2 octobre suivant. Fin spécialiste des questions internationales, Tardieu est parvenu à faire triompher la plupart de ses convictions : l’armée allemande devra ainsi être réduite à une force de 100 000 hommes tout en étant privée d’aviation et de marine de guerre. La rive gauche du Rhin restera occupée par les Alliés et sera démilitarisée. Reconnue responsable du déclenchement des hostilités, l’Allemagne devra également payer à la France de lourdes réparations financières, dont le versement devra s’étaler sur près de soixante-dix ans. Le territoire allemand lui-même sera largement amputé au profit de ses voisins et notamment de la France, qui récupèrera ainsi l’Alsace et la Moselle. Quant à la riche région minière de la Sarre, elle demeurera également placée jusqu’à nouvel ordre sous le contrôle de l’administration française. Tout autour de l’Allemagne, la France a insisté pour que soit mis en place de nouveaux Etats, comme la Yougoslavie, Roumanie, Pologne, et la Tchécoslovaquie. Le but étant de constituer un « cercle de fer » afin d’empêcher toute nouvelle volonté d’expansionnisme de la part des Allemands.

Le 16 novembre 1919, Tardieu est réélu député de Versailles au sein de la fameuse « Chambre bleu horizon ». Basculant de plus en plus à droite de l’échiquier politique, il rejoint l’Alliance démocratique. Dans la foulée, il accepte sa nomination au nouveau poste de ministre des Territoires libérés d’Alsace-Lorraine (6 novembre 1919). Avec d’autres jeunes caciques de la droite française, comme Georges Mandel (1885-1944), et aux côtés de son secrétaire Jean Martet (1886-1940), de son conseiller militaire le général Henri Mordacq (1868-1943) ou bien encore de son ami Nicolas Pietri (1862-1964), Tardieu appartient alors au cercle des premiers fidèles de Georges Clemenceau, dont il passe pour l’héritier officieux. Il ressent donc très durement l’échec de son mentor à la présidence de la République au profit de Paul Deschanel le 17 janvier 19207.

Dès le lendemain de ce camouflet, s’estimant gravement désavoué par le choix du Congrès, le « Tigre » décide de remettre la démission de son gouvernement. Par solidarité, Tardieu choisit alors de quitter la tête du ministère des Territoires libérés (20 janvier 1920). Toujours par fidélité envers Clemenceau, il prend alors la tête de « l’opposition clémentiste » et, en janvier 1922, fonde avec Georges Mandel un nouveau journal, l’Echo national, destiné à défendre les idées et le bilan de son inspirateur – et en particulier l’application intégrale du traité de Versailles.

Mais la politique étrangère musclée du « Bloc national », illustrée par l’occupation de la Ruhr en novembre 1923, est loin de n’avoir que des partisans, tandis que la rigueur budgétaire suivie par le gouvernement pour sauver le franc, provoque de nombreux mécontentements. Au premier tour des législatives, le 31 mai 1924, la majorité de droite subit donc une dure défaite face au « Cartel des gauches », une coalition politique qui rassemble les socialistes de Léon Blum et les radicaux-socialistes d’Edouard Herriot, qui devient ainsi président du conseil. Emporté dans la déroute, Tardieu perd son poste de député de Seine-et-Oise. Acceptant sa défaite, il saborde alors l’Echo national et quitte pour deux années la vie politique. Il mettra à profit cette période pour effectuer de longs et agréables voyages en Espagne et le Sud de la France.

. Le retour aux affaires (1926-1929)

Mais le « Cartel des gauches » déçoit rapidement les attentes de ses électeurs. Ses tentatives de rapprochement avec l’Allemagne (acceptation du plan Dawes en juillet 1924 et évacuation de la Ruhr en juillet 1925), ainsi qu’avec l’URSS (qu’il reconnaît officiellement en octobre 1924), sont assez mal reçues par une opinion française toujours très germanophobe et plutôt anti-communiste. Sur le plan intérieur, sa volonté de remettre au premier plan la question religieuse provoque également des remous. Après avoir cherché à étendre à l’Alsace-Moselle les dispositions de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il doit finalement y renoncer devant la contestation des élus locaux. Enfin et surtout, sa politique sociale généreuse coûte cher, très cher, si bien que le 10 avril 1925 la Banque de France refuse de lui accorder les crédits nécessaires. Dans ces conditions, la monnaie nationale continue de se déprécier face à la livre sterling qui finit par valoir jusqu’à 235 francs !

Au début de l’année 1926, à la demande de ses amis, Tardieu accepte de sortir de sa retraite et de concourir au siège de député Belfort qui s’est libéré à la faveur d’une élection partielle. Contre toute attente, il est élu au premier tour le 14 février 1926. En juillet suivant, le « Cartel des gauches, » victime du fameux « mur d’argent », doit renoncer à l’exercice pouvoir. Le centre-droit revient alors aux affaires en la personne de Raymond Poincaré, qui forme un cabinet d’union nationale. Sollicité par le Lorrain pour occuper le ministère des Travaux publics, Tardieu accepte (23 juillet 1926). S’estimant trahi par ce choix, Georges Clemenceau rompra alors définitivement leur amitié.

Le président du Conseil Raymond Poincaré, et son ministre des Finances Henry Chéron, bénéficient du plein soutien de l’Assemblée, ce qui leur permet de mener à bien leur politique économique. En combinant une baisse drastique des dépenses de l’Etat et un accroissement des impôts indirects, ils réussissent à rétablir la confiance des marchés financiers. Ils peuvent ainsi réaliser une dévaluation adroite du franc, qui va certes faire perdre à la monnaie nationale près de 80% de sa valeur, mais permettre dans le même temps de rétablir la situation financière du pays. En 1928, la France peut donc réintégrer le « bloc-or » qu’elle avait dû quitter en 1914. Pendant ce temps, à la tête des Travaux publics Tardieu, se consacre tout entier à l’achèvement de la reconstruction des régions dévastées par la Grande guerre. Il augmente également le salaire des cheminots dont il sait le travail vital pour l’économie du pays et leur permet de bénéficier d’une retraite garantie grâce à la loi du 9 décembre 1927. Aux élections du 22 avril 1928, il conserve aisément son siège de député de Belfort.

Nommé par Poincaré au poste de ministre de l’Intérieur le 11 novembre 1928, Tardieu se montre particulièrement intransigeant à l’égard du PCF, dans lequel il voit un mouvement séditieux et insurrectionnel qu’il importe de combattre avec la plus grande fermeté. Le parti n’a-t-il pas, lors de son sixième congrès en avril 1929, adopté les mots d’ordre staliniens de « classe contre classe » et de « défense de la patrie du socialisme » ? A rebours de la complaisance dont avaient fait preuve jusque-là ses prédécesseurs, le ministre fait donc placer le PCF sous une stricte surveillance policière et n’hésite pas à faire arrêter plusieurs dizaines de ses cadres dirigeants – y compris Maurice Thorez8 et même à ordonner une perquisition au siège de son emblématique journal, l’Humanité (juillet 1929). Cette attitude lui vaudra de s’attirer une haine tenace de la part des Communistes.

. Tardieu au pouvoir (novembre 1929 – décembre 1930)

Après être passé pour le successeur de Clemenceau, Tardieu s’impose ainsi peu à peu comme l’héritier naturel de Poincaré. Après la démission de ce dernier pour raisons de santé en juillet 1929, le ministre de l’Intérieur devient donc le nouveau chef de la majorité parlementaire. Durant toute la durée de la 14e législature (1928-1932), Tardieu va demeurer la principale figure de la vie politique française. Le 20 janvier 1930 le Time Magazine, l’honorera d’ailleurs de sa couverture pour la seconde fois, après l’avoir déjà fait une première fois en 1927, honneur rarissime pour un politicien français et qui démontre la popularité et l’estime dont il bénéfice outre-Atlantique.

Le 1er novembre 1929, après deux semaines « d’interrègne », au cours desquelles les radicaux Daladier puis Clémentel ont successivement échoué à rallier vers eux les suffrages nécessaires, le président Gaston Doumergue finit par faire appel à Tardieu pour former un nouveau cabinet, sans les radicaux. Deux jours plus tard, André Tardieu devient pour la première fois président du Conseil tout en conservant le portefeuille de l’Intérieur. C’est la première fois qu’un ancien combattant de la Grande Guerre prend ainsi en main les rênes du pays. Hormis une brève interruption de quelques jours à la fin du mois de février 1930, il restera au pouvoir pendant un peu plus d’un an, jusqu’au 13 décembre 1930.

. La France de Tardieu

L’arrivée aux affaires d’André Tardieu se fait dans un contexte apparemment très favorable. Sur le plan politique, la France se présente alors comme l’une des grandes puissances mondiales. Après l’armistice de novembre 1918, ni l’Allemagne vaincue, ni les États-Unis isolationnistes, ni l’URSS placée au banc des nations, ne peuvent rivaliser avec elle sur le plan diplomatique, hormis bien sûr le Royaume-Uni. Son gigantesque empire colonial lui apporte de la main-d’œuvre et des matières premières en grande quantité ainsi qu’une remarquable profondeur stratégique. La situation économique semble bonne, et la crise financière qui s’est déclenchée aux États-Unis en octobre 1929 et commence peu à peu à faire sentir ses effets dans une grande partie de l’Europe, semble devoir épargner la France pour l’instant. Revigorée par la stabilisation du franc, l’économie française connaît au contraire une forte croissance. En cette fin d’année 1929 un climat général de confiance règne donc chez les investisseurs. L’Etat n’a-t-il pas dégagé pour son dernier exercice un excédent budgétaire de près de quatre milliards de franc-or ? Ne possède-t-il pas des réserves de métaux précieux en abondance ? Les industriels français, les Renault, Peugeot et autres Michelin, ne sont-ils pas à la pointe de l’innovation en Europe ?

Pour parvenir à faire fonctionner son industrie et afin de compenser les effets de la crise démographique engendrée par les pertes de 14-18, le pays doit cependant commencer à importer une importante main d’œuvre étrangère. L’immigration va alors devenir, et pour la première fois, une composante essentielle de la population française. Il y aura ainsi près de trois millions d’étrangers recensés dans le pays 1931, principalement des italiens, polonais, espagnols, mais aussi des nord-africains, des arméniens et des portugais. En 1930, pour la première fois également, le nombre d’urbains dépasse celui des ruraux. Les conditions de vie de la population française, encore plutôt médiocres par rapport à celles des Anglais ou des Allemands, s’améliorent lentement. Dans de nombreux foyers ouvriers ou paysans, des produits autrefois réservés aux plus riches, comme le café, le cacao, les bananes, les pâtisseries, la confiture, font peu à peu leur apparition au moment des repas. L’électrification et le tout à l’égout gagnent aussi du terrain. L’un des points noirs reste cependant le problème du logement. Dans de nombreuses villes en effet, l’insalubrité règne dans de nombreuses habitations, entraînant des cas fréquents de tuberculose et de saturnisme. A Paris même, la préfecture va ainsi décider la destruction de plusieurs ilots de misère comme le plateau Beaubourg qui sera rasé en 1933.

Sur le plan culturel, Paris n’est pas moins une référence incontournable dans le monde de l’art, qu’il s’agisse de littérature (Paul Valéry, André Gide, Roger Martin du Gard, François Mauriac, Jean Giraudoux, Louis Aragon, André Breton, Jean Cocteau), de mode (Paul Poiret, Coco Chanel), ou de musique (Darius Milhaud, Maurice Ravel, Francis Poulenc). C’est aussi le lieu de toutes les avant-gardes et des artistes du monde entier viennent à Paris pour y travailler (Man Ray, Picasso, Dali, Modigliani, Ernest Hemingway, Giacometti, Chagall, etc.). Les foules parisiennes se passionnent pour les spectacles de Music Hall de Joséphine Baker, Mistinguett et Maurice Chevalier, mais aussi pour les pièces de théâtre de Sacha Guitry et les films parlants qui commencent tout juste à faire leur apparition grâce à de grandes figures comme Raymond Bernard et Abel Gance. Pour la première fois, le football et le cyclisme deviennent aussi de grandes passions populaires. Le magasine Vu innove en devant le premier hebdomadaire illustré de reportages photographiques. Tardieu lui-même approuve et encourage cet élan vers la modernité. S’inspirant des méthodes américaines, qu’il connaît bien, il sera d’ailleurs le premier président du Conseil à utiliser les moyens radiophoniques pour s’adresser à la population.

. La politique du gouvernement Tardieu

Dès son arrivée aux affaires, Tardieu impose un style iconoclaste. Refusant de discuter avec les appareils des partis, et notamment avec le parti radical qui siège rue de Valois, il négocie directement avec ceux qu’il souhaite prendre dans son gouvernement. Ses choix resteront cependant assez conformistes puisqu’il confirmera Briand aux Affaires étrangères, Maginot à la Guerre et Flandin au Commerce. Laval reçoit pour sa part le ministère du Travail, Paul Reynaud celui des Finances, François Pietri les Colonies et Raoul Péret la Justice. Comme à l’accoutumée, le gouvernement Tardieu est donc en majorité composé d’hommes de l’Alliance Démocratique, auxquels se joignent quelques socialistes et radicaux indépendants, ainsi que des membres de la Fédération Républicaine. Le chef de l’exécutif fait confiance à Louis Marin pour coordonner le travail du gouvernement et celui des assemblées.

Quelques jours seulement après la formation du nouveau gouvernement, d’importantes inondations dévastent le Languedoc et le Midi. Plusieurs centaines de milliers d’hectares sont sinistrés à cause de la brusque montée des eaux et près de 700 personnes trouvent la mort. Afin de porter assistance aux sinistrés, Tardieu fonde une caisse de secours national destinée aux victimes des calamités agricoles.

Avec pour principal objectif de relancer le pouvoir d’achat des Français et donc d’accroître la demande, mais aussi pour couper l’herbe sous le pied de la gauche, Tardieu met bientôt en chantier la plus grande vague de mesures sociales décidée depuis près de trente ans. Seront ainsi instaurées durant son passage aux affaires : la gratuité de l’enseignement secondaire (loi du 12 mars 1930 supprimant les frais d’inscription en 6e), l’instauration d’une retraite du combattant (loi du 14 mars 1930) et la généralisation des assurances sociales (loi du 24 mai 1930). L’ambitieux chef du Conseil sera également à l’origine de la création de deux ministères destinés à connaître un grand avenir, celui de la Santé publique et celui de l’Economie nationale.

Dans la lignée d’un Guizot, Tardieu est en effet convaincu qu’il revient à la puissance publique d’impulser la modernisation de l’infrastructure économique nationale. Avec trois ans d’avance sur le New Deal, le président Tardieu annonce d’ailleurs qu’il a la ferme intention de lancer une politique de grands travaux, avec l’objectif de permettre à la France de rattraper son grave retard industriel. Les blocages politiques l’empêcheront cependant d’aller jusqu’au bout de ses idées. Pendant plusieurs mois, Tardieu essaiera vainement de faire voter les cinq milliards de franc-or de crédits nécessaires à son « Plan quinquennal de prospérité ». Celui-ci devait consister en une vaste entreprise d’équipement et d’industrialisation du territoire, comprenant non seulement la construction ou la rénovation de ponts, de chemins de fer et de ports, mais aussi la fondation d’écoles, d’hôpitaux et d’instituts de recherche. On prévoyait en particulier de construire 40 000 kilomètres de routes et même de réaliser pour la première une autoroute entre Paris et Rouen. Le plan devait aussi contribuer à  achever l’électrification des localités rurales et la mécanisation des travaux agricoles, tout en s’accompagnant d’une politique massive de reforestation du pays9.

En raison de la dégradation des finances publiques suite au déclenchement de la crise économique, ce vaste chantier restera donc en grande partie lettre morte. De tous les grands travaux voulus par l’équipe Tardieu, seuls le barrage de Kembs, le grand canal d’Alsace (1928-1932), et bien sûr la ligne Maginot (1930-1940), seront effectivement mis en œuvre et achevés avant la guerre.

Abandonnant ses positions très anti-allemandes de 1919, Tardieu choisit de poursuivre la politique de réconciliation initiée avec l’Allemagne par Aristide Briand. Convaincu que la construction de la Ligne Maginot, décidée par la loi du 4 janvier 1930, empêchera désormais toute invasion du territoire français, il achève l’évacuation des troupes françaises de Rhénanie (30 juin 1930).

La politique coloniale est un domaine réservé du président du Conseil et de son ministre des colonies François Pietri. En 1930, l’empire colonial français est sans conteste à son apogée. Avec ses 40 millions d’habitants (soit l’équivalent de la population métropolitaine), et ses 11 millions de kilomètres carrés, il est le deuxième de la planète après celui de l’Angleterre. Ses piliers sont l’Afrique du Nord, l’Afrique noire, l’Indochine et Madagascar. Les colonies permettent à de nombreux commerçants métropolitains de faire de juteuses affaires, notamment dans les secteurs du bois, du caoutchouc, des fruits exotiques, du coton et du charbon. Les dernières grandes rebellions indigènes, celles du Rif marocain et du Djebel Druze syrien, ont toutes les deux été mâtées en 1926 et depuis lors la situation semble partout parfaitement calme. Le congrès eucharistique de Carthage de 1930, et surtout l’exposition coloniale de 1931, seront considérés à juste titre comme les plus parfaits symboles d’une domination européenne plus que jamais triomphante.

En pourtant, l’année 1930 est aussi celle des premières grandes remises en cause. Comme sont venues le démontrer les émeutes de Yen-Bai (février) et de Nhgê-Tinh (mai) en Indochine, ou encore l’agitation causée par le « Dahir berbère » au Maroc, une nouvelle génération d’indigènes commence à émerger qui s’apprête à contester l’ordre colonial d’une façon inédite. Contrairement à leurs aînés, ces nouveaux militants, qui ont pour noms Ho Chi Minh, Messali Hadj ou Habib Bourguiba, ont été éduqués à l’occidentale. Ils connaissent bien la marche du monde, et notamment la France, un pays où ils ont souvent réussi à nouer des contacts jusque dans les hautes sphères politiques. Leur langage, qui est celui de la modernité et non plus de la réaction, reprend à son compte les arguments du colon (progrès, liberté, paix) et prend ainsi à propre piège l’idéologie coloniale. Leurs modèles sont le chinois Sun Ya Tsen, l’indien Gandhi et le turc Mustafa Kemal, c’est-à-dire des leaders à la fois très occidentalisés et pourtant très décidés à lutter par tous les moyens contre la domination coloniale.

. L’affaire Oustric et la chute du cabinet Tardieu (décembre 1930)

Mais André Tardieu, qui lui-même a souvent chahuté ses adversaires, n’ignore pas que le monde politique peut parfois être terriblement injuste. A partir de l’automne 1930, il commence ainsi à subir violentes attaques de la part des sénateurs René Héry et Henry de Jouvenel, qui accusent son ministre de la Justice, Raoul Péret, d’être impliqué dans un scandale financer, l’affaire Oustric10. Le 17 novembre 1930, Péret finit par remettre sa démission. Quelques jours plus tard, le chef du gouvernement demande un vote de confiance. Désavoué par la Chambre Haute, il doit donc accepter de donner lui-aussi sa démission, ce qui sonne la fin du ministère Tardieu (13 décembre 1930).

En réalité, le scandale Oustric n’était qu’un prétexte. Les sénateurs ont surtout voulu faire tomber un homme dont ils craignaient de plus en plus l’audace et dont ils n’appréciaient guère la personnalité flamboyante. Les politiciens radicaux-socialistes, au parler rocailleux et aux habitudes campagnardes, détestent cordialement ce grand bourgeois parisien qu’est qu’a toujours été André Tardieu. Ne le voit-on pas parcourir en haute forme, avec son monocle et son porte-cigarette, les salles de concert et les théâtres ? N’a t-il pas pour habitude de jouer au tennis et au golf,  de fréquenter les hippodromes et les salles d’escrime ? Son plus grand plaisir n’est-il pas de dîner chez Maxim’s avec ses deux chiens de race, accompagné d’amies frivoles auxquelles il offre sans compter petits fours et Champagne ? Sa passion pour Wagner n’est-elle pas le comble du snobisme ? Par ailleurs, son humour cinglant, qui cache certes une grande sensibilité, ne lui vaut pas que des amis, loin de là. Alors quand, en plus, il se permet de faire preuve d’autorité et de brusquer de vieux politiciens madrés dans leurs habitudes et de remettre en cause leurs certitudes, on comprend qu’il les agacent profondément et qu’ils finissent pas se liguer contre lui. Tardieu est donc tombé à force d’avoir voulu gouverner en temps de paix comme Clemenceau l’avait fait lui en tant de guerre, c’est-à-dire avec énergie et rapidité. Mais ce que les parlementaires avaient accepté de subir  en renâclant en 1918, ils sont bien décidés à ne plus le tolérer douze ans plus tard. Tardieu perdra le pouvoir pour ne pas s’en être rendu compte à temps.

Seconde partie

Notes :

1 Son grand-père paternel, Amédée Eugène Tardieu (1822-1893), exerçait la profession d’archiviste bibliothécaire à l’Institut de France. Il avait épousé en 1853 Marie Elisabeth d’Arpentigny de Malleville (1829-1890), professeure de musique et compositrice à ses heures. Leur second fils, l’oncle d’André, Jacques Tardieu (1861-1928), devint maître des requêtes au Conseil d’Etat.

2 André héritera de l’appartement de ses parents et en fera jusqu’au bout son domicile parisien. Bon vivant et grand séducteur, il aura de nombreuses liaisons avec différentes actrices et danseuses (dont Louise Mante), ainsi qu’une aventure passionnée avec la comédienne de la Comédie-Française, Mary Marquet (1895-1979), qui se terminera par une dure rupture en septembre 1932. Il finira par épouser le 9 juin 1937 à Chaumont-sur-Charonne (Loir-et-Cher), sa dernière maîtresse, Julia-Angélique Largenton.

3 Il mettra ainsi trente cinq minutes pour passer l’épreuve de grec ancien qui devait durer en principe trois heures, il ne lui faudra qu’une heure pour celle de latin qui durit normalement trois heures elle aussi, et deux heures pour celle de français, soit la moitié du temps imparti.

4 Les deux hommes étaient liés ; la sœur d’André, Elisabeth Tardieu (1879-1944), était en effet l’épouse de René Waldeck-Rousseau (1868-1922), le neveu du président du Conseil.

5 Il subira également des attaques de la gauche qui l’accusera – faussement – de s’être enrichi personnellement par l’intermédiaire de ses relations au Quai d’Orsay. Une fois entré à la Chambre 1914, il se vengera de cet affront en refusant de serrer la main de son principal accusateur Jean Jaurès, au grand scandale d’ailleurs de ses collègues parlementaires.

6 L’effectif total des troupes américaines présentes en Europe passera ainsi de 28 000 hommes en juillet 1917, à 195 000 en janvier 1918, puis à 1 200 000 en juillet 1918 pour atteindre finalement 2 086 000 au moment de l’armistice de novembre. Dans le même temps, 7 500 000 tonnes d’approvisionnements auront été débarquées par les ports français en provenance des Etats-Unis. L’aide publique américaine à la France s’élèvera à un montant total de treize milliards et demi de franc-or.

7 Clemenceau, assuré de sa victoire à la présidentielle, n’avait pas mesuré l’opposition de la gauche, mais aussi les rancœurs d’une partie de la droite à son encontre.

8 Maurice Thorez sera ainsi arrêté le 9 juin 1929. Quelques semaines plus tard, le 1er août, le ministre de l’Intérieur ayant fait interdire la tenue du congrès du PC à Clichy, le préfet de police Chiappe fera arrêter les 96 militants qui s’étaient réunis clandestinement dans la « Maison du Peuple » de Villeneuve-Saint-Georges. Le 16 août 1929, la police perquisitionnera le siège de la « Banque ouvrière et paysanne ». Fondée par le Parti communiste, elle était soupçonnée de faciliter le financement du PC français et de l’Humanité par les fonds soviétiques. En mars 1932, la mort du militant communiste Edmond Fritsch à Vitry-sur-Seine, suscitera de violentes manifestations de la gauche.

9 André Tardieu sera aussi à l’origine de la loi du 2 mai 1930, première loi française consacrée à la protection de l’environnement.

10 Le banquier Albert Oustric s’était spécialisé dans les affaires spéculatives. Afin de mener à bien ses affaires, il avait noué des liens étroits avec d’influents hommes politiques. Sa faillite retentissante entraîna celles de plusieurs banques provinciales et la ruine de nombreux épargnants.

Crédit photographique : The World’s Work, 1920: http://archive.org/stream/worldswork40gard#page/422/mode/2up

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