L’abbé de Saint-Cyran, un homme « plus dangereux que cinq armées »

« Il faut aller où Dieu nous mène et ne rien faire lâchement »,
Extrait d’une lettre écrite par Saint-Cyran à son disciple Antoine Arnauld depuis sa prison du fort de Vincennes le 8 mai 1642.

    Jean-Ambroise du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, n’est autre que le co-fondateur du jansénisme, cette fameuse école de théologie et de morale dont les adeptes donnèrent tant de fil à retordre aux derniers Bourbon. Jeune prêtre d’origine provinciale, Saint-Cyran s’imposa vite comme l’un des chefs de file du « parti dévot ». Doté d’une érudition remarquable et d’un charisme sans égal, il sut capitaliser vers lui les aspirations ascétiques et mystiques qui agitaient alors une partie de l’élite française. Grâce aux travaux de Jean Orcibal et de Denis Donetzkoff, nous pouvons désormais nous faire une vue très précise de cette personnalité puissante qui, honnie ou révérée, marqua fortement ses contemporains.

I. Le jeune clerc

Jean-Ambroise du Vergier de Hauranne naît à Bayonne vers 1581. Longtemps possession anglaise, la cité de Bayonne avait été reconquise en 1451 par les armées françaises et aussitôt rattachée au domaine royal. Depuis cette date, la ville était devenue la capitale d’une sénéchaussée qui s’étendait sur tout le pays du Labourd. Issue d’une lignée d’artisans bouchers, les du Vergier de Hauranne s’étaient transformés en habile commerçants. Devenus des figures respectées de la bourgeoisie locale, ils étaient ensuite parvenu à intégrer la petite noblesse grâce au contrôle de diverses charges municipales, dont celle d’échevin.

Toute la jeunesse du futur abbé de Saint-Cyran va se dérouler à l’ombre de la terrible lutte que se livrent alors Protestants et Catholiques. Depuis la mort du roi Henri II en 1559, la guerre faisait rage en effet entre Réformés d’un côté et Catholiques de l’autre, chacun cherchant à s’emparer de l’appareil monarchique dans le but d’imposer sa foi au royaume tout entier. Ces luttes fratricides, qui vont ruiner l’Etat et affaiblirent la nation française, ne s’achèveront qu’en 1598 avec la signature de l’édit de Nantes, qui soldera la victoire des Catholiques modérés tout en instaurant une forme restreinte de liberté de culte pour les Protestants.

Jean du Vergier de Hauranne avait dix-huit ans lorsque cet accord historique fut signé. Bien que Bayonne elle-même ait été relativement épargnée par les troubles, le jeune homme avait pu mesurer directement les effets de la division confessionnelle du pays puisque le Béarn, territoire voisin du Labourd, était devenu l’un des principaux fiefs calvinistes du royaume de France depuis que la reine Jeanne de Navarre, mère d’Henri IV, avait choisi d’y imposer l’exercice du culte réformé en 1561.

Fils homonyme de Jean du Vergier de Hauranne (m. av. 1610), premier échevin de Bayonne, et d’Anne d’Etcheverry, Jean fut élevé aux côtés de sa sœur Laurence et de son frère Bernard. Après avoir effectué d’excellentes études classiques au collège jésuite d’Agen, le jeune homme gagna Paris pour s’initier à la philosophie scolastique dans le véritable temple de cette discipline qu’était alors l’Université de la Sorbonne. Ayant été reçu en tant que maître ès arts en 1600, il partit ensuite poursuivre son cursus à l’Université catholique de Louvain située dans le Brabant espagnol. Le 26 avril 1604, il y obtint son doctorat en théologie après avoir soutenu sa thèse d’une façon si convaincante qu’il obtint même les félicitations personnelles du grand humaniste flamand, Justus Lipsius (1545 – 1606), qui enseignait alors à Louvain. Vers 1609, du Vergier revint sur Paris où il fit imprimer son premier ouvrage La Question royale.

On ne sait pas exactement à quelle époque ni dans quelles circonstances Jean du Vergier rencontra celui qui allait devenir son plus célèbre compagnon, le clerc d’origine hollandaise, Cornelius-Otto Jansen (1585 – 1638). Toujours est-il que les deux amis assistèrent ensemble à partir de 1609 aux cours magistraux donnés à la faculté de théologie de Paris par l’illustre professeur Edmond Richer (1559-1631). Entre 1605 et 1611, tandis que du Vergier et Cornelius Jansen l’écoutaient avec attention, Edmond Richer allait consacrer la plupart de ses conférences à l’histoire de l’Eglise chrétienne primitive, un sujet qui passionna beaucoup ses deux auditeurs. Figure du courant gallican et féroce adversaire des Jésuites, Edmond Richer allait se faire connaître en 1611 grâce à la publication de son traité, De la puissance ecclésiastique et politique, dans lequel il tendait à relativiser l’autorité papale et à faire prévaloir des thèses dites conclavistes, selon lesquelles l’autorité des évêques réunis pour discuter des affaires de doctrine et de foi est supérieure à celle du souverain pontife. En 1612, le professeur fut condamné par un synode provincial réuni à Sens. Arrêté et emprisonné, il finira par rétracter certaines de ses formulations les plus audacieuses. C’est à cette époque que du Vergier et Jansen quittèrent Paris pour aller s’établir en Gascogne.

Ayant fait le choix de s’isoler du monde et de se consacrer uniquement à l’étude et à la dévotion, les deux hommes purent s’installer dans la grande maison familiale que les du Vergier possédaient à Camp-de-Prats près de Bayonne. Durant près de cinq années, de 1611 à 1616, ils allaient se plonger avec un zèle admirable dans l’étude attentive de l’Ancien et du Nouveau Testament. Préservés du tumulte et de l’agitation extérieurs, ils purent se dévouer en toute tranquillité à leurs travaux de lecture et de mémorisation, y consacrant parfois près de quinze heures par jour ! Parallèlement aux Saintes Ecritures, ils passèrent en revue toutes les œuvres des Pères de l’Eglise, aussi bien grecs que latins (et en particulier les ouvrages de saint Augustin), ils scrutèrent également les écrits des Apologistes, ceux des Docteurs de l’Eglise, les textes des conciles ainsi que les articles du Décret de Gratien, qui formaient la base du droit canon, sans oublier les ouvrages des grands philosophes de l’Antiquité, Platon, Aristote, Sénèque, etc.

Tandis qu’ils étudiaient ainsi tous les deux inlassablement à Camp-de-Prats, du Vergier et Jansen firent bientôt la connaissance de l’évêque de Bayonne, Bertrand d’Eschaux (1556-1641). Ce dernier se montra vivement impressionné par la piété, par l’exigence morale et surtout par la fantastique érudition des deux jeunes hommes, si bien qu’il décida de devenir leur protecteur attitré. Sur son intervention, Jean du Vergier fut ainsi nommé chanoine de la cathédrale de Bayonne tandis que Cornelius devint le premier recteur du collège que d’Eschaux avait entrepris de fonder à Bayonne. Pendant plusieurs années, l’union entre les trois hommes fut pour ainsi dire parfaite.

Mais, en 1617, le petit groupe dut finalement se séparer. Cette année-là, en effet, Bertrand d’Eschaux connut une belle promotion en étant nommé à la tête du très vénérable et très prestigieux siège archiépiscopal de Tours. Après avoir cheminé ensemble jusqu’en Touraine, le trio se sépara. Jansen choisit de repartir alors vers Louvain où il allait poursuivre une brillante carrière officielle1. Jean, de son côté, décida de rester en France et, après un bref séjour à Paris, il s’installa à Poitiers. L’évêque des lieux, Monseigneur Henri-Louis de Chasteignier de La Rocheposay (1577-1651), tomba à son tour sous le charme du Gascon. Après l’avoir fait accéder à la prêtrise, il en fit son second en le faisant nommer au poste de coadjuteur. Afin de le mettre à l’abri de toute gêne matérielle, il obtint pour lui un titre de chanoine ainsi que les revenus du prieuré de Bonneville.

Installés à demeure dans le palais épiscopal de Poitiers,  du Vergier et La Rocheposay passaient tout leur temps libre à étudier en détail la fameuse Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. En 1620, en remerciement de l’aide qu’il lui avait fourni dans la compréhension de cette œuvre capitale, La Rocheposay se démit en faveur de du Vergier de l’abbaye de Saint-Cyran-en-Brenne, vénérable institution bénédictine pourvue d’un bénéfice annuel de 18 000 livres. Jean du Vergier de Hauranne fut dès lors connu sous le nom d’abbé de Saint-Cyran, appellation sous laquelle il devait entrer dans la postérité. En 1621, l’abbé effectua un séjour à Louvain pour rendre visite son ami Jansen. L’année suivante, il quitta Poitiers et s’installa définitivement à Paris, d’abord dans l’enceinte du cloître de Notre-Dame puis dans le quartier de Saint-Jacques du Haut le Pas.

II. Le « Paris des saints » 

Saint-Cyran arriva dans la capitale à un moment où l’Eglise de France connaissait d’intenses et profonds bouleversements. En ce début du règne personnel de Louis XIII, les évolutions impulsées voilà déjà plusieurs décennies au sein de l’Eglise catholique par le biais du Concile de Trente atteignaient enfin la France, infortuné pays où les questions de doctrine et de méthode avaient été pendant très longtemps occultées par celles, autrement plus urgentes, posées par le péril calviniste. Lors des Etats généraux de 1614, l’adoption des décisions du concile fut donc promue au rang d’objectif prioritaire. Désormais les évêques allaient devoir résider dans leur diocèse de façon permanente, seraient contraints de fonder des séminaires pour y former leurs futurs prêtres, auraient l’obligation d’effectuer des visites pastorales régulières afin de contrôler l’état des paroisses, etc. On allait aussi s’atteler à la rédaction de catéchismes et de missels mieux adaptés, réformer la liturgie dans le sens d’une plus grande rigueur, etc.

Car pour l’Eglise, l’heure était désormais à la reconquête des âmes perdues, celles des Protestants bien sûr, mais aussi celles de ces nombreux Catholiques égarés, dont beaucoup inclinaient vers le scepticisme d’un Michel de Montaigne ou d’un Pierre Charron. C’est avant tout pour eux que François de Sales publia en 1609 sa fameuse Introduction à la vie dévote, dans laquelle il tentait d’esquisser un nouveau type de spiritualité catholique. Sans citation latine ni grecque, dans un langage simple et accessible à tous, François de Sales y définissait un chemin de sainteté qui soit accessible à tous et à chacun, quel que puisse être son statut social, son âge, son sexe ou son état de sa santé. Une bonne partie de la bourgeoisie française allait rapidement adhérer à cette nouvelle spiritualité salésienne. Cinq ans plus tard, en 1614, les fameux « Exercices spirituels » d’Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites, étaient publiés dans une traduction française et connaissaient eux aussi un succès immédiat.

L’époque vit éclore une succession de fondations nouvelles. Aux anciens ordres monastiques des Franciscains et des Dominicains, vinrent ainsi s’ajouter successivement les Oratoriens (1611), les Lazaristes (1625), la Compagnie du Saint-Sacrement (1630), les Filles de la Charité (1633), les Eudistes (1643), etc. Grâce à leur vaste réseau de collèges urbains et à leur pédagogie adaptée, les Jésuites essayèrent de former de nouvelles générations de gentilshommes qui pourraient être à la fois des lettrés tout en restant de bons catholiques. Ce renouveau spirituel affecta également la vie religieuse des campagnes, en particulier dans l’ouest du royaume. Les premières véritables missions d’évangélisation furent ainsi organisées dans le Poitou dès 1617, avant de s’étendre en Bretagne, grâce notamment à l’action de prédicateurs exceptionnels qui, comme Julien Maunoir (1606-1683), surent toucher les âmes des paysans en recourant par exemple à des images peintes portatives.

Si l’heure n’était plus aux démonstrations fanatiques du temps de la Ligue, les tensions religieuses n’en restaient pas moins fortes et les « libertins », ces hommes qui professaient le matérialisme et l’épicurisme, se voyaient âprement traqués et sévèrement punis par la Loi. En 1617, Louis XIII signa ainsi une ordonnance renforçant les dispositions légales à prendre contre les blasphémateurs. L’année suivante, la censure des ouvrages fut durcie afin d’empêcher la publication d’écrits jugés licencieux. En février 1619, l’italien Giulio-Cesare Vanini eut ainsi la langue tranchée avant d’être décapité puis brûlé à Toulouse pour avoir rédigé « Les Admirables arcanes », dont le contenu avait été jugé matérialiste. En 1621, le juriste Jean Fontanier fut brûlé vif à Paris après s’être converti au judaïsme. Deux ans plus tard, le poète Théophile de Viau fut arrêté et condamné à mort pour ses écrits libertins avant d’être finalement libéré grâce aux pressions de puissants amis. La chasse aux sorcières battait également son plein. En 1634, l’infortuné curé de Loudun, Urbain Grandier, en fit les frais et dut monter sur le bûcher après avoir été accusé par les sœurs d’un couvent d’avoir user à leur égard de « magie, superstition, sorcellerie, irréligion et impiété ».

C’est dans ce Paris en pleine effervescence spirituelle que Saint-Cyran put bientôt côtoyer tout ce que le clergé et l’Etat comptaient de personnalités chrétiennes éminentes. S’il n’a sans doute pas rencontré cette grande figure du Paris catholique qu’était la pieuse Barbe Acarie (1566-1618), il fréquenta cependant tous les membres de son fameux « cercle » : Hubert Charpentier (1561-1650), Michel de Marillac (1563-1632), Vincent de Paul (un basque lui-aussi, 1580-1660), Adrien Bourdoise (1585-1655), Charles de Condren (1588-1641), Robert Arnauld d’Andilly (1589-1674), et bien d’autres encore comme Jean Eudes (1601-1680) et Jean-Jacques Olier (1608-1657).

Au milieu de cette galaxie de grands esprits, Pierre de Bérulle (1579-1629) s’imposait alors comme le plus brillant et le plus influent. Originaire d’une grande famille de parlementaires parisiens, il s’était fait connaître comme le fondateur de la Société de l’Oratoire2, mais on lui devait également l’introduction en France de l’Ordre du Carmel (1604). Ami personnel de René Descartes, c’était un esprit profond et un théologien réputé. Paru en 1623, son Discours sur l’état et les grandeurs de Jésus, s’était imposé comme une référence incontournable, donnant même naissance à ce que certains spécialistes appelleront plus tard « l’école française de spiritualité. Cette voie mystique était marquée par un fort christocentrisme et une mariologie exacerbée. Par humilité, Bérulle refusa à plusieurs reprises les sièges épiscopaux qu’on lui proposa, préférant demeurer un simple prêtre. Contraint de se soumettre à l’injonction papale, il accepta finalement de revêtir la pourpre cardinalice en 1627. En ces années 1620, cet homme austère passait donc à juste titre pour la figure majeure du parti catholique français. Son influence politique était grande à la Cour de France et en particulier de la reine-mère Marie de Médicis qu’il avait aidé à se réconcilier avec son fils, le jeune Louis XIII, en 1619.

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Pierre de Bérulle

En 1622, deux ans après avoir fait sa connaissance, Pierre de Bérulle choisit l’abbé de Saint-Cyran pour devenir son secrétaire personnel, en espérant qu’il pourrait l’aider à achever la rédaction de ses ouvrages. Les deux hommes s’entendaient si bien qu’ils pouvaient se parler pendant six heures d’affilées chaque jour. Dès l’année suivante, Bérulle obtint pour son protégé une place d’aumônier honoraire auprès de la reine Marie de Médicis. Saint-Cyran allait désormais passer la plus grande partie de son temps entre la chapelle royale et son cabinet de travail. Malgré les honneurs qui s’accumulaient, il continuait pourtant de mener une vie extrêmement simple3, ce qui lui valait l’admiration unanime des dévots parisiens dont il devint ainsi au fil des ans, et surtout après la mort de Bérulle en 1629, la véritable figure de proue. Invité dans les églises et les abbayes, il y délivrait des sermons et des conférences très écoutés.

Ainsi introduit dans les meilleurs cercles, Saint-Cyran approfondit peu à peu ses vues sur l’état de l’Eglise de France et la société chrétienne de son époque. Partout où il allait, il observait en effet des âmes inquiètes, torturées par le péché, sans cesse à la recherche de pureté morale, de vérités spirituelles et de profondeur doctrinale. Il écoutait longuement et patiemment toutes ces consciences préoccupées par le souvenir encore vif des troubles passés et agitées par les graves questions des temps présents. A tous ceux qui venaient ainsi le solliciter dans l’espoir d’obtenir une aide, l’abbé conseillait surtout la pratique de l’examen de conscience, l’abandon de toute forme de vanité et le recours à plus sincère des pénitences.

III. Le périlleux débat sur la grâce

Que proposait donc Saint-Cyran à tous ceux qui l’interrogeaient sur le meilleur moyen de faire le salut de leur âme ? Il défendait avant toute chose un retour aux préceptes du Christ et aux enseignements de l’Eglise primitive  -qu’il avait notamment appris à mieux connaître grâce aux enseignements de Richer. A cette Eglise primitive, parée de toutes les vertus, il opposait le relâchement des mœurs dont il constatait chaque jour les effets néfastes au sein d’un clergé dont chacun pouvait contempler à loisir toute l’inculture et la dépravation morale. Rares étaient en effet les honnêtes prélats qui, comme l’évêque d’Alet, Nicolas Pavillon, acceptaient de se dévouer corps et âme à leur sacerdoce. La plupart préféraient au contraire vivre dans le faste et se complaire dans les intrigues. Saint-Cyran évoquait donc sans cesse l’impérieuse nécessité d’un grand « renouvellement », c’est-à-dire d’une réorganisation complète de l’Eglise et de la société chrétienne. Mais si tant de  croyants s’égaraient ainsi dans les affres du péché, n’était-ce pas avant tout parce qu’ils se trompaient sur ce que ce dernier était réellement  ? L’abbé en était convaincu et c’est pourquoi il forma avec son ami Cornelius Jansen, auquel il était lié par une correspondance suivie, le projet de réaliser un maître ouvrage qui récapituleraient leurs positions théologiques et morales à tous les deux, ce qui devait plus tard donner naissance à l’Augustinus4.

La question de la grâce divine avait déjà été abordée à de nombreuses reprises durant l’histoire de l’Eglise, en particulier à l’occasion du débat entre saint Augustin et Pélage. Elle avait été remise sur le devant de la scène par le succès de la Réforme protestante car Luther et Calvin en avaient fait l’un de leurs axes majeurs de prédication. L’Eglise romaine se devait donc de réagir. Mais en 1547, lorsque la 6ème session du concile de Trente tenta d’évoquer le sujet, elle le fit seulement de façon trop brève et imprécise, si bien que cette absence de clarté contribua bientôt à faire naître deux courants antagonistes. Certains théologiens, les Jésuites en particulier, désiraient en effet mettre en avant le rôle des œuvres de piété dans l’obtention de la grâce divine. Selon eux les pèlerinages, les aumônes et les prières pouvaient ainsi directement aider le chrétien à faire son salut. Peut-être ces théologiens cherchaient-ils surtout à souligner le rôle joué par l’Eglise dans l’obtention du salut afin de prendre le contre-pied de Luther qui lui déniait totalement toute capacité en la matière ? Toujours est-il que, sans forcément le vouloir, ils rejoignaient directement les thèses des humanistes d’inspiration stoïcienne, pour lesquels l’homme ayant été crée naturellement bon, était capable d’assumer l’ordre divin et donc d’accomplir son salut par l’usage de ses seules forces et de sa seule liberté.

Professeur de théologie à l’Université de Louvain, Michel de Bay, dit Baius (1513 – 1589), décida de réfuter ces thèses optimistes. Après avoir relu avec soin les écrits de saint Augustin, il prétendit que nul ne pouvait échapper au péché originel, pas même la Vierge ni les plus grands des saints ! De façon logique, il finit d’ailleurs par s’attaquer à l’immaculée conception de Marie, ce qui lui valut d’être violement attaqué en retour par les Franciscains. Très attachés à la piété mariale, ceux-ci allèrent porter leur cause auprès de Rome et obtinrent que les propositions de Baïus soient officiellement condamnées par le pape Pie V, en 1567, comme contraires à la doctrine de l’Eglise catholique (bulle Ex omnibus afflictionibus). Mais le débat était à présent descendu sur la place publique et chaque parti allait désormais consacrer ses efforts à renforcer sa thèse au détriment de celle de son adversaire. A plusieurs reprises en 1607, 1611, et 1625, le Saint-Office dut interdire toute publication ayant trait à l’épineux problème de la grâce divine.

En se lançant dès 1621 dans la rédaction de l’Augustinus, Jansen et Saint-Cyran souhaitaient pourtant relancer le débat afin de le clore dans le sens des positions défendues par Baïus, dont leur professeur à Louvain, Jacques Janson, avait été l’un des plus fidèles partisans. L’Augustinus se proposait de synthétiser et de systématiser la pensée du Père de l’Eglise latine quant au problème de la grâce divine et du salut de l’homme. Analysant la nature humaine sous un angle quasi médical, Jansen s’attaquait avec virulence au courant théologique appelé moliniste5, dans lequel il ne voyait qu’une survivance du pélagianisme antique. Contre Molina et tous ses partisans, Jansen affirmait que, depuis le péché originel, la volonté propre de l’Homme avait été véritablement et absolument privée du secours divin. N’étant plus capable d’incliner vers autre chose que vers le mal, elle était par conséquent dans l’impossibilité radicale d’accomplir seule son salut. Certes l’homme était libre, mais il était incapable d’assumer cette liberté, comme un aveugle est incapable de se servir de ses yeux.

Dès lors, seule une « grâce efficace », c’est-à-dire celle qui est accordée aux seuls élus, et non pas une « grâce suffisante », celle donnée au commun des mortels, pouvait lui faire préférer la délectation céleste à la délectation terrestre, et donc lui faire aimer l’accomplissement des volontés divines et non plus la satisfaction de ses passions humaines. Or cette grâce était un pur don de Dieu, un don gratuit, absolument non proportionné aux œuvres. Tout homme venant après Adam devait donc d’abord et avant tout apprendre à renoncer à lui-même, à ses propres désirs et même, d’une certaine façon, à sa propre raison. S’il voulait obtenir le pardon divin, il ne devait rien faire d’autre que de rechercher à accomplir la volonté de Dieu en abdiquant toute volonté propre. Pour Jansen, la liberté humaine devenait ainsi une liberté de réception, une liberté de prière et d’accord, et non plus une liberté de décision. Mener une vie sainte, c’était donc avant chercher à préserver sans cesse les bienfaits de la grâce reçue lors de l’eucharistie en s’abstenant de tout mal, et non pas multiplier les œuvres pieuses pour compenser le nombre de ses péchés.

Saint-Cyran et Jansen n’avaient d’ailleurs pas de mots assez durs pour dénoncer les absolutions trop hâtives, telles qu’elles étaient pratiquées par les clercs de leur époque, et cela parce qu’elles créaient une alternance malsaine entre l’état de pêché et celui de grâce. Se priver de l’Eucharistie était pour eux une saine pénitence, car celle-ci devait conçue non pas comme un remède mais bien comme une récompense. Suivant l’usage antique, ils se prononçaient donc contre la pratique de la communion fréquente, arguant que celle-ci ne devait être reçue qu’en état de grâce (absence de péché véniel) et seulement sur le conseil d’un directeur spirituel6.

Dans une société déchristianisée comme la nôtre, toutes ces discussions peuvent paraître absconses, voire futiles, mais dans un lieu et à une époque où la question religieuse était centrale, ces thèmes n’avaient absolument rien d’anodins ou de bénins. Bien au contraire, ils étaient au centre des débats intellectuels du temps et chaque honnête homme, du curé de paroisse au ministre du roi, et pour peu qu’il se piquât d’avoir un peu de culture, se sentait donc obligé de donner son point de vue sur la chose et d’adopter un parti contre un autre.

La nature apparemment austère et pessimiste de cette théologie janséniste ne doit pas pour autant cacher le caractère libératoire de plusieurs de ses propositions maîtresses. En redonnant notamment la primauté à l’examen de conscience sur l’accomplissement des œuvres, elle remettait le croyant au centre de la question du salut, diminuant ainsi d’autant le rôle de l’institution ecclésiastique. Loin de favoriser l’ascétisme le plus débridé, Saint Cyran proscrivait par ailleurs les longues méditations au profit de prières plus courtes mais plus fréquentes. Délivrées dans une société fortement éprise de faste et de grandeur, les paroles du Gascon raisonnaient comme de véritables déclarations de guerre à l’esprit de son temps.

En somme, s’il était passionnément et sans doute profondément catholique, il manquait sans doute à Saint-Cyran ce qui fait la qualité la plus essentielle du bon catholique, à savoir la docilité à l’égard des autorités en place, qu’elles soient laïques ou religieuses. Et de fait, il ne tarda pas à faire figure d’électron libre au sein du clergé français.

IV. La naissance du jansénisme

L’année 1635 représenta à bien des égards un véritable tournant dans la vie de Saint-Cyran. Cette année-là en effet, l’abbé devint le directeur spirituel de la supérieure de l’abbaye cistercienne de Port-Royal de Paris, Jacqueline Arnaud, dite mère Angélique de Sainte-Madeleine (1591-1661). Membre d’une grande famille de la noblesse de robe parisienne, mère Angélique avait pris la tête de cette vénérable institution monastique en 1609. Comme elle s’était déjà fait connaître pour sa volonté réformatrice l’abbesse et l’abbé se mirent à s’écrire régulièrement à partir de 1621. Ils se rencontrèrent pour la première fois en 1623, et en 1624, lorsque les religieuses lorsque les religieuses quittèrent Port-Royal des Champs à cause du paludisme pour s’installer à Paris, elles choisirent de résider dans un hôtel particulier situé dans le quartier de Saint-Jacques, là où habitait justement Saint-Cyran. En mars 1635, celui-ci devint officiellement le nouveau directeur spirituel des religieuses de Port-Royal. Sous la férule de l’abbé, les nonnes firent bientôt de spectaculaires progrès dans la remise en ordre de leur monastère, qui devint ainsi le phare de la nouvelle religiosité « saint-cyranienne ». Pour la première fois, et grâce aux pieuses femmes de Port-Royal, les projets intellectuels de Saint-Cyran commençaient à recevoir une application concrète7. C’est là qu’il put enfin développer ses théories sur ce fameux « renouvellement ». La voie qui allait donner naissance au courant janséniste était désormais tracée.

En 1637, à la demande de Saint-Cyran, le prêtre Antoine Singlin décida de s’installer dans le monastère de Port-Royal-des-Champs resté inhabité depuis le départ des religieuses afin d’y ouvrir une institution scolaire, les « Petites écoles ». Là encore, et comme avec Mère Angélique, le but était de mettre en pratique la spiritualité saint-cyranienne. A tout prix, disait Saint-Cyran, il fallait réussir à préserver la grâce divine dans les âmes des enfants afin d’en faire de bons et véritables chrétiens. La pédagogie de Singlin était assez révolutionnaire pour l’époque. Les professeurs des « Petites écoles » n’admettaient ainsi pas plus de vingt-cinq élèves par classe, et surtout donnaient leurs cours en français et non pas en latin. L’objectif inavoué d’une telle initiative était aussi de déstabiliser un tant soit peu le quasi monopole qu’exerçaient alors les jésuites sur l’enseignement9.

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Antoine Singlin, fondateur des Petites Ecoles de Port-Royal

L’année suivante, en janvier 1638, l’avocat parisien Antoine Lemaistre et son frère Simon, vinrent aux aussi s’installer à Port-Royal des Champs afin de pouvoir vivre ensemble leur foi catholique dans le travail intellectuel et physique. Après avoir été rejoints par d’autres compagnons ils formèrent ainsi la société des « Solitaires de Port-Royal » qui devint une pépinière de grands esprits.

Mais une difficulté de taille résidait dans le fait que tous ces pieux personnages ne s’étaient rattachés à aucun ordre et  n’avaient prononcé aucun vœu. En cela ils avaient d’ailleurs le conseil personnel de Saint-Cyran qui prônait la réhabilitation du statut de laïc -sans pour autant d’ailleurs diminuer celui du clerc auquel il attachait également beaucoup d’importance. Tout cela n’était pas du goût de l’Église officielle, qui commença à s’inquiéter devant l’audience grandissant que recevait l’abbé et surtout devant l’audace croissante de toutes ses initiatives.

V. Richelieu contre les « dévots »

Ces tensions s’aggravèrent lorsqu’aux questions spirituelles se mêlèrent bientôt celles de politique. En 1628 déjà, au moment de l’affaire de Mantoue, Bérulle s’était vivement opposé à Richelieu à propos de l’entrée en guerre de la France contre l’Espagne. En novembre 1630, à la faveur de la Journée des Dupes, le cardinal crût avoir décapité l’opposition dévote en obtenant le renvoi du chancelier Michel de Marillac et la mise à mort du frère de ce dernier, le maréchal Louis de Marillac. Mais ce n’était que parti remise car en mai 163l, l’entrée en guerre de la France aux côtés des puissances protestantes contre les puissances catholiques espagnoles et autrichiennes, fut durement ressentie par les membres du « parti des dévots », qui auraient souhaité voir au contraire la monarchie des Bourbons s’allier à celle des Habsbourg afin d’écraser définitivement l’hérésie calviniste. Saint-Cyran ne se priva d’ailleurs pas de plaider en ce sens, ce qui lui valut les premières marques de défiance de la part de la Cour. Après la mort de son protecteur Bérulle, plusieurs de ses anciennes connaissances, soucieuses de demeurer dans les bonnes grâces du cardinal de Richelieu, commencèrent d’ailleurs à prendre avec lui quelque distance.

Mais, à l’inverse, le nombre de ses partisans les plus convaincus ne cessa d’augmenter. Aux alentours de 1636, on pouvait estimer que les oratoriens lui étaient entièrement acquis, ainsi qu’une bonne partie des dominicains, une part non négligeable des docteurs de la Sorbonne et des juristes du Parlement de Paris et même quelques évêques, dont celui de Paris, Monseigneur de Gondi. Dans certains de ces milieux, on le vénérait quasiment comme un oracle.

Le cardinal de Richelieu, que Saint-Cyran connaissait personnellement, commença alors à s’inquiéter de l’influence prise par cet homme sur l’opinion de l’élite parisienne10. Suspicieux par nature, il soupçonnait Saint-Cyran de n’être en réalité qu’un agent déguisé au service du roi d’Espagne. Pour s’en débarrasser, il tenta tout d’abord de l’acheter, en lui proposant par exemple de prendre la tête du diocèse de Bayonne. Saint-Cyran déclina poliment cette offre, sachant bien qu’une telle promotion n’aurait été qu’un exil déguisé.

Survint alors l’épreuve tant redoutée. Le 6 mai 1638, Jansen mourut de la peste à Ypres. Huit jours plus tard à Paris, dans la matinée du vendredi 14 mai 1638, le cardinal de Richelieu ordonna l’arrestation de Saint-Cyran. Appréhendé manu militari, l’abbé ne fut pas exilé, comme c’était alors la coutume lorsqu’il s’agissait d’écarter un clerc retors, mais conduit sous bonne escorte au donjon du château de Vincennes11. Celui que la moitié de Paris considérait déjà comme un saint et l’autre moitié comme un dangereux agitateur, se retrouva ainsi placé au secret durant près de six mois, au pain sec et à l’eau, dans l’un des cachots les plus humides du château. L’épreuve fut terrible pour cet homme de cinquante sept ans. Mais, contrairement aux attentes de Richelieu, Saint-Cyran tint bon. Impressionné, le Cardinal autorisa alors le transfert de son prisonnier dans une autre partie du château, plus commode, et il finit même par accepter de lui accorder la permission d’écrire et de recevoir des visites. Cependant, et malgré l’intervention de ses nombreux et influents amis, dont celle du Premier président du Parlement de Paris, Monsieur de Molé, le cardinal resta inflexible quant au sort du détenu. Il refusa fermement de libérer celui qu’il appelait en privé « le Basque aux entrailles chaudes » et qu’il considérait, ainsi qu’il l’aurait dit au prince de Condé, comme « plus dangereux en vérité que six armées ».

Pourtant, le procès instruit à sa demande contre Saint-Cyran ne fournit pas de preuves suffisantes pour incriminer ce dernier. Le magistrat bordelais Jean-Martin de Laubardemont, qui avait reçu la mission de conduire la procédure, était pourtant l’un des juges les plus redoutés du royaume. C’est lui qui, quatre ans plus tôt, avait envoyé Urbain Grandier sur le bûcher, et c’est encore lui qui quelques années plus tard enverra les têtes de Cinq-Mars et De Thou rouler sur le billot. Durant près de deux années, ses meilleurs experts épluchèrent les notes personnelles du religieux sans parvenir à y trouver quoi que ce soit d’hétérodoxe ou de répréhensible.

Victime de l’arbitraire de la volonté royale, Saint-Cyran demeura donc captif. Cet emprisonnement ruina peu à peu sa santé mais lui permit aussi d’entamer une profonde réforme spirituelle. Il rejeta ainsi l’érudition pure qu’il avait cultivée depuis sa jeunesse et abandonna le style cassant et même parfois condescendant qu’il avait utilisé jusque-là dans ses écrits. Rendu plus humble et plus apaisé par les épreuves, il n’en était que plus aimé et admiré de ses disciples, dont le nombre grandissait tous les jours un peu plus.

En août 1640 parut enfin à Louvain l’Augustinus de Jansen, qui fut publié dès l’année suivante à Paris sous la forme d’une véritable somme de 1 300 pages à doubles colonnes très serrées. L’ouvrage fut lu et approuvé par Saint-Cyran qui y retrouva une grande partie de ses propres propositions. Mais le traité de Jansen ne tarda pas à susciter aussi la polémique. Le 6 mars 1642, le Saint-Office fulmina ainsi contre lui la bulle In Eminenti et le fit placer à l’index des ouvrages dont la lecture était prohibée pour tous les Catholiques. La condamnation papale ne portait pas tant d’ailleurs sur le fond que sur la forme, puisqu’il y était surtout rappelé que la publication d’un tel livre contrevenait à la déclaration papale de 1611, laquelle avait formellement interdit d’aborder publiquement la question de la grâce divine. A Paris aussi les tensions furent vives. Sur l’ordre de Richelieu, le théologal de Notre-Dame de Paris, Isaac Habert, attaqua directement l’Augustinus au cours de ses sermons de l’Avent de 1642. C’est à ce moment que les partisans de Saint-Cyran furent pour la première fois qualifiés péjorativement de jansénistes.

VI. Epilogue

L’abbé ne retrouva la liberté qu’après cinq longues années de détention, le 6 février 1643, soit deux mois après la mort de son vieil adversaire, le cardinal de Richelieu. Physiquement brisé, il mourut à peine huit mois plus tard, le 11 octobre 1643, à l’âge de soixante-deux ans. Ses funérailles furent célébrées solennellement le 16 octobre suivant dans l’église parisienne de Saint-Jacques du Haut-Pas. Elles attirèrent tout ce que Paris comptait alors de gens les plus considérables. La princesse Marie de Gonzague, future reine de Pologne, y fut présente ainsi que six évêques. Parmi ceux qui pleurèrent ce jour-là le « martyre » de Saint-Cyran, on trouvait notamment le frère cadet de Robert Arnauld d’Andilly, Antoine Arnauld (1612-1694), jeune prêtre et docteur en théologie que Saint-Cyran avait pris sous sa protection dès 1635. Le corps de l’abbé fut ensuite inhumé directement dans la nef de l’église Saint-Jacques.

En août de cette même année 1643, Antoine Arnauld avait fait publier « De la fréquente communion », ouvrage allait devenir le véritable manifeste du « jansénisme » et qui fut bientôt suivi par une « Première apologie pour Jansénius » (1644), puis par une « Seconde apologie de Jansénius » (1645) et enfin d’une « Apologie de Saint-Cyran » (1646). La querelle théologique, ouverte par Saint-Cyran et Arnauld, allait continuer d’animer les débats publics en France pendant plusieurs décennies, donnant finalement naissance au jansénisme, un puissant courant, à la fois spirituel et politique, qui ne sera par pour rien dans l’affaiblissement de la monarchie française au 18ème siècle.

Principales œuvres de Saint-Cyran :

. La question royale et sa décision, 1609.

. Apologie pour Messire Henry-Louis de Chasteignier de la Rocheposay, évêque de Poitiers, 1615.

. Réfutation théologique du père Garasse, 1626.

. Petri Aurelii theologi opera, 1631.

. Réponse aux remarques contre le chapelet secret du Saint-Sacrement, 1632.

. Théologie familière, 1639.

. Lettres chrétiennes et spirituelles, posth. 1645 (réédition augmentée en 1744).

. Considérations sur les dimanches et les festes des mystères, et sur les festes de la Vierge et des saints, posth. 1670

. Œuvres chrétiennes et spirituelles, posth. 1679.

Bibliographie :

. Chantin, Jean-Pierre : Le Jansénisme, Cerf, 2000.

. Donetzkoff, Denis : Saint-Cyran épistolier, Un maître spirituel au Grand Siècle, Nolin, 2012.

. Laferrière, Joseph-Eugène-Ernest : Étude sur Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643), Louvain, 1912.

. Jaccard, Louis-Frédéric : Saint Cyran, Précurseur de Pascal, La Concorde, Lausanne, 1945

. Orcibal, Jean : Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, et son temps, 1581-1638, Bureau de la revue, Louvain, 1947.

. Orcibal, Jean : La Spiritualité de Saint-Cyran : avec ses écrits de piété inédits, Vrin, Paris, 1962.

Notes :

1 Devenu professeur en théologie et recteur du collège Sainte-Pulchérie de Louvain, Cornelius Jansen fut nommé à l’Université de Louvain en 1630. Adversaire convaincu de la politique extérieure française, il publia en 1635 un fameux pamphlet, le Mars Gallicus, dirigé contre le cardinal de Richelieu. Il en fut grandement remercié par le roi d’Espagne Philippe IV, avec l’appui duquel il devint évêque d’Ypres en 1636. Il mourut de la peste deux ans plus tard, avant d’avoir pu achever son grand œuvre, l’Augustinus, qui parut donc de façon posthume.

2 Société de vie apostolique, l’Oratoire rassemblait des prêtres vivant en communautés et adonnés aux différentes activités du ministère pastoral. Activités auxquelles s’ajouta, sur demande du Pape, l’éducation des jeunes dans les collèges. Rapidement, cette dimension éducative concurrença le quasi-monopole dont avait bénéficié jusque-là la Compagnie de Jésus.

3 Il se dépouillera peu à peu de tous ses biens et finira par mourir dans la plus extrême misère.

4 Le titre complet de l’ouvrage était Augustinus, seu doctrina sancti Augustini de humanae naturae, sanitate, aegritudine, medicina, adversus Pelagianos et Massilienses, soit en français: « Augustinus, ou la doctrine de saint Augustin portant sur la nature humaine, la santé, la maladie et la médecine, contre les Pélagiens et les Marseillais ».

5 Du nom du théologien jésuite espagnol Luis de Molina, auteur en 1588 du De Concordia gratiae cum libero arbitro (« De l’Accord entre la grâce et le libre arbitre »).

6 Au Moyen Âge la communion était une chose fort rare. C’est le concile de Latran IV qui instaura la communion annuelle obligatoire le jour de Pâques. Même Saint-Louis, bien qu’il assistât à la messe deux à trois fois par jours, ne communiait que deux à trois fois l’an. Le Concile de Trente leva les restrictions sur la pratique de la communion fréquente, mais c’est le pape saint Pie X qui, par son décret du 20 décembre 1905 (Sacra tridentina synodus), rendit quasi obligatoire la communion hebdomadaire.

7 Pratiquement cela signifiait huit heures de prières quotidiennes avec un office à deux heures du matin, un vœux de pauvreté absolue avec mise en commun des biens, l’usage d’une liturgie de plain-chant et sans orgue, l’austérité de l’habit, du couchage et des repas (jamais de viande), des veilles de nuit, le travail manuel, un strict vœu de silence – sauf lors des conférences dominicales, et bien sûr une réclusion physique complète vis-à-vis du monde extérieur. En 1625, les moniales s’en allèrent fonder l’abbaye cistercienne de Port-Royal de Paris. Des travaux d’assainissement ayant été entrepris, elles purent se réinstaller aux Champs à partir de 1648.

8 Le célèbre logicien Pierre Nicole rejoindra à son tour les Solitaires en 1649. Il sera suivi par le médecin Jean Hamon en 1649 puis par Blaise Pascal à partir de 1655. Robert Arnauld d’Andilly s’était installé dans la vallée de Chevreuse dès 1645.

9 Le futur tragédien Jean Racine y reçut sa première formation de 1655 à 1666.

10 Richelieu avait une autre raison de s’opposer à Saint-Cyran. Se piquant de théologie, le cardinal avait en effet pris parti dans le débat qui animait à l’époque les partisans de la contrition et ceux de l’attrition. L’enjeu était de savoir si, après la confession et pour recevoir l’absolution du prêtre, une « contrition » (un regret du péché par pur amour de Dieu) du pécheur était nécessaire, ou s’il suffisait d’une « attrition » (contrition imparfaite; regret du péché par crainte de l’enfer). Parmi les partisans de la thèse « faible » il y avait le cardinal-ministre, parmi les partisans de la thèse « forte » figurait Saint-Cyran.

11 Plus chanceux, le jésuite Nicolas Caussin, confesseur de Louis XIII, sera arrêté en 1638 sur l’ordre de Richelieu et placé sous résidence forcée à Quimper pour avoir osé conseiller à son souverain de conclure paix avec les Catholiques espagnols.

Crédit photographique : Chapelet basque (euskal arrosarioa) By en:User:Grandpafootsoldier (en:Image:Ringrosary.JPG) [Public domain], via Wikimedia Commons

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