Txomin et l’apogée de l’ETA-militaire

S’il est bien oublié aujourd’hui, Domingo Iturbe Abasolo, alias Txomin (1943-1987), a pourtant été un acteur important de l’histoire contemporaine du Pays Basque. Co-fondateur de l’ETA-militaire, le fameux groupe séparatiste, il en devint ensuite l’un des principaux dirigeants, aussi bien sur le plan idéologique qu’organisationnel. A présent que l’ETA a disparu, on peut même affirmer qu’il aura été son leader le plus important et le plus charismatique. Du fait du rôle qu’il a joué et des actes violents qu’il a assumé, il est certain que ce personnage est tout sauf consensuel. Et cependant, que l’on partage ou non les objectifs qui ont été les siens et que l’on approuve ou pas les méthodes qu’il a employé pour les faire triompher, il est sûr néanmoins que Txomin aura fortement marqué son époque. S’il sut s’imposer comme un redoutable chef de guerre, il démontra aussi qu’il pouvait être un véritable leader politique, conscient de ses responsabilités historiques et prêt à engager le dialogue avec ses ennemis. Si la mort n’était pas venue le faucher précocement, on peut même penser que la guerre qui a longtemps déchiré sa patrie aurait pu s’achever beaucoup plus tôt et peut-être connaître une issue différente.

1. L’ouvrier

Domingo Iturbe Abasolo naît le 7 décembre 1943 dans le village basque d’Etxe-Zuri (litt. « Maison blanche »). Cette localité est située dans la vallée du Leniz, près de Mondragon (b. Arrasate), dans la province de Guipúzcoa (b. Gipuzkoa), l’une des trois provinces historiques qui forment le Pays Basque espagnol (b. Euskadi).

Fils d’un couple d’agriculteurs Domingo (Txomin en langue basque), est l’aîné de six frères et sœurs. Il accomplit ses études dans une école primaire tenue par des religieuses qui sauront lui transmettre une solide foi catholique. Après son certificat d’études, il devient d’abord apprenti puis chef-ajusteur à l’Union Cerrajera de Mondragon, une usine spécialisée dans la fabrication de tubes industriels. Très bon sportif, il joue à l’occasion comme gardien de but dans l’équipe de football de sa ville, l’Union Sportiva Aretxabaleta. Plus tard, il signera souvent ses communiqués du slogan qu’il utilisait à cette époque : « en avant la balle ! » (aurrera bolie). 

C’est dans l’usine où il travaille que Txomin va se familiariser pour la première fois avec les idées indépendantistes et anti-fascistes.

2. L’idéaliste

Même si la culture et la langue basque (euskara) ont derrière elles une très longue et très vénérable histoire, le nationalisme basque dans sa version moderne n’a vu le jour qu’à la fin du 19ème siècle, et plus précisément en 1876. Cette année là en effet, au sortir des guerres carlistes qui avaient ravagé la région durant plus de vingt ans, le pouvoir espagnol, en la personne du Premier ministre Canovas del Castillon, décida de supprimer d’un trait de plume les fueros, ces antiques accords qui garantissaient une forte autonomie politique aux trois provinces de Guipuzcoa, d’Alava et de Biscaye, ainsi qu’au royaume de Navarre. Cette transformation statutaire fut bientôt suivie d’une intégration administrative et fiscale qui représenta un véritable choc et fut très mal ressentie par une population habituée de longue date à gérer seules ses affaires sans l’intervention du pouvoir central madrilène. Une première révolte, la Gamazada, se produisit en Navarre en 1893 et, si elle fut rapidement réprimée, la frustration qui l’avait engendré n’était quant à elle pas prête de s’éteindre.

L’année 1895 fut ainsi marquée par la fondation du Parti National Basque (PNV) sous la conduite de Sabino Arana Aguirre (1865-1903). Même s’il avait eu quelques précurseurs dans les personnes d’Augustin Chaho (1810-1858) et de Serafin Olave (1831-1884), Sabino Arana peut néanmoins être considéré comme le véritable père de la version moderne du nationalisme basque, « l’abertzalisme ». Retournant contre lui les arguments du nationalisme castillan, Sabino Arana définissait l’Espagne comme un Etat étranger et une puissance ennemie qu’il opposait à une patrie basque (aberri), que pour sa part il appelait Euskadi (contraction d’Euskal Herria, le Pays Basque). Afin de renforcer le sentiment d’appartenance de ses compatriotes, il dessina pour eux un drapeau, l’ikkurina, et composa à leur gloire un véritable hymne national, l’Eusko abendaren ereserkia (littéralement le « Chant de la race basque »).

A la question de l’autonomie politique, principalement liée à la disparition des fueros, Sabino ajoutait celle de la domination culturelle. L’industrialisation rapide de la région avait en effet provoqué l’arrivée massive d’immigrés venus d’autres provinces espagnoles, ce qu’Arana et d’autres avec lui considéraient comme une dangereuse menace pour la survie de l’identité basque. La présence parmi ces immigrés d’un certain nombre de progressistes, de libéraux et de laïcs, était pour eux un facteur rédhibitoire. Arana concevait en effet la nation basque idéale comme à jamais ancrée dans le respect de ses valeurs conservatrices et catholiques. Comme il adhérait aussi fortement aux conceptions biologistes alors très en vogue au sein de l’élite intellectuelle, il n’hésitait pas à défendre aussi la « supériorité raciale » du peuple basque, contre ceux qu’il appelait avec mépris les makatos les « démons étrangers ».

Ayant survécu à la disparition prématurée de Sabino, le PNV commença à enregistrer des succès électoraux qui l’amenèrent à modérer quelque peu les prises de positions de son charismatique et sulfureux fondateur. Réprimé sous la dictature militaire de Primo Rivera (1923-1931), le parti se retrouva considérablement renforcé lorsque fut proclamée la République d’Espagne en 1931. En juillet 1936, peu  de temps après le déclenchement de la guerre civile, et après quelques hésitations, les nationalistes basques du PNV choisirent finalement de se rallier au camp républicain. Le 18 octobre 1936, leur chef, Jose-Antonio Aguirre, fit ainsi solennellement proclamer la création d’un gouvernement autonome basque qui fut doté de sa propre administration et de sa propre armée. Mais la conquête franquiste allait bientôt entraîner l’écroulement de toutes ces prétentions. Ceux des dirigeants du PNV qui avaient pu survivre aux combats et à la prison,prirent alors le chemin de l’exil, beaucoup choisissant la France. Privés de responsables d’envergure, le nationalisme basque entra en léthargie pendant plusieurs années tandis que l’Etat franquiste imposait sa poigne de fer sur toute la région.

Il fallut attendre les années 1950 pour voir à nouveau émerger une forme de contestation. Profitant de la libéralisation relative du régime franquiste, de nombreux Basques recommencèrent ainsi à faire entendre des revendications politiques et culturelles. A l’origine d’ETA, on retrouve ainsi une poignée de jeunes étudiants de l’université Jésuite de Bilbao. Membres de l’EGI, la formation de jeunesse du PNV, ils critiquaient la rhétorique de leurs dirigeants, trop conservatrice à leur goût, et s’opposaient à leurs méthodes d’actions qu’ils jugeaient largement inefficaces.

Ils finirent donc par constituer en 1952 leur propre organisation, l’EKIN, qui resta néanmoins rattachée dans un premier temps au PNV. Le 31 juillet 1959, après avoir été finalement exclue du vieux parti nationaliste, l’EKIN donna à son tour naissance à nouvelle organisation encore embryonnaire, Euskadi Ta Askatasuna (« Patrie Basque et Liberté ») ou ETA. Beaucoup plus radicale que le PNV, ETA réclamait l’indépendance pure et simple du Pays Basque, et non plus seulement une forme d’autonomie interne. La plupart de ses militants estimaient par ailleurs que la voie de la lutte armée était la seule méthode vraiment efficace pour y parvenir. Enfin, et tandis que la Guerre froide faisait rage, beaucoup se reconnaissaient dans le référentiel idéologique marxiste-léniniste. Paradoxalement, cet « abertzalisme de gauche » put compter sur le soutien de nombreux membres dissidents de l’Eglise catholique. Certains jeunes séminaristes progressistes, adeptes de la « théologie de la libération », finirent même par prendre les armes aux côtés des étudiants nationalistes. 

A partir de juin 1961, les militants d’ETA commencèrent à mener leurs premières actions de propagande et de sabotage. En mai 1962, ils purent réunir leur première assemblée générale clandestine dans la basilique Notre-Dame de Belloc à Urt (b. Ahurti) en France. Un climat de peur et de tension s’installa progressivement au Pays Basque avant que les choses ne finissent par s’accélérer brutalement au cours de l’été 1968, à la suite d’une succession d’événements dramatiques. Le 7 juin de cette année-là en effet, et pour la première fois, un policier espagnol fut tué après avoir tenter d’appréhender des membres d’ETA à l’occasion d’un contrôle routier. L’auteur du crime, Txabi Etxebarrieta, fut rapidement retrouvé et abattu par les forces de l’ordre après une course poursuite. Révoltés, les membres d’ETA jurèrent immédiatement de venger cette mort. Le 2 août 1968, ils s’en prirent au très redouté commandant de la police locale de San Sebastian, Meliton Manzanas, qui fut exécuté de sang-froid. A leur tour, les autorités franquistes réagirent avec force à ce crime et procédèrent à l’arrestation de plus de 400 personnes, dont plus 200 allaient être condamnés à de très lourdes peines de prison. Et c’est ainsi qu’au cours de ce sanglant été 1968 se mit en place la terrible dialectique des « attentats-représailles » qui devait mettre près de quarante ans à s’éteindre.

3. L’exilé

Txomin avait commencé à prendre des responsabilités importantes au sein d’ETA dès le milieu des années 1960, à l’époque où il accomplissait son service militaire. Aux côtés de Txabi Etxebarrieta, il contribua notamment à implanter l’organisation dans la région de Mondragon. Le 10 août 1968, il fut arrêté une première fois par la police après avoir organisé une manifestation dans sa ville. Quelques mois plus tard, en décembre 1968, après qu’elles eurent découvert le rôle qu’il avait joué dans l’attaque de la banque Vasconia à Elizondo, les autorités espagnoles tentèrent de l’appréhender à nouveau. Mais Txomin leur réchappa et parvint à gagner clandestinement la France où il réussit bientôt à obtenir le statut de réfugié politique.

C’est en France, en 1969, que Txomin rencontra la militante Maité Ormaetxea qui allait devenir son épouse et avec laquelle il aura trois fils : Iraultza (1970), Arkaitz (1972), et Igortz (1975). En bons nationalistes, les parents firent mettre leurs enfants à l’école bilingue afin qu’ils apprennent à maîtriser au mieux la langue basque.

4. Le chef de guerre

Le Pays Basque, avec ses montagnes boisées et ses nombreux hameaux situés au bord de routes peu fréquentée, se prêtait idéalement à l’implantation d’une guérilla. On pouvait en effet y organiser presque sans risque des entraînements paramilitaires. Après avoir attaqué des commissariats, des casernes et des usines, ETA put se constituer un arsenal de guerre très conséquent, constitué principalement de fusils mitrailleurs, de pistolets, de grenades et d’explosifs en tout genre. La logistique n’était pas non plus un problème. Pour les réfugiés venus d’Espagne en effet, le Pays Basque français n’était autre qu’Ipparalde, c’est-à-dire « l’autre versant » de leur patrie. Une fois sur place, ils savaient pouvoir compter sur l’amitié et le soutien de nombreux habitants entièrement acquis à leur cause. Ces derniers acceptèrent notamment de leur faire passer la frontière, de les héberger, d’assurer leurs communications, et surtout de les protéger car, outre le harcèlement des autorités judiciaires françaises2, les militants basques avaient aussi à se prémunir contre les attaques de redoutables commandos de tueurs envoyés par l’Espagne. 

Txomin et ses compagnons surent parfaitement mettre à profit tous ces avantages pour constituer une formidable organisation militaire clandestine, sans doute la plus efficace d’Europe occidentale avec l’IRA irlandaise. Txomin s’imposa personnellement comme un grand maître de la lutte clandestine. A la tête de son commando, il dirigea  ainsi plusieurs dizaines d’opérations d’envergure à travers tout le Pays Basque espagnol. La police hispanique ne lui imputera pas moins de six enlèvements, quatorze attaques à main armée et plus de vingt assassinats. Il s’illustra notamment le 1er décembre 1970 en orchestrant l’enlèvement du consul allemand de San Sebastian, Eugen Biehl. Le diplomate avait été kidnappé dans le but d’obtenir la libération des prisonniers politiques basques jugés à l’occasion du fameux « procès de Burgos ». Il sera finalement retrouvé par les agents de la DST dans une église du Pays Basque français. L’Espagne attribuera également à Txomin l’organisation de l’attentat commis le 12 septembre 1974 devant la caféteria Rolando de Madrid qui avait fait douze victimes, dont une majorité de policiers. Elle le suspectera également d’avoir fomenter un projet d’enlèvement contre le beau-frère de Juan Carlos en 1974.

Toujours est-il qu’à l’automne 1973, Txomin collabora directement à la préparation de l’opération Ogro destinée à éliminer l’amiral Luis Carrero-Blanco, qui était non seulement le Premier ministre espagnol en exercice mais aussi et surtout dauphin présumé du caudillo Francisco Franco. Le 20 décembre 1973 à 9h35, tandis que l’amiral venait d’assister à la messe dans une église de Madrid, sa voiture emprunta la rue Claudio Coello. Au moment opportun, les quatre membres du commando d’ETA firent exploser les 75 kilos de TNT qu’ils avaient placé sous la chaussée quelques temps plus tôt en se faisant passer pour des employés de mairie. La voiture officielle fut littéralement projetée à près de trente mètres de hauteur et finit par se retrouver sur le toit de l’immeuble voisin. Peu connue jusque-là, ETA devint célèbre du jour au lendemain dans le monde entier.

Mais cette progression de leur capacité logistique et de leur audience politique n’empêcha pas les militants d’ETA de se diviser quant à la finalité de leur combat et sur le bien-fondé de leurs méthodes, bien au contraire. En 1965-1966 déjà, une partie des militants les plus à gauche s’étaient plaints de voir les revendications ouvrières et prolétariennes être de plus en plus mises de côté au profit d’un nationalisme basque intransigeant. Après d’houleuses discussions, ces tenants de la ligne marxiste-léniniste orthodoxe furent finalement expulsés à l’occasion la 5ème assemblée générale d’ETA (décembre 1966). Réunis derrière leur chef, Patxi Iturrioz, ils allèrent fonder la « Nouvelle ETA » (ETA-Berri), qui devint plus tard le « Mouvement communiste d’Euskadi » (EMK).

A partir de 1970, une nouvelle divergence, beaucoup plus grave, apparût au sein du mouvement. Elle opposa cette fois-ci la tendance des Milis (les « Militaires ») à celle des Polis (les « Politiques »). Toutes d’eux étaient animées d’un nationalisme basque fervent, mais tandis que les Milis, pragmatiques, voulaient s’affranchir des débats idéologiques et faire primer la lutte armée sur toute autre forme d’engagement, les Polis défendaient pour leur part la supériorité du combat politique. Plutôt partisans de moyens de lutte pacifiques comme la grève et les manifestations, ils n’étaient pas totalement opposés à l’idée d’entamer des négociations directes avec le pouvoir en place. Entre ces deux tendances se situaient en outre les Polimilis (les « Politico-militaires »). Tenants d’un troisième courant, ils essayaient de faire triompher une synthèse car pour eux les deux combats, le politique et le militaire, devaient pouvoir être menés conjointement.

A l’occasion de ce conflit fratricide, qui déchira les rangs des nationalistes durant plusieurs années, Txomin se tint clairement aux côtés de José-Miguel Benaran Ordenana dit Argala (1949-1978) le principal leader des Milis. La scission, devenue inévitable, se produisit effectivement en novembre 1974 à l’occasion de la 6ème assemblée générale du mouvement. Dans la foulée naquit une une nouvelle organisation, l’ETA-militaire (ETA-m), dont la doctrine fut synthétisée dans le manifeste « Agiri » rédigé par Argala à la fin du mois de novembre 1974. Txomin intégra dès le départ l’organe dirigeant du nouveau mouvement, le « comité exécutif », composé d’une demi douzaine de membres.

5. Le dirigeant politique

A la fin des années 1970, suite aux décès consécutifs de Txikia et d’Argala, victimes d’opérations « contre-terroristes » espagnoles, Txomin devint la figure plus importante de l’organisation séparatiste basque. Depuis son refuge français, il possédait en effet la haute main sur les trois principales directions d’ETA-m, à savoir la politique, la logistique et la militaire. S’il ne détenait pas un pouvoir absolu dans une organisation où toutes les décisions étaient toujours prises à la majorité par les membres du comité exécutif, sa voix était néanmoins celle qui portait le plus, notamment lorsqu’il s’agissait de fixer la ligne à suivre, de commanditer une action armée ou de rédiger les communiqués de l’organisation. Il apparaissait d’ailleurs régulièrement le visage masqué sur les vidéos de propagande qui étaient envoyées aux médias3. Sa large et haute silhouette ainsi qui son impressionnante moustache, qui faisaient pleinement partie de son personnage, étaient devenues familières aux militants auprès desquels il était extrêmement populaire.

Mais cette forte popularité et ces hautes responsabilités faisaient aussi de lui une cible prioritaire pour les services de sécurité espagnols et pour leurs officines secrètes4. A partir de 1974, Txomin dut donc vivre entouré presque en permanence de gardes du corps armés de pistolets et de mitrailleuses. Chaque année, il changeait de domicile au moins une trentaine de fois, se déplaçant constamment de planque en planque entre Biarritz, Anglet, Saint-Jean-de-Luz et Bayonne. Malgré ce luxe de précaution, il fut l’objet de plusieurs tentatives de meurtre. En janvier 1975, on découvrit ainsi devant chez lui une voiture piégée et, à peine quinze jours plus tard, une nouvelle bombe fut désamorcée sous son véhicule. L’année suivante, il réchappa de peu à un projet d’enlèvement. Enfin, le vendredi 4 mai 1979, à 12h30, il survécut par miracle à une spectaculaire opération commando. Tandis qu’il circulait sur une route près de Biarritz, une voiture dépassa soudainement la sienne. La vitre s’abaissa, le passager sortit une mitrailleuse et commença à arroser son véhicule d’une puissante rafale. Gravement blessé au thorax, Txomin fut transporté à l’hôpital où il s’en sortit miraculeusement. A compter de cette dernière action, il devint probablement trop célèbre pour que l’Etat espagnol puisse à nouveau prendre le risque de l’assassiner publiquement.

A la fin des années 1970, et malgré la dure répression dont elle était la cible, l’organisation séparatiste était à l’apogée de sa force. En juin 1977, Txomin et Argala avaient habilement obtenu le ralliement à l’ETA-m des redoutables « commandos spéciaux » (bezeriak) de l’ETA-politico-militaire, ce qui leur avait permit de renforcer considérablement leur force de frappe mais aussi d’étendre leur capacité d’action à toute la péninsule ibérique. Le nombre des activistes clandestins (etarra/etakideak) dont disposait l’ETA-m s’élevait alors à près de 800 individus. Ces militants étaient répartis en une centaine d’équipes autonomes, généralement composées de 4 à 5 membres dont seuls les chefs étaient en contact avec la direction du mouvement installée au Pays Basque français. Les plus fameuses de ces équipes étaient les commando Donosti, Madrid et Argala, qui ne regroupaient que les meilleurs spécialistes de la lutte insurrectionnelle. Outre ses agents clandestins ou semi-clandestins, l’ETA pouvait aussi compter sur le soutien de plusieurs de milliers de militants (abertzales), qui formaient de puissants réseaux de soutien logistique. Si l’on en juge par les scores électoraux du parti Herri Batasuna, le nombre total des sympathisants d’ETA présents sur le territoire basque espagnol s’élevait alors à environ 200 000. L’ETA avait également su nouer des liens étroits avec différents groupes de l’extrême gauche européenne – notamment les Irlandais de l’IRA, mais aussi avec plusieurs Etats étrangers, en particulier l’Algérie et la Libye.

S’engager au sein d’ETA ressemblait à un véritable sacerdoce : il fallait non seulement accepter de devoir tuer et prendre le risque de l’être à son tour, mais aussi rompre avec sa famille, vivre dans une tension permanente, ne jamais faire confiance à personne, etc. En cas d’arrestation, les chances étaient grandes de devoir passer plusieurs dizaines d’années de sa vie en détention. Afin d’éviter les infiltrations, l’organisation recrutaient principalement  au sein des mêmes familles connues pour leur nationalisme intransigeant. Les candidats étaient souvent de jeunes hommes et de jeunes femmes idéalistes, la plupart du temps issus de milieux modestes et urbains. A de nombreux égards, le fonctionnement très cloisonné de l’organisation favorisait les dérives sectaires car le militant actif n’était plus en contact qu’avec d’autres militants et devait consacrer tout son temps au service de la « cause ». 

Déguisés en employés du gaz, en fonctionnaires des postes ou bien en simple passants, les activistes d’ETA savaient faire preuve d’un zèle, d’un professionnalisme et d’une détermination remarquable. La guerre entre l’organisation et le gouvernement espagnol atteignit son point culminant entre 1978 et 1981, période au cours de laquelle ETA devait revendiquer les meurtres de près de 370 personnes commis à travers toute l’Espagne : policiers, militaires, gendarmes, responsables politiques locaux ou nationaux, hauts magistrats, hommes d’affaires, journalistes, etc. nul ne semblait plus intouchable. Les mitraillages de commissariats, les destructions de bâtiments publics, les enlèvements ainsi que les attaques de banque et de fourgons étaient devenus routiniers. Au cours du dramatique été 1979, on enregistra ainsi jusqu’à vingt attentats ou tentatives d’attentats par jour ! Quelques mois plus tard, en février 1980, des militants d’ETA parvinrent même à tendre une embuscade à des gendarmes espagnols et à tuer six d’entre eux. L’organisation s’approchait ainsi pour la première fois de cette limite qui sépare le terrorisme de la véritable guérilla. 

Mais alors que l’ETA poursuivait plus que jamais sa politique de lutte armée, les structures de l’Etat espagnol connaissaient pourtant une inflexion majeure consécutivement à la mort de Franco.

6. La fin du franquisme

A partir de novembre 1975, sous la conduite du nouveau roi Juan-Carlos, les premiers ministres Adolfo Suarez puis Calvo-Sotello, engagèrent l’Espagne dans une politique de « transition vers la démocratie ». Bien que très progressive, l’évolution du régime n’en fut pas moins spectaculaire. Les droits de réunion et d’association furent ainsi accordés dès le mois de mars 1976. Le multipartisme fut instauré en juillet 1976 tandis que le vote d’une  loi amnistie générale allait bientôt entraîner la libération de la quasi totalité des prisonniers politiques. Tous les principaux dirigeants franquistes furent peu à peu mis à la retraite et remplacés par une nouvelle génération de responsables politiques plus ouverts aux changements. Au cours du printemps 1977, le syndicalisme fut autorisé et la censure de la presse abrogée. Le grand tournant intervint cependant le 15 juin 1977 lorsque, après quarante ans de dictature, des élections libres eurent lieu pour la première fois. Une nouvelle constitution fut alors ratifiée qui garantissait notamment le respect des droits civiques. Dans le même temps, le parti communiste espagnol, longtemps clandestin, fut légalisé le 9 avril 1977, et ses dirigeants (dont la Pasionaria), purent ainsi revenir dans leur pays au terme d’un très un long exil.

Ces chamboulements concernèrent aussi l’organisation administrative du pays, les régions espagnoles se voyant accorder une large autonomie de fonctionnement dans le cadre d’un nouveau système fédéral. Après la Catalogne en septembre 1977, cette initiative toucha bientôt le Pays Basque dont les nouveaux statuts furent négociés à Guernica entre les représentants du gouvernement et ceux des partis basques légaux, dont le PNV. Le 25 octobre 1979, la ratification du référendum sur la régionalisation aboutit ainsi à la création d’une « Communauté autonome basque » (Euskal Herriko). S’étendant sur 20 000 km2 et regroupant plus de trois millions d’habitants, cette nouvelle entité fut dotée d’un véritablement organe de gouvernement à partir de 1980. Contrôlé par les nationalistes modérés du PNV et doté de larges compétences politiques, administratives, culturelles, fiscales et économiques, la nouvelle instance put s’atteler à la défense de l’identité locale, menant notamment à bien la modification des programmes scolaires et la création d’une radio-télévision en langue basque. Une police basque (Ertzainta) fut également créée, dont l’une des missions allait justement être la lutte contre ETA.

Officiellement, la direction d’ETA  qualifiait cette politique de « poudre aux yeux » car elle ne remettait pas en question la souveraineté de l’Etat espagnol sur le Pays Basque. Beaucoup de ses militants critiquaient aussi le fait que la Navarre, une province qu’ils jugeaient « historiquement » basque, n’ait pas été intégrée à la communauté autonome. Il n’en reste pas moins qu’ETA profita grandement de ce nouveau statut d’autonomie. Le 27 avril 1978, les différents partis indépendantistes s’unirent ainsi pour fonder Herri Batasuna (« Union populaire »), qui n’était rien d’autre en réalité que la vitrine politique d’ETA. Les bons résultats électoraux d’Herri Batasuna allaient permettre aux cadres d’ETA d’infiltrer plusieurs rouages de l’Etat et de l’administration locale. Les militants indépendantistes purent également fonder leur propre syndicat, le LAB, ce qui leur permit de renforcer leur présence dans les usines et les entreprises. Abritée derrière Herri Batasuna et le LAB, l’ETA put s’impliquer dans la gestion de nombreux comités de quartier, d’associations de bienfaisance et d’organisations de jeunesse.

7. Le politique 

Convaincus que seule l’action militaire leur permettrait d’atteindre leurs objectifs politiques, les dirigeants d’ETA et leurs partisans choisirent pourtant d’intensifier encore le recours à la lutte armée. Or l‘avenir démontrera qu’il s’agissait là d’une grave erreur, commise par des gens qui s’étaient enfermés dans une logique d’affrontement et qui ne comprenaient pas ce qu’impliquait pour eux et pour leur cause l’évolution de la situation politique en Espagne.

Depuis la mort de Franco en effet, le thème du combat antifasciste, qui avait porté la geste d’ETA depuis sa fondation, rencontrait logiquement de moins en moins d’échos, en particulier à l’étranger. Lassés d’avoir à payer l’impôt révolutionnaire (otxia) et de plus en plus fatigués du poids que faisait peser sur eux le lourd climat sécuritaire, un nombre grandissant de Basques rejetaient de plus en plus ouvertement l’usage de la violence armée. Le soutien populaire dont avait bénéficié jusque-là l’ETA, bien que toujours très fort, notamment dans ses fiefs de la province de Guipúzcoa, s’effritait ainsi lentement.

Les négociations d’adhésion de l’Espagne à la Communauté Économique Européenne (CEE) étant désormais en voie de concrétisation (l’adhésion sera effective en 1986), la France elle-même commença à modifier sa politique et son discours à l’égard d’ETA. En 1979, le président Valéry Giscard d’Estaing fit ainsi officiellement retirer aux citoyens espagnols leur statut de réfugiés politiques. Signe de l’évolution de Paris sur la question basque, Txomin fut  d’ailleurs arrêté pour la première fois à Biarritz le 9 février 1980, avant d’être condamné à deux mois de prison avec sursis pour détention illégale d’armes. En mai 1981, l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée redonna un peu d’espoir aux partisans de la cause séparatiste. Le ministre de l’Intérieur, Gaston Deferre, parla même publiquement d’eux comme étant de véritables résistants. Mais l’élection du socialiste espagnol Felipe Gonzalez, en décembre 1982, marqua un tournant décisif. Une première forme de coopération entre les polices des deux pays commença dès lors à se mettre en place. En 1984, suite à l’assassinat du sénateur socialiste Enrique Casas à San Sebastian, un accord officiel d’extradition fut même négocié entre Pierre Joxe et Jose Barrionuevo, les ministres de l’Intérieur français et espagnols. Il devait bientôt aboutir à l’expulsion de trois premiers militants basques vers l’Espagne. Beaucoup d’autres réfugiés se retrouvèrent alors contraints de rejoindre la clandestinité ou bien de s’exiler à l’étranger, notamment en Amérique latine (Mexique, Nicaragua, etc.).

Le 12 juin 1982, à quelques jours de la visite effectuée en Espagne par François Mitterrand, Txomin fut de nouveau arrêté avec une trentaine d’autres militants basques et le 21 juillet suivant, il fut condamné à trois mois de prison pour avoir été trouvé porteur d’un pistolet, de munitions et d’une importante somme d’argent. Une fois remis en liberté le 3 mars 1983, il demeura placé sous un strict contrôle judiciaire qui lui imposa de se présenter quatre fois par semaine aux commissariats de Bayonne ou de Biarritz.

8. Un dialogue difficile

En bon politique, Felipe Gonzalez avait délibérément choisi mettre deux fers au feu. Ainsi, tout en renforçant la lutte contre le terrorisme, y compris par des moyens illégaux comme l’utilisation des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL)5, il commença aussi à faire quelques discrètes ouvertures en direction des séparatistes.

Pragmatique, Txomin savait pertinemment que, malgré ses discours va-t’en-guerre et jusqu’au-boutistes, l’ETA n’aurait jamais la capacité de « chasser par les armes » l’Espagne du Pays Basque et que par conséquent, seule la négociation pourrait amener l’Euskadi vers l’indépendance. Et il estimait logiquement qu’il valait pour ETA qu’elle négociât tandis qu’elle était au sommet de sa puissance plutôt que d’attendre d’être un jour sur le déclin. Or il sentait bien venir le revirement français et devinait parfaitement quelles en seraient les conséquences pratiques pour son organisation, qui ne pourrait bientôt plus disposer d’un sanctuaire pour abriter ses militants, ses armes et ses réseaux logistiques.

Placé sous la menace d’une prochaine expulsion vers l’Amérique du Sud, Txomin fit appel de cette décision auprès du Conseil d’État. L’appel étant suspensif, il demeura donc assigné à résidence à résidence à Tours. Le 27 janvier 1984 pourtant, il ne se présenta pas au commissariat et replongea dans la clandestinité. D’après certaines sources, cette évasion avait été permise par les autorités françaises qui souhaitaient en réalité que Txomin puisse entrer en relation avec les autorités espagnoles. Et effectivement, dès le mois d’août 1984 et par le biais d’un jeune délégué du gouvernement français, Txomin commença à nouer des premiers contacts avec Rafael Vera Fernandez, le sous-secrétaire d’État à l’Intérieur. Le 22 août 1984, le ministre Barrionuevo déclara au journal El Pais qu’il était prêt à dialoguer directement avec Txomin si cela pouvait contribuer à ramener la paix. Ces échanges informels se poursuivirent par intermittence tout au long de l’année 1985. Mais tandis qu’il avait été convenu de leur donner plus de visibilité, Txomin fut soudainement appréhendé par les autorités françaises le 27 avril 1986, à l’initiative de Jacques Chirac et de son ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. D’abord détenu à Biarritz au siège de la police de l’air et des frontières, il fut rapidement transféré à la prison de Gradignan.

La ligne d’ouverture prônée par Txomin était pourtant loin de faire l’unanimité au sein du mouvement clandestin. Depuis plusieurs années, Txomin était ainsi écartelé entre les tenants de la négociation, dont il faisait partie, et les partisans de la ligne dure, qui ne voulaient sous aucun prétexte entendre parler d’une trêve qu’ils assimilaient à une capitulation pure et simple. Ces « durs » allaient d’ailleurs profiter de son emprisonnement pour tenter d’imposer leur point de vue. Le 10 juin 1986, ils orchestrèrent ainsi l’assassinat de l’ancienne dirigeante etarra Dolores González Catarain, dite Yoyes, au motif qu’elle avait choisi d’abandonner la lutte pour pouvoir bénéficier de la loi d’amnistie offerte par le gouvernement espagnol. Mais ce meurtre barbare, accompli contre une femme désarmée et sous les yeux de son petit garçon, souleva une profonde vague d’indignation dans la population locale. Beaucoup de Basques se mirent alors à ne plus voir dans ETA une organisation démocratique luttant pour la liberté de leur patrie, mais tout simplement un mouvement terroriste, avide d’argent et agissant sans aucune pitié y compris et même surtout contre les Basques eux-mêmes. En novembre 1986 se produisit un autre drame, beaucoup plus discret mais aux conséquences tout aussi funestes pour ETA. A l’occasion d’une perquisition menée dans les locaux de l’usine Sokoa d’Hendaye, la police française, aiguillée par des renseignements espagnols, réussit en effet à mettre la main sur le fichier central de « l’impôt révolutionnaire ». Parmi les documents qui furent saisis à cette occasion se trouvait également une liste contenant près de 140 noms d’etarras, ce qui allait lui permettre de reconstituer avec précision l’organisation interne du mouvement et, à terme, d’en démanteler une grande partie.

9. Épilogue

Le 24 juin 1986, Txomin fut condamné à un an et trois mois de prison ferme par la justice française. Mais la détention sur son territoire du principal chef d’ETA représentait sans doute un poids politique trop lourd à porter pour un gouvernement de cohabitation. Le 13 juillet 1986, Txomin fut donc expulsé vers le Gabon6. Mais même cette solution s’avéra provisoire et, quelques mois plus tard, le 5 septembre 1986, il fut finalement libéré et autorisé à gagner l’Algérie7.

Installé par les autorités autorités algériennes dans un hôtel d’Alger puis dans une grande villa de Djelfa dans le sud du pays, Txomin était plus que jamais décidé à mener de front des négociations dans le but d’aboutir à un cessez-le-feu permanent avec l’Espagne. Afin d’y parvenir, il rencontra à plusieurs reprises des envoyés du gouvernement madrilène, dont l’avocat Jose Argote, l’ancien secrétaire d’Etat à la sécurité Julian Cristobal ainsi que le commissaire Ballesteros. Les points de vue des participants étaient radicalement opposés et les discussions s’annonçaient donc longues et difficiles.

On en était là lorsque, le 1er mars 1987, la presse annonça brutalement la mort de Txomin. Officiellement le chef basque était décédé le 27 février précédent à la suite d’un accident de voiture survenu sur une route de Berrouaghia, au sud d’Alger. Du moins est-ce la version qui fut communiquée par les autorités algériennes et par les porte-parole de l’organisation indépendantiste. Selon certaines rumeurs cependant, Txomin serait mort en tombant du toit d’une école de police à l’occasion d’un entraînement paramilitaire.

En signe de bonne volonté, le gouvernement espagnol autorisa le rapatriement de son corps, qui fut donc acheminé par avion jusqu’à Barcelone avant d’être transporté de nuit jusqu’à Arrasate/Mondragon. Le 8 mars 1987, près de 40 000 personnes accompagnèrent le corps de leur héros jusqu’à sa tombe située dans le cimetière de sa ville natale.

La disparition inattendue de Txomin, dirigeant populaire et charismatique, laissa la direction du mouvement aux mains de l’aile la plus radicale, connue sous le nom de groupe « Artapalo »8. La trêve, finalement proclamée en janvier 1989, ne dura que quatre mois et la guerre entre ETA et le gouvernement espagnol se poursuivit encore durant de nombreuses années, jusqu’au démantèlement complet de l’organisation clandestine basque au début des années 2010.

Peu connue en dehors des Basques eux-mêmes et des spécialistes de la question, la figure de Txomin n’en a pas moins été au cœur de nombreux travaux d’études, dont les deux ouvrages cités dans la bibliographie ne représentent qu’un modeste échantillon. En 2015, le réalisateur belge Olivier Masset-Depasse en a même fait le personnage principal de son téléfilm le « Sanctuaire », qui retrace l’histoire de « l’affaire Yoyès ».

Bibliographie :

. Massey, Jacques : ETA histoire secrète d’une guerre de cent ans, Flammarion, 2010.

. Chalvidant, Jean : ETA, l’enquête, Editions Cheminements, 2003. 

Notes :

1 Domingo que ses camarades appelaient Txomin (prononcez « Tchomine »), c’est-à-dire Dominique en langue basque.

2 La relative liberté concédée par la France aux membres d’ETA n’empêcha par la police française, et en particulier la DST, de surveiller étroitement les activités des réfugiés politiques espagnols. Le 9 octobre 1972, Txomin fit ainsi partie d’un groupe de sept militants basques qui se virent officiellement interdits de séjour dans les départements frontaliers. Cette mesure ne fut toutefois que temporaire.

3 Lorsque l’ETA refusait d’assumer politiquement certaines actions, elle établissait généralement de fausses revendications au nom de groupuscules gauchistes imaginaires.

4 Entre 1975 et juillet 1987, plusieurs dizaines de militants basques (espagnols et français), furent ainsi assassinés ou enlevés en France sur l’ordre du gouvernement de Madrid. Jusqu’en 1981, ces opérations furent assumées par diverses officines liées aux services spéciaux espagnols, en particulier le « Bataillon Basque Espagnol » (BVE). Argala lui-même, le patron de Txomin, fut assassiné à Anglet le 28 décembre 1978 par l’explosion d’une bombe placée dans sa voiture Après une pause de deux années, ces opérations furent relancées en décembre 1983, suite à l’émoi provoqué par l’assassinat d’un officier de la Guardia Civil, le capitaine Barrios. Désormais, le gouvernement espagnol agit directement à travers les « Groupes Antiterroristes de Libération » (GAL). La plupart du temps, les hommes utilisés par Madrid pour commettre ces actions étaient des citoyens français, généralement de petits truands ou des militants d’extrême droite, parfois d’anciens soldats. Le grand patron opérationnel des GAL était Jose Amedo Fouce, un commissaire de Bilbao. Plusieurs policiers français ont été soupçonnés d’avoir fourni des renseignements au GAL et même d’avoir participer à leurs côtés à certaines opérations.

5 En tout, les membres du GAL commettront une quarantaine d’opération et tueront 17 activistes basques espagnols et 8 civils français (dont plusieurs étrangers à toute activité politiques), sans parler de nombreux blessés. Beaucoup seront victimes de bombes placées dans leur véhicule, d’autres de mitraillages effectués en pleine rue et l’un sera même abattu par un tir de longue distance effectué par un sniper. Parmi les victimes a figuré le propre beau-frère de Txomin, Javier Perez de Arenaza, qui fut abattu à Biarritz le 23 mars 1984.

6 Le 14 juillet 1986 une explosion contre un poste de la Garde Civile à Madrid devait coûter la vie douze fonctionnaires de police.

7 Quelles raisons motivèrent cet accueil ? Les autorités algériennes cherchaient peut-être à faire pression sur le gouvernement espagnol afin qu’il expulse l’ancien président Ahmed Ben Bella ? Peut-être souhaitaient-elles que Madrid modifie sa position sur le dossier de l’ex-Sahara espagnol ?

8  Cette tendance était alors incarnée au sein d’ETA par José Urrutikoetchea dit Josu Ternera (1950), Santiago Arrospide Sarasola dit Santi Potros (1948), Jose Luis Alvarez Santacristina dit Txelis (1954, chef de l’appareil politique de 1986 à 1992), Jose Maria Arregi Erostarbe dit Fitipaldi (chef de l’appareil logistique de 1986 à 1992), Francisco Mujika-Garmendia dit Pakito (1953, chef de l’appareil militaire de 1986 à 1992) et enfin Eugenio Etxebeste, dit Antxon (1951) le principal idéologue du mouvement.

Crédit photographique :

. Image de présentation : Massif de l’Anboto, la montagne sacrée du Pays Basque (By No machine-readable author provided. Txo assumed (based on copyright claims). [Public domain], via Wikimedia Commons).

Une très belle galerie photographique consacrée à Txomin est visible sur le site goeina.eus

 

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