Vassili Blokhin, le bourreau de Staline

     De tous les hommes qui ont servi Joseph Staline dans l’accomplissement de son œuvre de destruction, aucun sans doute n’aura été aussi loin que Vassili Mikhailovtich Blokhin (Василий Михайлович Блохин), cet officier qui fut pendant près de vingt-cinq ans le bourreau en chef du régime soviétique. Le récit de sa carrière  permettra d’approcher de très près ce que fut la réalité de l’Etat stalinien, un système fondé sur un usage massif de la violence physique et sur la négation même de toute forme d’humanité ou de pitié.

    Vassili Blokhin est né le 7 janvier 1895 à Gavrilovskoye, un modeste village situé près de Souzdal, à quelques centaines de kilomètres au nord-est de Moscou. Issu d’une famille de paysans pauvres, il se retrouve employé dès l’âge de dix ans comme palefrenier dans une ferme de la région de Yaroslav. En 1910, âgé de quinze ans, il s’installe à Moscou où il trouve un emploi de maçon. En août 1914, suite à la déclaration de guerre, il est appelé sous les drapeaux. Durant trois années consécutives il va servir avec courage, d’abord en Pologne contre les Allemands, puis en Galicie contre les Autrichiens. Sergent au 82ème régiment d’infanterie de Vladimir (juin 1915) puis sergent-chef (juin 1917) au sein du 218ème régiment d’infanterie, il est blessé durant l’été 1917 et se retrouve hospitalisé à Polotsk, où il va demeurer jusqu’à sa démobilisation en décembre 1917. Revenu à la vie civile, il repart travailler dans la ferme familiale et se tient d’abord à l’écart de la tourmente révolutionnaire. En octobre 1918 cependant, il décide de rejoindre l’Armée rouge.

Affecté au service de l’enregistrement à Souzdal, il participe à plusieurs combats contre les armées blanches sur le front de l’Oural. Entré au entre au Parti communiste en avril 1921, il est recruté par la Tcheka, la police politique du  régime soviétique, dès le 27 mai suivant. A vingt-six ans, il se retrouve intégré au 62ème bataillon de Sécurité stationné à Stavropol dans le Nord-Caucase. Ses supérieurs ayant décelé chez lui de grandes prédispositions pour la tchenaya rabota (« la sale besogne »), ils finissent par lui faire intégrer la division carcérale chargée du traitement des prisonniers (1924). Pour Vassili Blokhin, cette affection va marquer le début d’une longue carrière de garde chiourme et de bourreau (palatch). C’est à cette époque qu’il se marie avec celle qui restera sa fidèle épouse, Natalia Alexandrovna (1901-1961). Ensemble ils auront deux enfants, une fille et un garçon.

Blokhin est bientôt remarqué par Joseph Staline en personne. Ce dernier est en effet à la recherche d’un homme pour prendre la tête de la Kommandatura, la division carcérale de la GPU, le nouveau nom de la Tcheka (qui deviendra l’OGPU en 1932 puis le NKVD en 1934). Installée sur quatre étages dans un immeuble de la rue Povarskaya, la Kommandatura jouxte le bâtiment de la Tcheka situé place de la Lubyanka. Officiellement rattachée au département administratif de la section moscovite de la Tcheka, la Kommandatura ne dépend en réalité que du secrétaire-général et de personne d’autre. En charge des missions de répression les plus secrètes, elle gère notamment la prison située dans les fondations de la Lubyanka. Staline, qui vient de limoger Karl Weiss, le précédent titulaire du poste, espère bien avoir trouvé dans Blokhin la personne idéale pour diriger ce service ultra-sensible. Ce dernier a effectivement tous les atouts pour lui convenir. Tout d’abord c’est un vrai prolétaire, qui a été élevé à la rude et que des années de guerre ont encore endurci. C’est aussi un homme simple et direct, et qui plus est un véritable russe. En somme il est tout le contraire de ces innombrables cadres du parti venus d’on ne sait où et qui pérorent sans cesse au lieu de se contenter d’obéir aux ordres qu’ils reçoivent. Dans ce milieu bolchevik où la brutalité (tverdost) est considérée comme une vertu essentielle, Blokhin peut sans aucun doute être considéré comme un homme très vertueux.

En mars 1926, à seulement trente et un ans, le voilà qui prend donc ses nouvelles fonctions. Il va lui falloir se montrer très ferme pour diriger une équipe d’environ deux cents hommes où l’on retrouve des soudards notoires prêts à toutes les bassesses comme les Lettons Petr Maggo (1879-1941) et Ernst Mach (1898-1945), le Russe Pyotr Yakovlev (qui deviendra le chauffeur personnel de Staline), ou encore les terribles frères Vassili et Ivan Shigalev. S’imposer à la tête de tels individus de sacs et de cordes est tout sauf une tâche facile. Mais ce poste ingrat donne aussi droit à des avantages non négligeables pour l’époque. Lui et ses hommes bénéficient ainsi de gratifications régulières et de primes conséquentes. On leur offre fréquemment des séjours en villégiature et surtout leur avancement est relativement rapide. Blokhin s’acquitte si bien de ses missions qu’en 1935 il se retrouve promu au grade de capitaine. Parallèlement à ses activités, il suit également des cours à l’Institut d’Ingénierie de Moscou (1933-1937) car J. Staline, qui a bien conscience des limites intellectuelles de sa jeune recrue, veut absolument qu’il reçoive une formation digne d’un vrai technicien.

A l’occasion des « Grandes purges » qui débutent en décembre 1934 et vont atteindre leur paroxysme entre l’été 1936 et l’automne 1938, V. Blokhin se retrouve promu chef des « cellules spéciales » (Spetskamera). Il sera ainsi placé au cœur de l’appareil de destruction conçu par Staline pour liquider tout ce qui pourrait encore représenter une forme d’opposition à son pouvoir absolu. 

Et pourtant, Blokhin n’est ni un policier ni un enquêteur. Lorsque les tortionnaires du NKVD frappent leurs détenus pendant des nuits entières, pratiquant ce qu’ils appellent eux mêmes la « lutte française » (frantsousky boy), dans le but de leur faire signer des aveux fantaisistes, il n’est pas présent. Lorsqu’ils assènent leurs coups de gourdins (dubyna) et de matraques (dubynka) sur le visage, la plante des pieds ou les côtes de leurs victimes, Blokhin n’est pas convié. Non, son rôle est d’être le bourreau et uniquement cela. Il n’intervient donc qu’après le prononcé de la sentence, dès lors qu’il s’agit d’appliquer le « châtiment suprême » (vychka).

Ainsi, au moment des Grandes purges, tandis que les présumés « espions », « saboteurs » et autres « ennemis du peuple » sont jugés par fournées entières dans l’enceinte de la Maison des Syndicats de Moscou, transformée en tribunal, Vassili Blokhin et ses hommes attendent patiemment dans leurs camions Mercedes-Benz silencieusement garés dans l’arrière cour. C’est donc de loin qu’ils entendent les imprécations du procureur-général, Andreï Vichynski, abreuvant les accusés d’un véritable torrent d’insultes ignominieuses. Une fois que les condamnations ont été prononcées par le juge Vassili Ulrikh, Blokhin se charge de récupérer des détenus encore sous le choc et de les faire monter dans des véhicules qui vont les acheminer ensuite en silence vers un immeuble discret de rue Varsonfevsky, dont une partie a été soigneusement aménagée pour servir de lieu d’exécution. 

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(image 1) Les fameux « corbeaux noirs » du NKVD, dans lesquels étaient transportés les détenus

Le plus souvent, Blokhin se charge lui-même des mises à mort.  Sa méthode est à la fois rapide et efficace. Le prisonnier est maintenu attaché sur une chaise, les yeux bandés, tandis qu’il lui administre un coup de pistolet dans le haut de la nuque. La main de Blokhin ne tremble jamais. Son arme préférée est le Walther PP 765 Browning, dont il apprécie la fiabilité, mais il possède aussi un Nagant 1895 et un Tokarev 33 dans le cas où sa première arme s’enrayerait. Tout a été parfaitement conçu pour que les opérations se déroulent sans problème : le sol de la pièce, en béton lissé, est d’ailleurs légèrement pentu et une rigole permet d’évacuer le sang qui disparaît ainsi totalement après seulement quelques seaux d’eau énergiques.

Blokhin va ainsi abattre personnellement la plupart des condamnés les plus célèbres de l’époque comme Lev Kamenev (25 août 1936), Grigori Zinoviev (25 août 1936), Gueorgui Piatakov (11 janvier 1937), Yona Yakir (11 juin 1937), Mikhail Tukhashevsky (12 juin 1937), Avel Enukidze (30 octobre 1937), Aleksandr Egorov (22 février 1939), Vlas Chubar (26 février 1939), Stanislav Kossior et Pavel Postyshev (26 février 1939), Isaac Babel (27 janvier 1940), Vsevolod Meyerhold (2 février 1940), Robert Eikhe (4 février 1940), etc. Le juge Ulrikh, en sa qualité de président du tribunal du Peuple, est généralement tenu d’assister à ces exécutions. Les directeurs du NKVD viennent aussi de temps à autre, surtout lorsqu’il s’agit de prisonniers importants. Pour les exécutions de Kamenev et de Zinoviev, Yagoda, Yezhov, Mikoyan et l’un des adjoints de Vyshinsky feront d’ailleurs le déplacement. Yagoda aura l’idée morbide de se faire remettre les balles qu’il fera ensuite graver et conservera dans le tiroir de son bureau.

Après l’exécution, Blokhin doit encore passer au bureau du greffe afin de signer les procès-verbaux. En trente années de carrière, il en aurait signé dit-on près de vingt mille ! Pendant ce temps, les cadavres sont placés par ses assistants dans des cercueils de fer blanc réutilisables, puis chargés dans des camions avant d’être incinérés dans les fours du crématorium du cimetière de Donskoy. Toute cette procédure se déroule uniquement de nuit et, dès que l’affaire est terminée, Blokhin délivre à ses hommes de solides rasades de vodka avant de les autoriser à rentrer chez eux.

Bien que certains lieux d’internement servent aussi pour les exécutions, comme la Lubyanka ou le centre spécial de la rue Varsanofevsky, la plupart du temps les hommes de Vassili Blokhin doivent convoyer leurs condamnés depuis les grandes prisons moscovites de Lefortovo et de Butyrka jusqu’à des terrains militaires situés dans la lointaine banlieue de Moscou, en particulier le tristement célèbre champ de tir de Butovo. La encore la procédure est très bien réglée. Une fois sorties des camions, les victimes sont placées debout devant une fosse et solidement tenues par les bras par deux gardes tandis qu’un troisième leur tire une balle dans la nuque. Il suffit alors de les pousser un peu pour que  leurs cadavres basculent dans la fosse creusée devant eux.

Son travail une fois terminé, V. Blokhin rentre tranquillement chez lui, prend une douche et s’asperge vigoureusement d’eau de Cologne. Sa famille ignore tout de ses activités de meurtrier de masse car, une fois à la maison, il ne parle bien évidemment jamais de son travail. Officiellement, il n’est que l’un des nombreux responsables chargés de la sécurité des dirigeants soviétiques. C’est d’ailleurs un mari attentionné et aimant. Il voue une véritable passion à l’élevage des chevaux et collectionne les livres illustrés sur le sujet. Au dire des témoignages de ceux qui l’ont connu, il ne semble pas qu’il ait souffert d’un quelconque stress post-traumatique. C’est un homme simple et qui résonne d’une façon très binaire. Pour lui, un ennemi de l’Etat et du peuple soviétique mérite la mort, un point c’est tout. Et puisque que Staline les a désignés comme tels, alors c’est qu’ils le sont nécessairement, CQFD.

La Kommandatura elle-même va globalement réchapper aux purges qui finiront pourtant par toucher la plupart des autres organes du NKVD. Ses hommes, à commencer par leur chef, vont ainsi parvenir à traverser cette période troublée sans trop de dommages et cela alors même que leurs responsables nominaux, les directeurs du NKVD, vont périr les uns après les autres, souvent  d’ailleurs de la main même de Blokhin comme Genrikh Yagoda (15 mars 1938),  Mikhail Frinovsky (4 février 1940) et Nikolaï Yezhov (6 février 1940). Au contraire, J. Staline sera le premier à se féliciter du travail accompli par ses bourreaux, et particulier celui effectué par leur chef. Il retrouve dans Blokhin tout ce qu’il apprécie, un vrai professionnel, un taiseux, qui fait tout ce qu’on lui dit sans se poser de question, un homme qui boit certes un peu trop, mais qui n’est jamais ivre pendant son service. Arrivant toujours à l’heure au bureau, sanglé dans sa tenue militaire, obéissant à tous les ordres sans jamais maugréer, il peut même être qualifié de sujet d’élite. Pour prix de son excellent travail, Blokhin va d’ailleurs recevoir « l’Ordre de l’Etoile Rouge » en 1936 puis la « Médaille d’Honneur du Parti » en 1937.

En novembre 1938, lorsque Yezhov est disgracié, Blokhyn n’est pas inquiété. Quelques mois plus tard, en mars 1939, la célébration du 18ème congrès du parti marque la fin officielle de la Grande terreur. Le nouveau patron du NKVD, le géorgien Lavrenti Beria, est un proche de Staline. Il a amené à ces côtés toute une équipe de nouveaux collaborateurs, dont la plupart sont des Caucasiens comme lui : Merkulov, les frères Kobulov, Tsereteli, Tsanava, Goglidze, etc. Après la frénésie mortifère qui avait caractérisé l’époque précédente, on voit arriver de nouvelles méthodes, plus discrètes et moins grandiloquentes, mais toujours aussi implacables. Afin d’y faire interner ses prisonniers les plus importants, Beria ordonne notamment de faire transformer en prison l’ancien monastère de Sainte-Catherine à Sukhanovo. Les hommes de Blokhin devront souvent s’y rendre pour y récupérer leurs prochaines cibles.

Malgré tout, il semble bien qu’après la mort de Yezhov en février 1940, Beria a effectivement demandé à Staline la tête de Blokhin. Sans doute estimait-il qu’il en savait trop et que son exécution aurait été en quelque sorte la conclusion logique des purges, mais le « Patron », le Vojd, refusa fermement d’accéder à cette demande. En mars 1940, Blokhin fut au contraire élevé au grade de major. Il devait bientôt avoir l’occasion de prouver une fois de plus son absolue loyauté.

En novembre 1939 en effet, après avoir remporté une complète victoire militaire sur la Pologne, les Soviétiques se retrouvent avec plus de 200 000 prisonniers ennemis sur les bras. Ils les font d’abord interner dans des camps et des prisons de fortune. Beria adresse alors un courrier (reproduit en tête de cet article) ,dans lequel il affirme qu’un certain nombre de ces individus sont des « contre-révolutionnaires » très déterminés et qu’il serait dangereux de les faire libérer. Qu’en faire alors ? Les envoyer dans des camps de travail ? Peut-être, mais Staline se souvient sans doute que ce sont ces mêmes hommes qui lui ont infligé le plus grave écueil de sa carrière en le battant  à plate couture devant Varsovie en juillet 1920. Il opte alors pour une solution autrement plus radicale, la liquidation pure et simple. Le 5 mars 1940, cette terrible décision est avalisée à l’occasion d’une réunion du Politburo et, en avril 1940, Lavrenti Beria signe l’ordre (ukaz) n° 00485, qui prévoit l’exécution de près de 15 000 prisonniers polonais, c’est-à-dire l’ensemble des officiers. Le major Vassily Blokhin est chargé par son supérieur direct, V. Merkulov, de mener à bien cette mission qui devra bien évidemment demeurer totalement secrète.

Il s’attelle tout de suite à la tâche. En quelques jours, il sélectionne les hommes et les sites,  réquisitionne les trains et fait rassembler les camions et les armes nécessaires. Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, les 4 000 détenus internés à la prison de Kozelsk sont acheminés vers une forêt située près de Katyn puis fusillés au bord de fosses creusées par des bulldozers. Au même moment, 3 800 détenus internés pour leur part à Starobilsk sont exécutés dans un ancien sanatorium de Kharkov. Enfin, les 6 300 officiers et sous-officiers internés dans l’ancien monastère d’Ostashkov sont acheminés par camions jusqu’à Kalinin (Tver), où Blokhin s’occupera personnellement d’eux avec l’aide de ses adjoints : Andrei Rubanov, Nikolai Sinegubov (1896-1980) et Mikhail Krivienko.

Le général soviétique Dimitry Stepanovitch Tokarev, qui commandait alors le NKVD de Kalinin et avait directement participé à l’opération, acceptera de livrer son témoignage en 1990. D’après ses souvenirs, les prisonniers furent déchargés des camions puis menottés avant d’être conduits un par un dans une première pièce aux murs peints en rouge et décorée d’un buste de Lénine. C’est là qu’ils furent identifiés par leur nom et par leur prénom à partir d’une liste pré-établie. Ils furent ensuite escortés dans une pièce attenante dont les murs avaient été soigneusement matelassés avec des sacs de sable. On les mit à genoux avant de leur tirer une balle de revolver dans la nuque. Leurs corps furent ensuite extraits par une rampe qui débouchait directement sur l’extérieur. En six à dix heures de « travail », entre 250 et 300 hommes étaient ainsi abattus chaque nuits. En tout il fallut 28 opérations pour vider complètement la prison d’Ostakhov. Par soucis d’efficacité, les bourreaux agissaient comme dans un abattoir, habillés de casquettes, de tabliers et de gants en cuir marron qui leur remontaient jusqu’aux coudes. Les cadavres des officiers, emportés par camions entiers, étaient ensuite acheminés jusque dans la forêt de Mednoye et enterrés dans des fosses communes. Le 27 avril 1940, en pleine campagne de liquidation et en récompense de ses « éminents mérites », Blokhin fut décoré de « l’Ordre du Drapeau rouge ». Pour féliciter ses hommes, il leur fit verser une prime équivalente à un mois de salaire ainsi que divers cadeaux (gramophones, bicyclettes, pistolets gravés, etc.).

Un an plus tard, au déclenchement de la guerre avec l’Allemagne, Blokhin est sélectionné pour aider à la constitution des « bataillons de destruction » (strybki) qui devront abattre les prisonniers jugés intransportables afin d’éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’ennemi. La plus célèbre de ces liquidations, le « massacre de Medvedev », sera organisée le 11 septembre 1941. Elle coûtera la vie à 157 prisonniers politiques détenus dans le camp d’Oryol, dont Olga Kameneva, sœur de Trotsky et ex femme de Kamenev, et Christian Rakovsky, l’ancien patron du parti communiste ukrainien. Il ne semble pas toutefois que Blokhin ait participé lui-même à ce massacre.

Le 14 février 1943, il devient colonel et, en octobre 1944, on lui accorde un poste de commissaire au sein du MGB, le ministère de la Sécurité d’Etat. Le 9 juillet 1945, il est décoré du prestigieux Ordre de Lénine et le 7 septembre suivant, il est promu au grade de major-général. En 1946, il devient chef de département au MGB. Il est alors à l’apogée de sa carrière et participe moins fréquemment aux exécutions. Le 2 août 1946, il se charge néanmoins d’organiser la pendaison du « traître » Andreï Vlassov ainsi que celle d’une dizaine de ses adjoints. Six ans plus tard, le 12 août 1952, il dirige encore personnellement la mise à mort des douze intellectuels juifs soviétiques fusillés à l’issue de la fameuse « nuit des poètes assassinés ».

Mais le 5 mars 1953, à la mort de Staline, le vent tourne brusquement pour le général Blokhin. Le 29 mars suivant, il abat le dernier prisonnier de sa longue et sinistre carrière mais le décès de son chef adoré l’a profondément bouleversé. Le lendemain, il se fait porter pâle pour la première fois en vingt sept années de service. Dès le 2 avril suivant, le nouvel homme fort, Lavrenti Beria, le met à la retraite, officiellement pour « raisons de santé », tout en le gratifiant d’une pension mensuelle de plus de trois mille roubles, une vraie fortune pour l’époque.

A peine quelques semaines plus tard, le 23 juin 1953, les rivaux de Beria au sein du bureau politique mènent un violent coup de force. Béria est arrêté, condamné à mort et fusillé. La plupart de ses ex-collaborateurs subissent le même sort que lui. V. Blokhin commence alors à se faire des soucis mais il réchappera finalement à la mort. Il n’évitera  cependant pas la disgrâce. Le 23 novembre 1954, à l’initiative personnelle de Nikita Khrouchtchev, il est ainsi exclu du PCUS, déchu de tous ses titres et décorations et privé de sa pension de retraite.

Aigri par les conditions de ce limogeage, affaibli par un alcoolisme devenu de plus en plus envahissant et peut-être aussi hanté par les démons de son monstrueux passé, le général Blokhin voit sa santé se dégrader rapidement. Il meurt finalement d’une crise cardiaque dans son appartement moscovite le 3 février 1955, quelques jours après son soixantième anniversaire.

Il sera enterré au prestigieux cimetière de Donskoy à Moscou où sa tombe est toujours régulièrement fleurie.

Bibliographie :

. Parrish, Michael : The Lesser Terror, Soviet State security, 1939-1953, Praeger, 1996.

. Rayfield, Donald : Stalin and his Hangmen, The Tyrant and those who kill for him, Random House, 2005.

. Sebag-Montefiore : Staline, la Cour du Tsar rouge, Tempus, Perrin, 2 vol., 2010.

Crédit photographique : décision du bureau politique du PCUS approuvant la proposition du camarade Beria d’exécuter les prisonniers de guerre polonais détenus dans les camps soviétiques (5 mars 1940). Il est signé par Staline, Molotov, Mikoyan,  Kaganovitch, Voroshilov et Kalinin. By Русский: Лаврентий Павлович Берия English: Lavrentiy Beria [Public domain], via Wikimedia Commons

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